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LE JARDINET

Sur la fenêtre solitaire Où j"émiette aux pierrots mon pain, J'ai maintenant un peu de terre Entre deux planr-hos do sapin.

Pris dans l'étreinte de mon bagne.

Fou de soleil et de grand air, Je me suis fait une campagne Suspendue à des fils de fer.

La nature, un peu condensée, Y fait craquer son vert corset...

Dam ! c'est grand comme une pensée De monsieur Cam-ille Doucol!

LESJOIESDEPRISON 15

Rien de propice aux jj^rands vertiges.

Quelques fleurs pendillant au bout Du vacillant faisceau des tiges, Quatre touffes d'herbe, et c'est tout!

C'est tout! et cela uioute, grimpe, S'enroule autour des noirs barreaux, Avec le frisson d'une guimpe Que soulève le doigt d'Éros.

Sous leur odorante cascade Les feuilles pourraient à peu près Caclier le flanc d'une Dryade En fuite h travers les forêts.

Dans un vague reflet de moire.

Le géranium parlumé Garde sur lui comme une gloire Le sang des fusillés de mai.

La cani[)anule, balancée Dans l'air magnétique et troublant, Sonne au travers de la croisée Son carillon muet et lent.

Deux ou trois fleurettes, ouvertes Au vol des baisers éthérés, Font dans l'accord des couleurs vertes Claquer leurs tons jaunes cendrés.

Le liseron, qui se déploie Sous les tiédeurs du jour naissant, Transforme en clochette de soie Son calice tout frémissant.

Mes chimères battent de l'aile :

Je suis Adam! j'ai mon Éden...

Je n'attends plus qu'Eve, fùt-elle Plus petite que mon jardin!

Pour avoir ma part de nature.

J'ai suspendu d'un doigt tremblant Ce paradis en miniature Dans ma fenêtre, cadre blanc.

Mais je sens le poids de ma chaîne.

Je veux d'autres fleurs, je suis las, Parce que j'ai vingt ans à peine Et que je suis tout seul, hélas!

Prison de Tours, mai 1873.

LE FRELOX

Le matin, dès que l'heure invite La bote à prendre son essor, Mon jardin reçoit la visite D'un frelon tout barbouillé d'or.

Cet envoyé du crépuscule, Charmeur ailé de mon ennui, Entre d'abord dans ma cellule Avec des airs d'être chez lui.

Sous le plafond de la chaml^rette Montant, s'abaissant, s'élevant, Il voltige autour de ma tète, Rapide comme un coup do vent.

18 LES EVOCATIOXS

11 bourdonne, se cogne aux planches, A ma taille, à mon pauvre lit, Dans Tangle des murailles blanches (Juo son bruit musical emplit.

Dérangeant les papiers intimes, Il regarde, tout stupéfait, Si je fais, quand j'écris des rimes.

Autant de zigzags qu'il en fait.

Puis, quand il a clos son vacarme Et parachevé ses vols ronds.

Il boit une petite larme D'aurore dans mes liserons.

Dans mes campanules, pareilles A des clochettes en plein ciel.

Il fait ce que font les al)eilles, Il recueille sa part de miel.

Je le vois, trempé de lumière.

Bercé par les vents querelleurs, Avec ses pattes de derrière RAclcr réi'iderme des fleurs.

Sous son flanc givlo qui se creuse, Je le vois tasser, grain par grain.

Une poussière lumineuse Qui ferait l'orgueil d'un écrin.

Tandis qu'à son u-uvrc il se livre, J'en arrive à détester ceux Qui m'ont conté flans quelque livre Que le grillon est paresseux.

Charmante bête, ô créature Qui fais œsser mon noir souci !

Serait-il vrai que la Nature A ses conseils de guerre aussi?

La justice humaine est douteuse:

La vérité n'a plus d'autel; Et peut-être es-tu paresseuse Autant que je suis criminel!

Prison de Tours, mai 18T3.

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