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: Mème l’action sociale, qui fut la raison
d'être de sa fondation, n’a tenu qu'une place-infime dans la tâche quotidienne de:
l'Action catholique. Pousser à l'envoi de troupes canadiennes en Europe, disserter sur les avantages ou les désavantages de la fédération impériale, représenter le nationalisme anti-impérialiste comme une hérésie, miner en sous-main les meilleurs avocats de la minorité ontarienne: telle a été depuis bientôt quinze raois sa besogne. Les évêques ne croient-ils pas que le temps est venu de mettre fin à cet état de choses? Croient-ils que cette simonie puisse durer plus longtemps sans provoquer un dure réaction? S’imaginent-ils que tout le monde est devenu aveugle, sourd et muet, dans la bonne province de Québec?
(De l'Action du 6 novembre)
Il paraît au Canada, en français et en anglais, des douzaines de journaux catholiques dont la publication et la diffusion ne nous offusquent pas le moins du monde. Rien qu’à Montréal, il existe plusieurs Bulletins paroissiaux — Jesquels s'occupent à peu près uniquement de questions religieuses, et desquels, pour
cela: mème, nous n'avons. jamais songé.à critiquer la direction. Personndllement,:
durant vingt années de journalisme plus ou moins actif, jamais je n'ai seulement fait allusion au mercantilisme notoire de journaux et de revues périodiques consaciés à la propagande non pas de la foi catholique, mais de telle ou telle dévotion en particulier (sainte Anne, le Sacré Coeur, saint Antoine, etc.). Quelques erreurs qu'elle pût commettre, j'ai toujours cru que la presse religieuse, tant qu’elle restait sur le terrain religieux, relevait de la seule autorité ecclésiastique, et qu’un.
catholique ne pouvait, sans manquer à sa foi, voire au simple bon sens, la citer devant l'opinion.
: J'irai pllus loin. La liberté de parole que j'ai revendiquée en matière politique pour les clercs comme pour les laïques, je la reconnais au directeur du journal religieux, si le lecteur n'est pas mis explicitement ou implicitement sous l'impression qu'il s’agit d'opinions autorisées ou même commandées par l'Eglise; s’il ne peut exister aucun doute sur le caractère tout personnel de ces opinions.
Le cas propre de l'Action catholique, c'est que tout en faisant de la politique, et beaucoup plus de politique que de re-
ligion, elle: est censée exprimer en tout et sur tout l4 doctrine de l'Eglise, (la pensée et la volonté du pape et des évêques.
Le 18 juillet 1915, par exemple, — à l'occasion de son changement de titre, — tout en feignant de vouloir dégager de sa
direction la responsabilité épiscopale, elle déclare :
Ce que nous écrivons dans l'Action. Catholique a la même autorité que ce que nous avons écrit dans' l'Action sociale, l’astorité des raisons et des documents que nous apportons dans l'exposé de nos arguments et de nos expositions de principes, l'autorité aussi d'un journal qui fait profession d’exposer et de défendre les doctrines, les tra- «tions et les droits de l'Eglise (x), les de-
“oirs et les droits de la conscience catholique et de toute conscience honnête, sous le contrôle et la juridiction de l'Eglise enseignante.
Après cela, elle a beau faire observer
qu’il ne faut ni cohfondre ni assimiler un article de journal, ce journal fût-il le plus ouvertement catholique et même fût-il LE PEUS ENCOURAGE PAR TOUTE LA HIERARCHIE CATHOLIQUE (2), a-
. (x) C'est nous qui soulignons.
(2} Comme ci-dessus
vec un acte officiel de l'autorité ecclésiastique ou avec ses enseignements autorisés”.
Cc‘te formalité ne lui coûte pas cher ; tout ce qu'on retiendra de ses déclarations, c’est qu'elle est de tous les journaux “le plus encouragé par toute la hiérarchie catbolique”, et pour ceci, évidemment, qu'elle ‘fait profession d’exposer et de défendre les doctrines, les traditions et les droits de l'Eglise, les devoirs et les droits de la conscience catholique”, “sous le CONTR( LE et la juridiction de l’Eglise enscignante”.
