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LE BOA VIEUX

Accours, ma blonde! accours, ma brime!

Venez toutes deux, mes enfants!

Car l'autre soir, au clair de lune.

Dans le bois où nklent les faons.

Tout près de l'élang qui rellèlc Les peupliers au vent courbés.

J'ai vu passer, oh! quelle fête!

Le bonhomme cher aux bébés.

Le givre qui tombe des branches Émaillait de cristaux fleuris, Couvrait d'un tas de guêpes blanches Les plis droits de son manteau gris.

Par les senliers, sous la feuillée, Il s'en allait à petits pas, Tout joj'eux, la mine éveillée.

Comme s'en vont les grands-papas.

La neige, éparse sur la terre Comme un déluge de clartés, Cardait la trace solitaire De ses jolis saltots sculptés.

Dans un manchon de poils de chèvre il enroulait ses doigts frileux; Et l'Hiver au coin de sa lèvre Plaquait de petits baisers bleus.

Sur sa pauvre échine voûtée, Ses deux coudes dans les genoux, 11 portait toute une bottée De galettes et de joujoux.

Tout autour de ses jambes grêles, Pendaient à des nœuds de rubans De splendides polichinelles Qui renflaient leurs ventres tombants.

POUR LES BEHES 207

(Juc de largesses pour les mioches Ouvrant leurs grands yeux étonnés!

On voyait sortir de ses poches He beaux pierrots enfarinés.

J'admirais toute celte gloire, Tout ce brouhaha de poupons Montrant leurs petits pieds d'ivoire Sous h\ dentelle des jupons,

Toute cette aube suiihailée, Tout ce fantastique trésor Qui rayait la nuit argentée Avec des tons de cuivre et d'or

« Bonhomme, où vas-tu? m'écriai-je.

— Les innocents sont mes amis :

Je leur porte à travers la neige Les joujoux qu'on leur a promis, »

Et f'est pour cela que mes filles.

Double espoir de mon cœur profond, Souriantes, roses, gentilles Comme deux amours qu'elles sont,

La cadette suivant l'aînée, Toutes deux quittant l'oreiller, Dès l'aube, sous la cheminée, Tout près de leur petit soulier,"

Trouveront, ô matin prospère!

Une poupée aux yeux charmants Dont moi je serai le grand-père, Puisqu'elles seront ses mamans!

Dérombre 1883.

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