‹ Les évêques et archeveques de ParisChapitre 89 sur 100 · JEAN-FRANÇOIS DE GONDI · texte numérisé non relu

JEAN-FRANÇOIS DE GONDI

Erection de l'évèché en archevêché. — L'ordre du Saint-Esprit. — L'archevêque commandeur. — Les Eglises de Paris au dis-septième siècle. — Le clergé de Paris pendant la Fronde. — Les Ordres religieux sous l'épiscopat de Gondi.

Ce fut en 1622 que levêché de Paris fut érigé en archevêché, sur les instances de Louis XIII, par une bulle donnée à Sainte-Marie-Majeure le 13 des calendes de novembre. Charles V avait déjà , en 1376, sollicité du pape l'érection de Paris en siège archiépiscopal, ou tout au moins son exemption de la juridiction des archevêques de Sens, et pour ses prélats, l'honneur du pallium qu'avaient quelques autres sièges épiscopaux. Le Saint-Père, en mémoire de son oncle, le pape Clément VI, qui avait été archevêque de Sens, et en souvenir du canonicat qu'il avait lui-même possédé clans cette cathédrale, ne voulut point porter

atteinte aux droits des métropolitains de Sens, mais il accorda volontiers le pallium, dont les évêques de Paris d'ailleurs ne firent pas usage avant le xvii^ siècle.

La bulle de 1622 assigna pour suifragants au siège de Paris les églises épiscopales de Chartres, de Méaux et d'Orléans, auxquelles fut adjoint par la suite le siège de Blois.

Des lettres patentes du roi confirmèrent l'érection, et le parlement enregistra ces bulles, avec la singulière prétention, qu'à l'avenir ^ aux érections d'eveschés ou d'arclieveschés en ce royaume au lieu des mots de proprio motu, il sera mis qu'elles sont obtenues à la réquisition du roi. -

François de Gondi, au profit duquel avait été faite l'érection, fut sacré dans son église métropolitaine par le cardinal de Sourdis , archevêque de Bordeaux , assisté de François de Harlay, archevêque de Rouen, et de Léonor d'Estampes de Valençay , évêque de Chartres. Il reçut en même temps \q pallium des mains de l'évêque de Chartres, son premier suffragant.

Gondi était le troisième de sa race qui occupait le siège de la capitale, il succédait à son frère Henri de Gondi, cardinal de Retz, qui lui-même avait tenu le poste de leur oncle le cardinal Pierre de Gondi. Son successeur sera le fameux cardinal de Retz, son neveu, lequel eut si grande ambition et si haute visée, que le nom des Gondi ne s'en releva pas.

Celui-ci était fils du duc de Retz et de Charlotte de

Clermont-Tonnerre « personnes autant illustres en leurs vertus et rares qualités, qu'en leurs grandes charges et antiquités cle leur noblesse r> dit son oraison funèbre.

Pour dire le vrai, cette question de l'origine des Gondi est assez obscure et tout porte à croire qu'ils s'élevèrent en un clin d'œil par la faveur du souverain, comme on en vit en ce temps plus d'un exemple.

Le cardinal de Retz disait qu'il était le seul en France qui pût fournir ses trente quartiers, mais l'historien de Thou les dit issus d'un banquier, et Brantôme, d'un meunier.

Le panégyriste du premier archevêque de Paris dit que l'on « trouverait la maison de Gondi aussi ancienne en Italie que la république de Florence', qu'elle y a autrefois commandé souverainement, qu'il y a treize cents ans qu'elle est puissante dans l'Eglise et dans les Etats, sur la terre et sur la mer; en un mot qu'il y a peu de maisons dans l'Europe qui ne soient dans l'alliance de celle-ci, sans en excepter la maison souveraine. ^

D'autre part, Tallemant qui a beaucoup pratiqué Gondi dans sa jeunesse, raconte que le chevalier de Gondi à Florence se mit à rire, un jour qu'il lui demanda si les Gondi de France étaient elfectivement de sa famille.

On rapporte que la mère d'Albert, qui fit la fortune des Gondi en France, avait donné une recette à Cathe-

rine de Médicis pour avoir des enfants, et que la reine l'aima tant, qu'étant parvenue à la régence, en moins de quinze ans, les enfants de cette femme, qui n'avaient pas ensemble à la mort du roi deux mille livres de rentes, se trouvèrent : l'aîné, maréchal de France et gentilhomme de la Chambre avec des gouvernements, le second évêque de Paris et cardinal, et le troisième maître de la garde-robe, chevalier de l'Ordre, et membre du conseil privé comme ses aînés.

