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LA PETITE FEMME

Tout à l'heure, lorsque,, mordu

Par le froid, les yeux gros de larmes,

Je suis en gare descendu

Entre mes deux braves gendarmes.

J'ai remarqué sur le trottoir Une toute petite femme Qui m'aura pris, sans le savoir, Tout ce qui me chante dans l'ùme.

L'œil clair, le minois engageant, Avec un air de bébé pâle.

Elle était devant moi, songeant A côté d'une grande malle.

Tout vibrant de jolis accords, — Les étoffes ont leurs musiques Un manteau sur son petit corps

Déroulait ses plis magnétiques.

Fraîche, pas plus haute que ça.

Et l'allure coquette et vive!

Je ne sais ce qui se passa ; Mais elle me sourit, pensive.

Chère vision! rêve blanc!

Ange apparu dans mon martyre!

Je lui répondis en mêlant

Un baiser vague à mon sourire.

Les gendarmes ne voyaient rien :

Leurs passions sont émoussées.

Moi je rêvais : j'étais si bien Seul à seul avec m-es pensées!

Je la buvais. Son front cbiirmant Xe m'exprimait aucun reproche...

Ah! si j'avais pu seulement L'emporter sur moi, — dans ma poche!

Cérébraleraent, comme il sied Aux dévots de la beauté nue, Depuis la tête au bout du pied J'.inalvsai mon inconnue.

Sans faire grâce dun contour,

Je mordis de l'œil son épaule,

Avec cette espèce d'amour

D'un grand enfant qu'on met en geôle.

J'aperçus très distinctement, Malgré Prudhomme qui s'indigne, Tout son être doux et charmant, Fondu dans l'oriuieil de la llirne!

Oh! vivre ainsi le jour entier!

Quand je l'eus un peu... dégrafée, Devant Théophile Gautier Elle aurait pu poser, la fée!

J'ai quelquefois un brin d'esprit.

Comme je tenais peu, sans doute, A ce que la belle me prît Pour un liandit de grande route,

Je u'avais pas trouvé mauvais D'arborer, vanités humaines!

Un képi doré que j'avais Quand nous étions tous capitaines.

Tout à coup, dans son grand œil noir, Entre ses cils baignés d'aurore, Je vis, hélas! ou je crus voir Une petite larme éclore.

Repris par l'éternel souci, Je dis à mon cœur qui se brise :

« Qui sait? peut-être a-t-elle aussi Quelqu'un des siens qu'on martyrise? «

Alors, presque pieusement, Je rhabillai dans ma pensée Celle que j'avais un moment D'un rêve subtil enlacée.

Les regards maintenant emplis D'un bout de ses menottes blanches, Je remis mon cœur dans les plis Du manteau qui baisait ses hanches.

Elle était toujours là, le front Un peu penché, la taille frêle, Pensive sous son chapeau rond...

Mais, quand je passai devant ehe,

Je baissai les yeux, je sentis S'ouvrir mon àme chaste et bonne, Comme quand nous étions petits, En passant devant la Madone.

Prison du Moulins, mars 1872.

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