Les évêques et la propagande de l'Action catholique [microforme]
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Olivar Asselin
(Pour faire suite à une brochure de 82 pages, de même format, sur “l'Action Catholique les évêques et la guerre”.)
© En vente chez l'auteur et chez les principaux libraires.—Dix sous l'exemplaire, $1.00 la douzaine, $7.50 le cent, plus un sou l'exemplaire pour frais de port.
Prix particuliers pour les libraires.
Montréal, novembre 1915
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(Pour faire suite à une brochure de 82 pages, de même format, sur “l'Action Catholique, les évêques et la guerre’”’.)
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res.—Dix sous l'exemplaite, $1.00 la douzaine, $7.50 le cent, plus un sou l'exemplaire pour frais de port.
Prix particuliers pour les libraires.
Montréal, novembre 1915
Avertissement
Quand je portai mes premiers coups à l'Action catholique, il n’entrait nullemr-« dans mes intentions de lui consacrer 1»
moitié d’un in-12 de trois cents pages. Il suffit de lire mes articles sur “l'Action ca-; tholique, les évêques et la guerre” pour voir que, tout en y discutant à fond la préten-lue autorité dogmatique des évêques touchant notre participation à la g-'erre, je n'ai pas eu la prétention d'y réfuter tous les sophismes mis en circulation jusque-là par ce journal. J'étais parti avec l'idée d’un ou deux articles. Les développements de la lutte en ont d’abord exigé quatre — les quatre que j'ai réédités en une première brochure. Au moment où j'allais tirer ma dernière cartouche avec un unique article sur les procédés de propagande de l'Action catholique, l'organe de l’archevêché de Québec, convaincu sans doute que je n’aurais ni le temps ni la patience de répliquer, crut pouvoir à la fois me convaincre d’exagération et se dégager, par une “mise au point” où elle présentait sa campagne impéruliste sous le jour le plus inoffensif.
Elle disait en effet le 10 octobre:
Le gouvernement légitime du Canada ayant décidé que le concours que nous de-
vions donner à l'Angleterre devait consister en hommes et en argent, nous avons cru que ce mode d'accomplir nos obligations envers la métropole. mode déterminé por l'autorité compétente, qui seule pouvait en juger en pleine connaissance, ne répugnait ni au droit naturel. ni au droit constitutionnel, que personne n’a démontré avoir été violé en cette circonstance par le parlement du Canada.
Telle a été notre attitude, et telle elle serait encore si nous avions aujourd’hui à la prendre.
Ce coup d’audace m'’imposait l'obligation de montrer par le détail ce qu'avait véritablement été l'attitude. de l'Action catholique depuis août 1914. C'est ce que j'ai fait, en attachant cette fois plus d’importance à la complicité manifeste de l’archevêque de Québec et probablement de ses suffragants. Comme je crois avoir produit cette fois encore de Ja belle ouvrage, et que je tiens à m'en assurer le mérite devant les générations futures, je m'empresse d’ajouter cette brochure à la première. Elle se vendra le même prix, et j'espère qu'elle n'aura pas auprès des partisans de la liberté de parole un moindre succès.
Montréal, 8 novembre 1914.
ET
Les évêques ot la propagande de l'“Action Catholique”
(De l'Action du 24 octobre 1915) Ainsi donc, “le SOuvernement légitime
FAction catholique “a oru que ce mode d'ac- Complir nos obligations envers fa métropole, mode déterminé par J'autorité compétente, qui seule pouvait en juger avec plei-
sonne n'a démontré avoir été violé en cette
par le parlement du Canada”,
“Teflle a été” l'attitude de l'Action catho-
lique, “et telle elle serait encore” ‘si eflle avait “aujourd’hui à la prendre” (1).
En d'autres termes, d'Action catholique
aurait bien pu — comme tant d'autres, hé-
es
(1) De l'Action catholique du 5 octobre, sous Îe titre de “Simple mise au point”.
Ne
las! — s'insirger contre ‘l'autorité lgitime”. Elle a préféré s’y soumettre, parce qu’il ne (ui paraissait pas que l'envoi dè troupes en Europe füt un de ces abus de la puissance civile auxquels (les théologiens enseignient qu'il est permis de résister par les armes. Pour un peu elle affirmierait qu’elle n’a acoepté la politique mititaire du cabinet Borden qu’à son conps défendant, comme on se soumet à une tyrannie inévitable, qu'on a le droit d’exicrer, mais qui a pour elle le droît du plus fort. Faut-il qu’on soit mauvaise langue, que surtout on- en veuille à N’Eglise, pour oser prétendne que ce qu'elle a voulu prouver c'est non pas que je gouvernement canadien pouvait envoyer des troupes sans violer le droît naturel—ce que personne n'a jamais contesté, — mais qu’il ne pouvait pas ne pas en envoyer sans violer ce même droit naturel, — ce qui n’est pas tout à fat la même chose, et ce qui est même à peu près tout le contraïre
Or, le 11 septembre 1914, l’abbé D’Amours, directeur de (Action catholique, alors appeée Action sociale, écrivait :
Notre devoir national ne peut être étudié et connu gu'en fonction des droits de souveraineté possédés par l'Angleterre sur le Canada, qu'en fonction aussi des conditions et des nécessités de notre conservation na-
mn
tionale... Antérieurement à notre consentement comme peuple, et même indébendamment de ce consentement, nous avons des devoirs envers l'Angleterre, comme elle a des droits sur nous. Ces droits et ces devoirs sont antérieurs et supérieurs même à la constitution qui nous régit... *
Au point de vue du droit constitutionnel comme du droit naturel, il nous appartient certes pour une part d’avoir voix aux Conseils où l’on détermine l'étendue de ces droits et de ces devoirs corrélatifs (droits de la métropole, devoirs de la colonie), Mais notre admission aux délibérations ne beut ni ne doit faire oublier les droits qu'exerce chez nous, tout à fait légitimement, la Couronne britannique. .
. Notre loyauté envers l'Angleterre repose Sur un devoir rigoureux, le devoir d’obéir aux puissances établies par Dieu Dour gouverner la société. Notre obéissance au pouvoir établi est un devoir de notre religion, une vertu de notre foi.
Ce serait une grave erreur, au. point de vue du droit naturel, qui l'emporte sur tous les autres droits, que de dire que nous n’avons d'obligations que celles sur lesquelles nous aurions été appelé à délivérer dans nos assemblées et dans nos parlements.
