‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 102 sur 129 · La Critique scientifique, p · texte numérisé non relu

La Critique scientifique, p

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par M. Taiiio et 1res judicieusement discnlé par M. Brunetiére. Je trouve, avec lui, qu'il est malaisé de relever des phrases de tendresse, de naïveté, de mysticisme en l'œuvre de Bossuet, mais, — et c'est ce qu'IJennequin n'a pas indiqué, — le devoir du critique est précisément de prendre avis d& Madame de La Fayette, de Saint-Simon, de l'abbé Ledieu, du Père de la Rue, puisque tous ont souligné, comme à Tenvi, la douceur de Bossuet, et de comiiléter ainsi par des témoignages nombreux, ce que l'analyse des œuvres seules pourrait avoir d'exclusif ou de fragmentaire. En généralisation, établir la psychologie d'un artiste exigerait d'abord, s'entend, une intime connaissance de l'œuvre; puis une subtile enquête biographique et enfin, une complète investigation des témoignages des êtres qui donnèrent à cet artiste des heures de paix douce ou d'amour chantant, ou de navrance folie ou de pâle ennui, — comme de ceux qui l'ont encouragé, discuté, applaudi, vilipendé. Ce travail préparatoire achevé, ces renseignements se complétant les uns les autres, — certains traits subsisteront qui assemblés avec de rares adresses et d'infinies délicatesses, reconstitueront, à peu près, la psychologie de celte âme. C'est pour avoir souvent négligé l'étude même des œuvres, surtout par manque d'ordre en ses travaux et par crainte des affirmations toujours trop exclusives, que les éludes de Sainte-Beuve merveilleusement nuancées, présentent rarement d^s résultats définitifs, — comme pour s'en rapporter à

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l'examen seul de Vœuvre Ilennequin établit la psychologie de l'œuvre et non la psychologie de l'àme, — preuve un de ses derniers et de ses plus beaux travaux, celui sur Dickens. A vrai dire, la différence est légère lorsqu'il s'agit de Dirkens, niais certains ■indices permettent d'établir qu'il n'en eût pas été de même si Ilennequin eût étudié M.Ernest Renan. Ailleurs, il dira à propos de Stendhal : « 11 ne sertà rien de savoir que Stendhal fut un homme tendre, cosmopolite, philosophe sensualiste, car ce sont là <les mots vagues pouvant s'entendre de mille manières différentes. » Or, l'essai de M. Bourgetqu'Mennequin a évidemment en vue est combien plus suggestif que les savantes, mais didactiques dissertations de la Critique scientifique. Ceux qui blâment d'être charmant et de savoir suggérer, ressemblent toujours à ceux qui reprochent aux amoureux de s'aimer ou à la beauté d'être belle, — il y a des regrets dans leurs sévérités (1).

Enfin, puisque VAnahjsc psychologique ï\q tire ses indications que de VÂnalyse esthétique, ses bases sont donc essentiellement subjectives, — de plus, ces deux parties distinctes et pourtant dépendantes, occasionnent de fatigantes répétitions. Dans une seule étude, j'ai relevé jusqu'à huit fois l'idée que Tolstoï

\. Sans pourtant déilaipaer absolument les témoignacres des conlempor.iius, Hennequin prétend, — et cet emploi parait iiipultisaut, — ne les utiliser que [tour la reconstruction du décor, de l'extérieur vivant ; ce qu'il appelle « l'image de l'être humain. » {Crilique scientifique, p. 173 et suiv.).

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reproduit la vie en ses métamorphosanles évolutions (1).

Dans la troisième partie de sa méthode, llennequiu établit, dans une discussion à reprendre, qu'il n'existe « aucun rapport fixe entre un auteur et sa race ou Son milieu, tandis quil en existe un, ondoyant et stable, entre ses œuvres et certains groupes d'hommes

que celles-ci attirent en raison d'affinités La série

des œuvres populaires d'un groupe donné écrit l'histoire intellectuelle de ce groupe, une littérature exprime une nation non parce que celle-ci la produite, mais parce que celle-ci Va adoptée et admirée, ijj est complue et reconnue (2). » Dans cette théorie de VAnahjse sociologique dont la pratique est pour ainsi dire impossible, car l'enquête des admirateurs d'un artiste est plus que malaisée, — la plupart des critiques ont justement signalé une nouvelle et féconde interprétation de la vérité tant répétée et tant discutée que de Donald énonçait déjà, dans sa Législation primitive, à savoir a que la littérature est l'expression de la société. » Pourtant celte méthode a le tort de ne pas expliquer la genèse des génies : « Cette loi nous reste inconnue, » dit Ilennequin, et a l'air de reposer sur une insuffisante réfutation de la méthode de M. Taine. Affirmant ne pas distinguer, dans les œuvres des grands écrivains, des traces marquantes ni de leur race, ni de leur milieu, Ilennequin met en discussion les deux principes fonda-

1. Les Ecrivains francisés, p. 188, 195, 199, 201, 2iii, 21', 216.

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