‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 101 sur 129 · M. Ferdinand BruneUère, Questions de Critique · texte numérisé non relu

M. Ferdinand BruneUère, Questions de Critique

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La critique scientifique ou esthopsychologie « est la science des œuvres d'art en tant que signes. » Parlant d'analyses esthétiques dont elle considère les résultats comme des manifestations particulières d'une intelligence,elle remonte de celte intelligence, au groupe d'intelligences congénères. L'esthopsychologie utilise donc trois sciences : l'esthétique, la psychologie, la sociologie. D'où les trois parties : l'analyse esthétique, l'analyse psychologique, l'analyse sociologique.

« L'œuvre littéraire, dit Ilennequin, est un ensemble de phrases destiné à produire chez ses lecteurs ou ses auditeurs une sorte spéciale d'émotion, rémolion esthétique. » D'où la question, base de Vanalysc esthétique : « Quelles sont les émotions que l'ensemble des œuvres de tel auteur suscite? » Or, quels moyens avons-nous de doser scientifiquement, c'est-à-dire objectivement, les émotions esthétiques? Aucuns. D'ailleurs Ilennequin lui-même reconnaît « qu'il est fort difficile d'obtenir jamais celte mesure objective. » Le critique en est donc réduit à analyser ses impressions, à noter ses sensations en s'efforçant de les rendre calmes, réfléchies, — c'est dire que ces résultats sont essentiellement subjectifs, puisque enfin, ces impressions sont les siennes, ces sensations sont les siennes et qu'il ne saurait avec droit, les instituer règles fixes. Sur ce point, Ilennequin remarque deux choses : d'abord, que les différences dans les appréciations sont quantitatives et non point qualilalives. Il suffit au con-

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traire, d'avoir quelque peu lu pour s'étonner de l'exlrênie divergence des critiques, même d'une seule époque, même d'entre les plus autorisés. Rousseau tant admiré par Sainte-Beuve, est sévèrement condamné par Scherer; de Vigny si fort maltraité par Sainte-Beuve encore est magnifié pariM.Bourget. Je ne cite que pour mémoire les colloques sans fin auxquels ont donné lieu des intelligences comme Racine, Voltaire, Victor Hugo. Enfin, pour reprendre un des exemples de la Critique scienliftqiie, il ne paraît nullement qu'à lire M. Zola, Scherer eût éprouvé ce sentiment de sympathie qu'Hennequin prétend nécessaire, — et pourtant Scherer, j'imagine, était « d'entre les personnes capables, sinon désireuses d'entreprendre des travaux d'esthopsychologie. » J'ajouterai encore, contrairement à l'opinion dite infaillible, qu'il est des critiques « capables peut-être d'entreprendre des travaux d'esthopsychologie » qui trouvent pourtant que Victor Hugo a des paroles familières.

Afin d'objectiver le plus possible ces analyses esthétiques. Hennequin recommande de comparer l'examen de chacune des parties d'un roman, dironsnous pour préciser, « à celles d'autres romans, ou plutôt à un roman moyen et abstrait. » M. Brunetière a fort bien répondu que ce procédé était celui de Boileau, de Voltaire, de la Harpe, de Marmonlel ; il aurait pu ajouter que cette comparaison implique plus ou moins l'idée de jugiîment et qu'il n'est plus temps, en une époque qui a le bonheur de posséder

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M. Renan, de reprendre ces procédés précieux si l'on veut, mais étroits et pédants.

En résumé, étant donné l'état actuel de l'esthétique, les résultats de ces analyses sont purement subjectifs. Or, ce n'est point prétendre qu'ils soient banaux, mais c'est infirmer la valeur définitive que leur concède Hennequin. Peut-être, adviendra-t-il que si les expériences spéciales de M. Laguerredans la théorie des lignes, de M. Rood dans la théorie des couleurs, de M. Hanslick dans la théorie des sons, habilement synthétisées par M. Charles Henry, deviennent d'une application plus aisée, l'esthétique change de domaine et soit alors scientifique. Mais ce sont là de très lointaines hypothèses, desquelles il serait aventureux de rien vouloir présager et qu'il est impossible, en tous cas, d'utiliser encore pratiquement.

Vient ensuite VAnalfjse psychologique. « Étant donné l'œuvre d'un artiste résumée en toutes ses particularités esthétiques de forme et de contenu, le problème que le critique devra se poser est de définir en termes de science, c'est-à-dire exacts, les particularités de l'organisation mentale de cet homme. » Hennequin ajoute : « C'est de Vexamen seul de Vœiwrc que l'analyste devra tirer les indications nécessaires pour étudier l'esprit (1) ». Ce postulat implique le principe de la correspondance absolue des œuvres et des hommes, — principe posé déjà

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