PREMIÈRE PARTIE
Jacques du Chatellier, les créatures de l'Anglais, montèrent sur le trône épiscopal de Paris. Jusqu'à ces deux évêques, le clergé parisien s'était montré digne de ses devanciers ; l'argent de l'Eglise, son influence morale et féodale avaient été employés à la défense du roi. Mais ces deux prélats cherchent à faire cesser la résistance et donnent l'exemple de l'adulation à la puissance étrangère.
Le chapitre de Notre-Dame seul résiste à ces suggestions. Son évêque meurt, il se réunit pour lui choisir un successeur, le duc de Bedfort vient en la salle des séances recommander son candidat, Jacques du Chatellier, on lui répond en nommant un prêtre connu pour sa haine vigoureuse du parti étranger; mais le protégé du régent d'Angleterre est institué canoniquement à Rome, malgré les chanoines.
Le cardinal-évéque de Paris, Jean de la Roche- Taillée, avait ensépulturé, en 1422, très-noble et trèschrestien roj Charles VI, le hien-aimé, prince piteux, doux et bénin à son peuple. " Il fut porté de l'hôtel Saint-Paul jusques à Notre-Dame de Paris. En la compagnée étaient tous les gens d'église de Paris et les collèges de l'Université. C'était grande pitié d'oujr les douloureuses complaintes du peuple. Ceux de l'escurie le portèrent ; par-dessus le corps y avait un dais noir, en forme de ciel, que portaient à chacun des quatre coins sur un bâton les échevins de la ville de Paris. Le duc de Bedfort en manteau noir avec un
chaperon à courte cornette, l'accompagnait. En ladite église Notre-Dame, furent dites vigiles solennelles. Il y avait bien en luminaire douze mille livres de cire, tant en torches qu'en cierges. Autour de la chapelle, y avait du drap noir aux armes du roi et aussi tout autour de l'église; devant la porte deux grandes bannières aux armes du roi.
r> Le lendemain, la dépouille royale fut conduite à Saint-Denis, où l'évéque de Paris officia avec l'évêque de Chartres pour diacre et l'abbé de Saint-Denis pour sous-diacre. -
Après que le caveau de Charles V se fut refermé sur le corps de son fils, des Français-Anglais crièrent : « Vive le roi Henry de France et d Angleterre, r Le bruit lugubre de cette pierre qui retombait lourdement, semblait être le glas funèbre de la monarchie. Le deuil du roi de France conduit par un prince anglais à l'exclusion des héritiers légitimes, qui ne purent pas même lui rendre les derniers devoirs, n'est-il pas une des pages les plus tristes de notre histoire?
Cet enterrement, où pas un grand seigneur n'assista, fut pourtant le signal de la chute des anciens grands feudataires. En voyant où leurs divisions et leurs révoltes avaient conduit la patrie, l'opinion s'attacha plus fortement au pouvoir royal qu'ils tentaient sans cesse d'ébranler, et qu'ils avaient mis, dans leur grandiose insouciance, à deux doigts de sa perte.
Il est certain qu'il s'établit toujours de grandes liai-