Le fait est qu'en 1622, il eût été difficile de trouver un autre prélat, ayant cinq neveux ducs et pairs honorés des plus grandes charges et des plus importants gouvernements du royaume.

L'archevêque de Paris fut lui-même revêtu des plus hautes dignités ; grand-maître de la chapelle, conseiller aux conseils d'Etat et privé, il reçut le cordon de commandeur du Saint-Esprit, dans la promotion solennelle de 1633.

La cérémonie, décrite par d'Hozier, eut lieu dans la chapelle de Fontainebleau. Après lecture faite des preuves de noblesse dans la salle de la Belle cheminée, et le jugement prononcé sur ces preuves, les ducs prirent rang suivant leurs duchés, et les gentilshommes suivant la date de leur promotion.

Le cortège se mit en marche et traversa les appartements et la cour d'honneur dans l'ordre suivant. En avant marchaient les trompettes, puis les tambours suivis des tîfres et des haut bois. Quatre hérauts

d'armes venaient ensuite, marchant deux à deux, et portant des bâtons fleurdelisés ; le roy d'armes de France les suivait, seul, avant en main un sceptre surmonté d'une fleur de lys d'or.

L'huissier du Saint-Esprit s'avançait alors avec le héraut de l'Ordre, porteur d'une masse d'armes ; les maîtres des cérémonies, trésorier et secrétaire, vêtus de grands manteaux de velours noir, bordés d'or et d'argent, précédaient le garde des sceaux, la barrette en tête.

Les chevaliers, deux à deux, en habit court avec la toque, et les commandeurs, le manteau sur les épaules, suivaient les dignitaires chacun en son rang. Parmi les derniers, comme les plus élevés en dignité, étaient Gondi, l'archevêque de Paris, et les archevêques de Narbonne et de Bordeaux.

La marche était fermée par le roy; la queue du manteau royal était portée par le marquis de Gèvres. Derrière Sa Majesté venait M. le cardinal duc de Richelieu, seul, un aumônier portant sa queue.

Au milieu de la chapelle, étaient les armes du roi, composées de deux écussons joints et accolés, le premier d'azur à trois fleurs de lys d'or qui est celui des armes de France ; le second de gueules aux doubles chaînes d'or posées en orle, pal, fasce et lane qui est celui des armes de Navarre. Les supports étaient deux anges revêtus d'une cotte d'armes blasonnée à droite aux armes de France, à gauche, aux armes de Navarre.

Les arDies des chevaliers étaient placées au-dessus de leur tête et contre les murs.

La messe commença immédiatement, et selon l'usage, à l'issue de l'Evangile, un prélat donna le livre à baiser au roi. Comme Sa Majesté devait communier, un des clercs de la chapelle prenant la boite des hosties, la porta au premier aumônier, c[ui les renversa sur le voile à l'offertoire. Le premier aumônier en prit une, la porta à sa bouche en présence de Sa Majesté et de deux prêtres qui divisèrent le reste en deux parts ; puis on présenta toutes les hosties au roi qui en toucha une du doigt ; cette hostie fut donnée au célébrant qui la consacra, et ce fut avec cette hostie que le roi communia.

Après la messe, les chevaliers s'avancèrent, se mirent à genoux devant le prie-dieu royal, récitèrent leur serment et reçurent le collier de l'Ordre : Les prélats vinrent ensuite et s'inclinant un peu mais sans se mettre à genoux, ils prononcèrent le serment suivant :

