PREMIÈRE PARTIE
Ans est dans toute sa force, on est à la veille de Poitiers et d'Azincoiirt.
Philippe de Valois meurt en faisant de Pierre de la Forest son exécuteur testamentaire. Du roi Jean, il devait être le bon génie.
La trêve conclue entre la France et l'Angleterre étant expirée, La Forest part, muni de pleins pouvoirs, et la renouvelle à Calais. De Calais, il court à Avignon conférer avec le pape sur les moyens de mettre tin à la lutte entre les deux royaumes. Les exigences du roi d'Angleterre empêchent tout accommodement, la guerre se rallume; pour la soutenir, il faut de l'argent.
On convoque les Etats-Généraux ; en tout temps les nations que les rois assemblent commencent par des vœux et finissent par des volontés. Le pays était surchargé d'impôts : tailles et taillons du peuple, dime du clergé, obole du financier, deniers pour livres du commerçant, sans compter le reste.
C'est à Pierre de la Forest cp'incombe la tâche d'ouvrir à Rueil les Etats-Généraux. Il représente, avec autant de force que de dignité, l'obligation où se trouvent tous les Français de témoigner à cette occasion leur amour pour la patrie, et leur affection pour le souverain.
L'assemblée est gagnée, les murmures se taisent : ou vote la capitation, huit deniers pour livre et le rétablissement de la gabelle.
Moins d'un an après, l'armée française est battue à
Poitiers, le roi Jean tombe aux mains de l'ennemi. L'évêque-chancelier convoque de nouveau les Etats, mais une faction, opposée aux serviteurs du roi prisonnier, pèse sur le Dauphin, pour le forcer à renvoyer les ministres de son père.
Traqué d'obsessions, menacé par l'émeute, Charles, qui fut plus tard Charles le Sage, cède à regret.
Pierre de la Forest dépose les sceaux, se démet de toutes ses places, et quitte Paris bafoué par la foule, mais c'est pour courir à Bordeaux, revêtu de la pourpre que lui envoie le Souverain-Pontife, délibérer avec les cardinaux Talleyrand de Périgord et Cappochi d'Urgel sur la délivrance du roi.
Les négociations n'aboutissent pas, le cardinal passe en Angleterre, y reste une année entière, et revient en France à la suite du roi délivré.
Ses charges, ses biens, ses honneurs lui sont alors rendus, mais il les abandonne volontairement, heureux d'avoir vu sa tidélité reconnue et récompensée. Il quitte même son diocèse, et vient auprès du pape qui, au lieu de le décharger, comme il le voulait, du soin des affaires, l'envoie comme légat en Sicile.
Il mourut au retour de cette mission, à cinquantesept ans, de la peste. Tel a été Pierre de la Forest.
Après la mort de noble, vénérable et discrète personne , Jean de Meulan , le successeur immédiat du cardinal de la Forest, qui succédait lui-même au cardinal-évéque, Aubert, Etienne de Paris, et Aimeri do