‹ Les excentricités du langageChapitre 2 sur 8 · U LES EXCENTRICITÉS · texte numérisé non relu

U LES EXCENTRICITÉS

Brème : Carte (Vidocq). — Allusion au poisson de ce nom qui est blanc, plat et court. — Maquiller la brème : Gagner en trichant aux cartes. — Un bremmier est un fabricant de cartes. — Brème de pacquelins : Carte géographique. Mot à mot : carte de pays.

Bric-a-brac : « Ces travaux, chefs-d'œuvre de la pensée, compris depuis peu dans ce mot populaire, le bric-à-brac. » — Balzac. — « Le fait est qu'aujourd'hui le bric-à-brac est une industrie formidable, que le gros marchand de bric-à-brac possède jusqu'à 500,000 fr. de marchandises. » — Roqueplan, 1841.

Bric-à-brac : Marchand de bric-à-brac. — « Ce voleur de bric-à-brac ne voulait me donner que quatre livres dix sous. » — Gavarni.

Bricole : Petit travail mal rétribué.

Bricoler : « M. Jannier bricolait à la Halle, c'est-àdire qu'il y faisait à peu près tout ce qu'on voulait, qu'il était au service de qui désirait l'occuper. » — P. d'Anglemont. — Tient de bricole : harnais qui fait de l'homme qui le porte une sorte de cheval bon à tout traîner.

Bricoler : Faire effort, donner un coup de collier ou bricole. — « Et bricolons tout plus vite que ça, car j'ai les pieds dans l'huile bouillante. » — Balzac.

Brimade ' Épreuve vexatoire infligée aux nouveaux de l'École Saint-Cyr — « Point de ces brimades, qui ont longtemps déshonoré Saint-Cyr. » — La Bedollière.

Brimer ; Donner une brimade.

Brindezingues (Être dans les) : Être ivre. Mot à mot : avoir trop bu à la santé des autres. — « Tiens, toi, t'es déjà dans les brindezingues. » — Vadé, 1756.

DU LANGAGE 4o

— Du vieux mot blinde : toast. — « Ces grands hommes firent tant de brindes à rostre santé et à la nostre, qu'ils en pissèrent chacun plus de dix fois. » — Lettre curieuse envoyée au cardinal Mazarin par ses nièces. — Paris, 1651.

Brio : « Le brio, mot italien intraduisible et que nous commençons à employer, est le caractère des premières œuvres. C'est le fruit de la pétulance et de la fougue intrépide, du talent jeune, pétulant, qui se retrouve plus tard dans certaines heures heureuses. «

— Balzac.

Brioche : Y. Boulette.

Brisant : Vent. — Yidoeq.— Diminutif de bris?.

Briser Se la) : S'enfuir. — Mot à mot : se laisser aller à la brise. — « Dans le beau monde on ne ditpas : Je me la casse, ou : Je me la brise. » — Labiche.

Briseur : « Les briseurs sont tous Auvergnats et se prétendent commerçants. Ils s'entendent pour inspirer toute confiance à des fabricants qu'ils trompent pour une grosse somme, après leur en avoir payé plusieurs petites. Les marchandises brisées sont revendues à 40 p. 100 de perte, et le produit de la brisure est placé en Auvergne. » — Yidoeq. — Même étyinologie que les mots précédents. Un briseur est un homme qui se la brise dès qu'il a fait son coup.

Bbocantes : Troc de marchandises de hasard. — « Je vais faire des brocantes. » — Balzac. Brocante : Objet sans valeur.

Broder ■ Écrire — Allusion au va-et-vient de la plume sur le papier.— Un brodeur est un écrivain. —

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En revanche, on a dit brodanclier pour broder, pris <lans son acception ordinaire. V. Ravignolé.

Broquille : Minute (Vidocq). — Ce diminutif du vieux mot broque : petit clou, ardillon (V. Roquefort) fait sans doute allusion au petit signe indiquant la minute sur un cadran.

Brossée : Grêle de coups, défaite. — « Les Turcs ont reçu une brossée. » — Ricard.

Brosser ; Battre. Mot à mot : brosser de coups.

Se brosser le ventre : Se brosser le ventre pour lui faire oublier l'heure du repas. Pris souvent au figuré. — « Vous brosser le ventre faute d'un éditeur. » — Gommer son.

Dès d808, on disait : Ça fait brosse, pour : Rien pour toi! tout est brossé.— Dhautel. — « Brosse pour lui! Zut pour lui! Fallait pas qu'y liche.» — À. Dalès, chanson.

Brouillard (Être dans le) : Être absorbé par l'ivresse.

Chasser le brouillard : Boire un verre d'eau-devie dont la chaleur combat, dit- on, les mauvais effets •de l'humidité. — On dit tuer le ver par un motif analogue; — l'alcool pris à jeun passe pour causer de vives contrariétés aux helminthes et aux ascarides vermiculaires. — Ces deux termes peuvent être considérés comme une allusion ironique aux prétextes hygiéniques des buveurs d'alcool.

Broutta : Discours. V. Ldius. — Du nom d'un ancien professeur de l'École militaire.

Bruge : Serrurier. — Yidocq. — Du vieux mot hruger : pousser, heurter. Y. Roquefort,

Brugcrie ; Serrurerie. — IcL

Brûlage : Déconfiture. — « C'est un brûlage général. — Balzac.

Brûler : Perdre sans retour. — Comment sommesnous avec le boulanger? — M' sieur, le boulanger est brûlé, il demande un à-compte. » — Champfleury.

Brûler : Démasquer, — « Le grec brûlé prend son parti lestement et va, sous un autre nom nobiliaire, se faire pendre ailleurs.» — Mornand.

Brûler la politesse : S'esquiver sans faire la politesse d'un adieu. — « Quand il nous met à l'ombre, c'est que nous avons brûlé la politesse à la consigne. »

— J. Arago, 1838.

Brûle-gueule : Pipe dont le tuyau écourté brûle les lèvres. — « Une de ces pipes courtes et noires dite brûle-gueule. » — De Banville.

Brûlot : Mélange de sucre et d"eau-de-vie brûlée.

— « Ils cassent les tasses où ils allument leur brûlot quotidien. » — De la Barre.

Brutal : Canon. — Allusion au bruit de son tir.

— « As-tu entendu ronfler le brutal? » — Dhautel, 1808. — « Une détonation sourde se fit entendre. — Tiens, dit Pierre, voilà déjà le brutal qui chante. » — Ricard.