^ Nous jurons Dieu, et nous promettons. Sire, que « nous vous serons loyaux et fidèles toute notre vie, vous r> reconnaîtrons , honorerons et servirons comme souy^ verain de fOrdre des commandeurs du Saint-Esprit, w duquel il vous plaît présentement nous honorer ; nous y> garderons et observerons les lois, statuts et ordon- ^ nances dudit Ordre, sans y contrevenir, en porterons - les marques et en dirons tous les jours le service, " autant qu'hommes ecclésiastiques de notre qualité,

r> peuvent et doivent faire. Que nous comparaîtrons r> personnellement aux jours et solennités, s'il n'y a r^ empêchement légitime qui nous en garde, dont nous r> donnerons avis à Votre Majesté, et ne reculerons r' jamais, chose qui soit traitée ni conclue au chapitre ;■; r> d'iceluy; que nous ferons, conseillerons et procurerons • r» tout ce qui nous semblera en notre conscience appary> tenir à la manutention , grandeur et augmentation -^ dudit Ordre, prierons toujours Dieu, tant pour le salut - de Votre Majesté que des commandeurs et supports y^ d'iceluy vivants et trépassés ; ainsi Dieu nous soit en •" ayde et ses saints Evangiles ! «

Après son serment, l'archevêque de F*aris ôta son camail et le roi lui en mit un, où la grand-croix de l'Ordre était attachée, et ce faisant, il dit :

" L'Ordre vous revêt et couvre du manteau de son aimable compagnie et union fraternelle, à l'exaltation de notre foi et religion catholique; au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, r.

Sa Majesté passa ensuite le cordon bleu au cou du prélat, en disant :

<-; Recevez de notre main le collier de notre Ordre du bénoit Saint-Esprit, auquel nous, comme souverain grand-maître, vous recevons, et ayez en perpétuelle souvenance la mort et passion de Notre-Seigneur et rédempteur Jésus-Christ. En signe de quoi, nous vous ordonnons de porter à jamais en vos habits extérieurs la croix d'iceluv et la croix d'or au col avec un ruban

de couleur bleu céleste, et Dieu vous fasse la grâce de ne contrevenir jamais aux vœux et serments que vous venez de faire, lesquels ayez perpétuellement en votre cœur, r

A quoi le nouveau commandeur répondit :

« Sire, Dieu nous en donne la grâce, et plutôt la mort que jamais y faillir ; remercions très-humblement Votre Majesté de l'honneur et bien, qu'il vous a plu nous faire. -

Les commandeurs du Saint-Esprit, par ordonnances royales, étaient exempts de tous emprunts, subsides, garde de ville, impositions, fortifications et réparations etc., de tout rachat, vente, lots et autres droits seigneuriaux pour les terres qu'ils vendaient ou acquéraient par héritage ou autrement.

Ils avaient le droit au committimus, c'est-à-dire, le droit d'être jugés où bon leur semblait, sans aucune garantie et défense, et pour toutes causes réelles et personnelles, tant en demandant qu'en défendant.

La ville de Paris et le parlement avaient enregistré ces lettres et ordonnances, mais sous la réserve que les contributions aux fortifications seraient maintenues.

Presque tous les archevêques de Paris reçurent le cordon bleu dans la suite, et cette distinction fut considérée comme partie intégrante des droits du pasteur de la première ville de France.

A cette époque, le diocèse de Paris avait de dix-huit à vingt lieues de l'Est à l'Ouest et douze à quatorze du Nord au Sud. 11 comprenait quatre cent cinquante paroisses, se divisait en trois arcliidiaconés : ceux de Paris, Josas et Brie, et sept doyennés ruraux. Le grand archidiaconé, celui de Paris, comprenait les doyennés de Gonesse et de Montfermeil, l'archidiaconé de Josas avait les doyennés de Châteaufort et de Longjumeau, l'archidiaconé de Brie avait ceux de Lagny et de Moissy-l'Evéque ; enfin le doyenné de Champeaux était enclavé dans le diocèse de Sens.

Les trois archidiaconés n'ont, pendant tout le moyen âge, subi aucune variation. Ils correspondaient à des régions naturelles : au Nord de la Seine, le grand archidiaconé entre la Marne et l'Oise, au Sud, les archidiaconés de Josas et de Brie séparés par la Marne, l'un à l'Ouest, l'autre à l'Est.

La juridiction de l'archevêché était Yofficialité, composée d'un officiai, d'un vice-gérant, d'un promoteur, d'un vice-promoteur et d'un greffier ; elle s'étendait sur tout le diocèse. L'archevêque avait une autre justice appelée la temporalité, exercée par un juge qui connaissait les appellations, des jugements et sentences rendues en matières civiles par les officiers de justice des terres dépendantes du temporel de l'archevêché.

Le revenu de l'archevêque provenant des fiefs qui lui restaient, des dîmes, droits féodaux, et titres qu'il possédait, s'élevait à 200,000 livres.