Et le 14 septembre 1914:
Pour ne pas parler de la question de notre
intérêt, sur lequel nous reviendrons, et sans discuter si oui ou non notre constitution nos oblige à prendre part au présent conflit, nous croyons que le Canada, partie intégrante de l'empire britannique, dont il n’a pas raison de vouloir se séparer, est bien moralement obligé d'aider et de soutenir la métropole dans le conflit actuel.
Quelle doit être cette aide efficace? Elle doit être raisonnable, certes, mais ! semble bien que c’est à la métropole de la déterminer, puisqu'elle est juge, en dernier ressort, de l'étenque de ses besoins et de ses moyens, puisque c’est à elle qu'appartient l'autorité de la souveraineté, la se enr des intérêts généraux de tout l'empire.
Quelle doit être la mesure de ce un) Elle doit être celle que réclame la nécessité de vaincre. Et de cette mesure, en droit comme en fait, ce qui ne comporte pas la nécessité d'abuser, l'Angleterre est juge en dernier ressort, puisque c’est à elle que revient, avec la charge de défendre l'empire, l'autorité nécessaire pour accomplir cette grande tâche.
Et le 16 septembre 1914:
Notre devoir de loyauté envers la Couronn- britannique exige que nous aidions
effectivement l'Angleterre dans la présente . guerre, selon nos ressources, selon aussi
se Eee
les besoins et les nécessités de l'empire, dont la métropole est juge en dernier ressort.
Et le 24 septembre 1914 :
L'amour de la patrie et le dévouement à ses intérêts sont aussi des devoirs, et ils vont aussi plus loin que la simple obéissance aux lois et aux ordres du souverain.
Pour nous, nous tenons que le droit naturel existe réellement et pratiquement en dehors et au-dessus du droit positif. Nous affirmons que nos devoirs et envers la pa- .frie canadienne et envers la patrie britannique ou anglaise, ne sont pas nécessairement limités à l'obéissance aux constitutions et aux lois positives, qui nous régissent habituellement. Dans les très graves circonstances présentes, nous tenons pour certain, faisant abstraction des obligations qui résultent ou peuvent résulter des constitutions et des lois positives, que nous avons obligation morale d’aider effectivement l'Angleterre, selon ses besoins et selon nos moyens, dans les limites que l'autorité légitime a le droit de déterminer.
Tout cela était dirigé contre ceux qui miaient d'obligation constitutonnelle où mo-
er.
L'abbé D'Amours cherche aujourd’hui à faire croire que par l'autorité légitime à entendait añors ie partement canadien, Nous |
ET
demandons à tout homme qui saït dire si tels étaient, bien Île sens et la portée de ses articles des 11, 14, 16 et 24 septembre 1914; 8 au contraire l'autorité légitime, à odtte époque, ce n'était pas pour lui le souverain anglais, agissant par lui-même, de droit divin, Sans consulter les représentants attitrés de ses sujets.
Dès cette époque les leçons de droit naturel de l'abbé D'Amours n’allaient pas comme sur des roulettes. Il y eut un collaborateur du Devoir qui, avec une dépense un peu fonte de munitions scollasticothéologiques, remit tant bien que mal les chos:: au point. Il vint aussi des protestation:, tout au moins des murmures, d'un pays qui s'appelle Rimouski, où it y a de bons tLéologiens et où on connaît notre escobar “dans les coins” pour l'avoir pratiqué.
Le directeur de l'Action sociale crut se tirer d'affaine par deux subtarfuges.
Le 16 septembre, fui dont toute la cam- Pagne n’avaït pas de sens, si elle ne tenait pas à justifier l'envoi de troupes en Europe, et d'autant de troupes que l'Angileterre pourraït en exiger sans venser dans cette tyrannie extrème qui équivaut vintuellement à (l'assassinat et qui seule, aw regard des théologiens de l’école D'Amours, autorise da révoite —le 16 séptemibre, il répon-
dait sans broncher au théologien du Devoir :
En aucune ligne, ni aucune bhrase de nos articles nous n'avons dit qu'il nous faut participer à la guerre même actuelle, “en hommes et en argent’. Nous avons affirmé notre devoir d'aider efficacement l'Angleterre selon ses besoins et selon nos moyens, mais dans aucune partie de nos articles nous n'avons déterminé de quelle manière spécifique cette aide devait être fournie.
Le 23 septembre, lui qui avait sorti tout son bataclan théologique potir établir le droit “naturd” de l'Angleterre de nou saigner jusqu'à La mont excluaivement pour toutes ses guerres, elle à i à l'appui de sa thèse... devinez quoi ? — Le don de quelques milliers de fromages à l’Angfeterre par M. Gouin!!!
Ecoutez-moi ça, je vous prie:
Rien que nous sachions ne prescrit dans le droit constitutionnel de nos provinces d'envoyer des secours à l'Angleterre. Cebendani les gouvernements provinciaux, quelques-uns même sans consulter les chambres, et par conséquent en passant à côté du droit constitutionnel ou même par-dessus, Sans que le peuple ni aucune autorité socidle n'ait protesté, et même avec lapprobation unanime de tous, ont cru de leur
devoir d'appuyer la mère-patrie de secours effectifs, qu'ils se sont hôtés d'expédier” Tous ont donc cru qu'il y avait présentement pour eux un devoir, et ils se sont empressés de laccomplir.
Ce devoir est-il prescrit par notre droit constitutionnel? Nous ne le croyons pas.
Est-il prescrit par le droit naturel qui veut que les citoyens aiment, défendent et secourent leur pays, sans s’en tenir au stricte devoir d’obéir à la loi positive? Nous le croyons. |
On ne peut donc pas dire ni laisser entendre que la constitution est Papplication de tout le droit naturel, ni que celui-ci ne s’étende pas au-delà des limites de celle-là
Mais ces subterfuges, on y avait recours par précaution; ils n’engageaient à rien.
L'abbé D’Amours s’essavait tout simplement une fois de‘plus à dire non après avoir dit oui. Les évêques n'avaient pas encore parlé. On ne savait pas encore s'ils parleraient, En attendant, le plus sûr était de se trouver à avoir dit sur l'expédition militaire canadienne oui «et non presque en même temps.
Les choses ne devaient pas tarder à changer d'aspect.