Bûche plombante : Allumette (Vidocq). — Mot à mot : brin de bois sentant mauvais. On connaît l'odeur du soufre. V. Plomber,

Bûcher : Travailler. — Du vieux mot buschcr : fendre du bois. V. Roquefort.

Bûcher : Battre (ici.). — « I' vient pour me bûcher. Moi, je r fais trébueher. » — Chansons, Avignon,

1813. — « Il y a lieu de se bûcher... J'aimerais mieux les voies de douceur. » — L. Reybaud.

Bûcherie : Combat.

Buquer : Yoler dans une boutique en demandant de la monnaie (Vidocq) .

Burlin : Bureau. Diminutif du mot. — Y. Parrain.

Buson : Bête. Diminutif de buse qui a le même sens.

Butte : Guillotine. Mot à mot, c'est l'action de tomber à la renverse, de butter, c'est la dernière culbute. — « Tu n'es qu'un lâche. Avec toi, on va tout droit à la butte. » — Canler.

Butter : Assassiner. — Du vieux mot buter : frapper, renverser, qui a fait Culbuter. V. Roquefort. — « Voilà donc une classe d'individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner, de faire le bog et le blavin, de butter même s'il en était besoin. » — Cinquante mille voleurs déplus à Paris, Paris, 1830. — « Voilà pour butter le premier rousse, dit-il en montrant un couteau. » — Canler.

Ça (C'est), C'est un peu ça ■ C'est superlatif. — « Ils sont laids que c'est ça. » — Pecquet. — « C'était ça, presque aussi bath qu'au café. » — Monselet. — « On me cognait, mais c'était ça. » — Zompach,

Cabillot : « L'ennemi naturel du matelot, c'est le soldat passager, plus souvent nommé cabillot, à cause de l'analogie qu'on peut trouver entre une demi-dou-

zaine de cabillots (chevilles) alignés au râtelier et des soldats au port d'armes. » — Physiologie du Matelot, 1843. — La langue romane avait déjà caH ; serré, rangé. V. Roquefort.

Cabe, Cabot : Chien (Vidocq). — Contraction des deux mots : qui aboie. Les voleurs ont, comme toujours, donné le nom de l'acte à l'acteur. Au lieu de dire le chien, ils ont dit : le qui aboie, et en abrégeant : le qiïabe, le qiïabo. Y. Calvin, Combre.

Cabermont : Cabaret (Vidocq). — Corruption de mot.

Cabestan : Agent de police. — Comparaison de la corde qu'enroule le cabestan à celle avec laquelle l'agent garrotte les criminels (?). Y. Macaron.

Cadenxe : Chaîne de cou (Yidocq). — La racine latine featenaj est demeurée presque intacte.

Caboulot : « Le caboulot est un petit café où l'on vend plus spécialement des prunes, des chinois et de l'absinthe. — Daunay, 1861. — Une monographie des Caboulots de Paris a paru en 1862. — C'est aussi un cabaret de dernier ordre. Y. Camphrier.

Cadet : Derrière. — « Sur un banc elle se met. C'est trop haut pour son cadet. » — Yadé.

Cadet : Pince de voleur (Yidocq). — Cadet a ici le sens d'aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. Y. Caroubleur.

Cadet : Individu. — Pris souvent en mauvaise part. — « Le cadet près de ma particulière s'asseoit sur T banc. » — Le Casse-Gueule, chanson, 1841.

Cadichox : Montre (Yidocq). — Diminutif de Cadran. Le cadran des montres est fort petit.

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Cadran : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran. — 'c Est-ce l'apothicaire Qui vient placer l'aiguille à mon cadran lunaire? » — Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle.

Cagne : Cheval (Vidocq). — Pris en mauvaise part. Abrév. du vieux mot cagnard : mou, paresseux. V. Roquefort.

Cabriolet, Cachemire d'osier : Hotte de chiffonnier (Vidocq). — Comparaison ironique. Comme le cachemire, la hotte se met sur le dos. Même ironie pour le premier mot. Le chiffonnier roule avec son cabriolet comme le fantassin part à cheval sur Âzor.

Cabriolet : Chapeau de femme. — Une capote de femme ressemble assez à celle d'un cabriolet.

Cafarde : Lune (Vidocq). — C'est la lune voilée qui se dissimule derrière un nuage avant d'être la Moucharde, de briller de tout son éclat.

Café (Fort de), Fort de chicorée, Fort de Moka : Excessif, peu supportable. — « On dit : C'est un peu fort de café, pour exprimer que quelque chose passe les bornes. » — Dhautel, 1808. — « Oh ! oh! dirent Schaunard et Marcel, ceci est trop fort de moka. » — Murger. — « S'unir à un autre! C'est un peu fort de chicorée. » — Cormon.

On sait quelle irritation le café trop fort cause dans le système nerveux. La chicorée jouit des honneurs peu mérités du synonyme. Il semble qu'ici, comme dans le café du pauvre, elle tienne à entrer en fraude. En revanche, on sait que le moka tient le haut de l'échelle.

Prendre son café : Rire, se moquer. — « Ah! fusi-

lier, vous voulez prendre votre café. » — » Bertall.

Cagnotte : « Espèce de tirelire d'osier recevant les rétributions des joueurs. » — Montépin.

Caisse (Donner de la grosse) : Louer très-bruyamment. — Allusion aux bateleurs qui attirent leur public à coups de grosse caisse. — « Il faut qu'Artémise

réussisse C'est le cas de donner de la grosse caisse

à se démancher le bras. » — L. Reybaud.

Sauver la caisse : S'enfuir avec les fonds dont on est dépositaire. — Fort à la mode depuis le fameux mot de Bilboquet : Sauvons la caisse!

Caillé : Poisson. — Tidocq. — Mot h mot : couvert d'écaillés. — Du vieux mot caille : écaille. V. Roquefort.

Caisson (Faire sauter le) : Faire sauter la cervelle. — « Quelle mort préférez-vous? — Faites-moi sauter le caisson. » — P. Borel, 1833.

Calé : Riche (Dhautel). — Terme de marine. Être calé, c'est avoir assez de biens pour en remplir sa cale. Usité en 1808. — « Les plus calés sont quelquefois gênés. » — E. Sue.

Calebasse : Tête. — Allusion de forme. — « Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm' ça. » — Gavarni.

Calège : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux. — « Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier. » — Yidocq. — Vient de cale, qui signifiait

grisette au dix-septième siècle. — « Gombault, qui se piquait de n'aimer qu'en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse. » — Tallement des Réaux.

