‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 88 sur 100 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les archevêques dans les temps moJernes. — PérioJe politique et diplomatique. — Le concordat de François I<='". — Son influence, ses causes. — Les Bulles. — Autrefois et aujourd'hui.

Il est trois manières d'écrire l'histoire, selon, la place que l'on occupe dans les temps, vis-à-vis de son sujet. Chaque siècle est un puissant despote qui n'entend point volontiers ses vérités. Aussi ne raconte-t-on pas son époque; mais on enregistre les faits, on met en écrit les actes, les guerres, les traités, les lois, les mœurs, les tentatives de tout genre; ce sont les récits bruts, secs, nets, des événements et des hommes; d'où les Chi'oniqiies et les Annales.

Plus tard, quand la pièce est jouée et que les acteurs

sont morts, pcaraissent côte à côte les oraisons funèbres et les satires, les pamphlets et les éloges, c'est la deuxième période : celle des Méjnoires. On y dit tout le bien et tout le mal des gens et des choses ; souvent le bien et le mal ont chacun une égale dose d'exagération ; les sentiments longtemps contenus se font jour, les haines se donnent libre carrière. Cette histoire écrite par des personnages, tout imprégnés des passions de leur temps, qui pour la plupart ont été parties, dans les procès dont ils se veulent faire juges aux yeux de la postérité, est nécessairement violente, incomplète, injuste, et éphémère.

Mais à mesure que l'on s'éloigne d'une époque, que les années se succèdent, que le présent devient le passé, de nouvelles générations paraissent, qui comprennent les sentiments des siècles anciens, mais ne les partagent plus. Les nouveaux venus peuvent juger leurs devanciers, l'âme tranquille et le front serein, sans indifférence mais avec impartialité. C'est l'histoire de la troisième période et, à proprement dire, la seule histoire digne de ce nom. Elle se transporte dans le temps et dans le lieu qui fait l'objet de son récit, elle fait revivre le passé dans ses conditions morales et matérielles, politiques et religieuses, puis elle laisse retomber ce cadavre, un instant ranimé, en fait l'autopsie, donne à chacun sa part de grandeur et de bassesse et prononce souverainement.

Les premiers voient l'histoire de bas en haut, les

seconds la voient à niveau , les derniers de haut en bas.

L'historien devient ainsi semblable à un homme qui écrirait ses propres mémoires après sa mort.

C'est ce que nous avons tenté de faire pour cette histoire des prélats qui ont gouverné l'église de Paris.

Nous avons vu successivement la partie évangélique, la constituante, la féodale, nous abordons maintenant la partie que l'on peut qualifier de politique et de diplomatique. L'évêque Denys est venu sur les bords de la Seine, pour y annoncer l'Evangile, il y est mort martyr; ses successeurs ont continué son œuvre, la conversion de l'Ile-de-France à la religion chrétienne s'est opérée par leurs soins ; deux cents ans plus tard, ils travaillent à la constitution de cette église de France, qui, durant douze siècles, présidera à la formation de notre pays, comme la papauté, lien moral entre toutes les parties du monde chrétien, préside à la civilisation de l'Europe moderne.

L'évêque travaille à l'abolition du servage, qui luimême était un progrès sur l'esclavage antique. On lui doit la trêve de Dieu, la conservation des monuments, le défrichement des terres, la création des universités.

Ce fut la partie féodale de cette histoire, celle de la plus grande puissance du prélat : l'évêque est élu par

le chapitre; le clergé, pris dans toutes les classes de la société, laisse une large part au mérite.

La noblesse et le peuple qui, séparés, ne sont, la première qu'un nom, le second, qu'un chiifre, réunis par le clergé, devenaient une puissance. Une société n'est véritablement une société que lorsqu'elle sait où elle va, et qu'elle marche à ce but avec confiance sous la direction du pouvoir social ; tel était le grand mérite de la société du moyen âge organisée pour la conquête et dirigée par la foi. Au sommet de la hiérarchie féodale était l'évéque, comme ministre de Dieu, le " gentilhomme d'en haut, suzerain de toutes choses, qui ne relève de personne. «

A tout prendre, les spectres, les gnomes, les goulles, les psylles, les vampires, les squelettes, les ogres, les aspiodes, les sorcières, Puck, et le sabbat étaient de moindres inconvénients dans une société que le communisme, l'athéisme, la révolution en permanence et l'insurrection à l'état latent.

