‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 67 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Paris était dévoré de la grande peste de 1350, que l'Asie nous envoyait. Et c'étaient même les présents les plus clairs que nous ait fait, pendant cinq siècles, cette honorable partie du monde, et qu'elle nous ferait encore, n'étaient les précautions que l'on prend pour les tenir à distance.

Deux reines avaient succombé, les plus illustres personnes étaient frappées. Foulques ordonnna la procession des reliques, et alla chaque jour lui-même administrer les victimes à la Maison-Dieu. La ville comptait cent mille habitants, et il en mourait plus de sept cents par jour. On les conduisait en monceaux au cimetière des Saints-Innocents. Les religieuses des hôpitaux, et en particulier de l'Hôtel-Dieu, sous la conduite du prélat, marchaient en croisade contre la mort. Cinq fois ces saintes filles périrent, cinq fois le couvent tout entier fut renouvelé, et l'évêque Foulques de Chanac, qui avait pendant plusieurs mois résisté au fléau, fut une de ses dernières victimes.

Il avait pour devise : •• Servir Dieu, c'est régner : Servir e Deo, regnare est. r>

Le plus remarquable prélat qui soit monté, en ce siècle sur le trône de Paris, Pierre de la Fores i, fut celui qui l'occupa le moins de temps.

Il était d'ailleurs dans sa destinée aventureuse de ne demeurer en nulle place et de ne pouvoir jouir dans la vie agitée qu'il mena, que de courts moments entre le repos et la mort.

Si la gloire, selon l'orateur romain, consiste à écrire des livres qui méritent d'être las, et à faire des actions qui méritent d'être écrites, la gloire a été le partage de très-révérend Père en Dieu, messire Pierre de laForest, avocat général au parlement de Paris, secrétaire des commandements, puis chancelier du duc de Normandie et évêque de Tournai, ensuite évêque de Paris, abbé de l'abbaye royale de Saint-Denis, chancelier de France et cardinal du titre des douze Apôtres. Pierre était en outre prévôt de la Varenne, dans la collégiale de Tours, doyen d'Ernée, archidiacre de Montfort dans le diocèse du Mans, chanoine de Paris et de Rouen, ce qui en faisait un des plus riches bénéficiaires de France.

De lui on peut dire qu'il a connu la plus haute fortune et la plus mauvaise, la possession des plus grandes charges et dignités du premier royaume du monde, suivie de revers inouïs. Il fut modéré dans le pouvoir, ardent dans la défaite, et de même que, parti du plus bas pour arriver au plus haut, il ne s'était pas laissé éblouir par le premier, il ne se laissa pas abattre par la seconde.

w Saper e ad sobrietatem, r> disait-il.

Pierre de la Forest, un des avocats les plus célèbres de son temps, est distingué par le duc de Normandie, qui en fait son chancelier et lui obtient l'évêché de Tournai. Le roi de France l'enlève au duc de Normandie et le fait nommer à Paris.

Les temps sont difficiles ; la funeste guerre de Cent-

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