PREMIÈRE PARTIE
de l'Université, qui sans cesse cherchait à s'affranchir, les évêques de Paris eurent encore à lutter contre une puissance aussi dangereuse que les hérésies : nous voulons parler de la sorcellerie, contemporaine des premiers siècles de moyen âge.
Il y a dans chaque siècle, même dans les siècles les plus éclairés, ce qu'on peut ajuste titre appeler l'esprit du temps, sorte d'atmosphère qui passera, mais qui pendant sa durée, trompe tout le monde sur l'importance et sur la vérité même de la plupart des opinions dominantes.
Montaigne raconte que la plupart des esprits de son temps faisaient les ingénieux à obscurcir la gloire des belles et généreuses actions anciennes, leur donnant quelque interprétation vile, et leur trouvant des occasions et des causes vaines : - Grande subtilité! Qu'on me donne l'action la plus excellente et pure, je m'en vais y fournir vraysemblablement cinquante vitieuses intentions. r>
Cet air du temps agit en France plus que partout ailleurs. Nul n'ignore qu'il faut ménager le vent aux têtes françaises, car tous les vents les font tourner.
Il y a chez nous des modes en poésie, en philosophie, en littérature, en art, comme il y a des modes dans la coupe des cheveux et la forme des habits. Et ces
modes là sont bien aussi despotiques que les autres. Il y a des modes dans la façon d'écrire comme dans la façon de s'exprimer ; qui n'écrit point selon la mode, n'écrit point selon la bonne façon.
Il est tantôt de mode de peindre des torses, de dessiner des parcs anglais, de croire à l'immortalité de l'âme et de césurer ses vers, comme parfois il est de mode de faire le contraire; et en ces temps, ceux qui ne font ni torses, ni parcs anglais, ni vers scandés, sont appelés rétrogrades ou novateurs, deux épithètes également redoutables, car le genre humain est comme une ligne de front qui tirerait sur tous ceux qui font saillie soit en avant, soit en arrière.
Il y a aussi des modes en histoire ; on admire une époque un Jour, pour la déprécier le lendemain, on exhume en pompe un héros qui ne s'y attendait guère pour le jeter plus tard à la voirie, on porte une idée au Capitole, mais pour la précipiter du haut de la Tarpéienne.
Ainsi en fut-il de la sorcellerie.
A en croire les écrivains du siècle dernier, tous les sorciers furent des martyrs. Ce fait a été répété à l'envi par quelques historiens de ce siècle-ci, par l'un d'eux entre autres qui a fait là-dessus un livre fort sérieux et qui le prouve, puisqu'il met Barbe-Bleue au nombre de ses sources historiques pour l'étude du moyen âge. Celui-ci a expliqué la formation de la sorcière à peu près comme le faiseur de systèmes, la for-