Il y avait d'ailleurs sous l'intluence du clergé, entre les trois ordres de la nation, une de ces unions intimes qui sont au fond la vraie constitution des Etats monarchiques et religieux. C'était cette union qui permettait d'attendre de la dynastie et du peuple un de ces grands spectacles comme la France en présenta pendant la vieillesse de Louis XIV.

Mais si les rois ont fait la France, ce sont les évéques qui ont fait les rois. Durant trois siècles, les

évêques de Paris et leur chapitre fournissent plus de quinze chanceliers de France. Dans la partie qui s'étend du ix® siècle jusqu'au concordat, point de népotisme, point de favoritisme. A une époque où la noblesse de race jouit d'un pouvoir qu'elle ne recouvra jamais, où les grands fiefs, les missions importantes, les charges de l'Etat semblaient lui devoir être exclusivement réservés, les noms plébéiens sont aussi nombreux sur le siège épiscopal de la capitale, que ceux des familles d'ancienne chevalerie. C'est que les chanoines n'étaient guidés que par le bien de l'Eglise dans les choix qu'ils étaient appelés à faire; point ne se souciaient-ils de placer un cadet, de récompenser le fils ou le frère d'un ami du prince, mais seulement de discerner l'aptitude, le savoir et autres qualités importantes en pareil cas.

Et les rois reconnaissaient le mérite de ces prélats, que pourtant ils n'avaient point nommés, quand ils confiaient la garde des Sceaux de France à des gens d'aussi peu de naissance que les évêques Poncher et Renaud, ou les chanoines Briçonnet, Baudet et Coquerel.

L'indépendance du prélat était absolue, son dévouement aux choses du royaume était sans bornes. Combien n'est-il pas curieux de remarquer qu'au moyen âge, où la papauté disposait d'un pouvoir plus considérable qu'aucun autre, nulle dispute ne vint troubler l'accord des pouvoirs spirituel de Rome et temporel de Paris.

Louis IX craiiit-il quelque irrégularité dans les nominations, il édicté la Pragmatique Sanction, et l'Eglise romaine le met cependant au rang des saints.

Il n'a en vue que la liberté de l'Eglise, et non point son asservissement au profit du trône.

En ce temps-là, le clergé français est le seul de l'Europe qui paraisse dans le monde avec cette juste mesure qu'exige à la fois son état et la société. En Espagne, le clergé est hors du monde; en Italie, il est le monde lui-même ; en Allemagne, il est trop avant dans le monde; en France, il se montre dans le monde sans y porter rien de farouche ni de familier, n'écartant ni ne rapprochant ce qui devait être près ou loin, sans censure et sans complaisance.

En ce qui touchait les rapports du spirituel et du temporel : indépendance absolue du roi, qui ne nommait point l'évéque et n'avait qu'un droit de veto dans des cas extrêmes, soumission absolue au pape, chef visible de la religion ; celui-ci, pas plus alors qu'à aucune autre époque, ne s'occupait du domaine temporel, mais il était le gardien de la morale et des droits de l'Eglise, et ne permettait aucun empiétement. On devait trop à l'Eglise pour songer si tôt à l'asservir, on avait trop souvent besoin de ses lumières, de sa sagesse, de son esprit de haute politique et de grande modération. C'était l'état le plus puissant de l'évéque, et en même temps le plus fécond pour le royaume.

Un fait très-fâcheux fut l'abolition de la Pragmatique de saint Louis, remplacée par le concordat de François P*".

Certes, la religion n'est point ennemie du progrès. On ne sait ce que deviendrait le monde, si chaque âge, révérait, respectait, consacrait à titre d'ancienneté, toute œuvre des âges passés, n'osait toucher à rien, défaire ni mouvoir quoi que ce soit. Ils ne songent point, ceux qui veulent maintenir toutes choses intactes, qu'à Dieu seul appartient de créer, qu'on ne fait point sans défaire, et que ne jamais détruire, c'est ne jamais renouveler.