Caler : Ne rien faire. — « La plus grande jouissance du compositeur d'imprimerie est de caler. » — Ladimir.

Calibre : Qualité. — On sait que les armes et bouches à feu sont graduées par calibre. — « Un particulier de ce calibre-là. » — Randon.

Calicot : Commis marchand. Mot à mot -.vendeur de calicot. — « Triple escadron î le calicot s'insurrectionne. » — P. Borel, 4 833.

Calicotc : Femme fréquentant un ou plusieurs calicots. — « Clara Fontaine est une étudiante, Pomaré est une calicote. » — Paris dansant.

Californien : Riche. — Grâce à des découvertes aurifères bien connues, ce mot a remplacé le Pérou dans nos locutions proverbiales. — « La jeune fille regrettait de ne pouvoir garder pour elle-même cette bonne for lu ne californienne. » — Montépin.

Calino : Homme ridiculement naïf. — C'est une pièce du Vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type. — « L'artiste était fort ennuyé par une espèce de calino. » — Figaro.

Calme et inodore (Être) : Affecter une certaine sévérité de manières. — Ces deux mots ne vont jamais l'un sans l'autre, et parodient sans doute quelque manuel de civilité puérile et honnête.

Caloojjet : Coiffure de femme (Dhautel). — Caloquet : Chapeau. — « Achetez un caïoquet plus mé-

chant, le vôtre n'est pas trop rup. » — L. de Neuville.

— Caloquet : Couronne. Y. Dab.

Calot : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Calotter : C'est frapper de la main sur la tête, faire une calotte de coups. — « Calottez-moi, gifflez-moi. »

— J. Ârago, 1838.

Calottix : Ecclésiastique. — Allusion à la calotte cléricale. — Dans le Déjeuner de la Râpée, pièce poissarde de L'Ecluse (1750), une poissarde repousse un abbé en disant : « Adieu, monsieur le calottin ! »

Calvigne : Vigne (Vidocq). — Mot à mot : lieu qua V vigne, qui est planté de vigne.

Calvin : Raisin (Vidocq). — Donnant le nom du jus au fruit, les voleurs ont dit le qua le vin pour le raisin. V. Cabe.

Camboler : Tomber. — Contraction de Caramboler.— « Vlà qu'elle cambole sur son prussien et feint de tomber de son digue-digue. » — Decourcelle,

Cambriolle : Chambre (Vidocq). — Diminutif du vieux mot cambre: chambre. V. Roquefort. — V. Pieu, Esquintcment, Rincer.

Cambriolleurs -.Voleurs s'introduisant dans les chambres (cambriolles) par effraction ou par escalade. — M.JCanler les divise en six classes. — Vidocq, sans apporter autant de méthode que Canler dans la classification des cambriolleurs, ajoute des particularités

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assez curieuses sur leurs costumes où dominent les bijoux et les cravates de couleurs tranchées, telles que le rouge, le bleu ou le jaune; sur la manie singulière de faire faire leurs chaussures et leurs habits chez les mêmes confectionneurs, ce qui n'était souvent pas un petit indice pour la justice; sur leur habitude de se faire accompagner d'une fausse blanchisseuse dont le panier cache leur butin. — Les plus dangereux cambriolleurs sont appelés nourrisseiirs, parce qu'ils nourrissent une affaire assez longtemps pour en assurer l'exécution, et, autant que possible, l'impunité.

Cambronxe (Le mot de) : Merde! — Cette allusion à un mot historique discuté, sert aujourd'hui d'équivalent à une injure populaire fort répandue. Que Cambronne l'ait dit ou non, on ne lui en fera pas moins honneur. Nous rappelons aux curieux qui voudraient s'édifier à ce sujet, un chapitre des Misérables de M. Victor Hugo; un article de M. Cuvillier- Fleury, aux Débats, qui sera sans doute reproduit dans ses études littéraires, et enfin une lettre publiée par le journal V Intermédiaire, du 15 février 1864.

Càmbrou, Cambrouse : Serviteur, servante (Vidocq). — Corruption de l'ancien mot : cambrier ; valet de chambre. Chambrière est resté.

Cambrouse : Campagne (Yidocq). — Du latin campus : campagne. — Çambrousier : Voleur de campagne (id.). — « La rousse pousse comme des champignons, et même dans la cambrouse, ils viennent vous dénicher. « — Patrie du 2 mars 1852. — V. Garçon,

Cambrousiers : « C'est ainsi que les marchands forains nomment les paysans. » — P. d'Anglemont.

Camélia, Dame aux camélias : « Quand la lorette arrive à la postérité, elle change de nom et s'appelle dame aux camélias. Chacun sait que ce nom est celui d'une pièce de Dumas fils, dont le succès ne semble pas près de finir au moment où nous écrivons. » — E. Texier, 1852.

Camelot : « C'est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. » — P. d'Anglernont.

Camclotte dans le pied : En flagrant délit de vol. — « J'ai été pris, la camelotte dans le pied. » — La Correctionnelle, journal.

Camoufle : Chandelle (Vidocq),-*- Camouflet; Chandelier. — Du vieux mot camouflet ; fumée.

Camoufler : Déguiser. — Mot à mot : cacher le mufle.

— Çamouflement : Déguisement (Yidocq).

Campagne (Aller à la) : Être enfermée à la maison de Saint-Lazare. — Usité parmi les filles.

Aller à la campagne : « Elles ont disparu trois, quatre ou six mois. On les savait malheureuses. Elles reparaissent tout à coup plus fières et plus fringantes que jamais; elles ont été passer une saison à la campagne (dans une maison de prostitution de province).. »

— Ces Dames, 1860.

Camphre : Eau-de-vie. — Allusion à l'alcool camphré. — « Aux buveurs émérites et à ceux qui ont depuis bien des années laissé leur raison au fond d'un poisson de camphre. » — P. d'Anglernont. — Y. Casse-poitrine.

Se camphrer : S'adonner à l'eau-de-vie.

Camphré: Alcoolisé. — « Dis donc, avec ton gosier camphré, tu fais bien tes embarras.» — 1844, Catéch. poissard.

Camphrier : Buveur d'eau-de-vie. — « Entends-tu, vieux camphrier, avec ta voix enrhumée. » — 1844, Catéch. poissard.

