ÉLÉMENTS D'APPRÉCIATION
Nous sommes riches en renseignements sur la fonction chimique; les uns concernent l'intensité et la qualité de la réaction, c’est-à-dire de l’utilisation du chlore; les autres, l’évolution dans le temps (cycle chimique).
Les éléments dosés ou calculés, relatifs à l'intensité et à la qualité de la digestion sont T, FE, C, H, À, c, sans compter les indications fournies par certaines réactions et relatives aux peptones et aux acides gras.
Ces différentes valeurs ont été étudiées en détail dans le chimisme stomacal. Il nous paraît utile, cependant, de revenir ici rapidement sur quelques notions essentielles. Ces valeurs représentent, en quelque sorte, un alphabet devant servir à la lecture des analyses gastriques. Nous ne connaîtrons jamais trop les signes qui le composent.
Nous savons que la digestion stomacale, considérée chlorométriquement, est un travail pendant lequel les glandes de l'estomac extraient du sang une certaine proportion de chlorure, qui se dissocie pour former, d’une part, des combinaisons avec les matières albuminoïdes, de l'autre et accessoirement, du chlore libre sous forme d'HCI.
Cucore ToTAL (T). — A tout moment de cet acte, la valeur T (chlore total) représente la somme des produits chlorés C, H, F.
M. Winter, pour en définir la fonction, le dénomme : élément vasculaire. Pratiquement il représente ce que j'ai désigné sous le nom de chlorurie.
A l'état pathologique, T est susceptible de présenter des variations assez considérables, mais ne dépassant pas certaines limites. Très souvent cette valeur est augmentée. À l’acmé du processus, de 0,320 (chiffre moyen) elle peut arriver jusqu’à 0,560, que l’on peut considérer comme une limite extrême, exceptionnellement atteinte. Les chiffres de 0,400 à 0,450, déjà très élevés, se rencontrent assez fréquemment.
Dans une autre série de cas, la chlorurie est en diminution: mais la valeur T ne disparaît jamais et même ne descend pas au-dessous d’une certaine limite qui, d'après nos analyses, est voisine de 0,060.
En d’autres termes, alors même que toute trace de dissociation du chlore a disparu, on trouve encore dans le suc stomacal une certaine proportion de chlore minéral, qui est alors le seul constituant de T, TE
Cacoruyorie (C Er H). — Les produils dérivés du chlore extrait du sang, dosés sous les formes Cet H,
1. La plus forte valeur de T consignée dans no0$ analyses s'élève à 0,577 (cas cité plus loin dans les exemples d’hyperchlorhydrie).
constituent la chlorhydrie. M. Winter a montré la signification qui doit être chimiquement attribuée à C, et les travaux que nous avons faits en commun ont définitivement introduit cet important élément dans les analyses du suc stomacal.
On sait que C est acide au même titre que H, et que le développement en paraît lié à la peptonisation. Quand cette valeur est élevée, on en doit donc conclure que le travail chimique de l’estomac est intensif; mais intensité ne veut pas dire qualité et nous verrons bientôt que nos analyses révèlent souvent des altérations: sensibles dans la qualité du processus stomacal, coïincidemment avec une active production de C.
Les variations présentées par la valeur C sont très étendues. On trouve assez souvent une dose faible de C, mais cette forme du chlore ne fait complètement défaut que dans des cas tout à fait exceptionnels. Assez souvent, au contraire, c’est en augmentation. Cette valeur peut atteindre 0,300 (au lieu de 0,170) et même des chiffres voisins de 0,350 (valeur extrême).
Il est intéressant de rappeler ici que, même en l'absence de produits C, le travail chimique de l’estomac peut ne pas être tout à fait nul. On en a la Preuve en constatant alors dans le suc stomacal des traces de peptone.
La valeur H est la seule dont les pathologistes
se soient occupés avant les recherches, maintenant déjà anciennes, que nous avons entreprises avec M. Winter.
Contrairement à ce que l'on pensait autrefois, H peut faire complètement défaut dans des cas où la disgestion est active et de bonne qualité. Il en est ainsi notamment lors de la digestion de la viande chez le chien (expériences de 1889).
