‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 77 sur 100 · PREMIÈRE PARTIE. 22b · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 22b

mation du mont Saint-Bernard par le sable de l'Océan, qui s'y serait déposé peu à peu.

Nous n'entreprenons pas ici une justification de l'Inquisition qui n'en a pas besoin, mais une justification des évêques de Paris, qui, comme les autres, l'ont appliquée, et ont bien fait.

Et d'abord, il faut bien se rendre compte que, par sorcellerie, durant quatre ou cinq siècles, on entendit tout ce qui dépassait l'intellect vulgaire ; il semblerait donc que les sorciers durent être aussi chers au peuple que les somnambules extra-lucides et les tireuses de cartes le sont à la classe correspondante de nos jours. Il n'en est rien. La pendaison, le bûcher allumé pour un sorcier, sont fêtes publiques.

Et pourtant, si ces temps furent plus religieux que le nôtre, le populaire usait d'une licence bien plus grande qu'aujourd'hui avec les membres du clergé, dont il blâmait la conduite. Cet enthousiasme de toutes les générations qui se sont succédé en Europe à cette époque, est un fait indéniable. Nul n'a songé à élever la voix, si ce n'est deux ou trois de ces pamphlétaires, comme il y en a en tous les temps, et dont l'opinion publique a fait justice. On peut dire que nobles bourgeois et vilains ont été du parti de l'inquisition contre les sorciers. On s'est avisé, seulement il y a un siècle, qu'il s'était commis sur la surface du globe des horreurs abominables, et ]\IM. de l'Encyclopédie n'étant pas arrivés à temps pour mettre le holà, ont tenu du moins

à signaler lesdites horreurs à la haine des générations futures.

Certes, il a pu se commettre quelques abus, mais ces abus ont été rares, et la justice contemporaine se peut-elle vanter de n'en avoir jamais commis?

On connaît l'histoire de cet honnête garçon à qui ses amis avaient persuadé que tout ce qu'il disait était un calembour; il ne pouvait plus ouvrir la bouche, que tout le monde n'éclatât de rire, et quand il demandait un verre d'eau, on le suppliait de mettre un terme à ses jeux de mots fatigants.

Il y eut ainsi des gens à qui l'on persuada ou plutôt qui se persuadèrent à eux-mêmes qu'ils étaient sorciers. Ce fut une folie non pas furieuse, mais dangereuse. Il est vrai qu'on ne brûle pas les fous, mais qui sait si aujourd'hui le jury n'envoie pas des fous à Cayenne?

Les fous étaient d'ailleurs l'exception. En elle-même, la sorcellerie , qui avait plus d'un rapport avec le paganisme , tentait de nous ramener à l'idolâtrie ; on connaît les histoires diaboliques de cette période, les ducs et comtes de l'enfer, l'impiété des livres de conjuration, le miroir magique, la pistole volante, les coupes, les bagues, les armes enchantées, les onguents, les poudres, les breuvages et tout cet attirail qui n'était en somme que le bonnet pointu du prestidigitateur, et les poisons que le pharmacien ne délivre que sur ordonnance.

Mais ce qu'on ignore, c'est le danger immense que la

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