L'église était gouvernée, de concert avec le prélat, par ce chapitre métropolitain, le plus illustre du monde, puisque parmi les chanoines de Notre-Dame on a compté six papes, quarante cardinaux et plus de deux cents évêques.

Le chapitre était composé de huit dignités : la chantrerie, la chancellerie, la pénitencerie, les archidiaconés à la nomination de l'archevêque, la sous-chantrerie et le doyenné à la nomination des chanoines.

La ville de Paris était, pour le gouvernement ecclésiastique , soumise à deux archiprêtres , celui de la Madeleine qui a\ait le Nord, celui de Saint-Séverin qui avait le Sud de la Seine. On y comptait soixantecinq paroisses, et cette division par paroisses est beaucoup plus ancienne que la division par quartiers.

Au sortir du moyen âge, chacune de ces églises, enrichies par la piété des rois, des seigneurs et des peuples, avait ses traditions et ses souvenirs.

Tout à côté de la cathédrale était Saint- Jean le Bond, baptistère primitif de Paris, bâti sur les bords de la Seine, et près duquel avait été jadis la Maison Sainte Geneviève; non loin de là était Saint-Christophe , où les chanoines allaient le Jeudi-Saint laver les pieds des pauvres , et dont le monastère était précédemment chargé des ornements et du linge de Notre-Dame.

Dans les Chapelles épiscopales, on faisait les sacres d evêques ; à Saint-Gennain VAiixerrois, venaient demander le baptême, ceux du nord de la Seine qui ne pouvaient traverser la rivière; Saint-Germain, re^/25e royale, que les rois, en bâtissant le Louvre, avaient dépouillé de sa censive, et où par un singulier contraste, on voyait les tombes de trois chanceliers de France, à côté de celles des fous de nos rois du xiv*" et XV® siècle, qui avaient l'insigne privilège d'être enterrés de droit dans cette église.

C'étaient les chanoines qui nommaient aux bénéfices surtout le territoire de Saint-Germain, lequel comprenait tous les faubourgs, à commencer par le grand Châtelet inclusivement, et suivant la grande chaussée de Saint-Denys pour ne se terminer que vers Saint- Cloud.

Près Saint-Germain étaient les Halles, où le roi exerçait ses droits le dimanche, et l'évêque. durant la semaine ; la croix du Tiroir, où l'on tendait les étoffes, Saint-Nicaise où l'on exposait les corps des frères aveugles, et la chapelle des orfèvres, Saint-Eloi, qui peutêtre existerait encore s'ils n'avaient eu l'ambitieuse pensée d'y mettre une cloche, à dessein de convoquer le peuple; c'était une flagrante violation des droits du chapitre , que celui-ci ne voulut pas soulfrir , et avec raison.

Parmi les églises qui dépendaient de l'Auxerrois, on citait Sainte-Opportune ; une côte de la Sainte, ren-

fermée clans un croissant d'or, y était précieusement conservée, pour être appliquée sur la gorge des malades; on citait aussi saint Leufroy, où l'on voyait une pierre taillée en forme de mître, le modèle des mesures et des poids de Paris ; de là l'usage de renvoyer à la mître saint Leufroy, quand il survenait des contestations sur les poids et mesures .

A Saint-Landri, on avait administré le baptême en temps de guerre et caché les objets précieux pour les soustraire aux barbares ; aux Saints-Innocents, on voyait le réclusoir où avait fini ses jours Renée de Vendomois, coupable de meurtre et d'adultère, graciée par le roi, à la condition de s'enfermer dans cette prison murée, sanctifiée par le séjour (\IAlix la Bourgotte, la religieuse de Sainte-Catherine.

Dans le cimetière de cette église, était cette petite tour octogone où la confrérie des crieurs de nuit installait autrefois un des siens et où, dans les temps primitifs , on allumait chaque soir une lanterne , pour éclairer, la nuit, les trépassés.

Cimetière en grande vogue d'ailleurs, que les Innocents, autour duquel on avait, avec l'argent du maréchal de Boucicaut, construit de beaux charniers, où la confrérie de la Trinité faisait procession tous les lundis.