Le 7 octobre, c'est-à-dire à la suite de mes premiers articles sur “l'Action catholique, les évêques et la guerre”, l'abbé D'Amours fait mine encore une fais de prendre sur lui toute la responsabilité de la direction imprimée à cette feuille.
On ne dira pas, écrit-il, que nous visions à aucun monopole, ce qui serait par ailleurs ridicule, ni que nous prétendions parler seuls au nom des catholiques, comme cerlains ennemis de nôtre journal l'ont parfois faussement affirmé, si nous disons que nous voudrions voir tous nos confrères canadiens de langue française mettre constamment, comme nous nous efforçons de le faire, au premier rang de leurs préoccupations, l'exposé, le maintien et la défense de la pensée catholique. ee
Mais pour tout le reste son article se cotnpose de choses éomme celles-ci :
.Les Papes et les évêques ont particulièrement recommandé, en ces derniers temps, le maintien et la diffusion de la presse catholique.
Pour accélérer les progrès et accroître l'efficacité d’une oeuvre aussi urgente, il est bon que lacquiescement aux enseignemenis.et aux ordres du Pape et des évêques s'appuie aussi sur des idées claires et sur de bonnes raisons... = - .… La presse catholique, ce n’est pas toute publication mise au jour par des catholiques pour des fins honnêtes, ce ne sont pas non plus seulement les publications offscielles ou officieuses de la hiérarchie catholique. Le journal catholique, pour ne parler que de cette forme de publication, doit reconnaître la juridiction de l'Eglise dans tous les domaines où cette juridiction, seule juge de ses actes, croit devoir s'exercer, mais il n’est pas, pour cela, l'organe de l’autorité ecclésiastique. Il n'engage cette au-. ‘torité que dans la mesure où celle-ci s'engage elle-même à son égard.
Mais'lé journal catholique s'inspire cons- ‘tamment, en tout, de la pensée et des prin- . cipes catholiques. Ses directeurs et rédacteurs n’admettent pas plus le dédoublement
de leurs Principes que le dédoublement de leur conscience de catholiques. Il -ne leur vient pas à l'idée qu'ils peuvent cesser d'étre catholiques ou faire régulièrement abstraction de leur catholicisme, quand ils traitent de politique, d'économie sociale, de littérature ou de toute autre question.
Il ne leur vient pas non plus à l'esprit que c'est à eux de déterminer en quoi ils sont soumis à la juridiction et aux directions de l'Eglise, et en quoi ils en sont exempts. Ils ne croient pas pouvoir se désintéresser d'aucune lutte, d'aucun problème où sont en-.
gagés les intérêts de la religion.
Et je voudrais bien savoir à quoi équivaut pratiquement ce galimatias, sinon à réaffirmer que l'Action catholique est dans son rôle de journal religieux, obéit par conséquent aux instructions du pape et des évêques, en faisant un devoir de conscience aux catholiques d'approuver l'envoi de troupes canadiennes à l'étranger, ou de renier M. Bourassa dans la question des écoles d’Ontario. |
‘Du reste, comment l'Action catholique peut-elle prétendre agir de son seul et pro-. pre chef, quand d’une part elle peut impunément mettre les évêques en cause, et que d'autre part l’autorité épiscopale multiplie à son endroit les preuves de sollicitukle?: :
= tr
L'abbé d’Amours écrivait en effet il y a deux mois à peine:
=. Notre confrère anglais le Telegraph, de
Québec, qui n'est pas obligé d'être au fait de la discipline dn clergé catholique, apprendra donc avec plaisir que le clergé de la Campagne comme le clergé des villes adopte au Sujet de la guerre non les principes de tel ou tel homme politique, maïs ceux qui nous sont enseignés par les Papes et les Evêques. Or, sûr ce Point important, les évêques de notre province ont dit les' paroles essentielles, que les membres du clergé ont fait (sic) leurs.
Quant au patronage accordé par l’archevêché de Québec à l'Action catholique, il est trop public pour prêter à aucun doute.