Dans les conditions les plus normales chez l'homme, la digestion du pain s'accompagne — nous l’avons vu — de la mise en liberté d’une certaine quantité d'acide chlorhydrique libre (H). e
A l'état pathologique, les chiffres que l’on trouve pour cette valeur sont extrêmement variables. Contrairement à ce que nous venons de voir relativement à C, H est souvent déficient. Cette particularité des plus importantes, sur laquelle nous avons souvent insisté, a conduit les anciens observateurs, à des interprétations inexactes. Nous trouvons, en effet, dans nos observations des cas où, malgré H—0, la digestion est encore presque aussi active qu'à l’état normal: d'autres, au contraire, où le travail stomacal est nul ou peu s’en faut.
Il n'est donc pas étonnant qu'à l’époque où l'on dosait uniquement l'acide chlorhydrique libre, il se soit élevé des discussions sans nombre sur la signification de cet acide et que les analyses du suc stomacal aient été taxées, par des médecins découragés
par les contradictions ainsi introduites dans la science, d'impuissance et d’inutilité.
Ce point montre à lui seul combien a été notable le progrès que nous avons pu réaliser dans l’appréciation des qualités du suc stomacal lorsque M. Winter est parvenu à faire le dosage de la valeur C.
De même qu’une digestion peut être active sans développement d'acide chlorhydrique libre, le processus chimique de l’estomac peut être fort défectueux lors de la mise en liberté d’une proportion exagérée de H,
Cette valeur varie dans nos observations, à l’acmé du processus de 0 à 0,450 environ. Le chiffre de 0,300 est déjà exceptionnel et doit être considéré comme très élevé. Je trouve, cependant, dans mes observations, un cas où H—0,453.
La somme (C + H), expression de la chlorhydrie, est également intéressante à considérer. Elle varie aussi dans de très fortes proportions : de 0 à environ 0,430. Dans le cas tout à fait rare où H s'élève à 0,453, la somme (H+ C) — 0,483. (Voir plus loin les exemples d'hyperchlorhydrie.)
C'est une erreur de prétendre, comme l'ont fait divers auteurs, que le dosage en bloc de (C + H) dispense de faire celui de C et de H.
Les deux composants C et H de la chlorhydrie ont une origine et une signification propres, nous ne saurions trop le répéter. Ils doivent être dosés l’un
et l’autre, et l’un et l'autre envisagés respectivement au point de vue de l'interprétation des analyses.
Rappelons à cet égard les faits essentiels pour la pratique.
En présence de l’aliment la dissociation du chlore, au fur et à mesure qu'elle se produit, donne naissance à des combinaisons chloro-organiques (C). Chez l'homme sain, lorsque la digestion du repas d'épreuve arrive à l’acmé, la petite quantité d'H est chiffrée par 0,044, tandis que C s’est élevé à 0,170; le
rapport 4 sensiblement. Dans les cas patholo-
giques, bien que le repas d'épreuve soit toujours le même, ce rapport est profondément modifié, ainsi que le montrent les considérations déjà développées touchant les variations respectives de C et de H. Parfois C et H sont des valeurs notables, et le
rapport e tend vers l'unité. Dans d’autres cas, la
valeur H s'accroit et semble le faire au détriment de C; le rapport peut devenir inverse; de 4, il tend
vers une fraction; il peut se chiffrer par : 2; :
(valeur rarement atteinte). Enfin, le contraire s'observe souvent et H est faible ou nul, de telle
sorte que le rapport : devient indéfini.
De telles variations dans la production des valeurs indicatrices du processus de peptonisation ne peuvent
s'expliquer que par de profondes modifications dans les qualités des facteurs concourant à la réaction chimique intrastomacale. On voit ainsi que dans
les analyses, il faut tenir compte du rapport . tout
autant que de la somme C et H.
Nous trouverons là des éléments caractéristiques de types chimiques méconnus des auteurs qui nous ont précédés.
CHLORE MINÉRAL FIXE (F). — Quand on retranche du chlore total (T) les produits chlorés de la réaction (G et H), il reste une valeur F (chlore minéral, chlore fixe) qui est comme le résidu non utilisé de la sécrétion chlorée.
M. Winter a montré l'intérêt physiologique considérable qui s'attache à cet élément.
Nous n’avons ici qu’à faire remarquer certaines modifications pathologiques de cette valeur.
