‹ Les ex-libris et les marques de possession du livreChapitre 2 sur 13 · I.RS EX-LIBRIS · texte numérisé non relu

I.RS EX-LIBRIS

Jrait croire à première vue. Classés métliodiquement, par époques, ils donnent très exactement la physionomie du temps auquel ils appartiennent, et, tout en gardant des éléments de ressemblance, se difTérencient entre eux suivant la loi ordinaire des individus. Ils sont comme des gens du dix-septième siècle, tous pareillement perruques, et dès l'abord très pareils, qui se séparent à l'examen et deviennent eux-mêmes. Un original du dernier siècle disait : « M. de F... a une bien curieuse et particulière marque pour ses livres, il doit avoir le nez camus ! » Peut-être exagérait-il l'induction possible, mais s'il se fût contenté de le présumer niais, il ne se fût point égaré de beaucoup.

Les ex-libris ne sauraient jamais s'ékver plus haut que cette curiosité un peu superficielle. On a voulu, pour excuser l'engouement qu'ils font naître, et pour colorer d'un beau zèle leur désaffectation, les présenter comme une source historique incontestable, au même titre que les images populaires ou les estampes contemporaines d'un fait. Il y en a ceci une large part d'agrandissement, si je puis ainsi dire. Tout au plus serviraient-ils à noter le goût d'une époque,

les tendances morales de l'individu, l'orgueil des classes ; mais pour l'histoire ils ne sont que d'un secours modeste. Aussi bien, ici comme en tout, la mode a été maîtresse ; elle s'est imposée à Fex-libris, révérence gardée, comme aux arts plus graves. Il fut de règle autrefois de graver des armes sur ces marques ; ceux qui n'en avaient pas ne s'embarrassaient point de si peu et s'en forgeaient qui n'étaient ni les moins prétentieuses, ni les moins encombrantes. Et ces casques de chevalier, ces lambrequins de tournoi, CCS couronnes de comte ou de marquis timbrant des écussons mirifiques, ne jugez pas que tous ceux qui s'en paraient ;i l'origine fussent en droit de le faire. La mode voulait qu'on en portât, fCit-on avocat, petit juge provincial ou simplement procureur de bailliage, et on en portait, coûte que coûte. Alexandre Bouchart, sieur de Blosseville, conseiller au parlement de Normandie, n'était point certes le premier robin venu. Daniel Dumonstier, le crayonneur, l'avait admis à ses poses et en avait dessiné un portrait superbe, depuis gravé par Léonard Gaultier en 1G13. ^Mais si vous mettez les armes gravées sur rex-lil)ris do ce personnage en parallèle avec

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celles des grands seigneurs, il vous faudra convenir que le conseiller ne fait pas mauvaise figure. Un écu magiiili(jue, porlanl un lion rampant et une étoile, timbré d'un heaume de gendarme, accosté de deux angelots nus, le tout d'une taille et d'une ampleur majestueuses ; une gravure soignée, travaillée ; tout décèle le puissant gentilhomme, et sauf les ordres du roi par malheur absents, quelque pair du royaume. Une fois renseigné, on est tenté de dire comme François I""" : « Ce n'estoit doncqucs que... Semblançay! » alors que sous l'habit il avait pensé rencontrer un autre seigneur d'importance.

C'est donc la mode, la mode toute seule, que les ex-libris nous enseigneront à leurs débuts, et si l'on veut, l'histoire dénaturée par elle. Il y avait d'ailleurs en France ce fait notable et qu'on ne souligne pas assez, que les gentilshommes amoureux de reliures dédaignaient Fex-libris. Leur signature de propriétaire s'étalait en or ou en bleu au plat de leurs livres, leur monogramme se lisait sur le dos. Nous reviendrons sur ce point dans le courant do notre élude, et nous montrerons que l'estampille gravée naquit en Allemagne, précisément dans la région d'Europe où ces

reliures étaient le plus banales. Chez nous, ce furent les très modestes bibliophiles, ou peut-être ceux qui avaient des ouvrages pour les lire et non pour les montrer, qui employèrent les premiers ex-libris. Ils rachetèrent Tinfériorité des reliures par le luxe de leurs armoiries. Beaucoup de ces pièces, gravées par Léonard Gaultier, Briot et autres, passent aujourd'hui pour de simples blasons détachés, qui servaient probablement à coller au plat verso des volumes.

Pour parler au sens général, Tex-libris n'a donc qu'une valeur historique secondaire ; il ne vaut que pour la constatation plus bornée d'un engouement, d'un état d'esprit qui n'a fait que grandir depuis le seizième siècle. Il tient par plus d'un point au développement des prétentions héraldiques en France, au déplacement, puis-je dire. Il a favorisé les usurpations d'armoiries, aidé puissamment à la diffusion de la noblesse tard venue. Sous couleur de noter sa propriété littéraire, toute une classe bourgeoise s'est élevée d'un cran, s'est avisée de calembours singuliers dans la composition de ses armes. Les armes parlantes ! c'est dans l'ex-libris qu'elles régnent en souveraines, et plus tard d'Hozier les consacrera

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moyennant fmanoo, do par un édit royal. Voilà la plus sérieuse relation de Tex-libris avec la marche de notre société française au dix-septième et au dix-huitième siècle, et je puis ajouter le seul point par lequel il touche à l'histoire générale.

Mais s'il a eu quelque importance au point de vue moral et psychologique, il a sur le côté matériel de son exécution subi l'action des milieux. Il n'est pas en France ce qu'il est en Angleterre au même temps, et pour la France seulement il change avec la mode. Tout ainsi que le livre, nous le trouvons un peu guindé et précieux sous Louis XIII, pompeux et solennel avec Louis XIV, coquet et distingué au dix-huitième siècle. A la Révolution il a du civisme, de la simplicité, il fait bon compte des armoiries. L'Empire le retrouve affublé de plumes, de toques, de manteaux princiers. Et quand la Restauration a passé, que la nouvelle monarchie s'oriente, il s'est laissé aller aux luttes littéraires ; il est plus volontiers classique ou romantique, suivant le cas, toujours un peu féru d'aristocratie, jusqu'à nous où sa volonté seule le guide, où, depuis la gravure banale et trop chargée des héraldistes de métier

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