J'ai ici même défié ce journal d'établir par des chiffres qu’il ne wit pas du produit des quêtes diocésaines et des pèlerinages à Sainté-Anne-de-Beaupré. Je ne risquais vraiment pas grand’chose au défi, puisque l'archevêché de Québec, non seulement a participé activement à la fondation de ’Ation catholique, — alors appelée l'Action sociale, — non seulement est intervenu en Sa faveur, par une lettre comminatoire, quand certains membres du parlement Provincial ont osé critiquer sa ligne de
conduite, mais tous les ans a autorisé une quête diocésaine à son bénéfice.
L'archevéché de Québec, comme celui de Montréal, a un organe officiel qui s’intitule La Semaine religieuse. Or, nous lisons dans un article de la Semaine religieuse de Québec, reproduit le 10 octobre dernier par
l'Action catholique :
Dimanche prochain, on fera une collecte, dans toutes les églises et chapelles de l’archidiocèse, en faveur de l'Osuvre de la Presse Catholique.
Ce fut, on s’en souvient, le 31 mars 1907 que furent: établies, par mandement de S.
G. Monseigneur Louis-Nazaire Bégin, archevêque de Québec, cette oeuvre et cette quête diocésaine.
L'Oeuvre de la Presse Catholique avait pour mission de réaliser la fondation d’un journal quotidien “hautement et exclusivement catholique”: cathe.i: se dans ses doctrines, catholique dans son esprit, catholique dans ses apprécitions des hommes et des choses, catholique dans la discussion de toutes les questions de religion et de morale, et d'économie sociale. On la chargeait en outre... (Ici l’'énumération de quelques autres oeuvres.)
...Le journal de qui on espérait une sérieuse formation de la conscience catholi-
que canadienne a été fondé et maintenu. Il a fait de son mieux Pour réfuter l'erreur et répandre la saine doctrine. Il a exposé la vérité chrétienne et les préceptes de la morale. Il a revendiqué les droits sacrés de l'Eglise; il a dénoncé toutes les violations qu'on en voulait faire ou qu'on en faisait.
Bref, il a mérité, et à mainte reprises, de recevoir publiquement les approbations les plus significatives et les louanges les plus flatteuses.
Le 10 octobre, c’est juste un mois moins un jour après l’apparition de mon premier article sur l'attitude de l'Action catholique touchant la guerre. Durant tout ce mois j'ai chaque semaine élevé la voix contre la malhonnête exploitation faite par l'Action catholique du mandement impérialiste de 1914. Durant tout ce mois aussi, le Progrès du Golfe, journal hebdomadaire rédigé dans le plus Pur esprit catholique et conseillé en l'espèce par des théologiens de premier ordre, n’a cessé de dénoncer, preuves à l’appui, la mauvaise foi de l'abbé D’Amours. (C'est ce moment que l'Action catholique, avec l'approbation évidente de l’archevêché de Québec, choisit Pour nous jeter dans les jambes l’article de ia Semaine réligièuse annonçant une nouvelle collecte diocésaine en sa faveur. Ceux qui se sont
scandalisés de nous entendre parler comme nous faisions de S. G. Mgr Paul-Eugène Roy, évêque auxiliaire de Québec, sont-ils assez édifiés? Peut-on afficher plus ouvertement, et plus insolemment, le peu de cas que l’on fait de la liberté des catholiques canadiens-français en matière politique ?
Il y a encore autre chose. En même temps que paraissaient mes articles et ceux du Progrès du Golfe, deux prêtres autorisés par l’archevêché de Québe- parcouraient le diocèse de Rimouski d l'intérêt de l'Action catholique et se li aient à des opérations qu’un de nos amis, homme de grand savoir et de non moindre probité, relate ainsi dans une lettre du commencement d'octobre :
... Hier dimanche, deux prêtres, probablement du diocèse. de Québec, sont venus nous entretenir de l'Oeuvre de la Presse Catholique, l'un à la grand’messe, l'autre aux Vêpres. J'ai entendu le premier. Après les clichés ordinaires, que vous devinez, il a parlé des luttes que le journal catholique a à soutenir pour faire prévaloir la vérité, des préjugés qu’il a à Vaincre: par exemble, que la religion n’a pas le droit de se Prononcer, ne doit pas se prononcer dans certaines questions prétendues libres. Il a dénoncé les objections faites par certains