Camphrier : « Le camphrier est un sale débit de liqueurs atroces à un sou le verre et à dix-sept sous le litre. Le caboulot ne diffère du camphrier que par sa moindre importance comme établissement. C'est, du reste, le même breuvage qu'on y débite aux mêmes habitués. » — Castillon.

Canage, Cane : Mort. — Y. Caner.

Canapé : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevarts sont de tristes canapés.

Canard : Récit mensonger inséré dans un journal. — « Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l'air d'être vrai, mais qu'on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles. » — Balzac.

Canard : Fausse nouvelle. — « Ces sortes de machines de guerre sont d'un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommées canards. » — Mornand.

Canard ; Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. Y. Canardier.

Autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — Dès 1612, dans le ballet du Courtisan et des Matrones, M. Fr. Michel

a trouvé : « Parguieu vous serez mis en cage, Vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de Dhautel,

Canard, couac : « Ces explosions criardes des instruments à vent si connues sous le nom de canards. »

— À. Luchct. — Le second mot est une onomatopée, et la comparaison d'une fausse note au cri du canard (couac) a fait former le premier.

Canard : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie. — « Or, Je canard de madame Pochard, s'était son mari! » — Ricard.

Canarder : Faire feu d'une embuscade comme si on était à raffut des canards sauvages. — Canarder : tromper. — « On a trop canardé les paroissiens... avec la philanthropie. » — Gavarni.

Canardier : Crieur, confectionneur de fausses nouvelles. — « Place au célèbre Edouard, le canardier par excellence, le roi des cricurs publics! » — Privât d'Anglemont.

Cancan : Danse. — Du vieux mot caquchan : tumulte (Littré). — « Messieurs les étudiants, 3Iontez à la Chaumière, Pour y danser le cancan Et la Robert Macaire. » — Letellier, 1836. — « Nous ne nous sentons pas la force de blâmer le pays latin, car, après tout, le cancan, est une danse fort amusante. » — L. Huart, 1840. — M. Littré n'est pas aussi indulgent.

— « Cancan : Sorte de danse inconvenante des bals publics avec des sauts exagérés et des gestes impudents, moqueurs et de mauvais ton. Mot très-familier et même de mauvais ton. » — Littré, 1864.

Cancaner, Pincer le cancan : Danser le cancan. — Pincer un léger cancan n'est pas tout à fait cancaner; c'est une chorégraphie mixte où se fait deviner seulement le fruit défendu. — Chahuter, c'est épuiser au contraire toutes les ressources pittoresques de ce fandango national. — « On va pincer son petit cancan, mais bien en douceur. » — Gavarni. — « J'ai cancané que j'en ai pus de jambes. » — Id.

Caner : Avoir peur, reculer au lieu d'agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane. — « Par Dieu! fui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne- le fais moyne. » — Rabelais. — « Oui, vous êtes vraiment français, vous n'avez cane ni l'un ni l'autre. » — Marco Saint-Hilaire.

Cancr ; Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rcngr acier.

Caniche : Ballot carré (Vidocq) aux coins duquel la toile d'emballage forme des oreilles semblables à celles d'un petit chien.

Canon : Mesure de liquide en usage chez les marchands de vins de Paris. — N'oublions pas que canon signifie terre dans le vocabulaire des francs-maçons. — Prendre un can sur le comp : Prendre un canon sur le comptoir. — « Les canons que l'on traîne à la guerre Ne valent pas ceux du marchand de vin. » — Brandin, Chansons, 1826.

Canonnier de la pièce humide. — Y. Artilleur.

Cantaloup : Niais. — Y. Melon.

Canton : Prison (Vidocq). — Du vieux mot canton : coin. C'est dans les coins qu'on est àVombre. — Cantonnier : Prisonnier. Y. Carruchc.

Canule : Homme canulant. — Canuler : importuner. — « C'est canulant. » — H. Monnier. — Mot inventé par les ennemis du clystère.

Capahuter : Assassiner son complice pour s'approprier sa part (Yidocq). — Du nom de Capahut, un malfaiteur coutumier du fait.

Capitaine : Agioteur (Yidocq). — Corruption de Capitaliste.

Caporal : Tabac à fumer. — Allusion à un tabac haché plus gros, dit de soldat, qui est vendu h un prix moindre. — « Ma fumeur très-ordinaire brûle à lui seul son kilogramme de caporal par mois, cent francs par an au bas mot, dont soixante-dix pour le Trésor. » — A. Luchet.

Caprice : Objet d'une vive et subite affection. — « Tu es mon caprice, et puisqu'il faut sauter le pas, que du moins j'y trouve du plaisir. » — Rétif, 1776

Capsule (Chapeau) : Chapeau affectant les petits bords et la forme cylindrique d'une capsule de fusil ; à la mode depuis 1860. Y. Carreau.

Capucine : « Yeuillez excuser notre ami, il est gris jusqu'à la troisième capucine. » — Murger. — C'est comme si l'on disait : Il en a par dessus le menton, La troisième capucine est très-près de la bouche du fusil.

Carabine : Fouet de conducteur du train. — Allusion ironique à son claquement.

Carabiné : De première force. — Terme de mamir On sait qu'un vent carabiné est très-fort.

Caramboler : Faire d'une pierre deux coups. —

« Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille. » — Balzac.

Caramboler : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.

Garante : Table (Vidocq). — Diminutif de carrée (?). — Allusion de forme.

Carcan : Cheval étique, femme maigre et revêche.

— « C'est pas un de ces carcans à crinoline. » — Monselet.

Care (Voler à la), Carer, Carirener : Voler un marchand en proposant un échange avantageux de monnaies anciennes contre des nouvelles (Vidocq).

— Carcr n'est qu'une forme ancienne (V. Roquefort) et par conséquent un synonyme de charrier. V. ce mot. — Caribencr est un diminutif.

Cargot : Cantinier. — Corruption de gargotier. — V. Aide.

Carle : Argent (Vidocq). — De Carolus, ancienne monnaie de Charles VIII. — « Le cidre ne vaut plus qu'un carolus. » — 01. Basselin. V. Bayafe.

Carline : La mort (Vidocq). — Allusion au masque noir de Carlin et à son nez camus. Jadis on appelait la mort camarde, parce qu'une tête de mort n'a pour nez qu'un os de très-faible saillie.

Carne : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne. — « Un morceau d' carne dur comme un cuir » — Wado.

Carne : Mauvaise femme. — C'est la carogne de Molière. — « Je la renfoncerais dedans à coups de souliers... la carne. » — E. Sue.