Généralement dans les processus intenses, le chlore est sécrété à haute dose et, malgré une hyperproduction de C et de H, le résidu chloré monte à l'acmé du processus à un taux voisin de la normale. Mais il est loin d’en être ainsi dans tous les cas et il n’est pas rare de voir fléchir le chiffre exprimant F; il peut tomber relativement très bas jusqu'aux environs de 0,060, ce qui indique une grande énergie de dissociation du chlore.
Dans les cas contraires, quand ce pouvoir de dis-
sociation est affaibli, F reste élevé et il peut être tel dans deux cas distincts : sécrétion chlorée abondante, sécrétion chlorée affaiblie.
On peut observer, en effet, une forte production de chlore qui reste pour ainsi dire inutilisé ou bien à la fois un affaiblissement dans la sécrétion chlorée et dans la dissociation.
La valeur F mérite donc d'attirer l’attention : on en peut tirer certaines indications. Mais, déjà par ce que nous venons d’en dire, on voit qu’elle affecte des rapports avec T, et nous aurons bientôt à nous servir
de 2 comme élément d'appréciation du cycle chimique.
A—H nos analyses de suc stomacal renferment encore les indications relatives à l'acidité. Il nous paraît inutile de revenir ici sur l'étude de l'acidité (A), faite très complétement dans le chimisme stomacal.
Au point de vue pathologique qui nous occupe, la question de l'acidité du suc stomacal présente surtout à considérer des modifications qualitatives. Il importe, effectivement, de savoir que dans un très grand nombre de cas — certainement de beaucoup les plus nombreux — le travail chimique de l'estomac est qualitativement altéré et, cela, aussi bien quand le processus digestif est intense que lorsqu'il est affaibli.
ACIDITÉ TOTALE (A) ET @, SOIT ( 1 — Toutes
C'est là un point sur lequel les analyses faites dans les conditions de la pratique ne peuvent fournir que des données insuffisantes.
Cependant l'application des procédés de M. Winter m'a permis, ici encore, de recueillir des indications nouvelles très précieuses.
Nous venons d’en relever une importante à propos
des variations très étendues du rapport
La production intensive de Hnesecomprendrait pas, avons-nous dit, sans une modification profonde des facteurs mis en jeu pendant la peptonisation. Évidemment, nous ne saurions dire quelle altération intervient. Mais n’est-ce pas déjà intéressant de faire voir que les éléments de nos analyses soulèvent cette question et montrent qu’il y a autre chose que l’intensité plus ou moins grande de la production d’'H dont on s’est tant occupé; que même cette grande production d’H est l’indice d'une digestion de mauvaise qualité? Nous pouvons d’ailleurs apporter d’autres éléments à la solution de la question à l’aide des particularités relatives à «.
Et ce que nous disons à propos des variations de H, est applicable à celles de C. Très souvent les modifications quantitatives concernant H et C sont accompagnées de variations plus ou moins sensibles
d’&, soit =)
Les auteurs qui, dans ces dernières années, ont adopté nos procédés d'analyse ont eu le tort de ne tenir aucun compte de ce coefficient. Ils ont ainsi négligé, dans l'appréciation des faits pathologiques, des perturbations fréquentes et des plus intéressantes.
Reportons-nous à ce que M. Winter pense de la constitution complexe des produits C (voir chimisme stomacal). Il a fait remarquer qu’ils représentent une combinaison de groupes neutres et de groupes acides.
Dans les cas pathologiques, ils sont très souvent anormalement constitués, par prédominance tantôt des groupes neutres et tantôt des groupes acides.
D'autre part, une partie des acides anormaux développés sous diverses influences peut ne pas entrer en combinaison organique. Le suc stomacal renferme alors des acides libres, autres que H.
Normalement, il s’y formerait d'après quelques auteurs, au début de la digestion, une petite proportion d'acide lactique de fermentation. Peut-être se produit-il aussi — même dans les cas les plus normaux, — dans la digestion du pain, — d’autres acides vers la fin du processus, par exemple, de l'acide acétique. Ainsi s’expliquerait l'élévation relative d’« au commencement et à la fin de la digestion du repas d’épreuve (fig. 1, p. 6).
Dans les cas pathologiques, les productions acides peuvent acquérir un grand développement et donner
naissance à des combinaisons et à des acides libres.
Enfin, d’autres fermentations acides, indépendantes de l’apport alimentaire, peuvent également prendre naissance dans l'estomac dans des circonstances diverses plus ou moins bien précisées.
Les auteurs qui se sont occupés de l'analyse du suc stomacal ont depuis longtemps essayé de mettre en évidence les divers produits acides.