Le 12 octobre l'Action sociale avait de bonheur de pouvoir publier in extenso un
maniement épiscopal collectif où, parmi d'excellents avis sur da pratique de-la charité en temps de guerre, on sait : |
Nous ne saurions nous le dissimuler: ce conflit, l'un des plus terribles que le monde ait encore vu (sic), ne peut manquer d’avoir sa répercussion sur notre pays. L’Angleterre y est engagée, et qui ne voit que le sort de toutes les parties de lempire se trouvé lié au sort de ses armées? Elle compte à bon droit sur notre concours, et ce CONCOUrS, nous sommes heureux de le dire, lui à êté généreusement offert en hommes et en argent.
Aussitôt notre D’Amours rechange de ton. Il est maintenant à couvert. Il le prend de haut avec ceux dans la crainte ide qui 4 ramipaît la veille. Voyez seulement par vous-même tout ce qu'il y a d’arrogance concentrée, de sourde haine, dans la dernière de ces deux phrases, sifflée plutôt qu'écrite :
Nous ne voyons pas, pour nous, la nécessité ni l'opportunité d'examiner actuellement devant tout le peuple du Canada, si varié d'origines et de sentiments, les probalités d'une guerre entre PAngleterre et la France, ni de représenter cette guerre comme certaine, ni même de supposer :
qu'elle puisse survenir avant dix ans,
SE
Si cette guerre survenait, nous en serions sans doute tous affligés, mais nous trouverions, pour notre part, dans notre histoire, dans la direction de nos évêques passés et présents, dans les prescriptions de la loi naturelle, que tout le monde ne tourne pas en dérision; et dont l'église est la gardienne et l'interprète pour les catholiques, la ligne de conduite que Dieu nous ordonne de suivre, en pareille occurence... (1)
Hein! il ne vous l'envoie pas dire. Si le 16 septembre il écrivait, — ou du moins donnaitià entendre—qu'il ne prêchait pas plus des hommes et de l'argent qu’une autre forme de contribution, c'était pour nous “amuser”. Si le 23 septembre il avait l'air de dire que le gouvernement d'Ottawa satisferait pleiniement aux exigences du droit naturel en offrant à l’An- | gletèrre quelques milliers de caisses de Vitaline (2), c'était pour “se payer notre tête”, pour nois jouer un bon tour. Ce qu'il a toujours pensé, ce qu’il peut maintenant affinmer en brandissant sur nos têtes les foudres pleines de bonnke volonté de Mgr Paul-Eugène Roy et de Mgr Brubhési, c'est que, dans une question comme la participa-
(1) Numéro du 30 octobre.
(2) Réminiscence de la guerre sud-afri-
tion du Canada aux guerres extérieures de l'Anglctenre, es catholiques canadiens ne peuvent avoir d'opinion que celle de eus évêques. Il y a même, dans sa manière à lui d'envisager l'éventualité d'une guerre anglo-française, quelque chose de si brutal, de si inhumain, ou de si peu humain, qu’on est tenté de se de’ mander si on trouverait un laïque canadien-français capable de s'exprimer ainsi, sur un tel sujet; si les écrivains qui mettent hons de pair la sécheresse de coeur et la méchanceté de certains hommes d’Eglise n'ont pas un peu raison. Mais Guitrel a enfin (anneau : malheur à qui s'est moqué de ses ambitions... (3) Cette noble France, sur le sort de qui, la veille encore, on versaïit des larmes de tendresse filiale, avec quelle sérénité d'âme on lui marcheraïit sur le corps! Un mot, un si-
(3) Ceux qui voudront lier plus ample Connaissance avec Guitrel, et en même temps connaitre, dans la personne du brave abbé Lantaigne, un autre type de candidat à l’épiscopat, n'auront qu’à lire lOrme du Mail, te Mannequin d’Osier et l'Anneau d'améthyste de M. Anatole France — écrivain peu édifiant sous certains. rapports, mais assez fin observateur du monde con- :
temporain.
gne des évêques, et l'on verra si D’'Aours hésitera à prècher la croisade con:
tre un pays d'où nous sommes issus, que nous devons aimer, maïs dont la seule survivance est un défi au Ciel.
Il rougira bientôt de cet accès de rage, qui est surtout une maladresse. Peu à peu, pour se donner l'air d'interpréter le sait esprit, il ne prendra même plus la peine de discuter avec ces mécréants de nationalistes. Un libéral-nationaliste dont l'irrévérence ressemble fort à celle d’Armand Lavergne a osé, paraît-il, lui écrire :
“Prière de nous ficher la paix avec votre droit natürel.'” Vous ou moi, nous aurions compris par là que le droit naturel pouvait être chose très respectable, mais que le caswiste de l'Action saciale s'en ser- . vait à tort et à travers. Lui, il feint de croire que l’autre a blasphémé: Ilse compose une physionomie de grand-vicaire, il emprunte aux évêques leur ton et leur style, et il dit (1): |
Un libéral-nationaliste. nous écrit entre autres aménités où éclatent son libéra- Bisme et son nationalisme: “Prière de nous ficher la paix avec votre droit näturel” : :
Nous tenons pour certain que ce pauvre
(1) 5 février 1915.
homme-là à cru faire acte de force intellectuelle et de bravoure morale, en nous offrant ainsi gratuitement un spécimen de son ignorance. Sait-il, lui, que (a oi naturelie, d'après S. Thomas, est la participation de la loi éternelle dans les créatures raisonnables ? "
Sait-il, lui, que les plaisanteries que certaines gens se permettent et croient vraiment spirituelles à l'endroit du droit naturel touchent, avec une étourderie que l'ignorance n'excuse que partiellement, : aux fondements mêmes de la morale privée et publique? Sait-il, lui, que l'autorité du législateur et de tout gouvernement leur est conférée en vertu du droit naturel, qui est ‘antérieur et supérieur à tout autre droit?
Sait-4l que la loi naturelle, dont il plaisante, n'a pour adversaires que les destruc- ‘teurs de la morale publique et privée?
Voilà ce que le faquin appelle aujourd'hui “ne pas s'opposer” à une politique qui “ne répugnke pas au droit naturel ni au droit constitutionnel”.
On vient de le voir, il a, dans dix articles différents, représenté l’envoi de troupes en-Europe comme une obligation imorale supérieure à toute prescription constitutionnélle. A dix reprises différentes, Ï à dit et répété, de la façon (a plus ex-
plicite, la plus catégorique, que : c'était méconnaitre la loi naturelle, la voix mème de Dieu, que de désapprouver cœt acte.
