A MADAME CAROLINE G
On m'avait, pour diverses choses,
Mis en prison; Et c'était juste la saison Des roses.
Je bâillais, je pleurais un peu,
Presque en démence. Au loin, le ciel était immense Et bleu.
Je me sentais venir dans l'àmc
Des désirs fous...
Vous étiez en pension, vous, Madame I
Oh ! faire ma cour comme il sied,
Aux jeunes filles!
Oh! fracasser verrous et grilles Du pied!
El j'avais des frissons tout drôles
Dans les genoux ; Puis, je vous écrivais des bouts De rôles.
Le plan n'avait rien d'alarmant.
L'art était mince ; Et comme j'abusais du Prince Charmant !
Comme il prenait devant son page
Un air profond!
Comme il plaignait les gens qui sont En cage !
J'étais avec lui, dans sa cour.
Adieu ma chaîne! Je vous montrais mon âme pleine D'amour.
A quoi bou vous laisser des doutes ?
Je dirai tout :
Je vous aimais beaucoup, beaucoup, Et toutes!
Je débordais de pensers doux,
De rêveries :
J'adorais deux ou trois Maries Chez vous !
Je chantais les grands youx d'Hélène
Qui m'embrasa ; 3Iais je n'avais pas pour Rosa Do haine.
Eugénie était mon souci;
Mais, quelle affaire!
Je rêvais d'Aline et de Claire Aussi.
Crande ou petite, blonde ou brune
Même succès !
Du reste, je n'en connaissais Hien qu'une.
LES LOISIRS DE L'eXPULSÉ 315
Une seule! et pour celle-li"i
Tout le poème!
Elle m'eût fait oublier inriiic Stella...
Stella! nom rayonnant! couronne
Au front des nuits!
3Iais l'autre était si belle, et puis Si bonne!
Oh! dérouler ses cheveux lourds
Sur ses épaules !
J'écrivais pour elle des rôles Moins courts.
Elle entraînait, ma fée Urgèlo, Vos cœurs séduits...
Dame! elle était si bonne, et puis Si belle !
Uuand la pension me jouait
En fin d'année, Je restais toute une journ('e Muet.
Je contemplais. Vos robes blanches
Frôlaient mon mur.
Vos pas laissaient des rayons sur Les planches.
Je tressaillais, je croyais voir
Ma douce artiste; Et je redevenais tout triste Le soir.
Et je pleurais, Vàme étoufTée,
Poussant des cris...
Depuis, madame, on vous a pris La fée.
Or maintenant quel beau décor!
Le bois rayonne:
Au loin, le Prince Charmant sonne Du cor.
Ses pages nous font sur les routes
De jolis tours; Je vous aime beaucoup, toujours, Et toutes.
L;i fée Urgùle aie défend,
L'aube se lève; VA ma prison m'a l'air d'un rcvc D'enfant.
Monlreuil-sous-Bois, janvier 1881,