PREMIÈRE PARTIE. i)C
missionnaire. Un jour ils crurent que la foule, qui le poursuivait de ses clameurs, allait le massacrer, avec ses compagnons ; mais son iront brilla tout à coup d'un éclat extraordinaire, il devint invisible et tandis que ses ennemis étaient confondus, il regagna sa demeure calme et majestueux. Lisbius, son hôte, en fut subitement converti , • ainsi que bien d'autres. Ceux-ci devenaient apôtres à leur tour; pleins d'une ardeur enthousiaste et d'une mâle indépendance, ils entreprirent des conversions comme ils auraient marché à des conquêtes, et les vertus austères germèrent dans ces cœurs qui n'avaient point été amollis par l'oisiveté.
Tout à coup, une persécution terrible, inspirée par l'empereur Valérien, sévit contre les chrétiens. Les supplices étaient longs, et pour ôter l'espérance de la mort, on tourmentait sans lin jusqu'à ce que le courage manquât. Pescennius, qui se posait en vengeur du culte des dieux romains, arriva dans les Gaules. Denis était dans son diocèse partout où se trouvaient juges et bourreaux. Il apparaissait pour consoler ses frères; il arrivait inopinément, forçait les portes des prisons ; il chantait devant les supplices, encourageait les néoph^'tes, bravait les juges; il avait l'audace d'un homme ([ui n'a rien à craindre, parce qu'il a tout sacrifié. La nuit, il errait dans les vieilles forêts de la Gaule, il luttait contre le froid, la faim, la soif et la fatigue. Mais si sa vie fut triste et dure, sa mort fut glorieuse.
Un jour entin il fut pris et enchaîné avec Rustique et Eleuthère.
« Je suis le serviteur de Dieu, - dit-il à toutes les questions qui lui étaient faites. Il avait alors cent-dix ans. Sa physionomie, transmise par la tradition et gravée sur l'argent par saint Eloi, était douce, quoique empreinte d'une remarquable énergie ; il n'avait presque plus de cheveux, mais ses yeux avaient comme un reflet du ciel.
Dans sa prison il célébra plusieurs fois les saints mystères.
Une dernière fois les trois chrétiens reparurent devant Pescennius.
— Sacrifiez aux dieux immortels.
— Nous adorons Jésus-Christ et ne sacrifions pas à vos idoles, répondirent les martyrs.
— La mort vous attend si vous n'obéissez aux ordres de César.
— Nous désobéissons à César pour obéir à Dieu. " Leur arrêt fut bientôt prononcé. Ils étaient enfermés
dans un cachot sur l'emplacement duquel fut élevé, au commencement du xi^ siècle, Saint-Denis de la Chartre, — sanctus Dionysius de Carcere ; — on les en tira, et le 9 octobre 286, ils furent conduits au mont de Mars, depuis Montmartre, où ils eurent la tête tranchée.
— Lorsque le licteur, dit la naïve chronique d'Ilduin, abbé de Saint-Denis au moyen âge, eut tranché la tête de notre vénérable patriarche, son corps, étendu par
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terre, se releva tout à coup, ses mains brisèrent les liens qui les enchaînaient, il s'inclina, les étendit et saisit son auguste chef, puis, l'élevant dans les airs et le portant devant lui, il se mit à marcher vers l'orient l'espace de deux milles, louant Dieu à haute voix ; des anges le suivaient et chantaient avec lui : Alléluia, alléluia. Il s'arrêta à l'endroit où se trouve son abbaye, semblant le désigner pour le lieu de sa sépulture, r,
Aussi, durant tout le moyen âge, saint Denis est représenté portant sa tête coupée dans ses mains.
Son corps, par ordre du préfet, devait être jeté en Seine, mais une dame pieuse fit enlever, par des gens à elle, le corps du martyr, pendant qu'elle-même amusait les soldats romains; on le porta jusqu'à la Seine, puis il fut déposé à l'endroit où s'élève aujourd'hui la célèbre abbaye, dans un champ où l'on sema le soir même du gazon, afin de dépister les persécuteurs.
Plus tard les chrétiens, à l'instigation de sainte Geneviève, une sainte de Paris aussi, élevèrent la magnifique église que l'on admire aujourd'hui.
Rien n'égalait le tombeau du patron de la France ; il était décoré de choses très-riches et très-précieuses, l'or et les pierreries y reluisaient avec magnificence. Dagobert aimait son abbaye de Saint-Denis, où le roi Robert vint plus tard chanter les psaumes; de son temps, saint Ouen, dans son enthousiasme, l'appelle une merveille de la terre, une vraie portraicture du paradis.
De tous côtés on venait à Saint-Denis en pèlerinage ; des églises en grand nombre s'élevaient sous son patronage; les rois de France, quand ils partaient pour guerroyer au loin, venaient en pompe y chercher l'oriiiamme; l'oriflamme de Saint-Denis, c'était le cri de guerre, c'était le cri français par excellence. Quel plus beau titre que celui d'abbé de Saint-Denis? C'est à Saint-Denis que les rois de France étaient inhumés, après avoir été portés à Notre-Dame, Notre-Dame et Saint-Denis. C'est à Saint-Denis, ce Westminster de France, que furent enterrés Turenne et les grands hommes de notre patrie. Sur les marches du caveau royal, le dernier roi de France attendait que son successeur vînt le remplacer. Quels échos de gloire, de grandeur magnifique, de combats sanglants, de haute piété , que les échos de Saint-Denis ! Quels échos , français comme celui qui les inspire , alors que les gentilshommes priaient, se dévouaient et mouraient, comme l'a dit un poète, en chantant Jésus, les archanges et Monseigneur saint Denis!