Et subitement, tout d’un coup, comme ça, œæ trouve qu'il n'a rien dit, à ce n'est cette chose éminemment simple, éminemment raisonnable, que le Souvernement canadien wa violé ni ie droit naturel ni le droit constitutionnel en offrant des troupes à l'Angleterre.
Mais, au fait, nous nous sommes peutétre trompés, nos yeux périssables nous ont peut-être induits en erreur. Relisons * relisons plutôt ce curieux et éloquent échantillon de journalisme “catholique” :
Or, donc,—écrivait le 5 octobre 1915 l’4ction catholique, — Je Gouvernement légitime du Canada ayant décidé que le concours que nous devions donner à l'Angieterre devait consister en hommes et en argent, nous avons Cru que ce mode d'accomplir nos o-
igati envers la métropole, mode déterminé par l'autorité compétente, qui seule pouvait en juger en Pleine connaissance, ne répugnait ni au droit naturel ni au droit constitutionnel, que personne n’a démontré avoir..été violé en cette circonstance par le parlement du Conade. S 1gt
Telle a été notre attibude, et felle elle serait encore si nous avions aujourd'hui à a prendre.
‘Le faquin a sans doute voulu dire:
“Telle ne fut pas notre attitude, et telle elle serait si nous avions aujourd'hui à la prendre.”
Nous le comprenons entre les lignes.
Et nous le croyons sans peine.
Avant toutelois de le laisser passer au nationalisme (il en est capable), je veux, pour l'inciter au ferme propos, lui montrer sans atténuation, en ami, ce qu'il fut véritablement durant ces quinze derniers mois. Je veux lui prouver que non seulement au sujet de nos devoirs militaires :nvers l'Angleterre, mais dans la plupart des questions politiques qui ont tenu la scène, il a fait, olus en grand et au risque de conséquences :
plus graves, comme ce curé de ma peroisse natale qui prétait des oripezux fanés de sa modeste église pour les triomphes de sir Hector Langevin.
Alors—et alors seulement— je reviendrai aux évêques pour leur demander compte Ju patronage officiel qu'ils permettent que certains d’entre eux accortient à d'Action catholique.
Et alors seulement—mais alors— je lui permettrai à Jui, (le menteur, à fui te fourbe, sinon de changer son fusil d'épaule, — puisque les gens de son espèce, prêtres ou laïques, D'Amours ou Tartes, prêchent 1a
: r démdin soh gousälon,
Car ilwy a si bon ami dont il ne faille à la fin se séparer, comme disait le few roi Dagobert en jetant son chien par la fené-
tre. i |
(De l'Action du 30 octobre)
Un journaliste catholique peut voir des intérêts religieux où il n’y en a pas, où nul du moins n'est tenu d'en voir. De même il peut croire que le côté moral que présente toute guerre autorise les évêques, comme gardiens de la morale, à se prononcer pour le compte des catholiques en ce qui atrait au devoir militaire. Dans les deux cas il se trompera déplorablement, mais dans les deux cas aussi il aura au moins l’excuse de faire — peu importe combien mal — son métier de journaliste catholique; dans les deux cas son excès de zèle ne suffira pas par lui-même à faire douter de sa bonne foi. Au contraire, dès que là sauce politique se mêle à la sauce théologique, je prends pour acquis qu’on sait très bien ce qu’on tente de me faire avaler ; tout de suite je flaire, sous la robe, l'éternel Scapin,
Puisque l'Action catholique faisait tant que de mettre là théologie au service de l'impérialisme militaire, le moins qu'on pouvait exiger d'elle, c'était de ne pas mêler les arguments politiques aux théologiques. La métropole tient de Dieu le droit de lever au Canada autant de troupes que nous pouvons en fournir :
c'est clair, c’est net, c’est catégorique. Quel besoin “l'organe de Son Eminence le cardinal Bégin” — comme dit la Patrie — at-il ensuite d'étayer sa thèse sur les arguments qui traînent depuis un an dans les journaux impérialistes à tant du pouce carré? Par exemple, à quelle fin, dans quel but, pourquoi — oui, pourquoi? — agrémente-t-il de considérations comme celles-ci cet article du 16 septembre où il pose en principe le droit divin du gouvernement anglais en matière militaire :
Il n'est pas juste ni logique, pour quiconque veut examiner l'ensemble des intérêts canadiens et les voir sous tout leur vrai jour, de les considérer comme séparés de ceux de l'Angleterre auxquels ils sont liés.
Il est certes bon de travailler à promouvoir les intérêts du Canada, et c’est contribuer directement encore que partiellement au bien de l'empire britannique, que de contribuer à celui du Canada: mais il faut rester tout de même dans le domaine des
réalités, ct voir aussi que ce qui diminuerait l& force et la richesse de l'empire britannique diminuerait aussi nécessairement la force et la richesse du Canada, partie intégrante de cet empire...
Ainsi que la flotte allemande fût assez forte aujourd'hui pour passer à travers de la flotte anglaise et pour réduire le commerce britannique au rôle assez précaire où la flotte anglaise a réduit le commerce allemand; qu'une escadre allemande pât fermer l'entrée du golfe, débarquer des troupes chez nous; venir bombarder Québec et même Montréal, que deviendrait notre sort avec une Angleterre dominuée ow vaincue?
Il sera trop tard pour nous défendre chez nous, lorsque l'attaque aura pu être portée ici; et nous devons savoir que la protection de la doctrine de Monroe, si elle veut, à condition de le pouvoir, empêcher toute conquête. européenne en territoire américain, ne s'opposerait pas aux faits de Querre transitoires, du genre de ceux commis en Belgique.
C’est ün inconvénient d'avoir à subir les conséquences des guerres où l'Angleterre S8 trouve engagée; mais qui peut dire quel inconvénient ce pourrait être pour nous d’étre engagés dans une querre sans l'appui et la protection de l'Angleterre?
. Ce plaidoyer se réduit en somme aux
Propositions suivantes :
1° Les intérêts économiques du Canada (la force et la richesse) sont identiques à ceux de l'Angleterre :
2° Les intérêts militaires du Canada (la force) sont identiques à ceux de l’Angleterre:;
3° Le moyen de protéger le Canada, ce n'est pas de préparer la üéfense de nos côtes et de nos frontières, c’est de mettre nos ressources à la dispositions de l'Angleterre Pour la guerre européenne ;
4° La doctrine de Monroe “ne s’opposerait pas aux faits de guerre transituire du genre de ceux commis en Belgique” :
5° L’appui et la protection que nous donnent l’Angleterre compensent l’inconvétient qu'il y a pour nous “à subir les conséquences des guerres où l'Angleterre est engagée”.