Carotte (Tirer une) : Demander de l'argent sous un faux prétexte. — « Nul teneur de livres ne pourrait supputer le chiffre des sommes qui sont restées improductives, verrouillés au fond des cœurs généreux et des caisses par cette ignoble phrase : « Tirer une carotte. » — Balzac. — Carotte de longueur. Grosse demande, demande subtile. — Vivre de carottes : Vivre en faisant des dupes.

Carotter : Obtenir de l'argent en tirant une carotte : « Allons, va au marché, maman, et ne me carotte pas. »

Carotter : Xe vivre que de légumes. Vivre mesquinement. — « Il se dépouillait de tout... Il sera trèsheureux de vivre avec Dumay en carottant au Havre. » — Balzac.

Carotter le service : Éluder sous de faux prétextes les obligations du service militaire.

Carotteur, tier : Tireur de carottes. — « Allons, adieu, carotteur! >> — Balzac. — « Joyeux vivant, mais point grugeur et carottier. » — Vidal, 1833.

Carolrle : Fausse clé (Vidocq). V. Esquintemcnt.

Caroubleur : «Voleur employant des caroubles fabriquées par lui-même sur des empreintes livrées par des domestiques, desfrotteurs, des peintres, ou des amants de servantes. — Le Caroubleur à la flan ou à Vesbrouffe vole aussi avec de fausses clés, mais au hasard, dans la première maison venue. Le Caroubleur au fric-frac emploie, au lieu de clés,*un pied de biche en fer appelé cadet, monseigneur ou plume. » — Vidocq.

Carreau : Lorgnon monocle. — « M. Toupard, cinquante-deux ans, petite veste anglaise, chapeau cap-

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suie, un carreau dans l'œil. » — Me m. d'une Dame dit inonde, 1861.

Carruche : Prison (Vidocq). — Diminutif du vieux mot car : coin. Y. Roquefort. — Y. Canton. — Comte de la Carruche : Geôlier.

Carte (Revoir la). — On comprend l'ironie du mot en se rappelant qu'on entend par carte la liste des mets choisis pour son repas.

Femme en carte : Femme à laquelle la police impose une carte de fille soumise. — « La fille en carte est libre, peut demeurer où bon lui semble, pourvu qu'elle se présente exactement aux visites des médecins. » — F. Béraud.

Carton : Carte à jouer. — « Je n'ai pas parlé des tables d'hôte où on donne le carton, c'est-à-dire où Ton fait jouer. » — Lespès. — « Lorsqu'on a dîné entre amis, il faut bien remuer des cartons peints pour se dégriser. » — About.

Travailler, tripoter, graisser le carton : Jouer aux cartes. — Maquiller le carton : Faire sauter la coupe.

De carton : De petite valeur. Y. Occasion (D'J, Michet.

Casaquix : Corps (Dhautel, 1808). — « Je te tombe sur la bosse, je te tanne le casaquin. » — Paillet.

Cascades : Yicissitudes, folies. — « Sur la terre, j'ai fait mes cascades. » — Robert Macaire, chanson,

Cascades (Faire des) : « Ce mot dépeint les fantaisies bouffonnes, les inégalités grotesques, les lazzi hors de propos, les improvisations les plus fantasques. » — J. Dufîot.

Casque : Chapeau rond. — Casque à mèche : Bonnet de coton à mèche. — « Il dévoilera les mensonges cotonneux de madame et apportera dans le salon le casque à mèche de monsieur. » — Th. Gautier.

Avoir son casque : Y. Casquette.

Casquer : Donner dans un piège. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c'est à-dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir.

— De là aussi casquer dans le sens de : donner de l'argent sans voir qu'il est escroqué. Y. Cave.

Casquette : Chapeau de femme. Y. Chouette.

Être casquette : Être ivre. — Mot à mot : avoir plein son casque. Casque est pris ici pour tête. — « Il me demande si je veux m'humecter. Je lui dis que j'ai mon casque.» — Monselet. — « Ai-je manqué, soit à jeun, soit casquette, De t'apporter ma soif et ma chanson? »

— Festeau.

Cassaxte : Noix, dent. (Yidocq). — Effet pris pour la cause. La noix se casse et la dent casse.

Casse-gueule : Bal public de dernier ordre, où on se bat souvent. — « Yeux-tu v'nir aux Porcherons, Ou j'irons au cass' gueule à la basse Courtille. » — Duverny, Clianson, 1813.

Casse-poitrixe : « Cette boutique est meublée de deux comptoirs en étain où se débitent du vin, de l'eau-de-vie et toute cette innombrable famille d'abrutissants que le peuple a nommés, clans son énergique langage, du Casse-Poitrine. » — P. d'Anglemont. — « Ces demoiselles n'ont plus la faculté de se faire régaler du petit coup d'étrier, consistant en casse-poitrine, vespetro, camphre et autres ingrédients. » —

Pétition des filles publiques de Paris, Paris, 1830, in-8.

Casser du iœc : Sentir mauvais. — Casser a ici le sens de couper, ce qui donne mot à mot : couper de son bec... celui des autres. Y. Couper la gueule.

Casser (Se la) : S'enfuir. — « Vous vous esbignez. Ils se la cassent.» — A. Second.

Casserole : Personne dénonçant à la police. Il est à noter que le dénonciateur s'appelle aussi cuisinier.

Casseur : Tapageur, prêt à tout casser. — « La manière oblique dont ils se coiffent leur donne un air casseur. » — R. de la Barre.

Cassine (Une) : « Ce mot signifiait autrefois une petite maison de campagne; maintenant, il n'est plus d'usage que pour dire un logement triste et misérable. » — Dhautel, 1808. — Diminutif de Case.

Castor : Officier de marine qui évite les embarquements. — Le castor bâtit volontiers sur le rivage.

Cauchemarder : Ennuyer comme un cauchemar. — « C'est cauchemardant; depuis deux ans, elle en raconte. » — Jaime.

Castuc : Prison (Vidocq). — Corruption du vieux mot castel, château. — V. Ravignolé.

Caslus : Hôpital. — Vient du môme mot, à moins que ce ne soit un jeu de mots sur la grande phrase de l'hôpital : Qu'as-tu (que ressentez-vous?). C'est ainsi qu'on appelle les douaniers qu as-tu là.

Cavalcades : Vicissitudes amoureuses. — « Ça fait des manières, une porte-maillot comme ça. — Et qui en avait vu des cavalcades. » — Gavarni.

