‹ Les évolutions pathologiques de la digestion stomacaleChapitre 24 sur 45 · ZO · texte numérisé non relu

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Voici la marche évolutive obtenue à l’époque

… Hayem. — Digestion stomacale. 8

Il y manque naturellement la courbe de V. c.

On y voit, cependant, que le cycle chimique ne paraît pas très étendu, bien qu’il donne un type légèrement, mais nettement hyperpeptique.

A l'autopsie, on a trouvé un estomac moyennement dilaté (depuis longtemps la malade mangeait peu), très aminci, la muqueuse, de hauteur diminuée, était le siège d’une gastrite mixte atrophique déjà assez avancée; le muscle était extrêmement atrophié. Le pylore était parfaitemement libre. Il était donc de toute évidence que l'estomac avait perdu le pouvoir de se vider à fond, et il est probable que le retard apporté à l'évacuation par la myasthénie était la cause de la forme hyperpeptique de la réaction digestive.

Est-il donc impossible de trouver des cas d'excitation sécrétoire post-digestive, de gastrochronorrhée vraie ?

Les faits éclairés par l’anatomie pathologique montrent que ce phénomène est sous la dépendance soit d'une gêne mécanique à l'évacuation, soit d’un trouble moteur occasionné par la myasthénie. Jen’'en conclurai pas, cependant, que la gastrochronorrhée n'existe pas.

Dans l’état actuel de nos connaissances, je résu- * merai la question en ces termes :

La fonction stomacale est toujours intermittente, même dans les cas pathologiques. Après une période plus ou moins longue d'activité, survient une période

de repos, qui ne sera plus troublée que par une nouvelle ingestion alimentaire.

Dans les conditions les plus normales, pendant cette période de repos, on ne peut rien extraire de l'estomac à l'aide du siphon, tout au plus peut-on parvenir à en faire sortir un peu de salive déglutie et de muceus tapissant la surface interne de la muqueuse. Quand on parvient à obtenir quelques centimètres cubes d’un liquide acide, cela indique donc toujours une certaine excitation glandulaire, ayant anormalement dépassé la période d’activité stomacale. Comme cette possibilité est extrêmement fréquente, on en doit

- conclure que la prolongation de l'excitation sécrétoire,

… à un faible degré, est un fait vulgaire, parfaitement

conciliable avec une bonne santé apparente. Il suffit, sans doute, pour que le trouble puisse se produire sinon d’une manière constante, tout au moins accidentellement, d’un léger surmenage de l’estomae, occasionné par les vices d'hygiène alimentaire auxquels sont soumis presque tous les humains : sur-

charge stomacale par aliments surabondants, parfois

mal mâchés; usage de mets épicés ou de digestion

difficile, abus de boissons fermentées ou simplement

aromatiques; excitation produite par le tabac. Peutêtre faut-il aussi incriminer les fatigues corporelles ou cérébrales, les préoccupations, les émotions pouvant avoir une influence sur la sécrétion stomacale en augmentant l’excitabilité nerveuse. Cette faible

sécrétion post-digestive est-elle due, comme le croit Schreiber, à la présence des résidus microscopiques qu’on retrouve dans la plupart des liquides résiduels ? Cela n'est pas impossible, bien que ces liquides aient toujours la constitution des liquides de fin de digestion, puisqu'on retrouve ce même genre de constitution dans les liquides souillés de débris alimentaires grossiers. Toujours est-il que, plus la quantité de liquide susceptible d’être extraite le matin à jeun devient considérable, plus l'état pathologique est évident et accentué.

Ce trouble s’observe surtout chezles malades ayant de l’hyperchlorhydrie, de sorte que la confusion faite par les auteurs entre l’hyperchlorhydrie et la gastrosuccorrhée n’est pas dénuée d’un certain fondement. Nous avons vu que l'hyperchlorhydrie résulte de la mise en liberté d'HCI dans les digestions se faisant rapidement. Elle indique un état d'excitation de l'appareil glandulaire. Il est permis de supposer que cette excitation peut survivre à la phase de travail utile et être suivie pendant un temps plus ou moins long de gastrochronorrhée.

Je suis donc disposé à croire à la fréquence de ce trouble sécrétoire, Mais les faits pathologiques ne sont pas aussi simples qu'on le suppose et, en faisant l'examen de cette question, nous avons vu surgir d'autres facteurs qui la compliquent.