De ces propositions, la première est manifestement fausse, toutes les autres sont plus que contestables. Même la quatrième n'est devenue plausible qu'en ces derniers temps, et pour deux raisons étrangères à la volonté du peuple américain, qui sont : d’une part l’imbécilité, . l’impotence, montrée par l'Angleterre depuis le commencement de la guerre; d'autre part, l’imbécilité non
nr x “HA
moins grande de notre Pays, qui pouvant
mettre sur pied de guerre deux ou trois cent. mille hommes, et ayant tout le temps voulu pour fortifier ses ports, a préféré abandonner ses hommes et son argent à l'imbécile gouvernement anglais, plutôt que de s’apprêter à seconder une vigoureuse intervention du monroïsme.
Mais plausibles ou non, nul ne peut me forcer à y souscrire, car elles sont d’un ordre où le jugement de S. E. le cardinal Bégin et de S. G. Mgr Bruchési n’a en soi pas plus de valeur que celui de la plus humble de leurs ouailles. Ce sont, purement et simplement, des opinions politiques. Quoi que dise l'Action catholique, je resterai toujours libre de croire et de dire :
,1° Qu'un pays d’expansion intérieure, comme le Canada, n’a pas les mêmes intérêts économiques qu’un pays d'expansion extérieure, comme la Grande-Bretagne :
2° Que le Canada, du fait qu'il n’a pas de coionies, qu’il n’a pas besoin de colonies, n'a pas dans la guerre actuelle, en face de l'Allemagne, les mêmes intérêts militaires que les boutiquiers anglais, pour qui l’Angleterre a fait toutes ses guerres contem- Poraines et conquis ou volé un cinquième
3" Que le Canada serait ‘aujourd’hui
plus en état de faire face à une attaque allemande, s’il avait, avec le concours assuré de tous ses enfants, organisé sa propre défense, au lieu de mettre toutes ses ressources en hommes et en argent aux ordres d’un gouvernement dont l'inintelligence et l'incapacité n’ont eu d’égal, depuis le commencement de la guerre, que l’aveuglement de ses administrés ;
4°. Que les Américains seraient peutêtre r'1s tentés de Contrecarrer les visées éventuelles de l'Allemagne sur le Canada, si, laissant à son Propre sort cette Angleterre dévorée de cupidité et d’égoïsme, nous avions mieux préparé la défense de notre territoire: TE :
5° Que ni l'Action catholique ni personne ne peut trouver à notre état colonial, au point de vue militaire, aucun avantage qui en compense les inconvénients.
Et si je suis libre de croire tout cela, de Soutenir tout cela, je nie à un journal qui est par essence un organe religieux le droit de mêler les opinions contraires à une thèse théologique qui ne tend rien moins qu’à violenter les consciences.
J ue
L'Action catholique ne s’est pas prononcée seulement sur l'impérialisme militaire, Elle a cru pouvoir. aussi porter jugement
Sur deux questions connexes, dont l’actuàalite, déjà très grande, ira toujours.
grandissante en notre Pays: c'est à savoir la constitution politique de l'empire et l'opposition du principe des nationalités au principe d'autorité dans le gouvernement des petples.
CRC De tous les problèmes qui préoccupent Présentement nos hommes d'Etat, :l m'en est pas de plus grave, ni dont là solution s'annonce plus difficile, que célle des relations futures de la Grandé-Bretagne et de ses coloniés. Au point de vue Canadien, l’envoi de cent mille hommes en Europe, avec les dépenses et les changements fiscaux qu'il entraine, est un problème enfantin comparé à celui-là. -I1 a suffi d’un signe à M.
Borden, à Sam Hughes, à M. Laurier, pour faire voter par. les Chambres une expédition militaire qu’une opinion publique savamment travaillée par la presse impérialiste semblait réclamer à l'unanimité: il faudra plus de réflexion, ce nous semble, et de plus solides qualités d'hommes d’Etat, Pour arrêter les nouvelles conditions d’existence politique des cinq ou six cents mil- Hôns d'hommes qui formient la population de lepirs, Ceité foié M. Borden et M.
Pourront mettre leurs idées en com-
mun sans que personne y trouve à redire:
il n’y en aura PaS trop de leurs deux têtes Pour nous tirer d'affaire, si toutefois il y en a assez.
Ce problème, il se discute depuis plus de quinze ans dans les parlements et dans la Presse. Parmi les Canadiens les plus en vue, les uns veulent le statu quo, les autres un Changement. De quel droit, de quelle autorité l'Action catholique vient-elle s'ingérer dans le débat et prendre fait et cause pour l’une où l’autre thèse? A quelle fin, dans quel but, pourquoi — Oui, pourquoi, — di- Sait-elle dans son édition du Ier février 1915 ‘:
.. L'aide donnée à l'Angleterre par le Canada, le concours actuel du Dominion canadien dans la défense de l'empire britannique Constituent-ils, de droit et de fait, un acheminement vers l'impérialisme? De ce que nous coopérons à la défense de lem- Pire, tout entier menacé et virtuellement atlaqué, s'ensuit-il que nous devions avoir voix délibérante dans les conseils de cet empire, et que nous devions acheter cette Prérogative au Prix du sacrifice partiel. de noîre autonomie actuelle? : 50 Nous ne le croyons pas...
Pour garder un juste milieu entre les im- * périalistes et les Séparatistes, entre l'absolu des autonomistes et celui des impérialistes
dont les extrêmes se touchent, nous avons rappelé l'existence de nos obligations morales d'aider l'Angleterre dans le présent conflit, sans rien changer de nos obligations légales ow constitutionnelles actuelles...
++. Nous voulons le maintien du lieu colonial, dans les conditions où il existe main- lenant, et nous voulons aussi accomplir notre devoir d'aider l'Angleterre dans la présente guerre...
Notre parlement aide librement et spontanément l'Angleterre, sans mettre celle-ci dans la nécessité Dérilleuse, ou de resserrer ou de relâcher les liens qui nous unissent à elle, par conséquent, sans exagérer ni diminuer notre réelle mais partielle autonomie.
Notre parlement en accomplissant librement et spontanément son devoir n'exige nine désire aucune augmentation de droits ou de prérogatives qui comporterait nécessairement une diminution de nos libertés et de notre initiative. Il ne dit pas imprudemment à l'Angleterre si vous voulez. notre aide donnez-nous d’abord une part de votre souveraineté, sachant bien que cette part trop mince et assez fictive de souveraineté parlementariste (sic) n’irait pas sans une dimi- . ution très réelle de nos libertés et de notre ‘ Quionomie présentes.