DU LANGXGE 65

Cavaler (Se) : S'enfuir avec la vitesse d'un caval : cheval. V. Roquefort. — « Il faut se cavaler et vivement. » — Chenu.

Cave : Dupe (Vidocq). — Mot à mot : tombé dans un trou, une cave. — Même image que dans enfoncé, casque.

CE : Argent. Y. Chêne.

Centre : Nom. — Centre à l'estorgue : faux nom. V. Estorgue. — Coqucr son centre : Donner son nom. (Vidocq). — V. Ravignolé.

Centre de gravité : Derrière. — « Porter une main furtivement timide à son centre de gravité. » — Ed. Lemoine.

Centrier : Député du centre conservateur sous Louis-Philippe. — « Moreau! mais il est député de l'Oise. — Ah ! c'est le fameux centrier. » — Balzac.

Centrier, Centripète : Soldat du centre.

Cerbère : Portier malhonnête. — Comparaison mythologique. — « Misérable, disait-elle au cerbère, si mon mari le savait. — Bah! répondait-il... un terme de payé, ça aide. » — Ricard.

Cercle : Pièce d'argent. — Allusion à la forme circulaire de la monnaie.

Pincer, Rattraper au demi-cercle : Prendre à l'improviste. — Terme d'escrime.

Cerclé : Tonneau (Vidocq). — Allusion aux cercles qui retiennent les douves.

Cerf (Se déguiser en) ■ Courir. — Allusion à la vitesse du cerf.

Cerisier : Cheval aussi mauvais que les bidets qui portent des cerises au marché. — Un mauvais cavalier monte aussi en marchand de cerises (Dhautel).

Chafrioler : Se complaire. — « L'atmosphère de plaisirs où il se chafriolait. » — Balzac. — M. Paul Lacroix affirme que ce verbe a été inventé par Balzac en ses Contes drolatiques.

Chahut : Dispute. — « Je n'ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie. » — Monselet

Chahut : Danse populaire. — « Un caractère d'immoralité et d'indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers. » — 1833, Mansion. — « La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux; mais c'était la mode avant d'arriver au cancan parisien, c'est-à-dire à cette danse élégante, décemment lascive lorsqu'elle est bien dansée. » — P. d'Anglemont.

Chahuter : Faire tapage, danser le chahut. — « Ce verbe, qui, à proprement parler, signifie crier comme un chat-huant, vient du nom de cet oiseau autrefois appelé chahu ou cahu... » — Fr. Michel. — « Ça mettra le vieux Chariot en gaîté... il chahutera sur sa boutique. » — E. Sue.

Chahuter : Renverser, culbuter. — « Sur les bords du noir Cocyte, Chahutant le vieux Caron, Nous F fich'rons dans sa marmite, etc. » — Chanson de canotiers.

Chaillot! (A) : Terme injurieux fort en usage à Paris. C'est comme si on criait : A l'eau! à l'eau! — Et par le fait, Chaillot est au bord de la Seine. Le mot pourrait être fort ancien, si on en juge par cet extrait

d'une mazarinade de 1649 fia Xape renversée j : — « Les gens de l'assemblée s'en allèrent je ne sçay où, à Chaillot ou à-Saint-Cloud. » — «À Chaillot les gêneurs. » — Les Cocottes, 1884.

Chair humaine (Vendeur de) : Agent de remplacement militaire. — Au dix-huitième siècle, on donnait déjà ce nom aux sergents recruteurs.

Chaloupe : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C'te chaloupe! » crie un gamin de Gavarni derrière une élégante.

Chaloupe orageuse : Variété pittoresque du cancan. V. Tulipe. — « Ils chaloupaient à la Chaumière. » — Les Étudiants, 1864. — Comparaison de la danse au roulis d'une chaloupe.

Chameau : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d'Egypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion à la mise en évidence de certains appas. — « Qu'est-ce que tu dis là, concubinage? coquine, c'est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d'Egypte! » — Vidal, 1833. — « Cette vie n'est qu'un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer. » — F. Deriège,

Champ : Champagne. — « Maria. Oh!... du champ!... — Eole... agae. — Maria. Qu'est-ce que vous avez donc? — Eole. On dit du Champagne. — Maria. Ah bah! où avez-vous vu ça? » — Th. Barrière.

Champagne (Fine) : Eau -de-vie fine. — Du nom d'un village de la Charente-Inférieure. — « Nous lui ferons prendre un bain de fine Champagne. » — Cochinât.

Chançard : Favorisé habituellement par la chance.

Chandelle (Tenir la) : Être placé dans une fausse position, favoriser le bonheur d'autrui sans y prendre part. — « Embrassez-vous, caressez-vous, trémoussezvous, moi je tiendrai la chandelle. » — J. Lacroix. — Une chanson imprimée chez Daniel, à Paris, en 1793, — Cadet Roussel républicain, — fournit cet exemple plus ancien : « Cadet Roussel a trois d'moiselles Qui n' sont ni bell's ni pucellcs, Et la maman tient la chandelle. »

Moucher la chandelle: S'adresser pour l'explication aux cinq vers suivants qui jouent très-finement sur le mot : « Comment, disait-il, D'un mari, ma belle, Malgré la chandelle, Tromper l'œil subtil? — Mouchez, disait-elle. » — V. Mabille.

Chantage : Extorsion d'argent sous menace de révélations scandaleuses. — « Le chantage, c'est la bourse ou l'honneur... » — Balzac.

Chanter : Être victime d'un chantage. . — « Tout homme est susceptible de chanter, ceci est dit en thèse générale. Tout homme a quelques défauts de cuirasse qu'il n'est pas soucieux de révéler. » — Lespès.

Faire chanter signifie obtenir de l'argent de quelqu'un en lui faisant peur, en le menaçant de publier des choses qui pourraient nuire à sa considération, ou qu'il a pour d'autres raisons un grand intérêt a tenir ignorées. » — Roqueplan. — « Faire chanter : Faire payer par ruse une chose qu'on ne doit pas. » — Dhautel, 1808.

Étymologie incertaine. Faire chanter devrait, selon nous, s'appliquer à la bourse. C'est celle-ci qui ouvre sa bouche pour faire entendre le chant de ses pièces d'or.

