SI
journalistes nationalistes à certaines thèses de l'Action catholique. Z! a présenté l'obligation de recevoir l'Action catholique presque comme un devoir de conscience, disant à peu près ceci: “De même que vous devez respect et obéissance à l'autorité religieuse de votre diocèse et de votre paroisse, de même votre respect et votre obéissance doit s'étendre à la recommandation expresse qui vous est faite de’ recevoir le journal catholique dont je vous entretiens.”
Notre ami ajoute:
Les deux missionnaires de l'Action catholique passent ces trois jours-ci à prendre de porte en porte des abonnements. Sollicités par des prêtres, beaucoup de gens n’oseront pas refuser; ils ont d’ailleurs affaire à de beaux parleurs. D'autres, après ce qui leur a été dit du haut de la chaire, esprits simplistes et pâte malléable, se croiront 0bligés en conscience de s'abonner. J'aurai leur visite mercredi.
Et en post-scriptum :
Il est remarquable que nulle part dans l'Action catholique, reçue chez mon frère, il ne paraît, il n’est. annoncé qu'il se fait de la propagande à coups de soutane et de sermons en faveur de la susdite À. C. Ii $emble que le mot d'ordre est de faire le
moins de bruit possibe autour de cette Propagande clandestine et jésuitique. À Propos, avez-vous lu la Cabale des Dévôts, par Allier? La société secrète catholique du XVIIe siècle ne manquait pas d’analogie avec ce qui se trame ici.
Un autre de nos amis, qui vit opérer les deux, compères il y a quelques mois dans le comté de l’Islet, ajoute ce détail édifiant, que, partout où le curé veut bien leur “préter” cet animal plus ou moins raisonnable, ils se font accompagner à travers la paroisse par le marguillier en charge: cela, paraïitil, leur facilite la besogne en donnant à leur visite un caractère d’autorité plus prononcé.
Je le répète, l'Action catholique resterait dans le domaine religieux que je ne prendrais peut-être pas la peine de signaler ses étranges procédés de propagande. Mais, je l'ai prouvé surabondamment, il s'agit ici d'un journal qui depuis quinze mois fait consister son action religieuse à réclamer l'envoi d'autant de troupes canadiennes en Europe qu'il plaira à la métropole de nous en demander, à disserter sur les avantages ou les inconvénients politiques de la fédération impériale, à embrouiller de sophismes la question des droits politiques des nationalités, et à trahir, en faisant mine de la
défendre, la ininorité canadienne-française d'Ortario. L'Action catholique peut continue. tant qu’elle le voudra de déclarer périodiquement qu’elle n’est pas l'organe de l’archevêché de Québec. Je sais, moi, qu’elle n’a rien répondu à l'imputation de tirer de Sainte-Anne-de-Beaupr une partie de sa subsistance; qu'elle a été fondée par l’archevêché de Québec et maintenue avec son Concours actif ; qu’au moment précis où on lui demandait raison de ses louches manoeuvres politiques, les autorités de l’archidiocèse de Québec se déclaraient, dans la Semaine religieuse, entièrement satisfaits de Sa conduite, et faisaient faire dans les églises une nouvelle quête à son bénéfice, et des
prêtres du diocèse de Québec usaient d’intimidation et de mensonge pour amener des Populations timides et crédules à s’y abonner; que ce qui se passe aujourd’hui dans le diocèse de Rimouski s'est passé aussi dans les diocèses de Québec et de Chicoutimi.
. Et, sachant tout cela, j'ai bien le droit de demander: Qui trompe-t-on ici ?
Dans un pays comme Je nôtre, l’ingérence de l’épiscopat dans des débats étrangers à son ressort est toujours odieuse. Tel est son prestige moral auprès des masses, que même quand il n’a véritablement ni autorité ni compétence particulière, toute discussion avec lui est presque impossible. Et
de ceci nous avons en ce moment un assez frappant exemple, puisque le Progrès du Golfe, qui sur le fond pense comme nous, a cru devoir, par prudence, se montrer satisfait de l’hypocrite “mise au point” de l'Action catholique ; puisque pas un journal n’a osé nous reproduire, fût-ce en résumé; et puisque M. Bourassa lui-même, visé dans sa personne et dans son journal, n’ose répondre à l'Action catholique que par des allusions. Dans le cas actuel, l’odieux de l'ingérence s'aggrave du froid parti-pris, de la mauvaise foi constante, de l'audace calculée, qui l'ont caractérisée depuis l’origine.
L'archevêché de Québec voit lui-même à la fondation de l'Action catholique, après l'avoir fait approuver et bénir par le Saint- Siège comme oeuvre diocésaine, Au bénéfice de ce journal il ordonne chaque année une quête dans les églises et met à contribution les richesses jusque-là incontrôlées de Sainte-Anne-de-Beaupré. Il met publiquement en garde et au besoin menace— toujours publiquement — les hommes politiques qui croient pouvoir traiter l'Action catholique comme ils feraient de tout journal qui ne serait pas un Organe officiel de l'épiscopat. Pendant quinze mois, dans des questions purement politiques, où le Pape lui-même ne tenterait pas de restreindre
l'entière liberté des fidèles, il lui permet de travestir l’enseignement de l'Eglise et d'invoquer à contre-sens l'autorité des évêques.