Nous sommes, nous aussi, opposés à la D —
-Céntralisation politique de l'empire, Autant “Qque-quiconque, nous nous ferons un devoir de combattre tout projet: portant rétrocession réelle de pouvoirs politiques du Canada à l'Angleterre. Mais 1à n’est pas la ques- ‘tion. Il s’agit seulement de savoir si un débat essentiellement politique, touchant l’avenir même du pays, sera préjugé au nom des catholiques canadiens par un journal essentiellement religieux, organe de S. E, le cardinal-archevêque de Québec. Qu'elle s’exsrce pour ou contre nous, pour ou contre M.
Laurier, pour ou contre M. Borden, l’ingé- ‘rence de l'Action catholique ne nous en Paraîtra ni moins déplacée ni moins odieuse.
Tout païtisin du statu quo que nous sommes, il ne nous plaît pas que la doctrine adverse soit condamnée Par une feuille qui ne tire pas de l'intérêt politique canadien, ni même britannique; les motifs de son orientation, et qui demain, Pour un autre chapeau rouge, pourra tout aussi bien prêcher la fédération impériale. Non qu'il nous plaise à nous, comme à Martine, d’être battus :
Car nous tenons piutôt que désormais, au Canada, toute cause Purement politique qui aura ‘approbation officielle de l’épiscopat sera presque à coup sûr perdue: d'avance.
Tout ce:que npus voulons dire, c’est qu’en politique nous n’aimons pas plus les évéques comme alliés que comme adversaires,
et-qu'ils répondront pleinement à nos voeux s'îls daïgnent bien consentir à se mêler de ce qui les regarde. :
Le 9 mars, l'Action catholique, revenant sur la nécessité de son prétendu juste milieu en matière de politique impériale, attaque de front, avec l'impérialisme, ce qu'elle appelle le principe révolutionnaire des nationalités. Laïissons-lui une fois de plus la parole:
Disons bien catégoriquement, pour tous ceux qui ont l'honnêteté et l'intelligence de nous lire avant de nous juger, que nous ne sommes pas plus partisans de l'impérialis-
Ces deux systèmes, faux et funestes l'un et l'autre, en autant qu'ils oublient et contredisent les principes du droit chrétien, en «autant qu'ils sont inspirés par lorgueil d’uhe domination ou d'une émancipation injustifiées, nous répuguent autant l'un que l'autre. Ni l'un ni l'autre n’ont jamais été prônés ni favorisés par la sagesse immuable de l'Eglise.
Comme l'Eglise, en nous inspirant de son esprit qui.suffit à toutes nos aspirations et à doutes n0s revendications, de ses ensei- Gnements qui renferment tous-nos devoirs, nous tenons pour assuré que nous pouvons
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et devc1s reconnaître et accomplir tous nos devoirs envers l'autorité souveraine qui nous régit, sans adopter les exagérations d'un impérialisme trop dominateur, comme nous devons défendre nos droits légitimes et travailler au bien de notre nation, sans verser dans les exagérations d’un nationalisme qui s'inspire de plus en plus du faux principe des nationalités, dont l'origine révolutionnaire n'est que trop connue...
Comme nous avons nos raisons pour ne pas verser dans les faussetés de l'impérialisme, nous avons aussi nos raisons pour ne pas verser dans celles du nationalisme, devenues plus évidentes en ces derniers temps. ù
L'impérialisme britannique est à la fois économique, politique et militaire.
Nous prenons pour acquis que l'Action catholique ne veut pas parler du premier ; que l'organe de S. E. le cardinal-archevéque de Québec ne fait pas dépendre te sort du christianisme de l'adoption ou du rejet d'une nouvelle politique douanière par PAngleterre et ses colonies.
Quant à l'impérialisme politique, comme ses propres partisans n'y ont jamais vu qu'ün moyen de réaliser lPimpérialisme militaire—c'est-à-dire le régime que le Canada & tacitement accepté par som mo- .
de de participation à la guerre actuelle— tout ce que l'Action catholique pourra écrire pour lè dénoncer ne sera que moutarde après le diner, poudre aux yeux, es- Cariotage. Maintenant que le Canada a virtuellement reconnu l'autorité du War Office sur le Canada, il nous importe beaucoup moins que le régime parlementaire de l'empire soit ou non modifié, Il y aurait même, au point de vue militaire, un certain avantage pour le Cauada à connaitre exactement, et le plus tôt possible, l’étendue de ses nouvelles obligations: et parce que cet avantage frappera tout le monde, l'impérialisme politique est dès maintenant assuré de profiter des concessions qu'on aura faites à l’impérialisme militaire, Si quelqu'un, en tout cas, a le droit de s’alarmer à la perspective d'une participation du Canada aux conseils impériaux, ce n’est point, ce ne peut pas être, le journaliste qui fait découler des prérogatives divines du roi d'Angleterre, —car à ses yeux le représentant de Dieu, c'est le souverain, non le gouvernement, — la prétendue obligation du Canada d’envoyer.des troupes en Europe. Si l’autorité du roi est souveraine en matière militaire;--elle l’est également -eñ matière politique : nos ‘biens comme nos: personnes
sont au roi. Et alors, à quoi rime le tremblement où tombe l'organe officiel de S. F:.
le cardinal-archevèque de Québec à la seule pensée que M. Laurier pourrait un jour siéger au parlement impérial? De toute évidence, la sortie de l'Action catholique contre l'impérialisme politique a pour unique objet de masquer le coup de Jarnac— non, le coup de D’Amours—porté au nationalisme anti-impérialiste dans le même article. De fait, à partir du 9 mars, l'abbé D'Amours ne reviendra plus sur les dangers de la fédération impériale, mais il mettra tous les théologiens modernes à contribution pous essayer de faire de M.
Bourassa un suppôt de la Révolution. 11 apportera tout à tour dans le maniement de ces textes rébarbatifs le doigté d’un faussaire et la grâce d’un baleineau. Le 25 mai, il termine ainsi une demi-page de citations : |
Nous pourrions ajouter bien d'autres témoïgnages, si l’espace d’un article le permettait, montrant que ce fameux principe des nationalités est la négation du droit .et la destruction de l'ordre, conduisant les nations à une anarchie internationale...