A Saint-Honoré , l'évêque avait la nomination des prébendes du côté droit, les chanoines, celle des prébendes du côté gauche; à Saint-Nicolas, l'école, déjà

oubliée, avait eu son heure de célébrité, quand les collèges n'étaient pas encore multipliés sur la rive gauche. Parmi les pensionnaires auxquels le proviseur était tenu de donner trois sols par jour, pour la pitance, on nommait le Breton Saint- Yves --^ advocatus et non latro. -^

Saint- Eustache était contemporain de l'archevêché , les chapelains de l'ancien moutier avaient droit de justice basse, dans trois rues, hors les murs, au delà de la Porte du comte dArras, et portaient, sous les Valois, un chapeau de roses à la tête. DeSaint-Eustache dépendait Saint-Joseph, où plus tard seront inhumés Molière et La Fontaine.

Plus loin, au milieu des jardins et des hôtels seigneuriaux, était la chapelle Gaillon, qui prit le nom de Saint-Roch à l'occasion d'un hôpital pour les gens affligés d'écrouelles qu'un Espagnol bâtit à côté.

Quand on adopta le rit romain, et que l'évêque était accompagné à l'autel de prêtres concélébrants, appelés Cardinaux, le curé de Saint-Gervais fut le premier choisi pour cet office. A certains jours, Saint-Gervais devait aux chanoines de Notre-Dame, l'offrande d'un troupeau de moutons, et aux enfants de chœur de la cathédrale, le don de paniers de cerises.

Saint- Jean en Grève dépendait de Saint-Gervais, comme Saint-Gervais dépendait de Notre-Dame. Son hommage consistait à prendre à sa charge plusieurs des redevances de la paroisse principale, et à venir

le jour des morts en procession au cimetière Saint- Gervais.

Près l'hôpital des bomies femmes de la chapelle Haudri, était Saint-Séveriii , célèbre par le culte qu'on y avait longtemps rendu à Saint-Martin. Des fers de chevaux, en grand nombre, étaient cloués à sa porte, et c'était un usage général, pour préserver d'accident un palefroi, de le marquer avec la clef de la chapelle Saint-Martin.

Sous le portail de la même église , on voyait la place des deux lions de pierre , entre lesquels était le siège de justice de l'archiprêtre de Saint- Séverin.

Ici près sont les Chartreux; leur église fût trèsfréquentée en temps d'orage, car les reliques de sainte Mathie et de saint Savinien , placées au haut de la flèche, préservaient du tonnerre; et ce sont là les plus précieuses reliques du couvent, celles que l'on nomme chaque année les premières, quand on en lit à la Toussaint le catalogue solennel.

Près de Gentilly sur le territoire de Saint-Marcel, et le long de la Bièvre, est l ancienne maison de plaisance des évéques de Paris, délaissée pour Saint-Cloud et plus tard pour Conflans.

L'église dédiée au Benoist Sire Dieu, devenue par corruption Saint-Benoît, avait pour démembrement Notre-Dame des Champs, bâtie sur la Tombisoire ; c'était là, disaient les romans du xii'' siècle, qu'un

géant du nom (Visoré tué par saint Guillaume, avait été inhumé.

Sainte-Madeleine était la paroisse de la Confrérie des Marchands, la Grande Confrérie, dont firent partie, la reine Blanche, Louis XI, et la plupart des grands seigneurs de sa cour. Saint-Elie7ine avait le privilège de voir le chancelier donner le bonnet aux maitres-èsarts de l'Université. Son rédusoir était si renommé, qu'il y avait toujours, à la mort de chaque récluse, plusieurs pieuses personnes qui briguaient sa succession.

Saint-Germain des Prés jouit du droit immémorial d'avoir des aubes parées comme celles des cathédrales, c'est-à-dire garnies au collet, dans le bas et aux poignets, d'étoffes précieuses de tout genre.

Saint-Corne et Saint-Sidjnce qui se disputaient la juridiction sur le Luxembourg, dans un procès qui dura trente ans, Saint-Paul fondé par les tondeurs et fouleurs de drap, sont les principaux démembrements de Saint-Germain.

Nous ne finirions pas, si nous tentions de rappeler les usages particuliers de chaque église, les souvenirs qui s'y rattachent, les prétentions de juridiction et de dépendance qu'elles avaient les unes sur les autres. Et pourtant, au milieu de ces églises, basiliques, collégiales, chapelles, chapellenies, entre cet inextricable dédale de coutumes, de services, de redevances régnait un ordre étonnant , une logique profonde , une union parfaite, que l'esprit habitué à la régularité

simple et froide de l'administration moderne, a peine à concevoir !