Chanteurs : « Hommes exploitant la crainte qu'ont cerains individus de voir divulguer des passions contre nature. Ils dressent à cette fin des jeunes gens dits Jésus qui leur fournissent l'occasion de constater des flagrants délits sous les faux insignes de sergents de ville et de commissaires de police. La dupe transige toujours pour des sommes considérables. » — Canler,

Yidocq range dans la catégorie des chanteurs : — lo les journalistes qui exploitent les artistes dramatiques; — 2° les faiseurs de notices biographiques qui viennent vous les offrir à tant la ligne; — 3° ceux qui vous proposent à des prix énormes des autographes ayant trait à des secrets de famille. — « Sans compter, ajoute-t-il, mille autres fripons dont les ruses défraieraient un recueil plus volumineux que la Biographie Michaud. »

Chanterelle (Appuyer sur la) : Faire crier. — Assimilation de la voix à la corde aiguë d'un instrument.

Chaparder : Marauder. — De chat-pard : chat-tigre ou serval. — Les zouaves passent pour les plus habiles chapardeurs de l'armée française.

Chararia ■ « Toutes ces affaires se traitent en patois d'Auvergne dit charabia. » — Balzac.

Charabia : Auvergnat. On dit aussi Auverpin. — « Que penseriez-vous d'un homme qui n'est ni Auverpin ni Charabia? » — P. d'Anglemont.

Charlemagne (Faire) : Se retirer du jeu sans plus de façon qu'un roi, et sans laisser au perdant Ja faculté de prendre sa revanche. — « Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne sans pudeur. » — About.

Charlcmagne : Poignard d'infanterie. — Allusion ironique h l'épée du grand monarque.

Charlot : « Le peuple et le monde des prisons appellent ainsi l'exécuteur des hautes œuvres de Paris. » — Balzac. — « Allez, monsieur le beau, Que Chariot vous endorme! Tirez d'ici, meuble du Châtelet. » — Yadé, 1788. —V. Garçon.

Charmante : Gale. — « La charmante y fait gratter bien des mains, aussi la visite était-elle rigoureuse. » — Vidal, 1833.

Charon : Voleur (Vidocq). — Diminutif de Charrieur. V. ce mot. — « Dessus le pont au Change, certain agent de change se criblait au charon, » — Vidocq.

Charpentier : Auteur dramatique dont le talent consiste à bien tracer la charpente, c'est-à-dire le plan d'une pièce. — « As-tu vu la pièce d'hier? — Oui, c'est assez gentil. — Est-ce bien charpenté? — Peuh! €Ouci-couci. » — De la Fizelière. — « Il n'est pas si facile de se montrer un habile charpentier. » — Second.

Charriage : Action de charrier. — Charrier : terme générique qui signifie voler quelqu'un en le mystifiant (Vidocq). — Charrieur, careur, charon : Voleurs pratiquant le charriage.

Charrier vient des anciens verbes charicr, chariner: aller, procéder, mystifier. V. Roquefort. — Ce dernier sens répond tout à fait à celui de Vidocq.

Charriage à V américaine : « Il exige deux compères ; celui qui fait l'américain et celui qui lui sert de leveur ou de jardinier. Le leveur lie conversation avec

tous les naïfs qui paraissent porter quelque argent. Puis on rencontre Y américain qui leur propose d'échanger une forte somme en or contre une moindre somme d'argent. La dupe accepte et voit bientôt les charrieurs s'éloigner, en lui laissant contre la somme qu'il débourse des rouleaux qui contiennent du plomb au lieu d'or. » — Canler.

Charriage au pot : Il détute de la même façon que le précédent. Seulement l'américain offre à ses deux compagnons d'entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d'un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.

Charriage à la mécanique : Un voleur jette son mouchoir au cou d'un passant et ie porte à deini-étranglé sur ses épaules pendant qu'un complice le dévalise.

Chasse : Mercuriale (Dhautel, 1808). — « C'est pas l'embarras, faut croire qu'il aura reçu une fameuse chasse pour être remonté si en colère. » — H. Monnier. — Donner une chasse, c'est mot à mot pourchasser à coups de langue.

Chasse, Châssis : Œil. — L'œil est pour la vue une sorte de châssis. — « Je m'areboute et lui crève un châssis. » — Yidocq. — Y. Coquer, Balancer, Estorgue.

Chasser des reluits : Pleurer (Yidocq). — Mot à mot : chasser les larmes des yeux.

Chat : Guichetier (Yidocq). — Allusion au guichet,

.ES EXCENTRICITES

véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

Chat : Nom d'amitié. — « Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat. » — Ces Dames, 1860.

Chauffe la couche : Homme qui ne connaît au lit que les douceurs du sommeil. — « Les maris qui obtiennent le nom déshonorant de chauffe la couche. »

— Balzac.

Chauffer : Applaudir chaleureusement. — «Elle recueillait les plaintes de son petit troupeau d'artistes... on ne les chauffait pas suffisamment. » — L. Reybaud.

— V. Chaud,

Chauffeur ; Homme d'entrain. — « C'était un bon enfant... un vrai chauffeur! » — H. Monnier.

Chauffeur : Courtisan. — « C'est l'officier, le chauffeur de la petite. » — Id.

Chausser : Convenir (Dhautel, 1808\ — « Les diamants! ça me chausse, ça me botte. » — Mélesville.

Chauvin, niste : Patriote ardent jusqu'à l'exagération. — « Je suis Français! Je suis Chauvin! » — Cogniard, 4831. — Allusion au nom d'un type de caricatures populaires.

Le Chauvinisme est la doctrine de Chauvin. — « Le chauvinisme a fait faire de plus grandes choses que l'amour de la patrie dont il est la charge. » — Noriac.

Chaud : Coureur de belles, homme ardent et résolu.

— Autrefois on disait chaud lancier : — « Le chaud lancier a repris Son Altesse Royale. » — Courrier burlesque, 2e p., 1650.

II y faisait chaud : La bataille était rude. — « Ah! vous étiez à Wagram. — Un peu. — Il y faisait chaud, hein! — Oui, qu'il y faisait chaud. » — H. Monnier. — Allusion aux feux de l'artillerie et de la mousqueterie. — On emploie Chauffer dans le même sens. — « Ça chauffe! disait-on dans les groupes. » — C. de Bernard.

Il fera chaud : Jamais. Mot à mot : il fera un temps plus chaud que celui-ci. — « C'est bien. Quand tu me reverras, il fera chaud. » — Méry.

Chaude-lance : gonorrhée (Vidocq). — Allusion à la chaleur et aux élancements du canal de l'urèthre.