Comme on agit sur une petite quantité de liquide, on ne peut employer que des procédés incertains. Le réactif d'Uffelmann, auquel on a le plus souvent recours, donne les mêmes indications, qu'il s'agisse d'acide libre ou de combinaisons salines, et il reste indifférent aux corps acides, de formation possible, étrangers à la série grasse (c’est-à-dire aux acides autres que le lactique, l’acétique, le butyrique).
L'existence de ces déviations dans le processus digestif nous est révélé par le coefficient des valeurs
acides, = Certes, les fluctuations d’x ne
nous donnent aucun renseignement sur la nature des produits acides. Mais elles font plus : elles donnent des indications sur les produits neutres aussi bien que sur les produits acides et l'accentuation des fluctuations d’x sert jusqu'à un certain point de mesure à l’intensité de ces phénomènes anormaux.
Examinons d'abord le cas où « est diminué.
Normalement, à l’acmé de la digestion du pain
. HAYEM, — Digestion stomacale, 2
(fig. 1) « — 0,86. Cela indique que, dans les conditions les plus normales, les produits C constituent un mélange dans lequel prédominent un peu les groupes neutres !.
La diminution dx, très fréquente dans les cas pathologiques, indique donc la formation de combinaisons d’une qualité d'autant plus anormale que la réaction acide est plus faible, les plus irrégulières ayant sans doute la constitution des ammoniaques organiques ou des éthers chlorhydriques neutres.
Les déviations de ce genre sont parfois si prononcées que nous verrons « tomber à æ© avec un chiffre élevé de C.
On ne peut contester l'intérêt qui s'attache à de semblables altérations qui étaient restées méconnues avant les recherches que nous avons poursuivies, M. Winter et moi.
Lorsque le coefficient « est augmenté, l’interprétation en est facile : il ne peut s'agir que de l'intervention de facteurs acides inusités dans la production de l'acidité totale (A).
Pour tenir compte de toutes les éventualités possibles, nous devons faire encore une remarque: En raison de cette particularité que C est un mélange de
1. En désignant par a les facteurs acides normaux autres que ,. A—H A—H—a HetC, ona A—H+C+a, d’où TC > C 0):
Or, expérimentalement À 4 est plus petit que f.
produits pouvant influencer « tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, il peut y avoir exceptionnellement des produits acides anormaux avec « peu élevé (la valeur d’ étant abaissée par la prédominance de groupes neutres dans la constitution de C).
Pour la même raison, l'augmentation d’« peut être moins élevée qu’elle ne devrait l’être si elle était proportionnelle à l'abondance des produits acides, surtout lorsque la valeur C est élevée. Les réactifs mettent parfois sur la voie de ces combinaisons. On peut avoir, par exemple, une indicalion positive relativement à la présence d’acide gras malgré un abaissement de la valeur d’x.
— Le coefficient « subit, dans les cas pathologiques, des variations considérables. Quand l'acidité est nulle (A — 0), il devient une valeur indéfinie et il n’est pas rare qu’il en soit ainsi avec une certaine dose de produits C, qui normalement devraient être acides. J’en ai cité un cas où C s’élevait à 0,200, ce qui est exceptionnel; mais il est fréquent de voir l'acidité être nulle, en l’absence de H, avec des valeurs de C s’élevant de 0,050 à 0,100. L’altération des produits C, rendue ainsi évidente, peut exister aussi dans des cas où l’on trouve une dose notable et même parfois élevée d'acide chlorhydrique libre (H). Il n’est même pas rare qu'& soit nettement inférieur à la normale dans l’hyperchlorhydrie proprement dite. Dans un cas, il est descendu au chiffre très faible de 0,02, indi-
quant l’existence de produits chloro-organiques profondément altérés malgré un développement considérable de H. Ce fait intéressant porte à penser que le dégagement excessif de H, peut tenir précisément aux conditions mêmes donnant naissance à des formes C de constitution anormale. Enfin, rappelons que malgré un affaiblissement d’x, décelant l’existence de produits C altérés, les réactifs indiquent par fois la présence de petites proportions d'acides gras.
L'élévation d’xest déjà notable lorsque cette valeur dépasse 0,90; elle peut atteindre des chiffres forts, tels que 1,50, 2, 3, etc., jusqu’à environ 50.