Il y avait plus de vingt-sept ans que François de Gondi occupait le siège de Paris (1649), quand éclatèrent ces troubles provoqués par une question d'impôt, renouvelés par une question d'intrigue, que le peuple et l'histoire ont appelés la Fronde.

Les impôts étaient écrasants, il s'était formé une classe " les donneurs cVai'is » dont l'unique occupation consistait à en créer de nouveaux. On empruntait sur leur produit présumé, et le meilleur surintendant était celui qui avait le plus de crédit parmi les traitants.

Le parlement longtemps ménagé, attaqué à la tin, résista, la guerre fut déclarée au ministre, la Fronde naquit

Une moitié de Paris composait et imprimait des pamphlets que l'autre achetait.

On vendait des gravures représentant les députés du Parlement, allant à Saint-Germain , Guillot en avant. Pierrot au milieu, Robar à droite et la Grand Margot à gauche. . . .

On faisait circuler des triolets dans le goût de celui-ci sur Mazarin :

Infâme, impertinent, ingrat, Tygre, testu, tyran et traître, Fourbe, faquin, fantasque, fat, Infâme, impertinent, ingrat, Ribaut, Rodomont, renégat Meschant enfin par toute lettre.

Infâme, impertinent, ingrat, Tygre, testu, tyran et traître...

Chaque parti, chaque seigneur eut dans sa maison des pamphlétaires à ses gages. La satyre des satyres, le Nœud de Vaffaire, le Courtisan désintéressé, le Royal au Mazarin, le Tu aiitem, Y Exorciste de la Reine, VAnatomie de la 2:}olitiqiie du coadjuteur, VAxtolypse de VEtat, la Calotte de Mazarin renversée, la Vérité p7^ononçant ses oracles sans flatterie, le Sce^ttre de France en quenouille, etc., etc., chaque jour en voyait paraître plusieurs, et on en compta 4000 en trois ans.

Cependant la famine régnait à Paris, le blé était rare, les meuniers exigeaient huit et dix livres tournois pour la mouture d'un sac de blé ; des milliers de pauvres étaient morts de faim. On avait accueilli avec enthousiasme l'idée du sieur Alassin, bourgeois de Paris, qui avait pris des lettres patentes pour la vente à\\ grand pain bourgeois, leqtiel aurait été distribué au poids, en échange du blé, - pour la commodité et soulagement, tant des simples bourgeois que des maisons de condition. -

L'archevêque, que la grande situation de son siège

avait entraîné à faire beaucoup de dépenses, qui avait eu musique et grand équipage, en retrancha beaucoup et rompit sa musique. Comme ceux de sa maison, il avait le goût de la représentation, et s'était laissé entraîner si loin dans cette voie, que ses revenus n'y avaient point suffi.

En présence de la misère de son peuple, il réduisit sa vie, paya ses dettes et se trouva encore à la tête de cent mille livres de rente, dont il fit aumône pour la plus grande part.

Il organisa en même temps les secours et chercha les moyens de secourir la misère.

« Suivant les temps et les lieux, disait le rapport qui lui fut adressé à ce sujet, on peut se servir utilement d'une manière de potage, ainsi qu'on l'a pratiqué à Paris et dans les faubourgs, il y a quelques années; la dépense de chaque portion que l'on donnait chaque jour à chaque pauvre, ne revenait pas à plus d'un sol ou environ. «^

A la suite de ce rapport, M. de Paris fit établir dans toutes les paroisses, des marmites pour distribuer la soupe aux pauvres, il en fut donné à plus de 12,000; les prêtres, et particulièrement les jésuites, se multipliaient, se privaient de tout, et vendaient même des ornements et des vases d'autel.

