‹ Les évolutions pathologiques de la digestion stomacaleChapitre 14 sur 45 · PEUT · texte numérisé non relu

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sables à l'œil nu. — Placés dans un verre à expérience, ces liquides laissent se former un dépôt composé de fragments d’aliments, surmonté d’un liquide

de coloration variable, à la surface duquel nagent

quelques mucosités et parfois des gouttelettes graisseuses.

Les caractères du dépôt dépendent des matières qui le constituent. Le pain lui donne l'aspect d’une bouillie, la viande d’une masse brunâtre, les œufs y forment des amas jaunâtres, mélangés avec des

fragments blanchâtres d’albumine coagulée. Les

légumes y sont aussi facilement reconnus. On peut y voir des morceaux de carottes, de choux, des pois. Il en est de même des résidus de fruits, tels que la pulpe d'orange, la pellicule des pruneaux, les pépins de raisin, de figues. Dans certains cas, les malades vous disent que ces aliments ont été ingérés depuis plusieurs jours, parfois, lorsqu'il s’agit de graines de fruits, depuis plusieurs semaines (figues).

La bouillie alimentaire et le liquide qui la surnage peuvent prendre une coloration plus ou moins foncée, pouvant faire croire à la présence d’une certaine quantité de sang quand les malades ont ingéré des aliments colorés (chocolat, bonbons de couleur, vin rouge). On peut s’y laisser prendre, surtout lorsque les malades soumis à un régime commettent des infractions qu’ils n’avouent pas.

La présence de sang est d’ailleurs assez fréquente

HAYEM. — Digestion stomacale. 5

dans ces liquides. Elle s’y révèle par une coloration noirâtre, brunâtre, rouillée, parfois simplement sale. Dans certains cas, la matière noire s’y présente, comme dans les vomissements, sous l'aspect de grains de café ou de tabac; plus rarement le sang est frais et sous forme de petits caillots. On se souviendra que, dans ce dernier cas, la petite hémorragie a pu être produite par le siphonnement de l’estomac.

Quand les malades sont soumis à un régime lacté strict depuis plusieurs jours, la coloration relativement foncée, plus marquée que celle de l'aliment ingéré, est parfois un indice net d’une faible exsudation sanguine.

Chez les malades qui n’ont ni mélæna, ni vomissements, ces traces de sang peuvent être de la plus haute importance et, par suite, elles devront être rendues indubitables à l’aide des procédés spéciaux, appropriés à la recherche des traces de sang.

La quantité de liquide extrait est une donnée importante.

Elle a varié dans nos observations depuis » à 20 cm° jusqu'à 4 800 em°. Le plus généralement, on retire de 450 à 300 em de liquide.

Dans quelques cas, on trouve une bouillie alimentaire qui bouche la sonde et il est impossible d’extraire le contenu de l'estomac. Il peut même se faire, qu'en pareille circonstance, l'estomac paraisse vide.

Dans d'autres cas encore, on fait sortir un liquide dépourvu de débris alimentaires, ceux-ci étant retenus dans une seconde poche (estomac biloculaire)

ou par la flaccidité du muscle gastrique. Les erreurs

qu'on peut ainsi commettre sont évitables, l'estomac présentant, après l'exploration, des signes non douteux d'évacuation incomplète.

La consistance des liquides de cette catégorie est variable. En cas de liquide très fluide, les résidus alimentaires sont tassés sans être agglutinés et se déposent assez rapidement.

Quand le liquide est très muqueux, les débris alimentaires peuvent être englobés dans des masses muqueuses.

Le liquide qui surnage les débris d’aliments déposés au fond du verre est trouble, grisâtre ou verdàtre, plus rarement franchement vert, parfois foncé, presque noirâtre.

Après filtration, il perd en partie sa coloration et peut être presque transparent. Dans quelques cas il est rosé par suite d'une exsudation récente de sang ; il peut rester verdâtre, quand il est vert avant le passage à travers le filtre, mais moins foncé que primitivement. En cas d'état muqueux prononcé, la filtration en est lente, parfois presque impossible.