Ce faux principe des nationalités, comme l'appelle Le Play, soit. qu'il s'inspire de.
l'égoïsme de race, sait qu'il rejette tout
droit et toute autorité qui n'émanent pas de la volonté populaire, est subversif de | l'ordre social comme de l'ordre chrétien.
C'est une longue histoire que celle du nationalisme européen, et Dieu nous garde de tenter ici de la résumer. Kosciuszko et Poniatowski en Pologne, Stein en Prusse, Canaris. et Capo d’Istrie en Grèce, Kossuth en Hongrie, O’Connell en Irlande, Mazzini, Cavour et Garibaldi en Italie, ont à eux seuls vécu et agi la moitié de Ia politique européenne au XIXe siècles L'Eglise à été sévère pour.
ceux de leur actes qui pouvaient la compromettre auprès du pouvoir civil. De méme qu'aux XXVIIe et XVIIIe sièces les Casuistes avaient autant de codes de morale privée qu'il y avait d'ordres de puissance dans la société, de même au XIXe siècle les hommes d’Eglise n'ont pas manqué qui par instinct d’obéissance passive, et plus souvent par intérêt, se sont rangés avec Îes oppresseurs contre les opprimés.
IF y a ceci toutefois à remarquer, qu'autant les adeptes du droit divin ont fait de “€ Contre Île nationalisme envisagé à l'abstrait, autant ils se sont, en général, montrés prudents dans leurs appréciations des hommes et des partis nationalistes. On eût dit qu'ils Prévoyaient le jour
où, le nationalisme ayant triomphé presque partout, ils seraient heureux de combler de bénédictions ces peuples vailants dont ils condamnaient alors le: 2spirations au nom du droit divin des rois. Aujourd’hui, même en Italie, où le nationalisme dut longtemps chercher l’ombre des Logés pour échapper aux délations de l’épiscopat et à la persécution autrichienne, on dit du mal du carbonarisme et on glorifie Mazzini, on condamne la Révolution et on bénit Cavour ; Garibaldi aurait limité ses exploits aux Deux-Siciles, que sa mémoire serait secrètement vénérée au Vatican. Et qu'est-ce que cela prouve, sinon que les théologiens sont des hommes, et que, comme hommes, si le temporel de l'Eglise, y compris celui des théologiens, tient parfois trop de place dans leurs préoccupations, ils ont aussi l'âme ouverte à ce sentiment qui fait la gloire et la dignité de l’homme: l’atta- Chement à la langue, à !a nationalité? :
Mais ce que j'en dis, moi, c'est par luxe —Pour acquitter en passant, d’un coup de pied à la bête malpropre qui lève la patte sur les statues d’O’Conneli, de Poniatowski, de Kossuth, de Cavour, un peu de la dette de reconnaissance que tout homme Hbre doit se recontiaitre envers.ces grands briseurs.de chaînes. : HOSSHAtIETE
-: Le lecteur se.doute bien qu’on fond je ne vois pas. grand’cho::e de commun entre :-Mazzini et M. Armand Lavergne, entre les Faucheurs de la Mort et les électeurs de Drummond-Arthabaska, entre la bataille de Navarin et l'élection de M. Paul- Emile Lamarche comme député de Nicolet. Et il ne s’attend pas, le lecteur, à ce que je fasse grands frais d’argumentation pour démontrer que le nationalisme canadien—entendu comme opposition à l'impérialisme britannique — ne fut jamais visé par d’autre théologien que le faquin de l'Action câtholique, subventionné à méme l'argent de feu Cecil Rhodes, s’il n’est pas plutôt frappé d’aliénation mentale.
Cela, il l’admet, le lecteur, il le sait ; et si j'entreprenais d’en faire la preuve, il croirait tout simplement que je me moque du monde.
= * * + . Une autre question politique s’est agitée au Canada en ces dernières années, et plus que jamais en ces derniers mois ; nous voulons parler des droits du français
à l’école dans les provinces anglaises, particulièrement en Ontario.
: Par elle-même cette question n’a, quoi qu'on dise, aucun caractère religieux. Elle intéresse les Canadiens-Français catholiques, mais comme Français, non comme
catholiques. Les prêtres et évêques canadiens-français y sont intéressés, mais comme Français, non comme prêtres ou évêques. Les laïques y ont la même compétence que les ecclésiastiques, et un libre-penseur peut, par amour de la justice, y faire cause commune avec un laique catholique, avec un prêtre, un évêque.
un cardinal.
Ceci posé, voyons ce que pense sur le sujet l'Action catholique, organe de S. E.
le cardinal-archevêque de Québec :
De notre côté, — disait le 2 septembre dernier l’Action catholique, — il faut bien le reconnaître, nous n'avons pas tous fait ce qu'il eût fallu faire pour dissiper cette ignorance-et ces préjugés, nous avons même fait parfois ce qu'il fallait faire pour les entretenir.
Ainsi au lieu de nous tenir fermes sur la défense de nos droits, nous nous sommes parfois laissé emporter — c'était assez naturel, mais ni sage ni profitable — à des attaques qui eussent été de bonne guerre, si nous avions été véritablement en guerre, mais qui étaient de mauvaise politique.
Nous avons ainsi donné à soupçonner, faussement il est vrai, que. nous n'acceptons -qu'à regret notre. sort, que nous entrenons l'espoir de secouer la domination anglaise
à la première occasion favorable, que nous avons la tentation de maudire le jour où nous sommes devenus sujets britanniques.
Cette fausse tactique et cette légèreté de parole n'auraient eu aucune mauvaise conséquence, si nos compatriotes de langue anglaise eussent connu les vrais sentiments et la conduite réelle de notre peuple, autant qu'ils connaissent les imprudentes paroles de quelques-uns des nôtres. Mais le malheur a voulu qu'il y eût parmi nous quelques patriotes plus zélés que sages qui n'ont Pas vu que leurs imprudences nuisaient à notre cause en fournissant des prétesxtes très utiles à nos adversaires qui ne demandaient pas mieux que de les exploiter contre nous.
La vérité réelle, historique qu'il eût fallu et qu'il faut encore tenir en évidence sans fournir à personne raison d’en douter, c’est Comme le disait hier encore l'Evénement et comme l'ont tant de fois redit tous les ‘Chefs et les vrais guides de notre race, que la majorité, l'unanimité des Canadieris-fran-
‘çais est heureuse de vivre sous la protection du drapeau britannique et croit que ce serait un grand malheur pour elle que de ‘TO changer notre status politique actuel.