Le liquide sécrété en dehors de la période d’activité

fermentative de l'estomac étant un liquide de fin de digestion doit normalement être repoussé dans l'intestin au fur et à mesure de son apparition. Et, pour ma part, je ne doute pas qu’il en soit ainsi dans un grand nombre de cas. Quand on peut retirer le matin à jeun une quantité notable de liquide (plus de 30 et jusqu'à environ 100, rarement plus), on doit supposer que ce liquide peut provenir soit d’une rétention, soit d'une insuffisance d'expulsion. Pratiquement, ce qu’il importe surtout de reconnaître, c’est le trouble moteur plutôt encore que le trouble sécrétoire.

Dans les premiers faits de ce genre que j'ai rencontrés, j'ai trouvé un ulcère chronique voisin du pylore, lésion qui pouvait à la fois avoir déterminé de la gastrochronorrhée et de la rétention soit d'origine mécanique (par déformation et adhérences), soit d’origine fonctionnelle.

Depuis, Soupault, à l'occasion d'opérations pratiquées chez des malades ayant présenté de la « gastrosuccorrhée », a reconnu la présence d’un ulcère avec une telle constance, qu'il en est arrivé à considérer l’anomalie sécrétoire comme pathognomonique de lulcère ‘. C’est certainement excessif, car, chez d’autres malades, la présence de liquide à jeun est symptomatique d’atonie gastrique. Je crois même que l'insuffi-

1. Soupault. Ulcère du pylore et gastrosuccorrhée, Bulletin de

. la Soc. méd. des hôpitaux, Paris, 1902.

sance motrice, dont j'ai cité précédemment des exemples, est la cause la plus habituelle du phénomène dont nous cherchons l'interprétation.

Jusqu'à quel point la gastrochronorrhée peut-elle être indépendante de toute rétention ou insuffisance motrice et, sous cette forme, quel degré peut-elle atteindre ?

Ce sont des questions pouvant présenter un certain intérêt, mais dont il ne faut pas s’exagérer importance. Le problème actuellement bien posé pourra être l’objet de recherches nouvelles. J’estime que ces recherches devront s’appuyer, pour que les résultats en soient inattaquables, sur des preuves anatomo-pathologiques.

Les auteurs qui ont édifié l’histoire de la gastrosuccorrhée et de l’hypersécrétion permanente ont fait trop bon marché de cette source indispensable d'informations.

C'est l'anatomie pathologique qui m’a permis de montrer que la question relative à la surabondance de la sécrétion gastrique, qui paraissait avoir été élucidée par les auteurs contemporains, était encore absolument neuve au moment où j'ai publié mes premiers travaux sur ce sujet.

Hypersécrétion perdigestive. — Si l’on voulait s'en tenir à l'étymologie des expressions hyper- et hyposécrétion et désigner par la première l'augmentation, par la seconde la diminution dans la production du

. suc gastrique pendant le cours d'une digestion lonnée, il vaudrait mieux ne pas parler des troubles … quantitatifs de sécrétion.

Ce serait certainement, pour le moment, un parti … très raisonnable.

Mais si l'on veut uniquement présenter sur la question quelques considérations pouvant avoir un certain intérêt, cela est possible, à la condition de s'entendre sur la signification que peuvent avoir les … termes hyper- et hyposécrétion.

; Une sécrétion comme celle de l’estomac peut être > comparée à un écoulement de liquide. L'abondance . de cette sécrétion dépend de l'étendue de la surface … sécrétante (section de la veine liquide), de la vitesse - de la sécrétion (rapportée à l'unité de temps; rapidité 4 no RUE ue la durée de 12 HOIAON ii encore

L: fait que la vitesse de Du ne est sans doute . variable aux différents temps de la fonction. Pour qu’il y ait hyperproduction, plusieurs combi-

Ro être les suivantes : grande étendue de la produc-

. tion et durée suffisante de cette production, ou grande

À rapidité si la durée est courte; en cas détendue rela- . tivement restreinte : durée longue, de rapidité suffi-

j sante.

… Or, si nous ne savons rien de précis sur la somme

totale de liquide sécrété dans le cours d’une digestion

donnée, nos procédés d'étude, aidés de renseignements d'ordre clinique ou anatomo-pathologique, nous fournissent des notions sur les divers facteurs que nous venons de mentionner et d’où dépend l'abondance plus ou moins grande de la sécrétion.

