TYPES CHIMIQUES DÉDUITS DES TROUBLES ÉVOLUTIFS
L'acmé de la digestion étant loin de toujours correspondre, à l’état pathologique, à la 60° minute, les types chimiques que nous venons de passer en revue resteraient incomplètement connus si nous ne tenions pas compte des principaux rapports qu'ils affectent avec les troubles évolutifs. Il ne s'agit pas de signaler des modifications chimiques non encore reconnues, mais de distinguer, par des expressions convenables, le moment de l’évolution digestive où les types chimiques, précédemment décrits, deviennent sensibles lorsque cette évolution est notablement anormale.
Hyperpepsie. — Relativement aux faits appartenant au groupe de l’hyperpepsie, les courbes évolutives nous révèlent cinq particularités principales.
1° HYPERPEPSIE PRÉCOCE. — En cas de digestion rapide, avec évacuation plus ou moins hâtive, le suc stomacal extrait au bout d’une heure correspond à la période de décroissance. L'analyse de ce suc peut alors indiquer un type en apparence normal ou déjà hypopeptique, tandis que l’extraction faite à la 30° minute dévoile un type hyperpeptique. C’est ce qui a lieu dans le cas représenté figure 16 (p. 174).
Voici les chiffres :
Extraction au bout d'une heure.
C— 0,102 0.161 T= 0,394 A 0,196 H=— 0,059 ÿ ” F — 0,223 G—M591 in ne 1,69.
Au point de vue chimique, il s'agit d’hypopepsie du premier degré avec déviation hyperacide. Les chiffres obtenus pour diverses valeurs et, en particulier pour F, indiquent une fin de digestion. C'est pour cette raison qu’on a pratiqué un second examen en faisant l'extraction du suc à la 30° minute.
Extraction au bout d’une demi-heure.
On voit qu'il s'agissait d'une hyperpepsie légère chloro-organique, mais précoce, c'est-à-dire sensible à un moment où la digestion est habituellement à la période d'augmentation.
2° HYPERPEPSIE TARDIVE. — Dans des cas beaucoup plus nombreux, la digestion du repas d’épreuve est encore, au bout d’une heure, dans sa période d’accroissement. Le carton d'analyse indique une digestion faible et se rapprochant, comme intensité, de la normale. Plus tard, vers la 80° ou la 90° minute, on voit survenir de l'hyperpepsie. Souvent aussi, on observe déjà vers la 60° minute un type hyperpeptique, mais
la digestion n'a pas encore atteint l'acmé et la déviation chimique va en s’accentuant pendant les minutes suivantes jusqu'à la 90° et au delà.
Les courbes des figures 2 et 3 présentent des
LS
ls à
exemples nets de digestion hyperpeptique atteignant l’acmé à une époque plus ou moins éloignée de la 60° minute. Il serait facile de multiplier ces exemples.
3° HYPERCHLORHYDRIE TARDIVE. — Il n'est pas rare
que dans l'hyperpepsie tardive, le type chimique soit,
au bout d’une heure, chloro-organique et que plus tard, à l’acmé de la digestion, ce type devienne chlor-
NN
Fig. 3.
hydrique. C'est ce qui a lieu dans les cas précédents (fig. 2 et 3).
Ces faits montrent que la forme hyperchlorhydrique est secondaire. Même lorsqu'elle apparaît nettement au bout de 60 minutes, elle représente une phase
avancée de la digestion; aussi peut-elle ne devenir apparentequ'àalapériode #Z7 de décroissance. di Nous réserverons à cette dernière éventua- 500 litéle nom d’hyperchlorhydrie tardive ou de oo décroissance.
Généralement, l’hy- 2, perchlorhydrie est déjà notable au moment de l'acmé et elle ne fait ques'accentuer pendant
la dernière phase de la 72° digestion.
Parfois cette accen- EC tuation acquiert une à 4 grande intensité et se produit avec une cer- 2 3 taine brusquerie (fig. 4).
4° HYPERPEPSIE PAR ; 3 RÉTENTION. — Nous verrons bientôt que les for- ; :
mes tardives de l’hy- & T
perpepsie sont en rapport avec une difficulté plus ou moins notable de l'évacuation gastrique. Dans certains cas, d’ailleurs rares, où cette difficulté
Fig. 4,
est considérable, il peut se produire un fait nouveau et intéressant.
Les produits chlorés traduisant l’activité sécrétoire de l’estomac s’accroissent dans le suc stomacal retenu dans la poche gastrique et peuvent y atteindre des valeurs très supérieures à celles obtenues par l'analyse faite en cours de digestion.
La courbe de la figure 37 (p. 200) en est un exemple remarquable. L’hyperpepsie révélée par le liquide à jeun est très intense, tandis que la digestion du repas d’épreuve correspond à une hypopepsie accentuée du second degré. Nous aurons plus tard à interpréter cette singulière courbe évolutive.
Assez souvent l’hyperpepsie par rétention prend la forme de l'hyperchlorhydrie et pourrait être désignée alors sous le nom d'’hyperchlorhydrie par rétention. En voici un exemple caractéristisque.
M. F. Dyspeptique très dilaté avec cérébrasthénie.
A 60 minutes.
Plus de 160 em° de liquide bien émulsionné;
peu de peptones.
À jeun, le même jour.
C—10;055 0.236 T = 0,449 A=— 0,210 He 02010 ne F—0,189 a—0,16 F2, V. c. — 0,00301
15 cm° de liquide lactescent, muqueux, sans résidus solides.
Il est assez rare que la rétention sans obstacle mécanique produise une aussi franche hyperchlorhydrie, malgré l’absence d’acide chlorhydrique à 60 minutes.
Ce fait est un de ceux qui montrent le mieux la production secondaire de l’acide chlorhydrique.
0° HYPERPEPSIE OSCILLANTE. — Enfin nous devons signaler une particularité qui, sans être importante, ne doit pas passer inaperçue.
Quand la marche de la digestion est polycyclique, l’hyperpepsie subit des fluctuations correspondantes ; elle diminue ou disparaît pendant les périodes de décroissance de la digestion pour réapparaître ensuite et, cela, à plusieurs reprises pendant le cours d'une seule digestion. Cette particularité est simplement la conséquence de la marche particulière du processus. Le phénomène auquel elle donne lieu peut être désigné sous le nom d'hyperpepsie à reprises. L'hyper- Pepsie oscillante est autre chose : c’est le passage de l’hyperpepsie, dans le cours d’une même digestion d’une variété à une autre.
Cette singularité, d’ailleurs rare, a pu être observée à diverses époques chez le même malade. Voici un des résultats obtenus par l’examen en série (fig. 5).
Hypopepsie. — Nous n'avons à signaler ici que la Pseudo-apepsie.
Haye. — Digestion stomacale. 4
Au bout d'une heure on ne trouve plus de liquide, ou bien celui qu’on retire présente les caractères de
£oo
Fig. 5.
l’hypopepsie intense (apepsie). Vient-on à faire une extraction du suc stomacal vers la 30° minute, l’analyse indique une digestion d’une certaine intensité.
Premier exemple : à 60 minutes, estomac vide; à 30 minutes :
H— 0,003 T al,
0,175 Fe
15 cm° de liquide muqueux, bien émulsionné; peu de peptones.
Nous verrons plus tard que, dans ce cas, la digestion était déjà à 30 minutes dans la période de décroissance.
Deuxième exemple : à 60 minutes, estomac vide; à 39 minutes :
C = 0,036 T = 0,182 A 0,015 H=— 0,000 F— 0,146 ax — 0,41
80 cm° de liquide épais; traces de peptones ; réaction lactique ou des lactates.
Cet exemple se rapporte aux cas le plus souvent observés.
Troisième exemple : à 60 minutes :
Liquide peu abondant, spumeux, muqueux, filtrant lentement; peu de peptones:; pas de réaction des acides gras.
64 ÉVOLUTIONS DE LA DIGESTION STOMACALE À 30 minutes :
C — 0,069 T—0,264 A—0,072 1 — 0,004 007 p0AN | a — 0,8
Ds, F = 138.
Liquide peu abondant, coloré, filtrant facilement; peu de peptones; pas de réaction des acides gras.
Variations des déviations anormales pendant le cours de la digestion. — Pour terminer cet exposé des faits d'ordre chimique, il nous reste encore à examiner les variations, parfois très notables, que présentent les indications fournies par le coefficient « aux divers temps d’une même digestion.
Elles sont mises en évidence sur les courbes représentées dans le cours de cet ouvrage.
Nous attirerons particulièrement l’attention sur ce fait que les déviations, dites fermentatives, dévoilées par la valeur d’x, sont tantôt tardives, tantôt hâtives.
Déviation hyperacide tardive. — Dans l’évolution de la digestion normale (voir le schéma, fig. 1, p. 6) la prédominance des groupes acides tend à se manifester au début et à la fin du processus.
Il en est souvent de même dans les cas pathologiques.
Il n’est pas rare d’avoir au bout d'une heure : « >. Mais la valeur d’« peut être sensiblement normale au bout d’une heure quand la digestion est alors voisine de l’acmé, et monter plus tard à un chiffre plus ou moins élevé pendant la période de décroissance. En
outre, dans les cas où l'estomac conserve du liquide à jeun, il est assez fréquent d'obtenir avec ce liquide une valeur d’& plus grande que pendant la période digestive.
Dévialion hypoacide tardive. — Cette particularité est moins fréquente. Nous en trouvons des exemples dans les courbes n°° 17, 19, 21, 22, 95 (p.174 et suiv.)
Dans la courbe n° 19 (digestion très courte et faible, «—3,36 à 28 minutes. Cette valeur tombe à æ à 52 minutes (décroissance).
La courbe n° 25 nous montre à 33 minutes i) 0,82; à 134 minutes (fin de la décroissance x — 0,20 (p. 183).
Déviation hyperacide hâtive. — C’est la dernière particularité d'ordre chimique à signaler.
Elle peut accompagner, comme dans l’avant-dernier exemple cité (n° 19), les digestions très rapides ; mais elle n’est pas rare, même en cas de digestion prolongée.
Dans un fait de ce genre, une extraction pratiquée à 12 minutes, dans des conditions un peu spéciales, a montré que la valeur d’« s'élevait à ce moment à 2,20 pour redescendre au-dessous de 1 pendant la période d’accroissement de Ja digestion.
Il est très probable, d'après ce résultat, que la déviation hyperacide serait fréquemment rencontrée si l’on retirait du suc stomacal à un moment plus rapproché du début de la digestion.