L'archevêque dirigeait l'œuvre de secours et de consolation ; on lit dans le règlement qu'il publia à cette occasion, et dans le mandement adressé aux prêtres de la capitale :

- Pour les ecclésiastiques, tout est superflu, hors le dernier nécessaire, r Nous ne croyons pas que le prélat fût indigne des éloges qu'on faisait de lui après sa mort, quand on en disait : « Pouvait-il mieux témoigner son amour envers ses peuples, que de sortir de son carrosse aussitôt qu'il rencontrait quelques pauvres, blessés ou gisant de faiblesse, dans le creux d'un fossé ou à l'ombre d'une haie , pour aller les consoler et les confesser lui-même, les embrassant comme ses frères, les exhortant comme ses enfants et les excitant à des larmes de contrition par l'abondance des siennes. -

En peu de mois, le nombre des pauvres secourus fut porté de 12 à 15,000 ; et les besoins augmentaient à chaque instant. Il sera facile de se faire une idée de la misère publique, quand on saura que la chair des chevaux tués au combat du faubourg Saint-Antoine se vendait dix sous la livre.

C'est peut-être là un côté trop obscur de la guerre de la Fronde, et que les historiens ont médiocrement fouillé.

Durant trois ans, en eifet, le pouvoir religieux fut seul à chercher les moyens de soulager le peuple, et à s'occuper de l'assistance des pauvres. Ces préoccupations ne faisaient pas négliger à Gondi d'appeler sur sa ville les bénédictions du Ciel.

Il ordonna des processions solennelles, et le jour même où Féret, son vicaire général, entrait dans la

Grande-Chambre pour prendre les ordres du parlement sur la procession, les enquêtes venaient demander qu'on s'occupât de parfaire les 50,000 écus pour l'assassinat de Mazarin.

« Nous sommes aujourd'hui en dévotion de fête double, disait ironiquement un conseiller, nous ordonnons des processions et nous travaillons à faire assassiner un cardinal. -

Gondi se souvint toujours des temps mauvais qu'il dut traverser, et où il eut le bon esprit de jouer son rôle d'évêque, quand son neveu le coadjuteur jouait le rôle d'un Catilina au petit pied.

Son seul luxe était Noisy et Saint-Cloud, deux maisons de plaisance qu'il entretenait ; quant à son train de vie, il se traitait si mal, qu'il n'eût osé donner à dîner à personne sans être averti.

François de Gondi mourut à soixante-dix ans, en 1654. Il avait rédigé lui-même cette épitaphe : « Ci-git le cœur de J. F. de Gondi, premier archevêque de Paris, qui ayant gouverné trente-deux années très-indignement un monde de peuples, le prie instamment de le vouloir fouler aux pieds à l'entrée de ce saint et sacré lieu, et de se souvenir en ses prières de ses nécessités et souffrances, pour obtenir, de l'infinie miséricorde de Dieu, la paix et le repos éternel de son âme. r

On fit son oraison funèbre, comme de raison, mais ce morceau est si plat et si insignifiant qu'il ne s'y trouve aucune pensée, aucun détail, do nature à nous

faire connaître l'homme, à nous faire apprécier 1 evêque. On en peut juger :

- Si le panégyrique, disait-on, est ordinairement appelé recueil des plus grands orateurs, il faut nécessairement que l'oraison funèbre en soit le naufrage, pour ce que s'il est difficile à l'homme de louer l'homme pendant sa vie, il est sans doute beaucoup plus dangereux de le louer immédiatement après sa mort. Car, comme on ne loue communément que les personnes élevées en dignité, leur crédit autorise assez le panégyriste quoi qu'il dise; mais aussitôt après la mort, ceux qui paraissaient les plus échauffés à leur gloire, sont tout de glace. -

Et plus loin :

- Bien qu'il n'ait pu visiter son diocèse, à cause de sa santé, il n'a pas laissé de garder presque toujours sa

résidence à Paris Paris, quand tu voudras faire

comparaison de ton bonheur avec tant de diocèses si longtemps désolés par la mort ou par l'absence de leurs pasteurs, tu ne pourras conclure autre chose, sinon que tu es le peuple le plus favorisé de Dieu. «

L'œuvre du troisième Gondi fut de deux sortes : création de couvents, administration du diocèse. Il fit des ordonnances sur le catéchisme, l'absolution, le refus des sacrements, les fiançailles et le mariage. Un usage détestable commençait à s'introduire : c'était celui de déclarer en présence d'un prêtre et de témoins, malgré les oppositions, malgré les formalités usitées

en pareil cas, que l'on engageait sa foi et que l'on se prenait en mariage.