L’anatomie pathologique nous enseigne que l’appareil glandulaire chez les gastropathes se trouve dans un état des plus variables. Il peut être complètement ou presque absolument détruit ou, au contraire, développé d'une manière excessive, tant au point de vue de la longueur et de la largeur des glandes que de l'abondance des éléments.

Ces éléments multipliés peuvent être frappés d'impuissance (dégénérescence, décapitation des glandes), mais en les supposant actifs, il est logique d'admettre que l'hypertrophie de l'appareil glandulaire, d’ailleurs souvent accompagnée de développement anormal des vaisseaux, est une des conditions les plus importantes de l’hypersécrétion. Elle représente le facteur étendue (section de la veine liquide) qui, pour un organe tout en surface, joue un rôle des plus importants, probablement prédominant dans la valeur quantitative de la sécrétion. Qu'on réfléchisse un instant à la différence formidable qu'il peut y avoir entre le travail sécréteur d’une muqueuse hypertrophiée, riche en glandes pressées les unes contre les autres et remplies à déborder d'éléments sécréteurs et celui que peut fournir une

TROUBLES QUANTITATIFS DE SÉCRÉTION A4l

…. muqueuse basse, réduite à une lame lisse et mince,

présentant à peine quelques débris de glandes de

“ constitution indécise ou muqueuse, et l'on com- — prendra les éclaircissements que l’anatomie patholo- - gique apporte au problème de l'hypersécrétion.

Or, d’après nos recherches anatomo-pathologiques, actuellement confirmées par nombre d'auteurs, le type chimique indiqué par l'analyse est dans un

… étroit rapportavec l'état anatomique de la muqueuse. —…. Les analyses indiquant une dissociation intense du - chlore, soit une grande activité du suc gastrique

(types hyperpeptiques) fourniront donc un indice

— important de grande étendue de production.

Cela ne veut pas dire évidemment que l’hypersé-

… crétion ne soit possible qu'avec de semblables types, - d’autres facteurs intervenant, mais simplement

qu’elle est plus probable en cas d'hyperpepsie qu'avec les autres formes de réaction chimique. Cela ne

- veut pas dire, non plus, qu’elle soit inévitable, ainsi

qu'on pourrait le croire d’après certains traités où les mots hypersécrétion et hyperchlorhydrie sont employés comme synonymes. Dans les gastrites

mixtes et dans certaines formes de gastrites dégé-

nératives, l'appareil glandulaire peut être en voie d'atrophie, en quelque sorte annihilé en partie, malgré un type chimique entrant dans les formes de l’hyperpepsie, et on conçoit que, dans ces cas, la sécrétion

. stomacale puisse être peu abondante.

Une autre condition d’abondance relève de la durée de la sécrétion. Mais il ne faut pas confondre sécrétion et évacuation et croire que tant qu’un estomac n’est pas vide, il continue à sécréter. C’est là la faute que jusqu’à présent on n'a pas su éviter et qui a nécessité les développements du précédent paragraphe.

Un cycle digestif court et une évacuation lente sont — nous l'avons vu — des signes d'insuffisance motrice et celle-ci joue un rôle si marqué en semblable cas qu’on devra toujours soupçonner un défaut d'expulsion avant d’incriminer les troubles quantitatifs de sécrétion.

— Les éléments analytiques relatifs à la durée de la-digestion sont Q > avec V.c. >.

Les deux cycles parcourent un vaste champ; l'estomac travaille pendant longtemps et on conçoit que, même avec une réduction des éléments actifs, la sécrétion puisse être rendue abondante en raison de la durée de la digestion. On peut donc admettre l'hypersécrétion avec divers types chimiques, quelques-uns assez faibles quand la période de sécrétion est suffisamment prolongée. Dans ces dernières circonstances, on trouve les signes d’une dilatation assez grande de l’estomac.

A l’aide de ces données, il est possible de reconnaître l'hypersécrétion quand elleest nettement caractérisée. Comme le plus souvent, en considérant une

1 analyse, l'attention se porte en premier lieu sur le e type chimique, nous allons examiner successivement les cas d'hyperpepsie et ceux d’hypopepsie.

… Type HYPERPEPTIQUE. — Avec le type hyperpeptique, … plusieurs combinaisons sont possibles.