Rappelons que la coloration verdâtre peut être due soit à des chromogènes d’origine microbienne, soit à de la biliverdine, soit à un mélange de :ces matières

Il faut savoir aussi que, dans l'estomac, la bilirubine se transforme assez rapidement en urobiline qui n’est décelable qu'à l’aide d’examens spéciaux.

L'odeur qu’on ne doit pas négliger peut dénoncer l'existence de fermentations ou l’état de putréfaction. On reconnaît facilement l'odeur aigrelette de l’acide acétique, l'odeur rance de l'acide butyrique, mais on sait que l'acide lactique n'a pas d’odeur. L’odeur putride, de chair pourrie, ne s’observe que dans les néoplasies déjà ulcérées, ou dans les cas d’abcès péristomacaux. Elle coïncide avec le développement d'une odeur de corne brülée, caractéristique, qui se développe pendant le cours de l'analyse chimique au moment où l'on fait l'incinération des capsules.

Mentionnons en terminant la présence possible de certains corps étrangers, tels que des calculs biliaires, du pus, des lambeaux de muqueuse ou de néoplasmes.

L'examen microscopique et la recherche du sang complèteront utilement l’étude faite à l’œil nu.

b. Liquides sans débris alimentaires reconnaissables à la vue. — Ces liquides se distinguent facilement des précédents par l'absence de toute trace visible d'aliments. Cependant, mis au repos, ils laissent toujours se former un dépôt constitué par des matières pulvérulentes de coloration grisâtre ou blanchâtre.

Ils sont toujours peu abondants, leur quantité variant de 3 à 6 em° pour s'élever jusqu’à 60 à 80 cm°. Exceptionnellement. ils peuvent atteindre jusqu'à

100 à 200 cm*. Cependant, chez un malade à qui nous avons exploré l'estomac au début d’une crise gastrique, nous avons retiré 500 cm° environ de liquide à jeun, dépourvu de débris alimentaires.

Comme les liquides précédents, ils peuvent être fluides ou plus ou moins muqueux. Plus souvent que ceux-ci, ils présentent une coloration d’un vert plus ou moins foncé, pouvant être due également à des chromogènes d’origine microbienne ou à de la bile. La présence de la bile est fréquente. L'examen microscopique permet souvent mais non invariablement, malgré l’absence des débris alimentaires visibles, d'y reconnaître des éléments provenant des matières ingérées par le malade : globules de lait, grains de fécule, fragments de fibres musculaires, fibres végétales. Ces résidus microscopiques sont mélangés avec des cellules plus ou moins modifiées

provenant de la muqueuse stomacale et avec des

masses microbiennes. La présence d'éléments d’origine hématique y est tout à fait exceptionnelle. CARACTÈRES CHIMIQUES DES LIQUIDES RÉSIDUELS. -— Les liquides extraits de l'estomac le matin à jeun ont, en général, été étudiés au point de vue chimique d'une manière insuffisante, On s’est contenté d’en doser l'acidité totale, d'y rechercher la présence ou l'absence d'HCI libre et d’en déterminer parfois, par la méthode des digestions artificielles, le pouvoir peptique. Nous avons recommandé de les soumettre

à l'analyse chlorométrique. On en reconnaît ainsi deux variétés principales : les chloruriques purs et les peptiques ou fermentatifs, c'est-à-dire renfermant des produits (H et C) de la fermentation stomacale.

Le type chlorurique est caractérisé par la présence d'abondants chlorures fixes et par l'absence à la fois d'acide chlorhydrique libre et de composés organiques du chlore.

Il est pur ou seulement presque pur. Le type pur, celui dans lequel le chlore est uniquement sous la forme minérale, est tout à fait exceptionnel. On trouve presque toujours une certaine proportion de produits C.

D'une manière générale, ces liquides sont muqueux ou spumeux (analogues à de la salive), peu abondants et dépourvus de résidus alimentaires. Exceptionnellement, dans des cas spéciaux ayant une signification nette que nous indiquerons en temps et lieu, ils sont assez abondants et souillés de débris d'aliments.

Exemples de types purs.

H— 0,000 F — 0,194 91 em de liquide décoloré, muqueux, pas de résidus: C’est probablement de la salive.

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