Le jour de la création, ceux-là eussent crié, selon le mot'd'un contemporain :

« Mon Dieu, conservons le chaos ! ^

Aussi, est-il vrai de dire, que si l'on doit regretter le concordat du xvf siècle, ce n'est point parce qu'il a changé et modifié dans ses fondements l'état de l'Eglise française, c'est parce qu'il fut à la fois préjudiciable au trône pontifical, à la chaire épiscopale, au pouvoir du roi.

François P'', fort propre à décorer des annales de chevalerie, était fort impropre à se tirer des mauvais pas dans lesquels son inconsidération habituelle l'engageait; aussi est-il resté à peu près dans tous.

On a Yu quel était précédemment le mode de nomination des évoques. Au moyen âge, l'élu canoniquement était sacré et institué par le métropolitain et par les sufFragants, après la préconisation du pape, quelle que fût leur position envers le prince et entre eux-mêmes. Le service des églises n'était point interrompu, aucune contestation étrangère ne les en privait.

Un concordat étant un acte très-important, relatif à la religion et à l'Etat, décidant de droits de tiers, doit renfermer tout ce qu'exige le ménagement de pareils intérêts. Or, il est évident que le roi s'est préoccupé dans la rédaction des articles de 1515, de l'intérêt de sa couronne, mais point de l'intérêt de l'Eglise.

La nomination par le pape pouvait avoir sa raison d'être, on aurait compris que le successeur de Pierre eût l'initiative de choisir dans les clergés des diverses églises, celui qu'il convenait de mettre à la tête ; la nomination par le roi, aujourd'hui consacrée par le temps, est dérisoire. D'ailleurs, les chanoines et le clergé jouissaient du privilège immémorial de choisir leur chef, cet ordre de choses qui avait pour lui la raison et l'antiquité, ne soulevait aucune objection; si le choix était irrégulier, c'était au pape qu'il appartenait de l'examiner et de l'annuler.

Le concordat fut donc un premier empiétement de l'autorité temporelle sur la spirituelle, un désir de l'ambition royale auquel la cour de Rome, pour le bien de la religion, ne crut pas devoir s'opposer.

Antérieurement au concordat, on ne se cloutait point que la discipline essentielle de l'Eglise dût être réglée par un simple acte diplomatique : l'enregistrement au parlement de Paris.

Depuis François P'', la nomination des évêques appartient donc au prince, il choisit à sa volonté dans le délai de six mois ; l'évêque nommé fait profession de foi à la nonciature ; le pape le préconise dans un consistoire et lui envoie les bulles.

C'est ce qu'on appelle l'institution canonique.

Les bulles sont formées de six lettres , que le pape adresse dans l'ordre suivant , pour faire connaître la nomination, et ordonner de recevoir comme pasteur :

Les deux premières à l'élu pour lui faire connaître : par la 'première, son institution et l'acceptation de sa démission, s'il s'agit d'un changement de siège ;

Par la seconde, l'absolution qu'il lui donne de toutes les censures que l'élu pourrait avoir encourues, et qui s'opposeraient à l'accomplissement des devoirs attachés à la charge dont il vient d'être revêtu.

C'est dans ces lettres que le pape s'adressant à l'élu, lui dit : ^ Te a rege ou ab imperatore nominatum. ^

La troisième est adressée au métropolitain et aux évêques comprovinciaux, s'il s'agit d'un évêque, ou bien aux évêques sufFragants, s'il s'agit d'un métropolitain. Le pape notitîe la nomination et recommande l'obéissance suivant les degrés de la hiérarchie, et

l'affection que la charité, les égards mutuels et le bien exigent.

La quatrième lettre est adressée au chapitre de la cathédrale et enjoint l'obéissance.

La cinquième est adressée au clergé de la ville et du diocèse. La teneur en est la même que dans la précédente.

La sixième est adressée au peuple de la ville et du diocèse ; elle est de la même teneur.

Pendant près de deux siècles, cette question des bulles domine les rapports du pape et du roi. Quand le roi manque à sa parole, quand il fait invasion dans le domaine religieux, ou qu'il s'attribue indûment les revenus de l'Eglise, le pape n'a qu'une ressource, c'est de refuser les bulles. L'évéque, nommé par le roi, reconnu par le parlement, n'est point institué chef du diocèse, il le gouverne sans droit religieux, il en perçoit pourtant les revenus temporels, les prêtres et le clergé ne peuvent le reconnaître sans encourir l'excommunication, ils ne peuvent le rejeter sans violer les lois du royaume. Il en résulte que le peuple, privé de pasteur, souffre dans sa religion de fautes qu'il n'a point commises.

