‹ Les excentricités du langageChapitre 4 sur 8 · S8 LES EXCENTRICITÉS · texte numérisé non relu

S8 LES EXCENTRICITÉS

dit aussi en marmelade (Dhautel, 1 808). — <c M'éreinter un chapeau, me mettre le nez en compote un jour de bal. » — Michel.

Compte (Avoir son) : Être complètement ivre, avoir absorbé son compte de liquide.

Avoir son compte : Mourir, voir finir le compte de ses jours. — a J'ai mon compte pour ce monde- ci. C'est soldé. » — L. Reybaud.

Son compte est bon : Se dit d'un coupable à punir et dont on compte les méfaits.

Comtois : Niais. — Diminutif de c-n : imbécile. — « Sans doute qu'elle bat comtois. » Decourcelle. — V. Battre.

Condé : Maire — Demi-condé : Adjoint. — Grand condé : Préfet de police. — Diminutif dérivant du même mot que le précédent.

Condé franc : Magistrat corrompu (Yidocq).* — V. Affranchir.

Conduite (Faire la) : Chasser avec voies de fait. — « Les Français-Anglais vont te faire la conduite. » — Lavale, Chansons, 1855.

Connaissance : Maîtresse. — « Ah! vous avez une connaissance, monsieur! » — De Leuven.

Connasse : Les femmes inscrites à la police donnent ce nom à toutes celles qui ne le sont pas.

Connir : Tuer (Yidocq). V. Sciage. — La mort est la conne.

Connorrer : Reconnaître (id.). —Corruption de mot.

Conservatoire : Mont-de-Piété (Vidocq). — On y conserve les objets mis en gage.

Consolation : Eau-de-vie. — Ce mot dit avec une éloquence navrante ce que le pauvre cherche souvent dans un petit verre ; — l'oubli momentané de ses maux, et souvent de sa faim. — « Bon, il entre dans le débit de consolation. » — E. Sue.

Consomm : Rafraîchissement. — Abrév. de consommation. — « Ces dames doivent être altérées par la danse, ce dont elles ne disconviennent pas. Partant de là, il les supplie d'accepter une consomm. » — Mornand.

Copain : «Être copain, c'est se joindre par une union fraternelle avec un camarade, c'est une amitié naïve et vraie qu'on ne trouve guère qu'au collège. » — H. Rolland. — Du vieux mot compain .-.compagnon. V. Roquefort.

Copeau : Ouvrier en bois. — Mot à mot : faiseur de copeaux.

Coquer : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc: cuisinier fcoquusj. V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole. — « En province, il avait coque quelqu'un de leur bande. » — E. Sue.

Coquer le poivre : Empoisonner. — Coquer le rifle : Mettre le feu. — « Girofle largue, depuis le reluit où j'ai gambillé avec tezigue et remouché tes chasses et ta frime d'altèque. le dardant a coque le rifle dans mon palpitant qui n'aquige plus que pour tezigue. » — Vidocq. — Coquer : Donner. Y. Ravignolé.

Coqueur : «Le coqueur vient dénoncer les projets

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de vol à la police de sûreté. Le coqueur est libre ou détenu. Ce dernier est coqueur mouton ou musicien. Le mouton est en prison et capte ses codétenus. Le musicien ne révèle que ses complices. — Ce métier de dénonciateur s'appelle coquage. La musique est une réunion de coqucurs (musiciens) . » — Gauler. Coqueur de bille : Bailleur de fonds.

Coquille de noix : Petite barque, petit navire. — Image très-juste. — « Napoléon met le pied sur une coquille de noix, un petit navire de rien du tout. » — Balzac.

Coquillon : Pou (Yidocq). — Comparaison du pou à une très-petite coquille.

Corbeau : Frère de la doctrine chrétienne. — Allusion aux longues robes noires de cet ordre.

Corde (Tenir la) : Avoir la vogue. — « Qui est-c e qui tient la corde en ce moment dans le monde dramatique? » — Figaro.

Corxage : Puanteur. — Corner : Puer (Yidocq). — Vient peut-être de cor : cœur, qui a fait au moyen, âge corcux : répugnant, écœurant. Y. Roquefort.

Cornante : Bête à cornes (Yidocq).

Cornard : Cocu. — Mot à mot : porte-cornes. — Corncird : A l'École de Saint-Cyr, on ne mange que du pain sec au premier déjeuner et au goûter, et les élèves prennent sur leur dîner de quoi faire un cornard. — « Faire hommage de voire viande à l'ancien pour son cornard. » — De ]a Barre.

Cornet : Estomac. — « Je n' suis pas fâché de m' mettre quelque chose dans le cornet. » — H. Monnier. — Rincer le cornet : Donner à boire.

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Cor?;et dépices ■ Capucin (Yidocq). — illusion au capuchon brun que représente assez bien un grand cornet d'épicier.

Cormciiox : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Mais (Dhautel. 1808). — « Jour de Dieu! Constantin, fallail-il être cornichonne. » — Gavarni. — Cornichon : Élève de l'École militaire. — « Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-scienccs.» — Institutions de Paris, 1858.

Cosaque : Brutal, sauvage, maladroit.

Cote (Être à la) : Être à sec d'argent. On est à flot quand la fortune sourit. — « Si vous êtes vous-même à la côte, — quelles singulières expressions on a dans les coulisses pour exprimer qu'on manque d'argent. » — Àchard.

Côtelettes : Favoris s'élargissant au bas des joues, de façon à simuler la coupe d'une côtelette.

Coterie : « Les tailleurs de pierres s'interpellent du nom de coterie. Tous les compagnons des autres états se disent pays. » — G. Sand.

Coton (Filer un mauvais) : Se mal porter. Rappel mythologique du fil de la Parque. — « Il file un mauvais coton. » — E. Jourdain.

Cou (Casser le) : « Viens-tu casser le cou à une gibelotte? » — Nadar. — C'est-à-dire : Viens-tu manger un lapin? On casse le cou de l'animal devant vous pour que vous ne craigniez pas de manger du chat.

Couac : Fausse note. V. Canard. — « Il lui échappa un couac épouvantable au milieu d'un couplet. » — A. Signol.

Coucou : Cocu. — « Une simple amourette Rend un mari coucou. » — Chansons, impr. Chassaignon, 1851. — En 1350, un mari trompé s'appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Coude (Lâcher le) : Quitter — « Vous n' pourriez pas nous lâcher le coud' bientôt? » — Léonard, parodie, 1863. — Allusion à la recommandation militaire de sentir les coudes à gauche, en marche.

Lever le coude : Boire a longues rasades. — Usité dès 1808. — « Ça n'a pas d'ordre, ça aime trop à lever le coude. — P. d'Anglemont.

Couenne : « On dit d'un nigaud, d'un maladroit, d'un sot qu'il est couenne. » — Dhautel, 1808. — V. Cocnne.

Couillé : Niais. — Forme de couyon. — « Un couillé j'ai remouché. ». — Vidocq.

Coule (A la) : Adroit, expert en l'art de se couler entre les obstacles.

Couleur : Soufflet. — Il colore la joue. — « J* bouscule l'usurpateur. Qui m'applique sur la face, Comm' on dit, une couleur. » — Le Gamin de Paris, chanson,

Coulissiers : « Les coulissiers sont des agents de change sans brevet; ils traitent des opérations pour leur compte et pour celui de leurs clients; on leur paie moitié courtage, ils ont une chambre organisée comme la chambre syndicale des agents de change; on en cite de très-honorables et de très-riches, offrant tout autant de garantie que des agents de change. Ils se réunissent à midi sur les boulevarts, ils établis-

sent le cours de la rente qui souvent est accepté par le parquet. A la Bourse, ils se placent à peu de distance des agents de change, à gauche de la corbeille. Les opérations de la coulisse s'élèvent à un chiffre énorme. » — De Mériclet.

Courailler : Donner dans la galanterie facile. — « Vous l'auriez empêché de courailler. » — Balzac.

Courir a le même sens. — « Monsieur n'est pas heureux quand il court. » — H. Monnicr. — On dit aussi : Courir la gueuse.

Courbe : Épaule (Vidocq). — Allusion de forme.

Courir (Se la) : S'enfuir. — Se courir : Se méfier (Vidocq). — Vient de l'ancien verbe se covrir : se couvrir, se protéger.

Coup a monter : Grosse entreprise. — « Un coupa monter, ce qui, dans l'argot des marchands, veut dire une fortune à voler. » — Balzac.

Se monter le coup : S'illusionner.

Monter le coup : Tendre un piège. — « C'est des daims huppés qui veulent monter un coup à un ennemi. » — E. Sue.

Monter un coup : Inventer un prétexte. — « Je monte plus d'un coup pour vanter l'auteur Dorville. » — 1817, Brazier.

Coup de bas : Coup dangereux. — « Ces fats nous donnent un rude coup de bas. » — Chansons, Clermont, 1835.

Coup de chien, peigne, torchon : Y. ces mots.

Coup de pistolet : « Alléché par l'exemple et la perspective de quelques bénéfices énormes, un novice vient de tirer un coup de pistolet à la Bourse (c'est l'exprès-

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siou pour désigner une opération isolée et sans suite, un coup de main). » — Mornand.

Avoir un coup de soleil : Avoir une pointe de vin (Dhautel, 1808). — Le vin et le soleil ont également la vertu d'empourprer le visage.

Coup de temps : Accident subit, surprise. — Terme d'escrime. — Voir le coup de temps, c'est le prévoir.

Coup de vague : Vol improvisé. — Le voleur est dans le vague sur les résultats de son coup.

Coupe (Tirer sa) : Nager. — « Rodolphe, qui nageait comme une truite... se prit à tirer sa coupe avec toute. la pureté imaginable. » — Th. Gautier.

Faire sauter la coupe : Battre à l'ccarté de façon à retourner le roi, en neutralisant la coupe.

Coupe-choux: Sabre d'infanterie. — L'emploi de cette arme est en campagne des plus pacifiques. — « Mon coupe-choux au coté. » — Lacassagne.

Coupe-ficelle : Artificier d'artillerie.

Coupe-sifflet : Couteau. Y. Couper.

Couper la gueule a quinze pas : Exhaler une si mauvaise odeur qu'on la sent à quinze pas. — Cette expression ne manque pas de justesse, car la bouche souffre autant que le nez en pareil cas. — « Quand elle a mangé du cerv'las, Ça vous coup' la gueule àquinz' pas. » — Colmance.

Se couper : Se contredire, couper ses propres arguments.

Ça tela coupe : Cela te contrarie, le déroute (Dhautel,- 1808).

Couper, Couper dans le pont : Donner dans le panneau.— « Laisse-la couper dans le pont. » — Balzac.

— «Ah! dit Marîot en faisant sauter l'or dans sa main, elle a donc coupé dans le mariage? » — Champlleury. — « Vient du terme \ faire le pont: plier légèrement les cartes à un endroit déterminé, de façon à guider la main de l'adversaire dans la portion du jeu où elle doit couper innocemment, secondant ainsi les vues de l'aventurier. L'expression est pittoresque. » — Morn and.

Couper la chique : V. Chique.

Couper la musette : Couper la parole. — Comme dans chanterelle et dans sifflet, la voix est assimilée a un instrument. — « Ta remontrance me coupe la musette. » — Chansons, Châteauroux. 1826.

Couper le sifflet : Couper la parole, couper la gorge.

Couvon, Couillon : Lâche, poltron.. — Du vieux mot coion qui a le même sens (V. Roquefort), et qui est un diminutif de coy : tranquille, indolent. — 31azarin est souvent appelé coyon dans les pamphlets de la Fronde. — « Beaulieu, Cobourg en furent touchés De voir leur troupe à l'abandon Qui fuyoient comme des coudions Devant les patriotes. » — 31auricault, Chanson, 1794.

Couyonnacle : Affaire misérable, action lâche. — Couyonncr : Reculer au moment d'agir. — Couyonnerie : Lâcheté. Du vieux mot coionnerie. Y. Roquefort.

Cracher : Parler (Vidocq). —Mot à mot : cracher des paroles.

Cracher : Décharger. —Le canon crache la mitraille.

Cracher, Cracher au bassin ou aubassinet : Donner île l'argent de mauvaise grâce. — Allusion au bassin

qu'on présente pour les quêtes. — « Tu dois faire cracher encore 150,000 francs au baron. » — Balzac. Cracher dans Je sac : V. Raccourcir.

Crampe (Tirer sa) : Fuir. — « Elle a pris ses grands airs et j'ai tiré ma crampe. » — Montépin. Se cramper : Se sauver (Vidocq). V. Pré.

Crampon : Fâcheux dont on ne peut se débarrasser.

Cran (Lâcher d'un) : Planter là, abandonner subitement. — « Nous vous lâcherons d'un cran. » — Vidal, 1833.

Faire un cran : Tenir bonne note d'une chose.

Crâne : Hardi. — « Est-il crâne cet enragé-là! » — P. Lacroix, 1832.

Crâne : Beau. — « C'est ça qui donne une cran ' idée de l'homme! » — Gavarni.

Crâne : Bon. — « Quand j'étais sur la route de Valenciennes, c'est là que j'en avais du crâne du tabac! » — H. Monnier.

Vient de l'ancien terme : mettre son chapeau en crâne. C'était le mettre sens devant derrière, à la façon des tapageurs qui prétendaient faire partout la loi sous le premier Empire. V. Dhautel.

Crânement : Supérieurement. — « J'ai été maître d'armes... et je puis dire que je tirais crânement. » — Méry. — « Elle prenait la brosse chez un peintre, la maniait par raillerie, et faisait une tête assez crânement. » — Balzac. — « Je suis crânement contente de vous voir. » — E. Sue.

Crapaud : Homme petit et laid. — Crapoussin, qui a le même sens, est son diminutif. — Usité dès 1808.

— « Tiens! Potier, je l'ai vu du temps qu'il était à la Porte-Saint-Martin. Dieux! que c' crapaud-là m'a fait rire! » — H. Monnier.

Crapaud : Bourse de soldat. Simple poche de cuir dont l'aspect roussâtre etaplatipeut à la rigueur rapeler l'ovipare en question. On appelle grenouille le contenu du crapaud. — Les deux mots doivent être reliés l'un à l'autre par quelque affinité mystérieuse.

Crapaud : Cadenas (Vidocq) .

Crapaud : Fauteuil bas. — « Une bergère... Avancez plutôt un crapaud! » — El. Jourdain.

Créateur : Peintre (Vidocq). — Il renouvelle en effet sur la toile l'œuvre de la Création.

Créature : — « Pour la grande dame qui se voit enlever ses adorateurs par une grisette, cette grisette est une créature! » — L. Huart.

Crêper le toupet : Prendre aux cheveux, battre.

— « Nous v'ià tous deux à nous crêper le toupet. » — Letellier, 1839.

Les femmes se crêpent le chignon.

Crépin : Cordonnier. — Mot à mot : enfant de saint Crépin. — On sait que saint Crépin est le patron des bottiers et des cordonniers. — « Je défie bien le Crépin de me faire des bottes plus justes. » — La Correctionnelle.

Crépine : Bourse (Vidocq). — Ce doit être, comme le crapaud, une bourse de cuir.

Crie, Criolle : (Vidocq). — Viande. V. Àrtie. Criolier, Crinolier : Boucher. — « Nous allons barbotter demain la cambriolle d'un garçon crinolier. »

— Canler.

Criblage : Cri. — « On peut les pésiguer et les tourtouser en leur honnissant qu'ils seront escarpés s'il y a du criblage. » — Yidocq.

Cribler : Crier. — Corruption du mot crier. V.. Charron.

Cribleur de lance : Porteur d'eau. — Il crie à Veau.

Crique : Eau-de-vie (Yidocq). — « Un verre de criq' ne fait pas de mal. » — J. Choux.

Cristallisation : Condensation intellectuelle. — « Un homme d'esprit, Stendhal, a eu la bizarre idée de nommer cristallisation le travail que la pensée de la marquise fit avant, pendant et après cette soirée. .»

— Balzac. — On sait que la cristallisation unit et sodifie les parties d'une substance dissoute dans un liquide.

Cristalliser : Paresser au soleil. — Terme de chimie. — « Permis à tous de se promener dans les cours, de fumer leur pipe, de cristalliser au soleil. »— La Bédollière.

Crocher (Se) : « Je grille de vous voir crocher avec le Maître-dÉcole, lui qui m'a toujours rincé. » — E Sue. — V. S'Accrocher.

Croisant : Gilet (Yidocq). — Il croise sur la poitrine.

Croquer : Esquisser, dessiner. — « Si je croquais ce chêne avant de déjeuner! » — Marceliin.

Crosse : Ministère public (Yidocq). — Il frappe (crosse) les accusés. .

Crosser : Sonner. — Mot à mot : frapper sur l'airain,

— « Quand douze plombes crossent, les pègres s'en retournent au tapis de Montron, » — Yidocq.

Croupionner : Remuer du croupion, faire bouffer un vêtement sur le croupion.

Croûte (Vieille), Croûton : Homme arriéré. — à Refuser ce tableau! Quels croûtons! » — Bertall.

S'embêter comme une croûte de pain derrière une malle : Dessécher d'ennui.

Croûte cm : Collection de croûtes ou de mauvais tableaux. — « Bientôt la boutique, un moment changée en croutéum, passe au muséum. » — Balzac.

Crotttonner : Mal peindre, peindre des croûtes. — Bertall.

Cruche, Cruchon : Épais de forme et creux d'esprit.

— « Il est assez cruche, pour ne pas comprendre. » — E. Sue.

Crucifix a ressorts : Pistolets (Vidocq). — Ils se présentent comme le crucifix aux heures suprêmes.

Cuir : Peau. — « C'était aux nègres qu'il en voulait, à cause du coloris de leur cuir. » — L. Desnoyer.

— Tanner le cuir : Battre.

Cuirassier : Homme fréquemment coupable des fautes de liaison appées cuirs. — « Veux-tu savoir ta langue et l'ostographe? Prends-moi z'un cuir, prendsmoi z'un cuirassier. » — Festeau.

Cuisine : Préfecture de police. — Cuisinier : Agent de police (Videcq). — Cuisinier: Dénonciateur, espion. — o Lui qui avait servi plusieurs fois de cuisinier à la police. » — Canler. — « Mauvais signe! un sanglier! comment s'en trouve-t-il un'ki? — C'est un de leurs trucs, un cuisinier d'un nouveau genre. » — Balzac. — Y. Coqueur.

Cuisine de journal : Tout ce qui regarde les petits détails et l'ordonnance matérielle d'un journal. — Le rédacteur chargé de cette mission est un Cuisinier. — « C'est lui qui fait la cuisine du journal. » — L. de Neuville.

Cuit : Perdu. — « Cuits, cuits! les carlistes, ils seront toujours cuits. » — Métay, 1831.

Cul : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot. — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (Dhautcl, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l'uniforme de presque toute l'armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d'Angoulême était dans une première loge; il s'était retourné pour parler à quelqu'un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc! (le blanc est le fond de l'uniforme de l'infanterie), » etc., etc.

Culbute : Culotte (Yidocq). — - Jeu de mots. C'est dans la culotte qu'on bute cul. [Buter : Pousser. Y. Du Cange.) — Y. Affure.

Cupidon : Chiffonnier (Yidocq).— Comparaison ironique du carquois et du trait de l'Amour à la hotte et au crochet du chiffonnier.

Culotte : Partie de dominos qui procure au gagnant un grand nombre de points. Les joueurs, n'ayant plus de quoi poser, sont obligés d'abattre leurs dominos. Celui qui conserve les moins élevés, bénéficie des points de son adversaire, il fait une culotte. — Le

joueur de dominos préfère le double-six culotte avec six blancs dans son jeu. » — Luchet.

Culotte : « Plus d'une fois, il est arrivé qu'un étudiant poursuivi par le guignon s'est vu mettre sur son compte toutes les demi-tasses consommées dans le courant de la soirée par tous les habitués du café. Total : cinquante ou soixante francs. Cela s'appelle empoigner une culotte. » — Louis Huart.

Se donner une culotte, se culotter : Faire excès de boire ou de manger. — Donné déjà par le Dict. de Leroux, 1718. — Synonyme d'un terme fréquemment employé : S'en donner plein la ceinture. — « Nous pouvons donc enfin nous culotter avec du vin du tyran. » — Chenu. — « Un ivrogne ferait bien mieux de s'acheter un pantalon que de se donner une culotte. » — Commerson.

Culotte se prend au figuré pour tout autre excès.

— « Nous nous sommes donné une fameuse culotte monarchique et religieuse. » — Balzac.

Culotté : Bistré. — « Les yeux culottés par les veilles malsaines. » — Delvau. — Culotté : Aguerri.

— « Oh! ma chère, je suis culottée, vois-tu. » — Gavarni. — Dans ces deux acceptions, comme dans la suivante, il y a évidemment allusion au culottage de la pipe.

Se culotter :Se former, prendre une tournure décidée. — « Voici un pied d'Andalouse, se dit-ii à part lui, ceci est d'une bonne couleur, et ma passion se culotte tout à fait. » — Th. Gautier, 1838.

Cumulard : « Fonctionnaire qui cumule les émoluments de plusieurs places. » — Lubize. — « Le cumulard est travailleur, il a de l'esprit. » — Balzac.

Clrieux : Juge d'instruction. — Il est curieux par métier. — « Le curieux a servi ma bille (mon argent). » • — Yidocq. — Y. Escrache.

Cylindre (Se faire éclater le) : Crever. — « Une biche dit : Mon p'tit homme : Je mangerais bien des fraises, des p'tits pois, Paye m'en!... La scène était à peindre. Le cocodès dit en baissant la voix : Tu t'en ferais éclater le cylindre. » — Alphonse Duchesne.

Dabe * Dieu. — « Mercure seul tu adoreras comme dabe de rentrollemenl. « — Yidocq.

Dcibc : Père. — Dahuche : Mère. — Dabuchelte : Jeune mère, belle-mère.

Dabe : « C'est notre dabe, notre maître. » — Balzac.

Grand dabe : Roi. — « Mais grand dabe qui se fâche dit : Par mon caloquet. » — Yidocq.

Dab de la cigogne : Procureur général. — « On vient me chercher de la part du dab de la cigogne. » — Balzac.

Dabot : Préfet de police.

L'étymologie de dabe est incertaine. Il est à noter que Dam avait au moyen âge la même signification.

Dada (A) : A cheval. — « Y'ià z' une belle amazoneà dada. » — 1810, Désaugiers.

Daim : Niais, dupe. — « L'une des grandes finesses des garçons de restaurant, quand ils servent un homme et une femme dans un cabinet, est de pousser à la consommation... persuadés que le daim n'osera refuser aucune dépense en présence de celle à qui il veut plaire. » — La Fizelière. — Y. Coeodès. — Il est

possible que Daim soit une abréviation de dindon. Y. ce mot.

Daims huppes : Bourgeois riches. — «Il y a de l'argent à gagner, c'est des daims huppés. » — E. Sue. — Y. Coup.

Dale : Argent. — Abrév. de Hxdale. ancienne monnaie allemande. — « Faut pas aller chez Paul Niquet. Ça vous consume tout vot" pauv' dale. » — P. Durand, vaudeville, 1836.

Dalle : Bouche. — Comparaison de la bouche à la pierre d'évier (appelée dalle en beaucoup de cuisines). Cette pierre est perce*e d'un trou qui sert comme le gosier à l'écoulement des liquides. Y. Rineer.

DAxnvsME : « Cette fatuité commune à tous les peuples chez lesquels la femme est quelque chose n'est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelque temps à s'acclimater à Paris. L'une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l'autre d'une vanité particulière et très-parliculière : de la vanité anglaise... Yoilà pourquoi le mot dandysme n'est pas français. 11 restera étranger comme la chose qu'il exprime... Bolingbroke seul est avancé, complet, un vrai dandy des derniers temps. Il en a la hardiesse dans la conduite, l'impertinence somptueuse, la préoccupation de l'effet extérieur et la vanité incessamment présente. Enfin, il inventa la devise même du dandysme, le nil mirari de ces hommes qui veulent toujours produire la surprise en gardant l'impassibilité. » — B. d'Aurevilly.

Danse : Grêle de coups. — Allusion ironique aux piétinements forcés de la lutte. — « Je prends le sabre. — C'est dît, et à quand la danse? » About. —

« Donner une danse : Casser les épaules à coup de bâton. » — Dhautel, 1808.

Faire danser : Battre. — « Tu vas me payer l'eau d'aff, ou je te fais danser sans violons. » — E. Sue.

La danser : Être battu. — « Ah ! je te tiens et tu vas la danser. » — Id.

La danser : Être maltraité en paroles. — « Quiconque poussait les enchères était empoigné, témoin une jeune fringante qui la dansa, mais tout du long. » — Vadé, 1788.

Danser : Payer. — Mot à mot : danser de ses écus.

— « C'étaient d'assez bons panfres. Enfin ils savaient danser. » — De Lynol.

Faire danser : Dissiper. — « Et je me mets à faire danser mes 300 francs. Ça été mon grand tort. » — Id.

Danser de : Se mettre en frais de... — « Je dansais pour cte reine d'un joli châle tartan. » — A. Catien, Chansons.

Danser devant le buffet : N'avoir rien à manger. — « Tu bois et négliges ta besogne, Tu me fais danser devant le buffet. »— Aubry, Chansons. — « Nous faudra danser sans musique devant le buffet, aux heures des repas. » — Chansons, Clermont, 1835.

Dardant : L'amour. — C'est Varcherot de nos anciens poètes, c'est Cupidon dardant son trait. — « Icicaille est le théâtre Du petit Dardant; Fonçons à ce mion folâtre Notre palpitant. » — Grandval, 1723.

— V. Coquer.

Dar-dar : Tout courant. — « Qu'il vienne tout de suite! — - Oui, dar-dar... »— Labiche. — Même racine que le mot suivant. Dar (dare) serait l'impératif de darcr.

Dariole : Coup. — De l'ancien verbe durer : lancer vivement. Y. Roquefort. — « Y'ià que je vous y allonge une dariole Qui r'pare avec son nazaret; Le raisinet Coulait D'son nez comm' une rigole. » — Le Casse-Gueule, oh., 1841.

Daron. Daronxe : Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec . Mère de Dieu. Y. Rebâtir.

Débacler : Ouvrir (Yidocq).

Déballage (Être volé au) : Reconnaître dans les charmes d'une femme aimée autant d'emprunts décevants faits aux ressources de la toilette. — « Il est accablé de rhumatismes, ce qui le fait ressembler, au déballage, à ces statuettes que vous avez sans doute remarquées dans la vitrine des bandagistes. » — Monselet.

Débixage : Médisance. — « Compliments désagréables, indiscrétions et débinages. » — Commerson.

Débiner : Médire. — « Ou le débine, on le nie, on veut le tuer. » — À. Scholl.

Débixe : Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (Dhautel, 1808). — « La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne. » — Montépin.

Se débiner : Disparaître. — « Quant à moi, je maquille une atT après laquelle j'espère me débiner pour m'éloigner de la rousse. » — Patrie du 2 mars 1852.

Débloquer : Lever une consigne. Y. Bloquer. Déboucler : Faire sortir de prison (Vidocq). Débrider : Ouvrir (Yidocq). — Débrider les chasses Ouvrir l'œil. Y. Temps. — Débridoir : Clef.

Débrouiller (Se) ! Vaincre les obstacles. — Usité dans la marine, où un homme qui se débrouille est un homme aguerri qui sait son métier.

Décaniller : Décamper. — 'Mot à mot : sortir du chenil (canil). Y. Roquefort. — « Ils ont tous décaniUc dès le patron-jacquetle. » — Balzac.

Décarade, Carrément : Départ. — Jorne du dccarement : Jour de la mort. Y. Bâchasse.

Décarcasser (Se) : Agir activement. — Mot à mot : remuer sa carcasse.

Décarer : Partir. — Mot à mot : se faire voiturer dehors. V. Car, Roquefort. — « Faut décarer. Ces genslà veulent m'assommer. — « Dialogue entre Charles X et le duc de Bordeaux, chanson, 4832.

Décatir (Se) : S'user, s'enlaidir. — Allusion au décatissage des tissus. — « Elle sentait la pane venir, elle se décatissait. — Les Étudiants, 1860.

Décavé : Homme ruiné, qui n'a plus de quoi caver à la roulette. — « A Bade, les décavés vivent sur l'espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante. » — Yillemot.

Déctîe : Ruine, misère. — Abrév. de déchet. — « Elles se présentent chez les courtisanes dans la dèche. » — Paillet. — « Sans argent dans 1' gousset, C'est un fameux déchet. » — Chansons, Avignon, 1813.

Décompte (Recevoir son) : Mourir. — Dans l'armée,, on ne quitte pas le service sans toucher son décompte. — « Tué raide sur le champ de bataille, le beau tambour-major avait, pour parler en style de bivouac, reçu son. décompte. » — Ricard.

Décrocher : Retirer du Mont-de-Piété. Y. Clou. — On dit aussi Déclouer. — « Les révolutions m'ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille... faudra que tu me décroches ça, mon chéri, » — Lefils. — « M. Auguste s'habille au décroche -moi cela; ce qui veut dire en français chez le fripier. » — P. d'Anglemont — « Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d'occasion. — J'ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez- moi ça qu'on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon. » — Mornand.

Décrocher : Faire tomber d'un coup de fusil.

Dedans (Mettre ) . Mettre en prison (Dhautel, 1808).

Mettre dedans : Tromper. — « Il met les gabelous joliment dedans. On a descendu plus de vingt fojs dans sa cassine, jamais on n'a rien trouvé. » — E. Sue. — « Serais-je pris pour dupe! — Eh ben! conv'nez que vous êtes d'dans. » — Yadé, H56.

Être dedans (dans les vignes; : Être ivre. — « Quand on trinque avec une fille aimable II est permis de se mettre dedans. » — Désaugiers.

Voir en dedans a la même signification, mais non la même racine. Il s'applique aux ivrognes illuminés qui se tiennent eux-mêmes de longues conversations. Y. Cocarde.

Dèfargueur : Témoin à décharge. — Du vieux mot farda ge .- fardeau. Y. Roquefort.

Déflecrir la picouse : Yoler du linge qui sèche sur une haie. — Allusion à la couleur tranchante des objets étendus et aux épines de la haie.

Défourailler : Sortir de prison. — Du vieux mot defors : dehors. V. Babillard.

Défrimousser : Dévisager. V. Frime.

Défrusquer : Déshabiller. Y. Frusque.

Défriser : Désappointer. — * Ce qui nous défrise, c'est que je suis retenu. » — P. Lacroix.

Dégel : Mortalité. — « Il y aura un rude dégel. » — Watripon. — On connaît les effets dissolvants du dégel.

Dégelée : Volée de coups. — 11 y a une chanson de V. Gaucher intitulée la Dégelée de 4854, ou la Prise de Bomarsund. — Une volée dégèle ordinairement celui qui la reçoit.

Dégommer : Destituer. — « Réélu ! — Dégommé ! » — Gavarni.

Dégommé : Fané, terni. — « Je me rouille, je me dégomme. » — Labiche.

Se dégommer : S'entre-tuer. — « Napoléon, c' vieux grognard, D' ces jeux où l'on se dégomme En queuqu's mots résumait l'art. » — Festeau.

Dégotter : Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c'est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu'un, dégoutter sur lui. Y. Dhautel. — « Quel style! Ça dégotte Mmc de Sévigné. » — Labiche.

Dégouliner : Couler doucement. — Onomatopée. — « Y'iàaumoinsla vingtième (larme) qui dégouline sur ma joue. » — Ricard.

Dégoûté (Pas) : Ambitieux. — « Se dit en plaisantant d'un homme qui sans avoir l'air de choisir, prend le meilleur morceau. » — Dhautel, 1808. — « Belle dame,

vous êtes joliment jolie ce soir! je souperais fièrement avec vous. — « Tu n'es fichtre pas dégoûté. » — Gavarni.

Délicoquentieusement : Délicieusement. — « Pour y retrouver un Arthur délicoquentieusement séducteur. » — Ed. Lemoine. — Y. Supercoquelicantieux.

Delige : Voiture publique (Vidocq). — Abrév. de diligence.

Demain : Jamais. — Terme ironique. — Demain ne sera jamais aujourd'hui.

Démancher (Se) : Se donner grand mouvement. — « Et d' la façon dont j' me démanche, On nous verra requinqués à la papa. » — Duverny, Chanson, 4813.

Démaquiller : Défaire. V. Maquiller.

Déménager : Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de Dhautel.

Demi-aune : « Il y avait deux heures que je tendais ma demi-aune sans pincer un radis. » — Luc Bardas.

Demi-monde : Une femme demi-monde est celle qu'on appelait en 1841 une femme déchue, — née dans un monde distingué dont elle conserve les manières sans respecter les lois. Le succès d'une pièce de Dumas fils a créé le nouveau mot. On a créé par analogie ceux de meilleur monde, et de quart de monde. — « On écrit en toutes lettres que vous régnez sur le demi-monde. — C'est fort désagréable pour moi. » — A. Second.

Demi-stroc : Demi-setier (Vidocq). — Diminutif corrompu du même mot.

Démoc-soc : Démocrate socialiste. — Abréviation.

— Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m'ont effrayé. » — Chenu.

Démolir : Maltraiter quelqu'un en actes, en parole?r en écrits. — « Deux champions prononçant la phrase sacramentelle : Numérote tes os que je les démolisse. »

— Th. Gautier. 1845. — « Ruffard la dansera, c'est un raille à démolir. » — Balzac. — « On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine. » — L. Reybaud.

Démorganer : Se rendre à une observation. — Mot à mot : perdre de sa morgue.

Dépioter : Enlever la peau. — « Si monsieur croit que c'est commode... on se dépiote les pouces. » — P. de Kock.

Déplanquer : Exhiber (Vidocq). V. Vague.

Déralinguer : Mourir. — Terme de marine.

Dernier (Avoir le) : Avoir le dernier mot. V. Double.

Dernier de M. de Kock : « Ce mot a signifié cocu pendant quinze jours. En ce temps, il venait de paraître un roman de M. Paul de Kock intitulé le Cocu. Ce fut un scandale merveilleux... Il fallait bien pourtant se tenir au courant et demander le fameux roman. Alors (admirez l'escobarderie!) fut trouvée cette honnête périphrase : Avez-vous le dernier de M. de Kock? » — Th. Gautier. — « Le mari. — Et de cette façon je serais le dernier de M. de Kock, minotaure, comme dit M. de Balzac. » — Id.

Descendre : Tuer, faire tomber. — « J'ajuste le Prussien et je le descends. » — M. Saint-Hilaire.

Descendre la garde : Mourir. — Mot à mot : n'être plus de service. — «Amis, quand la camarde M' fera descendre la garde. » — Festeau.

Désentifler : Divorcer. Y. Ântifler.

Dessaler (Se) : Boire.

Détaffer : Aguerrir. Y. Taffe.

Détail (C'est un) : C'est un accident grave. — Ironie parisienne... Annoncez qu'un tel s'est cassé le bras, a perdu cinquante mille francs, etc., on vous répondra toujours : Cest un détail!

Détarôquer : Démarquer (Yidocq). — Du vieux mot taroter : marquer. Y. Roquefort.

Détourner : Yoler dans l'intérieur d'une boutique.

— « Parmi les détourneurs, on distingue : 1° les grinchisseuses à la mitaine, assez adroites de leur pied pour saisir et cacher dans de larges pantoufles les dentelles et les bijoux qu'elles font tomber (on appelle mitaine leur bas qui est coupé pour laisser aux doigts leur liberté d'action) ; 2° les enquilleuses. femmes cachant des objets entre leurs cuisses (quilles); 3<> les avale tout cru, cachant les bijoux dans leur bouche; 4° les aumôniers, jetant le produit de leur vol à de faux mendiants. » — Yidocq. — Ces genres de vol constituent le vol à la détourne.

Deuil (Ongle en) : Ongle cerné d'une crasse noire.

— « J'aurai l'air d'être en deuil depuis la cravate jusqu'aux ongles, inclusivement. » — A. Second.

Faire son deuil : Se passer. — « Tu vas faire ton deuil de me voir avant deux ou trois heures. » — L. Reybaud.

Déveine : Malheur constant. Y. Veine. — « Il paraît que la banque est en déveine. » — About.

Dévidage : Discours aussi long que le dévidage d'un écheveau.

Dévidage à Vcstorguc : Acte d'accusation.

Dévider : Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à Vcstorgue : Mentir. — Décideur : Bavard (Vidocq).

Dévorant : Compagnon. — «Je ne suis pas un dévorant, je suis un compagnon du devoir de liberté, un gavot. » — Biéville.

Digue-digue : Attaque d'épilepsie. — De dinguer : tomber. Y. Çambolcr.

Dijonnier : Moutardier (Vidocq). — Dijon est la capitale de la moutarde.

Dindon : Niais, dupe. — « Y ne veux pas être le dindon de vos attrapes. » — Vadé, 1788. — Mari dindon : Mari trompé. — « Il est le dindon de la farce; il est seul dupe dans cette affaire. » — Dhautel, 1808. — V. Gogo.

Dindonner : Duper. — « Je n'ai jamais été chiche avec les femmes, mais je n'aime pas à être dindon né. » — E. Sue.

Dinguer : Tomber. — Envoyer dinguer : Jeter à terre.

Dix-huit : « Le fabricant de dix-huit s'appelle le riboui... Le dix-huit n'est pas un soulier remonté ou ressemelé, c'est plutôt un soulier redevenu neuf : de là lui vient son nom grotesque de Dix-huit ou deux fois neuf. Le dix-huit se fait avec les vieilles empeignes et les vieilles t:ges de bottes qu'on remet sur de vieilles semelles retournées, assorties, et qui, au moyen de beaucoup de gros clous, finissent par figurer une chaussure. » — P. d'Anglemont.

Dixième (Passer au) : Devenir fou. — Terme usité parmi les officiers d'artillerie. Frappés du nombre des camarades que leur enlevaient des attaques subites d'aliénation mentale, ils disent : Il est passé au dixième (régiment), pour montrer combien ils sont décimés par des pertes, sur lesquelles l'étude des sciences exactes n'est pas, dit-on, sans influence.

Doctrinaire : « On donne ce nom à une secte de gens bilieux, mais enchantés creux-mêmes, qui avouent que rien n'est plus raisonnable que leur propre raison. » — Ch. Blanc, 1844.

Dodo : Lit. — Redoublement de la première syllabe de Dormir. « Dans le dodo jusqu'à midi, Je reste en attendant l'appétit. » — La Femme comme on en voit peu, chanson, 1789.

Faire dodo : Dormir.

Doigt dans l'œil (Se fourrer le) : S'abuser, ne pas bien voir les choses. Le nom de la cause est donné à l'effet. — « 11 s'est un peu fourré le doigt dans l'œil, le brave garçon. » — De Goncourt. — Se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude ; Se faire de grandes illusions.

Domino ; Dent. — Allusion de forme et de couleur. Pris en mauvaise part. — Quel jeu de dominos se dit de dents longues et jaunes. — Les jolis petites dents sont des quenottes ou des loulouttes. — « Jouer des dominos signifie manger. » — Balzac.

Boîte aux dominos : Cercueil. — Domino est pris ici pour os. Il y a de plus quelque analogie d'aspect, car la forme du cercueil, comme celle de la boîte, est oblongue. — « Puisqu'on va l'un après l'autre Dans la boîte aux dominos. » — E. Aubrv, Chanson.

Donner une affaire : Céder les renseignements propres à commettre un vol. Se la donner : S'enfuir.

Dont auquel : Auquel rien n'est comparable. — « Car moi je suis un militaire dont auquel. » — Vadé,

Dormir debout (Pied à) : Pied démesurément large et long. — « Votre général qui a des pieds à dormir debout. » Gavarni.

Dos (Scier le) : Importuner. V. Scier. — « Moi, ça me scie le clos. » — Rétif, 1782.

En avoir plein Je dos : Être assommé d'ennui. — « Tu sais que j'ai de la maison plein le dos? » — Désaugiers.

Dossière de satte : Cbaise de bois. — Dossière : Prostituée de dernier ordre. — Mot à mot : femme sur laquelle tout le monde peut s'asseoir. Y. Calège.

Double : Sergent-major, maréchal des logis chef. L'insigne de ce sous-officier est un double galon. — « Si son double un soir pris d'humeur noire veut tempêter... il n'a pas le dernier. » — Wado.

Double cholette : Litre (Yidocq). — Double vanterne : Lunettes. — Mot à mot : double vitre.

Doubleb un cap : « Doubler un cap dans Paris, c'est faire un détour, soit pour ne pas passer devant un créancier, soit pour éviter l'endroit où il peut être rencontré. » — Balzac.

Douce : Soie (Yidocq). — Elle est douce au toucher.

A la douce : Doucement. — « Comment qu' ça va, vous, a ce matin? — Mais, merci, à la douce. » — H.

Monnier. — On dit quelquefois à la douce, comme les marchands de cerises, par allusion au eri de ce métier (à la douce! à la douce!! .

Doucette : Lime (Vidocq; . — Allusion au travail de la lime qui opère tout doucement.

Douille : Argent. — « Il y a de la douille à grinehir. » — Paillet. — Du vieux mot double : monnaie. Y. Roquefort. — Douiïïcr : Donner de l'argent. — Douillard : Homme qui a de la douille. — « Oh! oh ! fit-il, un public ficelé! rien que des hommes et des douillards. » — De Pêne.

Douille : Cheveux. — Du vieux mot doille : mou, délicat. Y. Roquefort. — Douilles savonnés : Cheveux blancs. — Douillure : Chevelure. — Douillette : Crin (Vidocq .

Doux {Vu verre de : « Yn verre de liqueur sucrée, par opposition à un verre de liqueur forte ou de rude. » — Dhautel, 1808.

Dragée : Balle. — Allusion de forme. — a II a reçu la dragée : Il a été atteint d'une balle. » — Dhautel,

Dragueur : Banquiste (Vidocq .

Drogue : Mauvaise femme. — On dit souvent drogue, pour une chose de mauvaise qualité.

Droguer : Attendre infructueusement. — Métaphore empruntée au jeu de la drogue. — « Vous droguez nuit et jour autour de sa maison. » — G. Sand. — (( Il m'a fait droguer plus d'une heure dans la rue. » — Dhautel, 1808.

Droguer : Dire. Y. Girofle

Drôle (Pas) : Très-malheureux. — Expression singulière, dont le peuple de Paris connaît seul la valeur saisissante. Si quelqu'un est frappé par un accident grave, on le plaint par ces mots : « Le pauvre homme ! ça n'est pas drôle! » Un homme sans ressources dira : « Je ne sais si je mangerai ce soir, et ça n'est pas drôle. » — « Et ça vous fiche des coups... — Ça c'est peu drôle. » — Gavarni.

Dulcinée : Maîtresse. — Dû à la vogue du roman de Cervantes. — « Une mijaurée qui s'en fait accroire fait la Dulcinée du Tohoso. — Dulcinée veut dire aussi une femme galante, une donzelle. » — Dhautel, 1808.

Dur : Fer (Vidocq).

Dur : Eau -de-vie. V. Chenique. — « Pour faire place aux petits verres de dur. » — Th. Gautier.

Dur à cuire : Homme solide, sévère, ne mollissant pas. V. Dhautel. — « En voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire. » — L. Reybaud.

Dure : Terre (Vidocq). — On dit classiquement coucher sur la dure.

Dans ces quatre acceptions du mot dur, l'effet est pris pour la cause.

Être dans son dur : « Travailler avec ardeur et grande assiduité. Terme de compositeurs typographes. » — J. Ladimir.

Durème : Fromage (Vidocq).

Eau d'affe : Eau-de-vie. V. Paf, Danser.

Ecce homo : Homme dont l'extérieur macéré rappelle celui d'un christ. — « Humilité incarnée, espèce d'ecce homo. » — David.

DU LANGXGE 111

Échalas : Jambe maigre comme un échalas (Dhautel). — Les jambes fortes sont des Poteaux. — « Joue des guibolles, prends tes échalas à ton cou. » — Montépin.

Échelle (Tirer 1') : Être aussi haut qu'on peut monter et, par conséquent, n'avoir plus besoin d'échelle. — Pris au figuré.

Éclairer : Payer d'avance au jeu. — Mot à mot : faire luire (éclairer) sa monnaie. — « C'est pas tout ça, i' faut éclairer. C'est six francs. » — Monselet.

Écluse (Lâcher Y) : Uriner. — « Allons! il faut lâcher l'écluse du bas rein » — Parodie de Zaïre (dixhuitième siècle).

Écossais : Homme sans pantalon. — Les Écossais ont les jambes nues. — Hospitalité écossaise : Hospitalité gratuite. — Usité depuis les représentations de la Dame blanche.

Elbeuf : Habit de drap d'Elbeuf. — « Si l'étoile du mérite N'orne pas mon elbeuf usé. » — Festeau.

Emballer • Arrêter, écrouer. — « Tu vas nous suivre à la Préfecture. Je t'emballe. » — Chenu.

On dit d'un cheval emporté qu'il emballe son cavalier, sans doute parce que celui-ci est réduit au rôle passif d'un simple ballot.

Emballes, Embarras (Faire ses) : « Faire son embarras : Faire beaucoup d'étalage pour peu de chose. » — Dhautel, 1808. — Emballe est une corruption d'embarras.

Emblème : Mensonge, conte fait à plaisir. — Terme ironique inventé sans doute par un ennemi de l'allé-

gorie mythologique dont le peuple comprend mal les finesses. — « Voyez quel emblème! Sa nièce d'Angoulême Nous met tous à même. » — Decourcelle, 4832. — Emblêmir : Tromper (Vidocq).

Embrouille (Ni vu, ni connu! je t') : Locution placée ordinairement à la fin d'un récit pour peindre la rapidité d'un acte et la difficulté de l'expliquer. V. Dhautel.

Éméciié : Ivre. — Allusion à l'air échevelé des ivrognes. — « Quand je rentre un peu éméché après minuit, elle me dit : La cruche est dans le coin. » — 3Ionselet.

Emmerdement : Peine, ennui. — Emmerder : « Figurément et d'une manière ignoble pour attraper, ennuyer, obséder, injurier. » — Dhautel, 1808.

Emmieller • Emmerder. — « M'emmiell'ra Qui voudra! Moi, je n' m'emmielle guère. » — Valère, Chanson,

Empaffe : Drap de lit (Vidocq). — Il est à remarquer que paffc veut dire aussi soulier. Appliqué à des objets différents, ce même mot semble être un essai d'harmonie imitative. On a voulu indiquer l'action de se jeter sur le lit ou d'entrer son pied d'un seul coup dans de gros souliers.

Empaffer : Enivrer. V. Paf.

Emplâtre : Empreinte (Vidocq). — Allusion à la couche de cire molle sur laquelle est prise l'empreinte.

Empoigner : Critiquer. — « Attends donc à demain, mon cherv tu verras comment Lucien t'a empoigné..» Balzac.

Empoigner: Séduire, émouvoir. — «Me parlerez-vous de la fille aux yeux bleus? Il paraît que vous avez été solidement empoigné. » — About. — On dit d'un drame à effet qu'il empoigne son public.

Empoivrer (S') : S'enivrer. — Mot à mot : s'empourprer. V. Poivre. — « Les fêtes tu t'empoiveras avec ta largue au tapis franc. » — Yidocq.

Emporter : V. Backotteur. — Emporteur à la côtelette : Grec exerçant son art dans les cafés et dans les restaurants, à la suite d'un déjeuner offert à sa dupe (Vidocq). — Il emporte l'argent de son invité à la côtelette, comme des troupiers emportent à la baïonnette une position. — « Les cmporteurs sont des malfaiteurs qui, sous prétexte de payer leurs achats à domicile, font emporter leurs acquisitions par des commis du magasin. Le grand point, c'est de séparer le commis de sa marchandise. Tantôt on le renvoie au magasin pour faire rectifier un prix de la facture, tantôt on le fait entrer par une porte dans un hôtel garni, et l'on en ressort par une autre. » — Ai. 3Ionnier.

Empousteur : « Escroc faisant métier de vendre à des détaillants des produits dont le premier dépôt a été acheté par des compères. » — Yidocq.

Ému : Troublé par les fumées du vin. Y. Paff. — Le buveur ému est sur le point de s attendrir. — « Tu me crois ému, vieux... Allons donc! je boirais dix fois autant. » — Frémy. — « Girard et Maret-Boistrop rentrèrent au quartier légèrement émus, et on ne put les réveiller à l'appel du soir. » — Yidal, 1833.

Encarrade : Entrée. — Encarrer [: Entrer. Y. Décarcr.

Enfilade : Série de pertes. — « Ils croient que la veine est revenue, mais ils ont une enfilade désespérante. » — Paillet.

S'enfiler : « Terme de jeu. Se laisser aller à jouer gros et perdre. » — Dhautel, 1808. — « Je m'enfile de douze sous. » — Monselet.

Encre (Tremper son pied dans V) : Être consigné. Les soldats consignés portaient autrefois une guêtre blanche et une guêtre noire. — « Il ne sait pas ce que c'est que de tremper son pied dans l'encre, et jamais n'a entrevu la porte de la salle de police. » — Vidal, 1833. —Y. Criblage.

Endècher : Ruiner. — « Je m'endêche de plus en plus; je viens de mettre au clou la robe de soie. »

— H. de Lynol.

Enfant de choeur : Pain de sucre (Vidocq). — Allusion à sa petite taille et à sa robe blanche. Enflacqué : Emprisonné. — Mot à mot : jeté en.

— Du vieux mot flaqucr : lancer violemment. V. Roquefort. — « C'est donner tout son argent à l'homme enflacqué. » — Balzac.

Enflée : Vessie (Vidocq).

Enfoncer : Dominer. — « Vous n'êtes pas de force au piquet; je vous enfonce. » — Gavarni.

Enfoncer : Duper. — « 11 m'apprenait la vie qu'il fallait mener pour ne pas être enfoncé. » — E. Sue.

Enfoncer : « Lorsqu'on réussit à perdre un journal à force de le décrier, ou un théâtre à force de blâmes, cela s'appelle enfoncer la feuille rivale ou le théâtre ennemi. » — Biogr. des Journalistes, 1826.

En fonceur : Agent d'affaires, faiseur (Vidocq).

Enfourailler : Arrêter. — Mot à mot : fourrer dedans. — « Va-t'en dire à ma largue que je suis enfouraillé. » — Vidocq.

Enfrimer : Dévisager. V. Frime.

Enganter : Voler, prendre. — C'est un équivalent d'empoigner. Le gant est pris pour la main. V. Chêne.

Engrailler, Égrailler, Érailler : Attraper, prendre (Bailiy).

Engueulement : Bordée d'injures. — « Vadé est le Démosthènes de l'engueulement. » — Catéch. poissard, 1844.

Engueuler : Invectiver. — « Et puis j' vous engueule la vila.ne. » — Rétif, 1783.

Enlevé : Réussi de prime-saut. — On dit : un article enlevé, au journal; une scène enlevée, au théâtre.

— Une œuvre s'enlève à la plume comme une position ennemie s'enlève à la baïonnette.

Enp: anquer : Arriver. — « La rousse enplanque. »

— Bailiy.

Enqliller : Entrer. — Mot à mot : jouer des quilles dans... V. Quille. — Ancien mot, car nous trouvons déquiller : sortir, dans Du Gange. V. Baptême. — Enquillcuse : V. Détourner.

Enquiner, Enquiquiner a la course : Insulter.

Enrosser : Donner une rosse pour un bon cheval.

— « Des maquignons des Champs-Elysées les ont enrossés. » — Roqueplan.

Entauler : Pénétrer dans une maison. V. Taule.

Enterver, Entraver : Savoir. — Du vieux moUn-

trever . entrevoir. V. Roquefort. — « Electre le parlait, dit-on, divinement, Iphigénie aussi l'entravait gourdement. » — V. Bigorne.

Entiflement ■ Mariage. — Entifler : Épouser. V. Antifier.

Entortiller : Circonvenir, captiver. — « Ma chère, voici comment On entortille un amant. » — Festeau.

Entraîner un cheval : « L'animer et l'enivrer graduellement par la course et par des obstacles légers d'abord, dont le plus grand est le dernier. » — Alph. Karr. — Il y a des entraîneurs de profession.

Entraver : V. Enterrer.

Entrollement : Vol (Vidocq). V. Dabe, Antroller.

Épatage (Faire de 1'), Épate (Faire de Y) : Vouloir en imposer par un grand étalage. — « As-tu fini tes épales avec ta pelure de velours de coton. » — Les Cocottes, 1864. — « Ces jeunes troupiers font de l'épate, des embarras si vous aimez mieux. » — Noriac.

Épater : Stupéfier, émerveiller. — « Il nous regarda d'une façon triomphante, et il dit à ses admirateurs : Je les ai épatés, les bourgeois. — Il avait raison : nous étions émerveillés. » — P. d'Anglemont. — « Elle porte toujours des robes d'une coupe épatante. » — Les Étudiants, 1860.

Épateur : Faiseur d'embarras (Vidocq).

Épicerie : Mesquinerie. — « L'épicerie du siècle avait enfin rompu le cercle magique d'excentricité dont Rodolphe s'était entouré. » —Th. Gautier, 1838.

Épicier :« Les romantiques n'avaient de commun que leur haine des bourgeois qu'ils appelèrent génériquement épiciers (1830). La société ne se divisa plus

à leurs yeux qu'en bourgeois et en artistes, — ]es épiciers et les hommes. » — P. d'Anglemont. — Épicier s'en. ploie adjectivement : — « Allons, vraiment, c'est ( ' [licier. » — Balzac.

Épicer ; Railler (Vidocq). — On dit de même saler pour Gronder.

Épinard : Peint en vert cru. — « Le mercier amateur de jolis paysages épinard. » — Daumier.

Epoux. Épouse : Amant, maîtresse. — « Vous pouvez amener vos épouses, il y aura noces et festins; nous avons Adèle Dupuis, M1!e Miliot, ma maîtresse. »

— Balzac. — « Les femmes elles-mêmes appellent leurs amants : Mon époux. » — L. Lespès. — V. Monsieur.

Èbeintehent : Critique excessive.

Ércintcr : Maltraiter un écrit. — « Tu pourras parler des actrices... tu éreinteras la petite Noémie. » — E. Augier. — « Donc le livre de Charles fut éreinté à peu près sur toute la ligne. » — De GoncourL

Es : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Esbigxer (S') : S'enfuir. — « Et Pâmant qui s' sent morveux, Voyant qu'on crie à la garde, S'esbigne en disant : Si j' tarde, Nous la gobons tous les deux. » — Désaugiers.

Esbrouffe • Fanfaronnades, étalage de grands airs.

— « Pas d'esbrouffe ou je repasse du tabac. » — P. Ëorel, 1833. — « Faut pas faire ton esbrouûe, vois-tu l ça ne prendrait pas.» — Cogniard, 1831. — Vol à C esbrouffe : V. Caroubleur.

Esbrouffcr : Intimider, en imposer. — Du vieux mot esbouffer : éclabousser. V. Du Cange. — « Allons,

mouche-lui le quinquet, ça Tesbrouffera. » — Th. Gautier.

Es cape, Escaper : Corruption d'Escarpe.

Escarpe, Scionneur : « Voleur détournant après minuit sur la voie publique, par violence et quelquefois par assassinat. » — Canler.

Escarpcr : Assassiner. — Du vieux mot escharpcr : mutiler, couper en morceaux (Roquefort). — «Mais tu veux donc que je t'escarpe (que je te tue). » — E. Sue. — Y. Criblage.

Esclave : Domestique, garçon de restaurant, de café. Le mot date de Ponsard, de Rachel et du temps où Ton inventa de vraies coupes pour boire du Champagne. — « Cet esclave pourrait dire vrai... Allons, va prendre l'ancien écriteau. » — Labiche.

Esclot : Sabot (Vidocq). — Mot de langue romane. V. Roquefort.

Escofier : Tuer sur le coup. — Usité dès 4808. — Escofion voulait dire autrefois ou Bonnet de femme ou Mauvais coup. Calotte, à un degré beaucoup plus faible, présente encore ce double sens. — « Trois sentinelles ont déjà été escoliées » — Cogniard, 4831.

Escrache : Papiers. — Diminutif iïcscrit. — « Le curieux a servi ma bille, mais j'ai balancé mes escraches. » — Vidocq. — Escrache tarte : Faux passeport.

Esc radier : Demander le passe-port, interroger. — « En passant le portier vous escrache; J'étais fargué, mais l'habit cachait tout Le jardinant, je frisais ma moustache; Un peu de toupet, et je passe partout. » — Çhans. nouv., Dict. Le Bailly.

DU LANGAGE \2b

Esgard (Faire 1') : Dérober à ses complices une part de vol (Vidocq). — Mot à mot : garder en dehors (exarder) .

Espalier : Réunion de figurantes chargées d'animer un décor comme un espalier garnit un mur. — « Les petites filles qui se destinent à être danseuses et qui figurent dans les espaliers, les lointains, les vols, les apothéoses. » — Th. Gautier. — V. Bouisbouis.

Esquintement : Fatigue extrême, lutte meurtrière.

Esquintement : Effraction. — « Cambriolle tu maquilleras par carouble et esquintement. » — Vidocq.

Esquinter : Battre. — « Ceux qui veulent se faire esquinter peuvent venir me trouver, je m'appelle Bonne-Lame. » — Vidal, 1833.

Esquinter ; Harasser. — « Que dirais-tu si, au lieu d'avoir le fouet à la main, tu étais obligé de t'esquinter comme nous à la limonière? » — Buchon.

Esquinter : Fracturer (Vidocq). — Roquefort donne avec le même sens les trois verbes d'esquatii\ esquacher, esquisar.

Esquinteur : Voleur par effraction. — « Esquinteurs de buutogue : Enfonceurs de boutiques. » — Vidocq.

Estoc : Esprit, malice (Vidocq). — Acception figurée du mot qui désigne ordinairement une pointe acérée.

Estom : Estomac. — Abréviation. — « Je lui appuie le genou sur l'estom. » — Monselet.

Estorgue : Fausseté. — Chasses à Vestorgue : Yeux louches Vidocq). — Du vieux mot estor : duel, con-

m LES EXCENTRICITES

Ait. Y. Roquefort. — Deux yeux louches ont l'air en effet de se contrarier: et, comme on dit dans lé peuple, ils se battent en duel. — Un centre à Vestorgue (faux nom) amène de même un malentendu festor . y. Dévider.

Estourbir : Tuer. — Mot à mot : mettre hors de combat. — Du vieux mot estor . choc, mêlée, duel (Roquefort). — « En goupinant de cette sorte, les parains seront estourbis; il sera donc impossible de jamais être marons. » — yidocq.

Estrangouiller : Étrangler (yidocq). — A peu de chose près, c'est le latin strangularc.

Éteignoir : Nez aussi gros qu'un éteignoir. — « Ah î quel nez! Rien que de l'apercevoir, On s' dit : Dieu! quel éteignoir! » — Guinod, 1839. — V. Piston. ' Éteignoir : Personne assez maussade pour éteindre la gaîté de ses voisins.

Étoile : Croix d'honneur. — « Ceux qui n'ont pas l'étoile disent : Bon ! je l'aurai une autre fois.» — E. Sue. — Avoir les deux, les trois étoiles : Être nommé général de brigade, général de division. — Les étoiles placées sur l'épaulette sont la marque distinctive de ces deux grades.

Étoile : Femme réputée en tel ou tel genre. On dit indifféremment : une étoile du monde officiel, uneétoile du monde galant, une étoile du monde dramatique.

Étrangère (Piquer 1') : Penser à des choses étrangères à celles qui doivent occuper. — « Il en est qui ne se font point scrupule de piquer Vétrangcre, bouquiner, piquer m» chien, c'est-à-dire rêver pendant

les classes, lire des livres interlopes ou se pelotonner dans un coin pour dormir. » — La Bédollière.

Être (L') : Être trompé par sa maîtresse ou par sa femme. — «C'est notre sort... C'en est fait... je le suis. » — Boucher de Perthes. 1836.

LÊtre : Être vierge. — « Je le suis encore, m'a-telle dit en riant, je voudrais cesser de l'être par un joli homme comme toi. » — Rétif, 1786.

Être avec : Être maître ou amant. — « Être avec un Anglais, c'était pour les femmes une fortune. » — Yillemot.

En être : Être agent secret de la police. — « Il n'est pas as?ez malin pour en être. » — Balzac.

En être : Être pédéraste [Vidocq). — Ménage, dans ses Origines, avait commencé sa dissertation sur le mot Bougre par ces mots : Bougre : Je suis de l'avis, etc.

— « Ah! lui dit Bautru en se moquant, vous en e'tes donc aussi et vous l'imprimez. Tenez! il y a bien moulé : Bougre je suis. » — T. des Réaux. — On dit encore aujourd'hui dans le même sens : // en est.

Étroite Taire soir : Affecter un air virginal.

Étron de mouche * Cire fVidocq'. — Allusion au travail des abeilles.

Étudiante ; Maîtresse d'étudiant. — « Toute étudiante pur-sang fume son petit cigare. » — L. Huart.

— V. Hante.

Évanouir (S') : Mourir, s'enfuir.

Expédier : Tuer. — Mot à mot : expédier en l'autre monde.

Extra : Repas plus soigné qu'à l'ordinaire. — « Je crois qu'on peut bien se permettre un petit extra une

fois par mois. » — Canler. — Aux tables d'officiers, un extra est un invité. — Dans un café ou un restaurant, on appelle un extra, soit un plat demandé en dehors de la carte, soit un garçon de supplément qui vient aider au service.

Face : Écu à l'effigie (face) royale. — « Je n'ai plus de faces. La drôlesse me chasse. » — Decourcelle,

Faciès : Figure. — « C'est mon épouse... Un assez beau faciès, hein? » — Labiche.

Factionnaire : Excrément déposé aux abords de certains lieux, et semblant crier aux souliers aventureux : On ne passe pas ici. — « Dans les escaliers à chaque instant, Elle vous pose des factionnaires Qui ne crient pas : Qui vive ! aux passants. — Le Portier*, chanson, 1856.

Fadage : Partage de vol. — Fade : Part de vol. V. Vioque. — « Ruffart a son fade chez la gonore, dans la chambre de la pauvre f Mme. » — Balzac.

Fadcr : Partager. — V. Coquer. — De l'ancien verbe fadiar : assigner. V. Roquefort.

Fadasse : Fade. — « Le carnaval est bien fadasse cette année. » — 1844, Cat. poissard.

Fade, Fadard : Personne de mine ou de parler prétentieux.— Mot à mot : débitant de fadeurs. — « Eh va donc, grand fade! » — Ricard. — « Est-il devenu fadard? » — Labiche.

Fadeurs (Des) : « C'est Anna. — Avec qui est-elle? — Avec son premier amour, je crois. — Des fadeurs!» — Monselet. — Cet exemple explique le mot. C'est

comme si Ton disait : A d'autres! nous savons à quoi nous en tenir sur ces fadeurs.

Faffe : Papier — Onomatopée. — Faffiot : Papier blanc, billet de banque. — « On invente les billets de banque; le bagne les appelle des fafiots garâtes du nom de Garât, le caissier qui les signe. Fafiot! n'entendez-vous pas le bruissement du papier de soie? Le billet de mille francs est un fafiot mâle, le billet de cinq cents un fafiot femelle. » — Balzac. — Faffiot sec : Bon certificat. — Faffiot Jophe .-Faux certificat. — Faffiotcur : Papetier (Vidoçq).

Fagot : Aspirant à l'École des eaux et forêts. — C'est dans ces dernières qu'on doit aller chercher la raison de ce sobriquet.

Fagot : Ancien forçat. — « Eli! mais ! Je connais cet homme-là. C'est un fagot. » — - Y. Hugo.

Faire : Nouer une intrigue galante. — Est-ce qu'un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes? » — Ed. Lemoine.

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C'est l'amour uni au commerce. — « Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles? As-tu fait un prince indien? » — Balzac. — « Tu as donc fait ton journaliste? répondit Florine. — Non, ma chère, je l'aime, répliqua Coralie. » — Id.

Faire : Faire la place, commercialement parlant. — « De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal. » — Balzac. — « Je suis heureux d'avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de VOise. » — Id

Faire : Voler. — « Nous sommes arrivés à fa're les montres avec la plus grande facilité. » — Bertall. — « Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.» — Commerson.

Faire sa poire : sa tête, sa Sophie, son Joseph, son étroite, ses embarras, faire suisse. Y. ces mots.

Faire, refaire au même : Tromper. — « Je me suis engagé tantôt, et les racoleurs qui croient m avoir fait me retiennent. » — « Garde-moi le secret, brûle ma lettre ; je veux faire ces drôles-ci...» — Rétif, 4776. — « Les soldats s'imaginent toujours que les sergentsmajors les refont au même. » — La Béclollière.

Faire : Risquer au jeu. « Nous faisions l'absinthe au piquet à trois. >; — Noriac.

Faire dans la quincaillerie, l'épicerie, la banque, etc. : Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

Allez vous faire fiche : Allez au diable. — « Ce mot couvre un jurement très-grossier. » — Dhautel,

Faire la tortue : Jeûner (Vidocq). — On connaît la sobriété de la tortue.

Faiseur : « On entend par faiseur l'homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n'est point un malhonnête homme; la preuve en est facile à déduire; c'est un homme de travail, d'activité et d'illusions; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès.

On connaît la pièce de Balzac. Mer cadet le faiseur.

Son succès a été tel, qu'elle a doté le mot faiseur d'un synonyme nouveau. On dit un Mercaclet. — Pour Yidocq, le faiseur n'est qu'un escroc et un chevalier d'industrie. — On dit aussi c'est un faiseur, d'un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Fanal : Estomac. — Comparaison de l'estomac à une lanterne. — « Ces deux dames se fourraient par le fanal Petit vin, superbe hareng. » — Chansonnier, impr. Stahl. — « Se bourrer le fanal de bouillon de rata. » Wado. — On dit de même : Mettre de l'huile dans la lampe.

Faxandel, Fax an de : « Ce mot de fanandel veut dire à la fois frères, amis, camarades. Tous les voleurs, les forçats, les prisonniers sont fanandels. » — Balzac.

Fanffe : Tabatière (Vidocq). — Fan fouiner : Priser. — Onomatopée qui rend assez bien le bruit produit par l'aspiration du tabac dans les narines. — Fanfouineur : Priseur.

Farce : Comique. — « C'est farce! Mais vous faites de moi ce que vous voulez. » — E. Sue.

Farces : Infidélités galantes. — « On ne peut pas faire de farces à sa Ni ni... vTà ce qui vous chiffonne. »

— Gavarni.

Farceur : Homme sur lequel on ne peut compter. " Farceuse : Femme galante. — « Lorsqu'une farceuse voudra me séduire, je lui dirai : Impossible! »

— Amours de Mahicu, chanson, 1832.

Fargue : Charge. — Farguer : Charger. Y. Escracher, — Fargueur : Témoin à charge.

Farre : Vite. — « Faire, faire, la marcandière, car nous serions béquilles. » — Vidocq.

Faubourien : Ouvrier des faubourgs de Paris. — « Ces combats que la jeunesse dorée livrait non sans succès aux farouches faubouriens, aux septembriseurs endurcis. » — Roqueplan.

Fauchant, Faucheux : Ciseaux (Vidocq). — Les ciseaux fauchent. — Fauche-ardent : Mouchettes. — Mot à mot : coupe-lumière.

Faucher : Couper. — « Faucher, dans leur langage, veut dire l'exécution de la peine de mort. » — Balzac.

— V. Colas, Terrer. — Faucher dans le pont : Couper dans le pont. V. ce mot. — Faucheur : Voleur coupant (fauchant) les chaînes de montre. — Faucheur : Bourreau.

Fenasse : Mou, paresseux. — Du vieux mot fenassil : tas de foin. V. Roquefort.

Fendre (Se) : Commettre une prodigalité peu habituelle. — « Descends huit bouteilles. — Puisque vous vous fendez, dit le peintre, je paie un cent de marrons.

— Oh! oh! » — Balzac. — Le mot indique bien un jour de largesses inaccoutumées. Ce n'est pas la bourse de l'avare qui se fend, ce sont ses propres entrailles.

Se fendre jusqu'à syé cor cher : Pousser la prodigalité jusqu'au regret. — « Cadet, tu te fends; ça me flatte. Tu vas t'écorcher. » — Cabassol.

Fendant : Faiseur d'embarras. V. Fignoler. — « Ne fais donc pas tant ta fendante. » — 1844, Catéch. poissard.

Fenêtre (Mettre la tête à la) : Être guillotiné. —

Allusion au passage de la tête dans la lunette. V. Raccourcir.

Fenouse : Prairie (Vidocq). — Du vieux mot fen : foin. Y. Roquefort.

Feodec : Arbitraire (Vidocq). — Corruption de féodal.

Ferlingante : Faïence, verre, cristal (Vidocq). — Diminutif du vieux mot frêle : fragile. V. Roquefort.

Fertilliante : Queue Vidocq). — Allusion à son frétillement.

Fesses (S'en battre les) : S'en moquer. — « Va, je m'en bats les fesses, et n'en fais pas le fin. » — Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle. — V. Miche.

Festonner : Avoir une démarche que l'ivresse accidente comme des festons de broderie. — « Il va encore, ma foi, très-droit... c'est à peine s'il festonne. » — E. Sue.

Féroce : Laborieux, capable. — Cest un féroce : C'est un homme tout entier à son devoir, féroce sur l'exactitude avec laquelle il entend le remplir. — Il n est pas féroce : Il n'est pas capable. V. Méchant.

Fête (Être de la) : Être riche, avoir les moyens de festoyer. — « Moi je suis toujours de la fête, j'ai toujours bogue et bon radin. » — Vidocq.

Feu (N'y voir que du) : Être ébloui, aveuglé. — « Et tu n'y verras que du feu. » — Cogniard, 1831.

Feuille a l'envers (Voir la) : « Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. Ne fais pas, dit-il, la

sauvage ; Jouis de la belle saison Ne faut-il pas

dans le bel âge Voir un peu la feuille à l'envers? » —

m LES EXCENTRICITÉS

Cet exemple est pris dans la 177e Contemporaine de Rétif (édit. 1783) ; mais la ehanson est plus ancienne, car ses auditeurs ajoutent dans le texte : Charmante quoique vieille!

Feuille de chou : Guêtre militaire, mauvais journal, titre non valable.

Feux de file (Ne pas s'embêter dans les) : Être indépendant. — Mot a mot : faire feu à volonté. — « Pour lors, not' coronel, qui ne s'embête pas dans les feux de file... » — Ancien Figno, 1827.

Ficeler (Se) : Soigner sa tenue. — Les carottes de tabac étaient autrefois ficelées avec beaucoup de soin. Y. Chic. — « Voilà maman Vauquer belle comme un astre, ficelée comme une carotte. » — Balzac.

Ficelle : Procédé de convention, acte de charlatanisme. M. Reboux a publié, en 1864, les Ficelles de Paris. — « M. M..., pour animer la statuaire, emprunte à la peinture quelques-uns de ses procédés ; je n'oserais l'en blâmer, si l'austérité naturelle de c v grand art ne repoussait point les ficelles. » — Ch. Blanc. — « Mais il n'est pas en relation avec les directeurs, et d'ailleurs il n'est pas outillé pour le théâtre; il ne connaît pas les ficelles de la scène. » — P. d'Anglemont. — « Ferdinand lui indiqua plusieurs recettes et ficelles pour différents styles, tant en prose qu'en vers. » — Th. Gautier, 1833.

Ficelle : Chevalier d'industrie. — « Cadet Roussel a trois garçons : L'un est voleur, l'autre est fripon, Le troisième est un peu fiscelle. » — Cadet Roussel, chanson, 1793, Paris, impr. Daniel.

Cheval ftc?He ; Cheval de course léger et décousu.

Déménager à la ficelle : Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l'aide d'une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.

Fichaise : Niaiserie, chose dont on peut se ficher.

— « Le passé n'est qu'un songe, Une fichaise, un rien. » — Vadé, 1756.

Fichant : Navrant. — « N'est-ce pas, mon vieux, c'est tout de même fichant de se dire!... — E. Sue.

Fiche de consolation : Dédommagement. — Terme de whist.

Ficher : Faire. — Il est à remarquer que la finale de cet infinitif s'élide presque toujours. — « Mais voyons. Limousin, avec un méchant budget d'une cinquantaine de millions, qu'est-ce que tu peux fiche? »

— Gavarni.

Ficher : Donner, flanquer. — « Je l'ai fichue à l'eau. » — E. Sue, — « J' lui fiche un soufflet. » — 1750, Cailleau. — « Fiche-moi la paix. » — Jaime.

Dès la fin du quatorzième siècle, ficher se trouve souvent dans le Livre des faicts du mareschal de Boude aut (édit. Michaud . — A une déroute de Sarrasins, il est dit que les jardins favorisèrent beaucoup leur retraite, car s'y fichèrent ceulx qui eschapper peurent (p. 276 . — La même année (1399;, on nous représente les Vénitiens après un combat maritime s'en allant ficher en leur ville de Modon (p. 283). — Enfin, « quand Chatcaumorant, avec la compaignée des autres prisonniers feurent arrivez à Venise, adonc on les ficha en forte prison (édit. Petitot, t. II, p. 83). »

Ficher une colle : Conter un mensonge. — « Pour mieux duper les innocents. Être adroit à ficher la colle. » — 1651, JaJuliadc. —V. Colle.

Ficher dedans ; Tromper. Y. Dedans.

Ficher la misère par quartiers : Être pauvre.

Ficher le camp : Décamper. — « Mon enfant, fichemoi le camp. » — Rétif, 177e Contemporaine, 1783.

Ficher fSeJ ; S'habiller. — « Faut- y que ça soit chiche de ne pas se fiche en sauvage. » — Gavarni.

Ficher : Fourrer. — « Ne, vas pas te ficher cela dans la cervelle. » — Le Rapatriagc, parade du dix-huitième siècle.

Je m'en fiche comme de colin-tampon : Je ne fais aucun cas de sa personne (1808, Dhautel). — On appelait colins- tampons les Suisses en garnison à Paris. Les mazarinades en donnent plus d'une preuve.

Ficher (Se) : Se moquer. — « Vous vous fichez du monde. » — Vadé, 1755. — « Ah bah! je t'en fiche, il m'embrassait toujours. » — L. Beauvallet.

Allez vous faire fiche! Allez au diable. — « Ce mot cache un jurement très-grossier.» — Dhautel, 1808. — « Eli bien! dis à grand'maman qu'elle aille se faire fiche! » — Gavarni.

Fichu : Capable. — «Eh! là-bas... y sont fichus de ne point ouvrir... y faut donc enfoncer la porte... »•— H. Mon nier.

Fichu, mal fichu : Mal accoutré. — Tallemant des Réaux dit dans son historiette sur Manille : « Le voylà tout aussi fichu que du temps de Richelieu. »

Fichu : Détestable. — « Cette fichue traduction l'avait pourtant fait secrétaire interprète de la langue anglaise, » dit Tallemant des Réaux en parlant de Maugars. — « C'est là l'éloquence salote et le fichu raisonnement de ce burlesque jugement. » — La Juliade. Paris, 1651, in-4°. — « Un fichu temps comme ça, c'est bon pour une grenouille. » — Delange, Chan-

sons. — « Toinon, je ne vaux rien quand on m'ostine; je m' connais ! — Une fichue connaissance que l'as là. »

— Gavarni.

Fichumacer : Diminutif de ficher. — D'mandezmoi donc où c' qu'est Ailé c' flâneux d' Cadet 1 C qu'il peut fichumacer A l'heure qu'il est. » — Désaugiers.

Fidibts : Longue bande de papier pliée ou roulée tout exprès pour allumer la pipe. Jeu de mots basé sur le pluriel de fides. — Un fidibus sert à plusieurs fois; il est assez long pour allumer plusieurs pipes.

— « Un roman de G. Sand dont il fera un fidibus après l'avoir lu. » — Ch. Rouget.

Fier : Grand. V. Blagueur. — « Ça lui portera un fier coup. » — Lubize. — * C'est la mère Burette, une fière femme pour les cartes. » — E. Sue.

Fièrement : Grandement. — « Que demain je lâche ma place, on me tomberait fièrement dessus. » — De Goncourt. — « Y aura fièrement de monde. Yenez-y. »

— Yadé, 1788. — Y. Dégoûté. Tomber.

Fièvre cérébrale : Accusation entraînant la perte de la tête (Yidocq). — Jeu de mots.

Fignoler : Exécuter avec fion. — « C'est qu vous fignolait (la contredanse). Dame, il y allait de tête et de queue. » — Rétif, 1783. — « Quel style! comme c'est fignolé. » — Labiche — « C'est un fignoleux, mais il fait trop le fendant à cause qu'il a du bec. »

— Yadé, 1788.

Fil (Avoir le) : Être rompu à tel ou tel exercice. — Allusion au fil qui donne à une arme ou à un outil le dernier degré de perfection. — « Yoyez comm' elle avait le fil Pour tramer la guerre civile.» — Chansons,

1830. — « Quand le jean-jean est passé de l'école du soldat à 1'éeole de peloton, il possède ce qu'on appelle le il. » —M. Saint-Hilaire.

Une langue qui a le fil est une langue médisante, acérée comme une lame fraîchement émoulue.

Fil en quatre : « Voulez-vous une gorgée de fil en quatre? — Je veux bien... Elle est bonne, voire eaude-vie. » — H. Monnier, 1836. — « Allons, Auguste, un petit verre de fil en quatre, histoire de se velouter et de se rebomber le torse. » — Th. Gautier.

RI en quatre signifie plus fort que le vin, car celuici s'appelle aussi fil en deux.

Fil en double : « Le vin s'appelle du fil en double. » — Grandval, 1827.

Filasse : Chevelure blonde (Vidocq). — Filasse: Matelas. On y trouve souvent plus de filasse que de crins. — Piquer une tête dans la filasse : Dormir.

Filet : Nuance délicate. — « Peut-être aussi y a-t-il un filet de concetti shakspearien, mais c'est peu de chose. » — Th. Gautier.

Filer le parfait : S'abandonner aux chastes douceurs du véritable amour.

Filer : Suivre. — « Un voleur se charge de filer la personne. » — Vidocq. — « Être filé signifie, dans le langage des débiteurs, que le recors vous suit à la piste. » — Montépin. — Dans le même vocabulaire, être fumé signifie être arrêté.

Fileuse : « Chanteur suivant les voleurs et les prenant en flagrant délit, dans le seul but de faire payer son silence par une remise de 15 p. 100. » — Yidocq.

Fille de marbre : Courtisane. — Une pièce de

M. Barrière a consacré les Filles de marbre, comme celle de Dumas fils a créé les Camélias, avec cette différence toutefois que Camélia se prend en meilleure part. — « C'est à Paris que les filles de marbre apprennent péniblement le métier qui les fait riches en une heure. » — J. Janin.

Fils de fer : Jambes très-minces.

Filoche : Bourse (Vidoeq). — Diminutif de filet. — « Si ta iiloche est à jeun (si la bourse est à vide;. »

— E. Sue.

Fin (Faire une) : