CHAPITRE TITI
Pendant que s’accomplit à l’intérieur de l'estomac le travail physico-chimique de la digestion, le chyme est repoussé dans le duodénum. La phase de décroissance, caractérisée sur le schéma de la digestion normale par le relèvement de la valeur F et l’abaisse-
ment de la courbe de e est aussi celle pendant laquelle
l'organe se vide peu à peu. A l’état pathologique, il est fréquent d'observer à cet égard des troubles plus ou moins profonds qui ont tout naturellement attiré l'attention des médecins. On s'accorde même aujourd’hui à reconnaître que les désordres de ce genre ont une importance pratique supérieure à celle des modifications d’ordre chimique.
Aussi dans ces dernières années a-t-on fait de nombreux travaux sur cette question. Beaucoup d'auteurs, notamment les médecins allemands, ont cru pouvoir la résoudre en étudiant, à l'aide de procédés plus ou moins ingénieux, l’état de la motilité stomacale dans
divers cas pathologiques. Ils ont été ainsi amenés à décrire deux degrés d'insuffisance motrice de l’estomac et un état d’hypermotilité. Mais que doit-on entendre par puissance motrice de l'estomac? Qu'est-ce qu’une insuffisance motrice observée dans des cas où il existe une hypertrophie parfois notable de la paroi musculaire (par exemple dans certains cas de sténose pylorique) et une hypermotilité, alors, qu’au contraire, la paroi musculaire est atrophiée (passage rapide du chyme dans l'intestin dans les atrophies totales de la paroi musculaire, y compris la valvule pylorique)? La motilité stomacale, ou si l'on veut la puissance motrice de l’estomac, n’est qu’un des facteurs mis en jeu dans l’acte se traduisant par le transit des liquides de l'estomac dans l'intestin et ce facteur n’est ni le plus important ni le plus fréquemment en cause lorsqu'on est en présence de troubles mécanico-moteurs.
Les travaux auxquels nous faisons allusion ont donc placé la question sur un terrain trop étroit et malgré cela mal précisé.
Au point de vue des actes moteurs, quel est le phénomène qui se présente directement à l’observation ? Ce phénomène, c’est l'évacuation, acte capital qui est, en quelque sorte, l'expression tangible de ce qu’on appelle la fonction motrice. Aussi préférons-nous dire «& fonction évacuatrice ».
En suivant la technique que nous avons adoptée
pour l'étude du fonctionnement de l’estomac, nous mettons directement en lumière le mode d’évacuation, c'est-à-dire la manière dont l'organe se débarrasse de son contenu à la suite d’un repas donné et, en procédant ainsi dans les cas pathologiques, nous apprenons à connaître les multiples modifications qui peuvent être apportées à cet acte par les divers états morbides.
Cette méthode suivie déjà dans nos publications antérieures sur les évolutions pathologiques va nous mettre en présence de faits qui nous paraissent d'un haut intérêt. |
Ces faits connus, il sera logique d’en chercher l’interprétation. Comme les autres actes fonctionnels de l'estomac, l'évacuation est sous la dépendance de facteurs multiples qui lui font suivre une marche déterminée, en quelque sorte réglée.
Dans les maladies, ces facteurs, pour ainsi dire normaux, subissent des altérations; d'autre part de nouveaux facteurs interviennent dans la marche de l'évacuation et il en est qui sont susceptibles de prendre une influence prépondérante (telles sont, par exemple, les conditions statiques créées par les déformations de l’estomac ou de ses orifices).
C’est parmi les facteurs normaux, pathologiquement altérés, que nous aurons parfois à faire intervenir la motilité stomacale. Les troubles qu'on peut lui rattacher ne représentent qu’un côté restreint de
l'AC
la question. Celle-ci est, au contraire, tout entière comprise dans l'étude de l’évacuation et des modifications qu'elle peut subir dans les maladies.