Un exemple le prouve entre cent autres. Pierre de Marca, le successeur du cardinal de Retz sur le siège de Paris, avait été nommé en 1642, évêque de Conserans. Il avait publié l'année précédente un ouvrage où l'on remarquait certaines opinions contraires à

celles de l'Eglise. Le pape exige une rétractation, Marca refuse, et le gouvernement le soutient. Cet état de choses dura jusqu'en 1648, et pendant six ans, le diocèse eut un pasteur nommé, qui pourtant n'était point institué, point sacré par conséquent, et point évéque.

Dans le nouvel ordre de choses, le pape devenait à l'égard des évêques nommés par le prince, comme les évoques nommés par le prince étaient à l'égard des curés nommés par les seigneurs laïcs; mais combien plus grands étaient les désavantages pour un diocèse tout entier !

On a fait valoir en faveur du concordat, la faculté qu'il donne aux rois, dans la nommation aux principaux bénéfices, de récompenser les serviteurs de l'Etat. Ce n'est point à la religion à payer les services rendus dans l'ordre politique, et l'on peut dire, avec vérité, que ce traité a manqué de justice envers l'Eglise, en la dépouillant de sa juridiction antique, chérie par elle, sans son concours ni consentement.

Nous avons vu l'Eglise de Paris grandir sans cesse sous les deux premières races de nos rois, tandis que les peuples se convertissent, que les basiliques s'élèvent, que la foi règne en souveraine pour le bien de tous. Nous avons admiré ce magnifique siège épis-

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copal, à l'apogée de sa force et de sa puissance, durant tout le moyen âge ; nous allons maintenant assister à son déclin, en cette partie de l'histoire qui s'étend depuis l'érection de l'archevêché jusqu'à la révolution française.

L'évêque, qui a travaillé à l'élévation du roi, à l'affranchissement du peuple, sera la première victime de l'un et de l'autre. L'autorité du clergé paraîtra lourde à la nation ; on secouera ce qu'on appelle le joug de la foi ; mais comme il y a toujours un maître, il y aura toujours une autorité. Ce ne sera plus celle des Pères de l'Eglise, ni des jurisconsultes, moins encore celle des Conciles, mais celle des gendarmes, qui pour la vigueur en vaut bien une autre.

Les titres d'honneurs remplaceront pour le prélat les droits réels. Il ne sera plus évêque sous la dépendance du métropolitain de Sens, mais archevêque sous celle du roi; il ne sera plus vicomte de Paris et seigneur de fiefs, mais bien duc de Saint-Cloud sans duché, et pair de France quand des courtisans heureux commencent à obtenir le titre.

Il a le sort des grands seigneurs à qui l'on prodigue les titres de ducs et de princes à mesure qu'on leur enlève les baronnies et les comtés effectifs. On démolit ses châteaux, mais on lui donne le droit d'entrer au château du Louvre avec une impériale de velours rouge sur son carrosse.

Quand l'archevêque de Harlay posait la couronne à

Reims sur la tête de Louis XIV, le temps n'était plus où la vieille féodalité avec ses grands vassaux assistait au sacre. Il n'y avait plus ni ducs d'Aquitaine, ni ducs de Normandie, ni comtes de Toulouse, tous ces tiers barons égaux de la couronne étaient représentés par des seigneurs sans provinces , dont les titres n'étaient plus qu'un symbolisme de l'organisation féodale.

L'archevêque de Paris ne fut pas épargné dans ce nivellement de tous devant Versailles. Il eut son rang et sa place dans cette domesticité brillante, également sans pouvoir sur le trône et sur le peuple. Les abbés laïcs abondèrent, ainsi que les prélats sans résidence, auxquels les seigneurs disaient plaisamment :

- Votre diocèse peut-il être mieux que sous la conduite de la Providence. r>

En ce qui concerne l'Eglise de France, cet abaissement eut des causes profondes. Nous ne parlons pas de cette loi éternelle de l'humanité, de ce flux et reflux de la puissance qui tantôt s'avance sur vous, vous couvre tout entier et vous accable en quelque sorte, tantôt se retire et vous abandonne. Mais au milieu de ce travail incessant de la société française, du peuple qui se forme et qui se compte pour cette grande entreprise contre V autorité qui sera la révolution française, du trône qui parait s'aflermir par l'asservissement des deux ordres du clergé et de la noblesse, tandis qu'il ne fait que détruire ses plus fermes soutiens, au milieu

de tout cela, l'Eglise de France ne pouvait rester stationnaire.

