‹ Les Évolutions de la critique françaiseChapitre 22 sur 129 · M. JULES LEMAITRE · texte numérisé non relu

M. JULES LEMAITRE

KTUDE ANAI.VTlQlîl.;

C'est par une série d'articles consacrés aux professeurs du Collège de France que débula M. Jules Leniailre. Puis, il étudia bientôt la littérature française contemporaine et son succès pour devenir permanent n'en resta pas moins très vif. Car ceux qui jugeaient que lire une élude signée Ferdinand Brunelière ou Edmond Scherer était une inutile fatigue, découvrirent avec un de ces étonnements qui ne vont point sans un peu de satisfaction personnelle, qu'ils prenaient un plaisir extrême à ces spirituelles causeries. Toujours content de lui-même, M. Ilomaisdisait en se frottant les mains: «Nous aussi nous aimons la critique 1 » Je sais bien qu'au jugement de certains barbons de semblables approbations équivalent presque à des certificats d'infériorité. Mais si elles n'en sont pas certainement, elles élucident néanmoins, le problème des causes de ce succès et j'entends une voix qui me dit : (A-t-elle tort? A-t-elle raison? — Je ne sais ou.

1. Celte étude a paru dans la liecue générale de Paris du 1-' sepleiubre 1887.

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plutôt, il est probable qu'elle a tout à la fois : tort et raison.)

Si M. Lemaitre, — je ne parle ici que du critique des Contemporains — a remporté de tels succès dans un genre qui ne les comporte guère, ne serait-ce point peut-être que ses causeries, que ses études sont moins des causeries à la Sainte-Beuve ou des études à la Taine que de délicieuses et mondaines et charmantes mais aussi parfois quelque peu superficielles chroniques. Nous craignons que vienne un jour où l'on ne puisse leurs appliquer ce qu'il a eut la cruauté d'en dire. « Quand ces morceaux de style ont quelques mois de date — mettons quelque dix ans — l'insignifiance en est telle qu'ils sont absolument illisibles à moins qu'on ne prenne un méchant et triste plaisir à constater celte insignifiance même(l). « Or, nous avouons éprouver à le lire un charme trop rare pour prendre jamais avec lui « ce méchant et triste plaisir » .

M. Lemaitre a donc le ton de la chronique — ce ton léger, voltigeant qui parle de tout et qui ne craint rien tant que d'être trop sérieux; fantaisiste, il zigzague et digresse h loisir établissant, par exemple, à propos des Maximes de la comtesse Diane, toute une théorie des pensées, et définissant l'érudit, h propos de M. Gaston Paris, en un chapitre plaisant qui rappelle tout à la fois la psychologie de la Bruyère et la bouffonnerie de M. Grosclaude. On

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