Il y aurait à ce sujet une Comparaison
historique intéressante et salutaire à insti- “her‘entre l'attitude constante de notre cler-
gé, qui a sw défendre avantageusement nos droits religieux et nationaux, et l'attitude dé nos patriotes et de nos politiciens qui n'ont pas tous voulu adopter la même tactique de même modération, qui ont exagéré dans le sens de la conciliation des principes ow dans celui de l'exagération de la violence, sans entente ni discipline, chacun suivant son tempérament, et qui ont abouti souvent au triste résultat ou de ne pas combattre, ou de perdre des batailles, après les avoir imprudemment engagées ow provoquées.
Ici encore il apparaît que les hommes d'Eglise ont été les plus sages politiques, non pas tant parce qu'ils avaient plus de talent ou plus de dévouement que parce qu'ils avaient plus de principes, plus de pondération, plus de science et d'entente de la morale publique.
Il faudrait la plume d’un Léon Bloy pour qualifier la sans-pareille bassesse d'äme qui s'étale à chaque ligne de cet article. Entre le traitre ordinaire et l’abbé D'Amours, il y a toute la différence qui sépare le gabegiste du simoniaque. Le directeur de l'Action catholique a comme la fringale de la trahison. Il en fait -un art, plus que.cela, un sadisme. C’est à se demander si, dans cette question de l’en-
NM
seignement bilingue, il trahit inconscienment, pour le seul plaisir de porter un coup de stvlet à M. Bourassa, ou s’il ne frappe pas plutôt M. Bourassa pour servir les politiciens francophobes d’'Ontario en ayant l'air de défendre l’école bilingue.
Ce n’est pas par un écart de plume que dans mon premier article sur l'Action catholique, les évêques et la guerre”, je le traitais de “petit abbé jésuite et italien, pour qui nulle besogne ne fut jamais trop ardue, ni irop scélérate, ni trop vile”: les lignes qui précèdent montrent ce dont il
est capable comme audace, comme scélé-
ratesse et comme vilenie. Je pourrais le
convaincre vingt fois de mensonge en re-
faisant brièvement l'historique de la lutte
Scolaire ontarienne. Je lui permettrai de
se clouer lui-même au pilori s’il veut seu-
lement essayer de répondre aux questions
suivantes :
1° Selon lui, qu'est-ce que les Canadiens-Français auraient Pu faire pour dissiper l'ignorance et les préjugés des Anglais d’Ontario, et qu'ils n’ont pas fait?
2° Qu'est-ce que nous avons fait pour entretenir cette ignorance et ces préjugés, : et dont nous aurions pu nous abstenir sans nous manquer de respect à nous-mêmes?
3° Où, quañd ei comment avons-hôus
attaqué nos concitoyens anglais au lieu:
de nous borner à défendre nos droits?: Où, quand et comment avons-ncus “donné à soupçonner que nous “entretenons l'espoir de secouer la domination anglaise à la première occasion favorable”?
4° Ceux dont l'Action catholique déplore les “imprudences” n’ont-ils pas reçu à maintes reprises les remerciements publies de la minorité ontarienne? Sans eux, quel mouvement de sympathie existerait-il à l’heure actuelle dans le Québec pour les Canadiens d’Ontario? Les discours les plus énergiques de M. Bourassa sur la question scolaire ont-ils jamais provoqué chez les fancophobes d’Ontario plus de rage que certaine lettre de S. E.
le cardinal Bégin ou que les souscriptions nationales organisées par la Société Saint-Jean-Baptiste en 1913, par l’Association de la Jeunesse en 1915? Et seraitce à dire que Son Eminence est un cerveau brûlé, et que le Québec a tort d’envoyer des secours pécuniaires aux persécutés? se = |
5° Quel est le Canadien-Français, nationaliste ou autre, qui n’a pas déclaré en toute circonstance qué le drapeau britan:
nique dévait garder nôtre allégearice tant qu'il ne serait pas synonyme de tyrannie
és
‘religieuse et nationale? L'Action catho- Jique le prend bien froidement avec les demi-sauvages du gouvernement ontarien: on reconnaît |: l'indifférence foncière du haut clergé pour les questions de langue. Mais n'est-ce pas le même journal qui écrivait l’hiver dernier, à propos de l'annulation d’un règlement anti-alcoolique à la Baie Saint-Paul par le juge Letellier pour cause d’ingérence cléricale, que le plus sûr moyen de faire amender certaines lois—eù l'espèce, la loi sur l'intimidation de l'électeur, —c'est de les violer bravement, inlassablement ?
6° L/épiscopat canadien se fit le plus ardent défenseur de la langue française à une époque où il ne pouvait agir autremen sans laisser le champ libre aux agents d'anglicanisation du cabinet britannique, — sans s’exposer, par conséquent, à perdre sa propre raison d’être. Mais en quoi son rôle a-t-il été depuis plus digne d’éloge que celui des Bédard, des Papineau, des Parent, des Lafontaine, des Morin, et, pour en arriver tout de suite à nos jours en sautant par-dessus 1890 et 1896,— alors que, s’il fallait s’en rapporter au jugement, Contestable il est vrai, des délégués apostoliques, c'était l’épiscopat qui manquait de pondération —des Bourassa, des Lavergne, des Belcourt et des Lan-
Re:
dry? Quel lourd fardeau d’ignominie les laïques canadiens-français des quatre ou cinq dernières générations devront porter devant l’Histoire, nous le savons ; rien que d’être lés fils de tels pères, empnisonne et affaiblit notre existence, nous incline comme fatalement aux capitulations. Mais ne pourrait-on pas plaider à leur décharge précisément l’habitude où on les avait formés de ne pas compter sur eux-mêmes, de s’en rapporter entièrement à l’épiscopat pour la revendication des droits nationaux comme des droits religieux? En ce moment même, que fait l’organe de S. E.
le cardinal Bégin, sinon de calomnier délibérément l’action laïque pour la décourager ?
Ainsi donc, qu’il s’agit de nos obligations militaires envers la métropole, de la fédération impériale, du nationalisme anti-impérialiste ou du nationalisme au sens que prend ce mot dans nos affaires intérieures, l'Action catholique, depuis l'automne de 1914, a fait de la politique, rien que de la politique.
Or, si le lecteur veut bien érones: ses.
souvenirs; il verra que durant cette période il n’a virtuellement pas été question d’autre chose dans la presse canadiénne.