Le concordat n'était qu'un premier pas dans la voie funeste où le pouvoir absolu du roi l'avait engagé visà-vis du clergé. Maître de nommer seul les évéques, il voulut seul les dominer, et cette prétention inavouée du cabinet de Versailles engendra une sorte d'erreur qu'on appela l'Eglise Gallicane.

Ingérence du roi dans les affaires spirituelles, prétention à de certaines portions de revenus et de bénéfices, volonté de participer à la nomination des cardinaux par « la 'promotion des couronnes » assemblées des évéques présidées par l'archevêque de Paris, qui n'était trop souvent qu'un lieutenant de Sa Majesté : tels sont les faits principaux qui dominent cette histoire.

Pour l'archevêque de Paris, les motifs qui amenèrent la perte de son influence, augmentèrent les difficultés de sa situation. Ce fut à tel point que, parmi les prélats nommés à ce siège, plusieurs, dans ces deux derniers siècles, refusèrent par trois fois de l'accepter. Paris était trop grand , trop plein d'éléments divers , les ennemis y étaient trop nombreux, les amis, trop puissants, pour n'être pas difficile à gouverner. Paris était d'ailleurs trop dans Versailles, et ce n'était pas une mince carrière que celle de pasteur de la cour.

Qu'était-ce toutefois que les embarras de cette époque en face de l'anarchie de la nôtre? Combien peu de

chose nous semblent aujourd'hui les entêtements de Port-Rojal, le droit de régale, la signature du formulaire, la grâce efficace par elle-même et les appelants de la bulle Unigenitus ?

En ce moment et depuis bientôt cent ans, tous les fondements de la société , toutes les croyances de l'humanité sont remises à la fournaise et la génération actuelle attend, anxieuse et haletante, pour voir ce qui en sortira.

Depuis un siècle, chacun s'est appliqué à détruire et nul ne songe à édifier.

La lutte est plus ardente que jamais entre le droit et la force, entre le devoir et l'intérêt, entre la révolution et l'autorité, entre le spiritualisme et le matérialisme, entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal....

Tout se tient pourtant dans l'esprit de l'homme, et la religion est le fondement des sociétés humaines. Comme l'écrivait au commencement de ce siècle un grand patriote d'Outre-Rhin : ~ Pour que l'amour de la patrie se répande, il faut ranimer l'esprit religieux de la nation. Si on nourrit et stimule les principes qui ennoblissent la vie, si on cultive avec soin ces instincts trop négligés et sur lesquels se fondent la force et la dignité humaines , nous pourrons espérer de voir grandir une génération plus forte au physique et au moral, et de voir aussi s'ouvrir devant nous un meilleur avenir. ->

Puisque ce siècle est un siècle de papier, il l'aut que

les braves combattent avec le papier comme autrefois avec l'épée. Puisqu'on essaie de représenter Paris et Rome comme deux courants qui entraînent la civilisation, l'un vers l'avenir, l'autre vers le passé, nous avons voulu les montrer réunies et marchant ensemble sous la bannière du Christ à la conquête de la vérité.

Le clergé avait fait la monarchie contre l'anarchie, il avait fait le peuple contre la noblesse.

La monarchie, une fois constituée, se délia du clergé et s'appliqua à l'absorber, c'est-à-dire à le détruire, et le trône, privé de l'autel, se brisa comme verre.

Le peuple, une fois libre, se retourna contre le clergé, le traita en ennemi, et la nation privée de l'Eglise, se vit exploitée tour à tour par le despotisme d'en haut, ce qui est le césarisme, par la tyrannie d'en bas, ce qui est la révolution.

Heureusement la religion est immortelle, elle continue à travers les siècles, le rôle divin qui lui est assigné, sans se soucier ni des persécutions, ni du martyre, ni des injures des hommes, ni de l'indifférence des temps

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