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Les ex-libris et les marques de possession du livre

u strict point de vue de la biblio- > graphie savante, la passion noii- ^ j vclle pour les ex-libris est déplo- '' à.-^ rablc. Elle est ce que serait, au regard des vieilles chartes scellées, la manie d'arracher les sceaux ; elle enlève à quantité de livres un état civil régulier, amusant à suivre, et en fait des bouquins quelconques sans valeur. Je ne voudrais pas assimiler le collectionneur d'ex-libris à Henri III, ce malfaisant oisif dont on nous apprend qu'il découpait soigneusement les incomparables miniatures de ses manuscrits pour les coller sur des albums. Mais il y a bknunpeu

de barbarie à réunir ces feuilles, détournées de leur place ancienne ; leur valeur de circonstance se perd, elles deviennent de petites estampes, quelquefois jolies, le plus souvent insignifiantes, qui ne parlent plus la même langue qu'auparavant et ne comptent que pour elles-mêmes lorsqu'elles comptent.

Sans doute il y a pour Thistorien une curiosité à rencontrer en bloc, sans les aller quérir partout, ces manifestations d'avarice bibliophile. L'ex-libris est la marque la plus vieille de l'amour sincère des hommes pour leur bien lit^téraire ; et ce ne serait pas la moins curieuse étude que de chercher dans ces papiers légers et de mince valeur intrinsèque la singulière alarme, en faveur de leur bibliothèque, de personnages insouciants et sceptiques sur d'autres faits. Mais il y a tout aussi bien la constatation inattendue de choses plus humaines encore. On a dit du style qu'il était l'homme même ; plus que le style, l'ex-libris nous peint le propriétaire de livres, tour à tour pédant, solennel, sot, vaniteux, économe, soigné, gai ou triste, vieux ou jeune, chaste ou libertin. A ce compte, ces feuillets valent mieux qu'on ne vou-

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