CHAPITRE XII
Paris et de ses évêques au xv^ siècle. — Du grand dîner que messire de Montagu donna pour son frère levèr)ue, et de ce qui eu alviut. — Comment le sublime docteur Cour'.ecuisse devint évèi|ue, et comment le roi anglais en agit au siège de Paris. — Comme le roi d'Angleterre fut sacré à Notre-Dame. • — De Guillaume Chartier. — Des sorciers et de l'air du temps.
Le moyen âge se meurt, et son agonie sera si sanglante, si lente, si douloureuse, qu'il semlole que la France même va passer avec lui de vie à trépassement... Triste histoire que celle de Paris au xiv^ siècle. Au xv% elle est lamentable. La France, fortement entamée à l'ouest par les Anglais, qui possèdent la Guienne et la Normandie, appauvrie, épuisée par la guerre de Cent Ans ; la capitale assiégée, prise et reprise plus de dix fois, par dix pouvoirs ennemis, dans le cours d'un demi-siècle, connaît chaque fois les
rigueurs qui suivent et accompagnent un assaut ; Orléans, assassiné devant l'hôtel Saint-Paul, Bourgogne, massacré sur le pont de Montereau, la guerre civile dans toute son horreur; les Maillotins, les Cabochiens, les factions sans cesse renouvelées, qui se livrent aux derniers excès ; les étudiants qui prennent leurs degrés en potence plutôt qu'à l'Université ; les gens d'armes qui vivent sur le pauvre homme ; les charges et dignités emportées de force, comme les villes, ou grâce à des capitulations de parti, souvent à des capitulations de conscience; un prince, dont le conseil privé devrait n'être qu'un conseil judiciaire; et à la faveur de ces troubles, le roi d'Angleterre maître dans Paris, prenant glorieusement ce titre de roi de France, qu'il ne cessera de porter que sous Louis XIV; les assassinats juridiques, approuvés par des docteurs, et l'Eglise de France obligée de s'assembler tout entière à la prière de l'évéque de Paris, pour démontrer qu'en bonne justice, on n'a pas le droit d'occire un souverain ; enlin le schisme de la chrétienté obéissant à deux papes, l'un à Rome, l'autre à Avignon; tel est le spectacle que nous oiïre la première partie du XV® siècle.
Paris fut le centre de la lutte, et en soulfrit plus que toute autre cité. Comme un champ fertile, balançant au soleil ses épis d'or, où deux armées viendraient à se livrer bataille, et qui après la lutte, meurtri, défoncé, verrait sa récolte changée en fumier, ainsi la capitale
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fut la véritable et dernière victime des combattants, qui échangèrent leurs coups sur son dos. Ces remparts, élevés par le dernier évêque de Paris, de la porte Saint- Antoine à la porte Saint-Honoré, — devenus aujourd'hui les boulevards, — se virent sans cesse battus en brèche. Celui-ci, assiégeant hier, sera assiégé le lendemain, et son vainqueur sera à son tour débouté, par un troisième, de la cité conquise la veille.
Jamais l'histoire de Paris ne fut telle, en aucun autre moment; jamais l'avenir n'apparut sous des couleurs plus sombres, et les évéques de Paris n'eurent une tâche plus rude à remplir.
Le 7 octobre 1409 avait été jour de grande liesse dans la capitale. Messire Gérard de Montagu avait fait son entrée, selon toutes règles et coutumes; on avait en cet honneur représenté des spectacles d'animaux, comme la procession du Renard; dans plusieurs carrefours, on avait joué les mystères des confrères de la Passion. Ici les peines des damnés dans l'enfer, là les récompenses des élus dans le ciel.
Le soir venu, un silence profond régnait dans la ville. Le nouvel évêque, précédé de ses pages portant des torches, suivi d'une escouade d'hommes d'armes, avait quitté l'évêché vers sept heures, passé le Grand- Pont, et s'était dirigé du côté de la rue des Prouvaires.
Dans la cour, peuplée d'oiseaux rares, d'un vaste hôtel récemment construit, se pressaient les chevaux harnachés en cérémonie, les litières et les chars. C'est là que demeure monseigneur messire Jean de Montagu, vidasme de Laon, grand maistre d'hostel du roi, surintendant des finances, lequel, pendant seize à dix-sept ans , a presque gouverné le royaume de France. Jean de Montagu est le frère de Gérard , l'évêque de Paris.
Brillante et nombreuse compagnie était réunie ce soir-là, dans les salons du premier ministre de Charles VI. Il y avait Pierre de Lesclat, maître Gonge, l'évêque de Chartres, l'archevêque de Sens et toute la cour.
Depuis quelque temps, la ville était aux mains de Jean-sans-Peur, l'ennemi juré du surintendant ; de sombres menaces bourdonnaient à ses oreilles.
Pour montrer qu'il n'en prenait nul souci , autant que pour célébrer l'avènement de son frère, Jean de Montagu donnait un superbe banquet. Cette fête surpassait en éclat, en opulence, tout ce qu'on avait vu jusqu'alors, même au palais du roi de France.
Ces magnificences amenèrent la conversation sur les lois somptuaires, édictées par Philippe le Bel, et déjà tombées en désuétude.
Un gentilhomme, vêtu à la dernière mode d'un pourpoint de cendal écarlate, dit qu'il était ridicule de fixer la longueur des souliers poiilainc, ainsi qu'on