iO LES EXCENTRICITES
c'est que le fion dans la langue françoise? — Sire, reprit le Neuchatelois, le fion c'est la bonne grâce... Graves auteurs, graves penseurs, naturalistes, politiques, historiens, vous n'êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres; sans le fion vous ne serez pas lus. Le fion peut s'imprimer dans une page de métaphysique, comme dans un madrigal à Glycère. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fion, et placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s'achève point. »
— Mercier, 1783.
Fionner : Faire du fion. — « Ça s' fionne, ça se pavane et ça se carre. » — Bourget.
Fionneur : Homme recherché dans sa tenue. — « Le fionneur possède une glace, huile antique, pommade du lion et cire à moustaches. » — B-jrtall.
Fiscal : Riche. — Allusion aux revenus du fisc (?).
— « A des favoris côtelettes... A son costume fiscal... » Léonard, parodie, 1863.
Fiston : Terme amical. — Diminutif de fils. — « Par ma fé, mon doux ami, mon fiston. » — Contes d'Eutrapel, seizième siècle.
Flacul : Sac d'argent. — Diminutif du vieux mot Flac : flacon. V. Roquefort. — Il y a ressemblance de forme. — « Le vioque a des flaculs pleins de bille ; s'il va à Niort, il faut lui riffaudcr les paturons. » — Vidocq.
Flacul : Lit. — « Je raplique au flacul qui m'attend. » — Vidocq.— Jeu de mots : c'est sur le lit qu'on flaque son c-1.
Flafla : Grand étalage. — Onomatopée.
Flageolets : Longues jambes flageolantes. — « Il est monté sur des flageolets. » — Dhautel, 1808.
DU LANGAGE 1 il
Flambant, bard : Superbe. — « Les caporaux y trouvent une table un peu flambardc. » — La Bédollîère. — « T'es flambante comme une Vénus. » — E. Sue. — Flambant : Artilleur à cheval. — Flambard : Matelot. — « Eugène Sue est cause que la plupart des canotiers s'appellent flambards. » — Roqueplan.
Flambe : Épée (Vidocq) — Allusion au flamboiement de la lame. — Flambart : Poignard.
Flambé : Perdu en un moment. — Usité dès 1808. V. Brûlé. — « \'là mon mariage flambé. » — Cormon.
Flamber : Briller entre tous. — « Des raretés qu'on offre à des filles qui aiment à flamber. » — Balzac.
Flan (Du) : Non. — « Si on leur présentait zut, du flan et des navets comme le fonds de la langue des vaudevillistes. » — Villemot. — V. Zut. — Çest du flan : C'est bon. — « J'aime mieux gouêper, c'est du flan. » — Vidocq. — A la flan : Sans préméditation. V. Caroubleur. — Abréviation de à la bonne flanqucttc.
Flanche : Jeu de roulette. — Flancher : Jouer franchement (Vidocq). — Flancher, flachcr : Plaisanter (Baiily). — Flanche : Plaisanterie.
Flanelle : F.âneur galant qui se borne, près des femmes dont l'amour se paie, à des frais de conversation. — « Lèves- tu ce soir? — Ali ouiche! tous rapiats. — Et ceiui-là qui t'allume! — Flanelle!» — Lem. de Neuville.
Flanocher, notter : Flâner tout doucement. — « Il fit la rencontre d'un beau page de Marie-Thérèse qui flanochait en rêvant. » — Commerson. —
<( Nous flanotlons. depuis quinze heures. » — M. Michel.
Flaquer : Aller à la selle (Vidocq). — Onomatopée.
Flème : Paresse invincible. Un jour de flème est un jour où il est impossible de travailler. — « Lundi, la flemnV m'accroche! » — A. Cahen, Chanson. — En argot, battre sa flème veut dira flâner.
Fleur de Marie : Virginité (Vidocq). — Allusion a l'Immaculée Conception. — Fleur des pois : Homme à la mode.
Flottant : Poisson ( Vidocq;. — Flotter : Nager. — Faire flotter : Noyer.
Flou, Floutière : Rien (LeBaillv).
Flou : Douceur, légèreté ffluidusj. — C'est un mot de langue romane. V. Roquefort. — « Tu as dans le style on ne saurait dire quel moelleux, quelle grâce, quel flou. » — L. Reybaud. — Pris quelquefois adjectivement.
Flouer : Flouer n'est pas Voler brutalement, c'est plutôt Escroquer. On dit Flouer des actionnaires, mais on ne dit jamais Flouer un couvert d'argent. — Flouerie : Escroquerie. — « Tous les frères flouent plus ou moins leur sœur. » — Balzac. — Du vieux mot flucr (couler) pris dans le sens actif. V. Roque* fort. — Flouer : Voler au jeu (Vidocq). — Flouerie : Escroquerie. — Floucur : Escroc. — « Bien que notre époque ait donné naissance à une effrayante quantité de /loueurs de toute espèce. » — A.,Dubuisson. — Floueur : Grec (Vidocq).
DU LANGAGE Ii3
Floume : Femme (Vidocq). — Au dix-huitième siècle, on disait Fumelle pour Femelle.
Flut : Non. — Mot à mot : C'est comme si tu flâtais; — locution dont on use aussi pour refuser quelqu'un.
Flûtes : Jambes minces. — Mot à mot : fluettes. — « Arranger ses flûtes : Se disposer, prendre ses mesures. » — 1808, Dhautel.
Fluter : Boire. — « C'est un gaillard qui flûte joliment, un buveur intrépide. » — 1808, id. — Allusion au bruit produit par l'aspiration de chaque gorgée.
Foirer : Défaillir au moment de l'action. Mot à mot: faire une cacade. On connaît l'action du danger sur les intestins. Une mazarinade nous donne l'équivalent de Foirer dans cet extrait : « On en alloit voirescamper qui, pour rendre un prétexte honneste, auroient dit : J'ay mal à la teste. Que de pisseurs, que de chieurs s'alloient séparer de Messieurs et dont le lendemain l'absence fit voir le crime et la prudence. » — Courrier burlesque, 1650, 2e pièce. — Foireux : Poltron. V. Du Cange (Dhautel, 1808). — Foirou : Derrière (Vidocq).
Folichonne r : Folâtrer. — « Puis nous irons retrouver Florine et Coralie au Panorama dramatique, où nous fonctionnerons avec elles dans leurs loges. » — Balzac.
Folichon .• « Homme d'une humeur folâtre qui fait le farceur et le falot. » — 1808, Dhautel.
Folichonncuse, nette : Fille réjouie et aimant le plaisir. — « Je fus épris, comme un toqué, D'une aimable folichonnette. » — J. Kelm. — « Une folichonneuse cancane et me plaît mieux. » — Aubry, 1842.
Ui LES EXCENTRICITÉS
Foncer : Se précipiter. — Abrév. tYenfoncer. — « Trois coquins de railles sur mesigue ont foncé. » — Vidocq. — Foncer, foncer à V appointement : Payer. — Foncer : Donner. V. Dardant. — Foncer tin babillard : Adresser une pétition. V. Babillard.
Fortin : Poivre (Bailly). — Diminutif de fort. — Yidocq donne Fretin.
Fouiller (Tu peux te) : Tu n'auras rien. — Mot à mot : Si tu veux avoir mon argent, tu peux fouiller dans ta poche et te payer toi-même. — « Justement mon propriétaire Vint me réclamer mon loyer. Je lui dis, feignant la colère : Tu peux te fouiller. » — Hardy. Chanson.
Fouillouse : Poche. — Mot à mot : endroit où Ton fouille. — « Et vous aurez, sçavez-vous quoy? force d'aubert en la follouse. » — Vie de Saint Christophe, Grenoble, 1530.
Fouiner : S'échapper. — Mot de la langue romane. V. Roquefort. — « S'il est pressé, que qui l'empêche de fouiner? » — Vadé, 1755. — « Allons, il faut fouiner, la queue entre les jambes. » — P. Lacroix, 1832.
Four (Faire) : Ne pas réussir. — Se disait autrefois des comédiens qui renvoyaient les spectateurs parce qu'ils n'avaient pas assez de monde pour couvr.r leurs frais. La salle, privée de l'éclairage ordinaire, ressemblait à un four. — «Nous taisons four, ditLousteau, en parlant à son compatriote la langue des coulisses. » — Balzac.
Fourrier : Être mauvais fourrier c'est s'acquitter de la distribution de certaines choses de manière à satisfaire tout avant droit. — Être bon fourrier veut
dire le contraire. — On saisit facilement l'ironie de cette location toute militaire.
Fourchette : Homme de grand appétit, sachant bien jouer de la fourchette.
Fourchette : Réunion des doigts delà main (Bailly).
Voler à la fourchette : Voler à l'aide' des deux premiers doigts qui fonl fourchette et pince, en les introduisant dans la poche.
Jouer des fourchettes : Se sauver, s'enfuir (la Correctionnelle,.
Fourchu : Bœuf (Vidocq). — Ses cornes font fourche.
Fourgat, Fourgue, Fourgasse: Receleur, receleuse.
— «Chenàtre fourgat titreras afin de solir sûrement. »
— Vidocq. — Fourguer : Vendre à un receleur. — Du vieux mot fourgager : placer dehors à moitié proût. V. Roquefort.
Fourlixe : Filou. — Fourliner : Voler (Vidocq). — Du vieux mot fourloignier : écarter. V. Litrer. — Fourlincur : Tireur volant dans les foules (Bailiy).
Fourloure : Malade. — Fourloureur : Assassin (Vidocq).
Fourmiller : Marcher. — Fourmilion : Marché public. — Mot expressif qui peint bien le fourmillement des vendeurs et des acheteurs. V. Parrain.
Foutaises : « Bagatelles de peu d'importance. On dit moins incivilement fichaise. » — i808, Dhautel.
Pour le verbe d'où dérive ce substantif, voir également Ficher, dont il est en tout le synonyme. — Quelques exemples suffiront à prouver que son usage est général. Il signifie tour à tour :
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Perdre : « Et bien, dit-elle, soit!... ce qui est fait est fait, il n'y a point de remède, qui est outu est outu (quelques docteurs disent qu'elle adjoucta une F). »
— Contes cVEutrapcl (seizième siècle). — « Certes on peut dire que tout est foutu pour eux (les mazarins), puisque dans le festin des princes, le libérateur et les délivrez ont beu, disant : A la santé du Roy et foutre du Mazarin ! » — Les Trois Masques de loue, ou la Savonctte, 1651.
Se moquer : Une des brochures les plus violentes de la révolution de 1789 porte pour titre : Et je m'en fonts.
— « Ils ne s'en foutront plus les coquins. » — Hébert, 1793. — « Je me fouts de la guillotine. » — P. Lacroix, 1832.
Frapper : « Nos Parisiens portent moustaches; Ils te foutront sur la carcasse. » — Layale, Ch., 1855, Carcassonne, impr. Polère.
Décamper : « Il médite encore pour foutre le camp. »
— Hébert, 1793.
Envoyer promener : Parmi des autographes en vente chez Charavay (février 1862), figure une lettre où Mme de Graffigny, — l'auteur des Lettres péruviennes,
— dit à Devaux : « Oublie tes projets de retraite et envoyé faire... lolotetous les mauvais propos. »
Se dit aussi ironiquement pour refuser un prix demandé : — « Cinquante sols, je vous en fous! c'est trop cher. » — Yadé, 1788.
Foutu : Mauvais. — « Atoy, foutu esprit, je fais ces foutus vers. » — Paroles grasses de Carcsme Prenant, 1589. — « Chasser cette foutue canaille. » — Hébert, 1793. — Y. Fichu dont toutes les acceptions sont les mêmes.
DU LANGAGE i iT
Foutimasser : « Ne faire rien qui vaille. » — 1808, Dhautel.
Foutreau : Combat, action de se foutre cbs coups. — « Oh! il va y avoir du foutrcau, le commandant s'est frotté les mains. » — Balzac.
Foutriquet : Homme nul. — « Tous les foutriquets à culottes serrées et aux habits carrés. » — 1793, Hébert. — « Je serais la première à f aider de mes conseils maternels... mais correspondre à la passion d'un foutriquet, fi! » — Festeau.
Frais (Faire ses) : Percevoir le dédommagement qu'on croit dû à des frais d'esprit, d'amabilité ou de toilette. — « J'en obtiens un rendez-vous, et quoi qu'il arrive maintenant... j'ai fait mes frais.» — E. Sue. — « La littérature, primée en ce moment par la peinture, ne fait pas ses frais. » — Yillemot.
Fralin, Fraude : Frère, sœur (Viclocq).
Frangin, Frangine : Frère, sœur. V. Servir, Attaque. — Frangin dabe : Oncle. — Frangine dabuschc : Tante. — Mot à mot : frère, père, sœur, mère.
Frappeur (Esprit) : Ce mot sert, depuis 1857 environ, à désigner la cause de certains coups qu'on prétend frappés par des esprits invisibles et qu'on s'est imaginé de traduire en langue vulgaire au moyen d'un alphabet de convention. Les esprits frappeurs ont leurs sociétés, leurs journaux et leurs souscripteurs.
Frégate, Corvette : C'est le jesus de la marine (Vidocq). — Allusion au genre féminin de ces deux substantifs. Le masculin est représenté par le brick, par le vaisseau et par i" aviso.
Fricasser : Dépenser, ruiner. — a J'ai fricassé ma