EMILE HENNEQUIN
ÉTUDE ANAI.VTIQUK
Si des mains affectueuses ne la réunissaient pieusement, il serait à craindre que l'œuvre d'Emile Hennequin ne se perdît en des revues spéciales, disparues, introuvables, puisque un accident, une imprévoyance peut-être, arrêta le 13 juillet dernier, le patient labeur de cette âme aux pensées sincères et aux rêves étranges.
Né en 18S9, Emile Hennequin fît, à ses débuts, partie de ceux que M. Brunetiére dénommait assez ironiquement « les petits naturalistes. » Or, doué, semble-t-il, d'une rare et influençante originalité, il comprit vile les insuffisances de l'esthétique natura-
i. Emile HfUQequiu ué à Palerme de parents d'oripine suisse en i8o9, est décédé le 13 juillet 1888 à Sauiois, près de Fontainebleau, alors qu'il se baignait en compagnie de soa ami, le des. sinateur Odilon Redon. Après avoir fait ses études à Genève, Emile Hennequin fut rédacteur à l'Agence Havas, puis au Temps, à la Nouvelle Revue, aux Débats. Il collabora en outre, à la Revue artistique et lilléraire/ixla Revue indépendante, à la Revue contemporaine, etc.
Ses ouvrages sont : une traduction des Hontes d'Egard Poe, précédée d'une étude, 1 vol. 1886. — La critique scientifique, 1vol. 18S3. — Les Ecrivains francisés, 1 v^l. 1889. — Quelques Ecrivains français, 1 vol. 1890 et un volume à paraître : Poèmss en prose.
Cette étude a paru dans la Revue internationale du 10 juiH Jet 1889.
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liste et devint la plus imposante personnalité d'an groupe d'artistes à tendances plutôt idéalistes dont la littérature est une litlérature d'analyse, de psychologie, de rêve bien plus que de sentiment, de sensation ou d'observation. En feuilletant les deux années de cette Revue contemporaine qui fut l'expression certaine de ce nouveau courant d'idées, on rencontre les noms de M. K. J. Huysmans, pour lequel Hennequin professait une très complète admiration et dont les œuvres de la seconde manière, commaEn raile, comme A rebours sont, malgré leurs précisions voulues, des œuvres de rêve, — de M. Edouard Rod qui s'est développé depuis dans des directions bien différentes mais dont la fameuse Course à la Mort délinissait assez l'état d'àme alors général, — de M. Charles Morice un subtil esthète, un aristocrate de l'art à peu près inédit et à peu près célèbre. A ce groupe appartenaient encore quelques très pénétrants esprits : MM. Sarrazin, Becque, Remacle, Morhardt, etc. Pour ceux-là et pour quelques autres, Hennequin fut une intelligence tout à fait supérieure. L'influence qu'il eut dans ce petit cénacle est à peine croyable, et là, son souvenir restera inoublié. Des articles, d'ailleurs absolument distingués, en sont des preuves bien manifestes, celui, par exemple, où M. Rod tentait «de ressusciter un instant, la mémoire de son ami. » Pour nous, qni nous en tiendrons strictement à la parole écrite et qui compléterons par des investigations dans les œuvres de ses camarades de travail ce que nos renseignements pour-
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rnient avoir de trop fragmentaires, nous bannirons nécessairement toute tendresse toucliante mais hors de iHOjios, comme toute rêverie possible mais indémontrable sur un avenir que d'aucuns jugeaient réservé à ce très rare esprit. Ceci dit, afin d'expliquer la ditîerence de nos conclusions.
Exposer et discuter la théorie de la Critique scienliftrjue, puis esquisser à grands coups de crayon, la froide et nerveuse figure d'Emile Mennequin, — tels sont les buts des deux chapitres de cette élude.