Il y remédia , en prononçant l'excommunication majeure contre quiconque oserait contracter, même en présence de son propre curé et de témoins, sans aucune des cérémonies que l'Eglise observe pour la célébration du mariage.

Il s'appliqua aussi de tout son pouvoir à la fondation des couvents, des maisons d'éducation, des établissements hospitaliers de tout genre. Sous son épiscopat, les Visitandines vinrent s'établir au faubourg vSaint- Jacques sous la conduite de Françoise de Chantai, les Annonciades Bleues vinrent de Nancy à la demande de la marquise de Verneuil. Il approuva l'établissement des Feuillantines, installa les Petits-Pères au faubourg Montmartre, autorisa la translation à Paris des religieuses de Port-Royal,

Plus tard , on le voit favoriser les Pères de la doctrine chrétienne, institués par César de Bus, les prêtres de la Mission qui s'agrandissent, les Barnabites, les religieuses de Sainte-Catherine de Sienne. Il contribue à la création du monastère des Feuillants, de celui des Clarisses, des prêtres du Calvaire et des capucins du Marais. Enfin, il confie à saint Vincent de Paul la direction des Sœurs grises servantes des pauvres ou Filles de la Charité.

On ne saurait prétendre que Gondi ait été un grand homme, mais il convient de dire, que principalement dans la seconde partie de son pontificat, ce fut un excellent archevêque.

Les circonstances ne lui étaient point favorables, et il ne sut pas profiter de l'occasion qu'un autre y eût rencontrée. Gondi était bien fait, il avait de l'esprit, il disait bien et aimait à parler. Mais c'était dans le particulier, car en public il était toujours muet comme un poisson.

On le disait peu instruit, et on lui a reproché de n'avoir point su le latin; ce sont là fables pures. Le fond de son caractère était un désir immense d'avoir de l'importance et une profonde timidité qui l'empêchait d'en prendre jamais. . . .

Son neveu, le cardinal, essaie un jour de l'envoyer au parlement et de le mettre en avant ; il le va trouver un matin, le presse, le pousse, le décide à se lever, et s'en va lui disant qu'il compte sur lui et qu'il y va de l'intérêt du roi.

Après le départ de Retz, l'archevêque réfléchit, se trouble et se remet au lit, d'où tous les rois et reines du monde ne l'auraient pas fait sortir de quinze jours.

Par-dessus tout il était jaloux de son neveu, il le blâmait, l'enviait et le redoutait —

Un jour, en descendant de carrosse, il voulut s'appuyer sur Ménage, et se laissa tomber...

— Ali ! dit-il, de quoi m'avisé-je de vouloir m'appuyer sur un homme qui est mon coadjuteur !

Le coadjuteur, de son côté, ne faisait pas grand état de son oncle et n'en parle dans ses Mémoires que comme d'un homme de peu de sens et n'ayant pas droit le peu qu'il avait

François de Gondi se trouva venir à Notre-Dame à peu près au même moment où Richelieu venait au Louvre, il ne parvint qu'avec peine à garder son siège, dont le ministre voulut plus d'une fois le forcer à se démettre; il se faisait petit et inoifensif. De Richelieu, il passa à Mazarin qui n'était pas moins dominateur, et de plus, il eut chez lui son neveu qui était des plus envahissants.

Entre le cardinal de Richelieu, le cardinal Mazarin, le cardinal de Retz, l'archevêque de Paris fut comme comprimé et annihilé. Il parut d'autant plus petit que les événements étaient plus importants, et fut écrasé par sa position, faute de pouvoir ou de savoir la dominer.

L'histoire n'en parle pas ou n'en parle qu'avec dédain. Mais le diocèse et la religion lui doivent savoir gré de n'avoir point cédé à la maladie d'intrigue dont les meilleurs ont été atteints durant la Fronde. Dans les dernières années de sa vie, on racontait de lui des traits qui ne laissent pas que d'être surprenants et édifiants, témoin celui-ci :

Un pauvre diable qu'on allait pendre à Saint-Cloud, voulut avoir la bénédiction de l'archevêque, seigneur du lieu. Par hasard, il y était alors, on le mène à Gondi, il se jette à ses genoux et lui demande la vie :

— Je ne puis, dit l'archevêque, mais je te donne ma bénédiction.

Le malheureux est enlevé dans les airs, mais la potence se rompt et le peuple le sauve !

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