Chaumir : Perdre (Vidocq). — Corruption de chômer (?). Le chômage entraîne une perte d'argent.

Chemises (Compter ses) : Vomir. — Allusion à la posture penchée de l'homme qui vomit.

Chenatre, Chenu : Bon (Vidocq). — Chenu sorgue ; Bonsoir. — « Chenu sorgue, roupille sans taffe. » — Vidocq. — Chenu reluit : Bonjour. V. Fourgat.

Chenu : Bon, exquis. — Le Dictionnaire de Leroux (1718) l'emploie dans ce sens : Voilà du vin chenu. Selon Dhautel (1808), chenu, signifiant au propre blanc de vieillesse (Roquefort), est appliquéauvin que la vieillesse améliore, et par extension à toute chose de première qualité. — «Goujeon, une prise de tabac. — Ouida, t'nez en v'ià qu'est ben chenu. » — Vadé, 1755. — « As-tu fréquenté les marchandes de modes? c'est là du chenu! » — P. Lacroix, 1832.

Chenument : Très-bien. — « Une ville a beau feindre de se défendre clvnument. » — Vadé, 1755. — V. Artie.

Chêne : Homme. — Abréviation de chenu. — Le

chêne serait un homme chenu à voler, bon à voler. — « Qu'as- tu donc morfillé? — J'ai fait suer un chêne, son auber j'ai enganté et ses attaches de ce. » — Vîdocq.

Chenique : Eau-de-vie. — Diminutif de chenu: Bon.

Chcniqueur : Buveur d'eau-de-vie. — « Être ch'niqueur, railleur, vantard, gourmand, Courir au feu comme à la gloire, Du troupier français v'ià l'histoire, » Wado. Chanson.

Cheval : Homme brusque, grossier.

Chcv il de retour : Condamné conduit au bagne pour la seconde fois. — « C'est un cheval de retour, vois comme il tire la droite. » — Balzac.

Cheval de trompette : Personne ne s'efTrayant pas plus des menaces, que le cheval d'un trompette, du son aigre de son instrument. — Usité en 1808. — « Moi d'abord, je suis bon cheval de trompette, le bruit ne m'effraie point. » — II. Pionnier.

Chevaux à double semelle : Jambes. — « Tiens, apprête t:s chevaux à double semelle, prends ce paquet et valse jusqu'aux Invalides. » — Balzac.

Chevalier de l'aune : Commis en nouveautés. — u 11 n'y a que ces chevaliers de l'aune pour aimer la boue au bas d'une robe. » — Balzac. — De la rosette : Sodomiste. — Du printemps : Niais portant un œillet rouge à la boutonnière pour singer une décoration.

Chevelu (Art, école) : Art, école Romantique. — Les longs cheveux y étaient de mode. — « Il peuplait mon salon déjeunes célébrités de l'école chevelue. »

— L. Reybaud. — « L'art chevelu a fait une révolution pour abolir les tirades de l'art bien peigné. »

— kl.

Cheveu* Inquiétude, souci aussi tourmentant qu'un cheveu avalé l'est pour le gosier. « Veux-tu que je te dise, t'as un cheveu. — Eh bien! oui, j'ai un cheveu. »

— Monselet.

Acoir mal aux cheveux : Avoir la tête lourde un lendemain d'ivresse.

Chèvre (Gober sa) : Se mettre en colère. — La chèvre est peu endurante de sa nature.

Chevronné : Récidiviste (Vidocq). — Allusion aux chevrons qui marquent l'ancienneté du service militaire.

Chic : Elégance. — « Vous serez ficelé dans le chic. » — Montépin. — « L'officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde. » — Noriae. — A l'École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d'Elégance militaire.

Une esquisse qui a du cliic a un bon cachet artistique. — « Il lui révéla le sens intime de l'argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c'était que chic, galbe, » etc. — Th. Gautier. 1838.

Une tête faite de chic, tout au contraire, n'a rien de sérieusement étudié. Ici, chic est à fart ce que ponsifest à la littérature. — « C'étaient là de fameux peintres. Comme ils soignaient la ligne et les contours! comme ils calculaient les proportions! ils ne faisaient rien de chic ou d'après le mannequin. » — La Bédoilière.

Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé. — « C'était ce chic que le tripot colle à l' épidémie des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs. » — P. Féval.

Chic est, on le voit, un mot d'acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C'est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.

Chic, chique : Distingué, qui a du chic. — « C'est chique et bon genre. » — Ça un homme chic! C'est pas vrai, c'est un calicot. » — Les Cocottes., 1864.

Chicard, Chicandard, Chicocandard, Chicancardo : Très-chic, très-remarquable. — « On y boit du vin qu'est chicandard, chicancardo. » — Vacherot, Chanson, 1851. — «Une dame très-belle, très-coquette, trèsélégante, en un mot très-chicandarde. » — Ed. Lemoine. — « Un auteur plus chicocandard. » — Th. Gautier. — « Un déjeuner chicocandard. » — Labiche. — V. Chocnoso.

Chicard : Le héros du carnaval de 1830 à 1850. Son costume, bizarre assemblage d'objets hétéroclites, se composait le plus souvent d'un casque à plumet colossal, d'une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s'enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue; quant aux accessoires, ils variaient à l'infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau. — « Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l'aristocratie paillettée des marquis, des

sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons. » — M. Alhoy. — « L'homme de génie qui s'est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française. » — T.Delord. — «La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d'avoir institué son règne de mardi-gras. » — J. Janin. — « Mais qu'aperçois-je au bal du Vieux Chêne? Paméla dansant le pas chicard. » — Chauvelot aîné, Chanson.

Chicarder : Danser le pas chicard. — « Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien va chicarder avec les couturières. » — E. Deriège.

Chicane (Grinchir à la) : Prendre la bourse ou la montre d'une personne en lui tournant le dos. Ce genre de vol exige une grande dextérité (Vidocq).

— De là le mot de chicane qui a le sens de finesse*

Chicorée : V. Café.

Chien : Mot d'amitié. Y. Chat.

Chien de collège : Maître d'études. — Clncn de réniment : Caporal ou brigadier. — Leurs missions sont un peu celles du chien de berger. — Chien de commissaire : Secrétaire de commissaire de police.

Chien : Compagnon. — « Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.»

— Biéville.

Chien : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Chien : Avare. — Horace (1. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare. — « Chien ; Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d'autrui. » — Dhautel, 1808. — N'êtrepas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Sacré-chien : Eau-de-vie. — Dans le monde artis-

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