Cette prostitution de la doctrine catholique et de l'autorité épiscopale durerait bien dix ans, qu'il n’y a pas d’apparence que l’archevêché de Québec interviendrait, si personne n'avait le Courage de la dénoncer. Des Mmurmures, des protestations, une clameur s'élèvent. Des jqurnalistes, faisant fi du salut éternel tel que l'entend l'ascétique D’A- MOurs, vont même jusqu’à dire qu'ils s’en prendront aux évêques, si les évêques contituent de prêter leur nom aux simoniaques calculs de l'Action catholique. Prudemment, l’archevêché de Québec fait écrire par l'abbé D’Amours que l'Action catholique n'est pas son Organe, que c'est, dans ses relations officielles avec l'autorité religieuse, un journal catholique à peu près comme les autres, — disons comme la Presse, le Soleil, ou l'Evénement.
En même “mps que l'abbé D’Amours, Par ordre de l’archevéché de Québec et sous ses yeux, écrit cela, la Semaine religieuse, organe officiel et reconnu de l’archevêché, publie, et l'Action catholique, bien en vue, à sa première Page, avec l'appprobation évidente de l'archevêché et comme pour narguer ses critiques, reproduit, un article où il est dit que l'Action catholique
se confond avec l'Oeuvre de la Presse Catholique, établie par l'archevéché ; que ce journal a pour mission de faire.triompher le point de vue catholique “dans la discussion de toutes les questions de religion et de morale, de nationalité et de langue, d'administration politique et d'économie sociale’ : qu'il a “fait de son tieux pour réfuter l'erreur et répandre la saine doctrine” ; qu'il a “exposé la vérité chrétienne et les préceptes de la morale”, “revendiqué les droits sacrés de l'Eglise” et “dénoncé toutes les violations qu'on en voulait faire et qu’on en faisait”; bref, qu’il a répondu pleinement à l’attente de ses fondateurs, c’està-dire de l’archevêché de Québec. — Et en même temps aussi, des prêtres envoyés par l’archevêché vont de chaire en chaire à travers les diocèses de Québec, de Chicoutimi et de Rimouski, prêcher comme un devoir de conscience l'abonnement à l'Action catholique.
Pendant quinze mois, l’Action catholique fait de la politique au nom de la morale naturelle. L’archevêché de Québec, voyant l'abbé D'Amours en danger d'y perdre son latin et sa théologie, lui permet de se tirer d’affaire — tant bien que mal — par une “mise au point” qui est un tissu de men-
songes ; et en même temps, par ces mêmes prêtres agents d'abonnement à l'activité desquels l'Action catholique ne fait jamais allusion, Monseigneur Paul-Eugène Roy, fort, évidemment, de l'approbation ou de l’impotence de S. E; le cardinal Bégin, — Mgr Roy, dis-je, fait dénoncer du haut de la chaire les journalistes nationalistes qui osent contredire les thèses politiques de l'Action catholique.
H y a dans toût cela une telle fourberie,
un tel manquement à toutes les règles non Pas même de la morale, mais de (ta plus élémentaire loyauté, qu'on en demeure confondu. Contre de pareilles manoeuvres, employées par la plus haute autorité morale du pays, il n'y a Pas de protection possible : c’est le Coup au-dessous de la ceinture, qui, entre boxeurs, entre apaches, cntre maquereaux, entre marlous, déshonore et déqualifie son homme, mais qui, porté par des évêques à des gens empêchés par devoir de Conscience de riposter, est censé affermir la gloire et le Prestige de l’Eglise.
C'est au nom des exigences de la morale naturelle que les évêques penmettent à l'Action catholique de prêcher l'impérialisme militaire, de condan...er “le principe révolutionnaire des nationalités” ( sic), de
salir et poignander les seuls défenseurs infatigables et toujours désintéressés de l'enseignement français au Canada. La morale naturelle — si en matière publique son caractère éminemment relatif et subjectif ne la condamne pas à rester le plus souvent dépourvue de sanction — exigerait bien incontestablement que les évéques, le clergé, les journaux religieux, fissent leur part pour purger notre vie politique et sociale des voleurs qui l’infestent. On ne voit pourtant pas que Mgr Bruchési fasse mauvais ménage avec la ratatouille qui gouverne actuellement l'hôtel de ville de Montréal, ou avec certains financiers notoirement véreux, mais qui n’ont pas besoin de n'être pas des voleurs pour être, aux yeux de Sa Grandeur, d’excellents catholiques. Et l’on ne voit pas davantage que le grand-vicaire de Mgr Bruchési fasse mauvais ménage avec les
grafters de fonds scolaires. Et si la morale naturelle n’est pas inapplicable dans les circonstances comme la guerre actuelle, l'Action catholique, qui est sûre que le droit est du côté des Alliés, devrait logiquement chercher à convaincre Benoît XV que l'Eglise se discrédite, confesse son impuissance comme gardienne de la morale, en n’intervenant pas contre la chré-
tienne AHemagne et la catholique Autriche. Mais si Jes évêques pas plus que le Pape, en matière Publique, ne sont libres de toujours donner aux préceptes de Ja morale naturelle es sanctions dont ils paraît qu'ils disposent, ne Pourraient-ils pas au moins faire en fondés par EUX, pour défendre en tout et Partout les droits de la morale naturelle,
tout ce qui peut en avoir l'air — est audessus de la bonne
Société possible, ni civile ni religieuse ?
Olivar ASSELIN.
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