1° formule. — Type hyperpeptique (grande surface . de production) V. c. > (marche de la dilution lente); durée longue de la digestion (durée prolongée de la sécrétion).

Cette combinaison réunit les facteurs les plus impor- tants de l’hypersécrétion. Quand on fait l’étude en . série de cas semblables, on obtient des schémas ana- . logues à ceux des figures 24, 25 et 26 (p. 182 et suiv.). Ces schémas ne peuvent se rapporter qu’à des cas de longue durée de digestion avec forte probabilité pour surabondance de sécrétion par le fait même de ce long travail.

- 2° formule. — Type hyperpeptique (souvent d'emblée hyperchlorhydrique) V. c. < et Q >.

“ Cette catégorie de cas estremarquable par la vitesse … de la sécrétion ou tout au moins de la dilution du “ contenu gastrique, élément dont nous pouvons juger … par la rapidité de l’abaissement de V. c.

- Quand malgré cette rapidité de dilution, on trouve À à 60 minutes une forte valeur pour Q sans que l’estomac soit très dilaté, sans, par suite, qu’on puisse faire intervenir une insuffisance de motricité, on peut admettre l’hypersécrétion. Cependant, comme la

u ni

durée totale de la sécrétion est alors courte, l’hypersécrétion peut n'être qu'apparente; on peut la dire relative.

Quand il s’agit de faits d'hyperpepsie, on a, à la fois, deux des facteurs de l’hypersécrétion : l'étendue de l'appareil sécréteur et la rapidité de son travail (grande section de l'écoulement et vitesse).

En voici un exemple :

— 0,142) .. T = 0,379 A— 0,272 — Qu F — 0,091 x — 0,88 — 4,16 V. c. —0,02840.

395 em° de liquide fluide, mal émulsionné ; peptones abondantes. L’estomac clapote légèrement, mais audessus de l'ombilic; il n’est certainement pas dilaté.

V. c. indiquant que la digestion touche à sa fin, la très forte élévation de Q ne pourrait être attribuée à une rétention que s’il existait une dilatation notable; mais on conçoit qu’un simple retard dans l'évacuation par atonie légère (ce qui est souvent le cas) puisse être la cause de l'élévation de Q à 60 minutes. Néanmoins, dans le cas présent, cette élévation est assez considérable pour qu'il soit difficile de mettre en doute la grande abondance de la sécrétion.

Nous devons même nous demander, à propos de ces processus de rapide dilution, s'il est nécessaire que Q soit abondant pour qu’il y ait hypersécrétion.

La précocité de la dilution est de règle dans l’hyper-

chlorhydrie d'emblée, c'est-à-dire dans des conditions “où l'appareil de sécrétion est très développé.

Il se peut donc que, dans un court espace de temps, “la sécrétion soit tellement abondante qu’elle dépasse celle d’une digestion moyenne. Dans ces circonstances liquide passe rapidement dans l'intestin et on pourrait avoir le résultat paradoxal de Q < malgré une hypersécrétion.

Je pose la question sans la résoudre, et j'aurai bientôt à citer un exemple qui pourrait être interprété en ce sens.

à Type HYPOPEPTIQUE. — Quand le type est hkypopeplique, il faut tenir compte du degré d'hypopepsie.

. Assez souvent l'hypopepsie légère se transforme après 60 minutes, dans les digestions prolongées, en type hyperpeptique, ce qui indique une surface encore assez grande de sécrétion et permet defaire intervenir une vascularisation assez développée.

+ Quand l'hypopepsie est intense, les données de d'anatomie pathologique ne s’opposent pas absolument à ce qu'on puisse admettre une augmentation de la sécrétion, l’hypopepsie pouvant résulter de certaines transformations glandulaires, sans atrophie avancée “de la muqueuse. Cependant il faut être très circons-

La formule est la suivante : type hypopeptique léger (parfois hyperchlorhydrie atténuée); V. c. > ou toutau moins non faible ; durée prolongée de la diges- | | HAYEM. — Digestion stomacale. 9

tion, Q > ; absence de signes de rétention ou d’insuffisance motrice, car tous ces facteurs pourraient se rencontrer par le fait d'une rétention ou d’une myasthénie.

En voici des exemples :

M. C. — 18 mai 1901. Aérophagie avec éructations ; absence de dilatation stomacale :

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