Plus les chiffres sont élevés, plus la signification en est précise. Lorsque «, en effet, ne dépasse pas 1,50 à 2, les réactions des acides gras peuvent faire défaut, de sorte qu’on peut supposer l'existence de combinaisons acides inconnues, liées ou non à la constitution des produits C. Les valeurs très élevées dépassant 3, 4 et plus coïncident presque toujours avec une réaction nette des acides gras et sont la conséquence de fermentations qui, parfois, atteignent un développement considérable. Ces fermentations sont presque toujours la lactique et la butyrique, assez souvent associées. Elles ont une signification pathologique incontestable, car, jusqu’à présent, je n'ai trouvé des valeurs s'élevant à 3 et au-dessus que dans les sténoses serrées et plus particulièrement
dans celles qui résultent de la présence d’un cancer ou d’un ulcéro-cancer.
TYPES CHIMIQUES DÉDUITS DE L'INTENSITÉ ET DE LA QUALITÉ DE LA RÉACTION INTRASTOMACALE
Nous possédons maintenant les éléments nécessaires pour nous rendre compte des variations que présente, à l’état pathologique, la réaction chimique intrastomacale. Ces variations sont nombreuses et d'une très grande étendue.
Pour caractériser les principales, on a admis un certain nombre de types chimiques.
Les pathologistes allemands qui, les premiers, firent des analyses du suc stomacal, en ont distingué deux : l'hyperacidité et l’hypoacidité. L’acidité totale est incontestablement un facteur important, de grande valeur pratique. Mais nous savons que les éléments acides du suc stomacal sont multiples; qu’en conséquence, les fluctuations de l'acidité totale ont des origines variables.
A l'état normal, la part la plus importante de cette acidité revient, contrairement à ce que les médecins ont cru pendant longtemps, aux combinaisons chloroorganiques (C). Or, à l’état pathologique, une des formes les plus intéressantes de l'hyperacidité s’accompagne précisément d’une notable diminution du chiffre du chlore engagé en combinaison organique.
D'ailleurs, jusqu’à présent, on a voulu désigner par le mot « hyperacidité » l'augmentation de l’acide chlorhydrique libre (H). Cette manière de procéder est inexacte, car dans certains cas d’hyperacidité la quantité d'HCI libre est normale ou même inférieure à la normale. Enfin, lorsqu'on tient compte des sources diverses de l'acidité, à l’aide des considérations tou-
chant la valeur d'«, c'est-à-dire du rapport —5—; on
reconnaît l’existence, dans certains cas, d’une hyperacidité due, au moins en partie, au développement de facteurs acides anormaux.
Pour ces diverses raisons, nous avons cru devoir repousser la division des troubles chimiques fondée sur les variations de l'acidité totale.
En France, G. Sée et ses collaborateurs ont employé les termes d’ « hyperchlorhydrie » et d” € anachlorhydrie » qui ont été adoptés par quelques médecins. Ces auteurs ne visaient pas autre chose par ces expressions que l’augmentation ou la diminution, poussée jusqu’à l'absence, d’HCI libre. Or, nous savons maintenant combien ces vues sont erronées.
Dans ce qu'on peut appeler chlorhydrie (C + H), la valeur C est prépondérante à l’état physiologique et nous ne pouvons pas en négliger les intéressantes et profondes fluctuations.
À la suite des recherches que nous avons faites avec M. Winter, quelques médecins ont dit, après nous,
que la chlorhydrieétait représentée, non pas par H seul, mais par (H +C), et ils ont appliqué les termes d’hyperet d'hypochlorhydrie, non plus aux variations de H, mais à celles de (H + C). Cette manière de procéder, adoptée par la majorité des auteurs contemporains, tout en constituant un progrès, est passible d'objections sérieuses, découlant des considérations que nous avons présentées sur la signification respective de Cet de H.
Pour tenir compte des divers caractères des digestions pathologiques et utiliser comme il convient les éléments d'appréciation que nous venons de passer en revue, nous avons désigné par des termes nouveaux les types chimiques dont il s’agit de faire le classement. Nous devions d'ailleurs éviter l'emploi d'expressions ayant été déjà utilisées dans un sens déterminé.
Nous avons admis deux classes d’altérations chimiques de la digestion gastrique : l'hyperpepsie et l'hypopepsie (du mot réduc, digestion).
En adoptant ces expressions, il faut être prévenu qu'elles sont tirées des variations quantitatives seules du processus.
Faisons remarquer, en outre, que pour les besoins de la pratique, nous examinerons tout d’abord les caractères que présente le suc pathologique au bout d’une heure, mais en ayant soin de choisir des exemples dans lesquels la digestion est au bout de ce
temps voisine de l’acmé. Nous compléterons ensuite les divisions que nous allons adopter en indiquant les types résultant des troubles évolutifs.
4x Classe : Hyperpepsie. — L’hyperpepsie a pour caractères généraux :
Dit c'est-à-dire l’exagération de la chlorhydrie;
T + et, le plus souvent, A +.
Il est indispensable d'admettre des sous-divisions. On en trouve les éléments dans les variations des deux facteurs de la chlorhydrie.
Lorsque C et H sont l’un et l’autre des valeurs ‘ exagérées, l’hyperpepsie est générale; quand C seul est augmenté, H restant normal ou même faible, l'hyperpepsie est dite chloro-organique; enfin l'hyperpepsie devient chlorhydrique quand C est diminué et H augmenté. D’où ce tableau :
Al hyperpepsie générale.
EU Ex hyperpepsie chloro-organique.
hyperpepsie chlorhydrique.
Le dernier type est celui qui correspond le plus exactement à l'hyperchlorhydrie des auteurs ; nous le désignerons souvent sous le nom d’hyperchlorhydrie, plus simple que celui d'hyperpepsie chlorhydrique.
Chacun de ces groupes est générique et comprend trois types notablement différents les uns des autres : le type simple et deux types compliqués de déviations, mises en relief par des modifications dans la valeur «.
Lorsque « est diminué, nous dirons viciation hkypoacide; quand il est augmenté, nous aurons la viciation hyperacide.
Examinons les différents groupes de digestions pathologiques en prenant des exemples.
er H -- 0 HYPERPEPSIÉ GÉ De 4° HYPERPEPSIÉ GÉNÉRALE cul Type simple :
Exemple :
CE 02145 0.427 R=—=025 A = 0,386 H= 10242 dE F — 0,098 x — (0,80.
mn = T = D,37
C’est dans les cas de ce genre que l’exagération du travail chimique est le plus intense. Elle a lieu sans diminution notable de la valeur acide des produits formés. T est très élevé. Il atteint dans ce groupe de faits sa valeur maximum; mais il est rare que celle-ci soit aussi forte que dans l'exemple choisi.
L'utilisation des chlorures extraits du sang étant
très active, le rapport est accru, à la fois par suite
de l'augmentation de T et de la réduction de F. Ce rapport peut atteindre 4,5; 6, rarement plus.
Le liquide extrait pendant le cours du repas d’épreuve est généralement abondant, peu muqueux, finement émulsionné.
Il laisse passer par une filtration facile, un liquide fluide, peu coloré, ambré, renfermant beaucoup de peptones et ne donnant généralement pas la réaction des acides gras.
Type compliqué de déviation qualitative hypoacide
Exemple : H—0,096 $ ? F — 0,146 a — 0,55
Ce type est plus rare. Il est essentiellement caractérisé par l’abaissement net d’x. Toutefois cet abaissement est rarement considérable dans l’hyperpepsie générale.
IL amène un manque de proportionnalité entre À et (CH), et généralement H est moins élevé que dans le type précédent.
F est relativement faible. Il est ici assez élevé parce qu’il est probable que la digestion n’était pas à l’acmé au bout d’une heure.
È est augmenté.
Les caractères du liquide sont sensiblement les mêmes que dans les cas précédents. Les peptones
peuvent être peu abondantes; elles sont parfois accompagnées de syntonine. L'émulsion du pain est généralement moins avancée que dans le précédent type.
Type compliqué de déviation qualitative hyperacide
Exemple :
C—0,212 T—0,45 A—0,352 H—0,135 OST p—0,098 — 1,02
mn p—=##
réaction acétique ou des acétates.
Ce type est assez fréquent. Il est caractérisé par l'augmentation d'«. Mais ici encore cette anomalie est peu prononcée.
La réaction acétique signalée dans ce cas est la règle.
Le liquide est généralement abondant, peu muqueux, médiocrement émulsionné. Il renferme des peptones en quantité modérée.
2° HYPERPEPSIE CHLORO-ORGANIQUE.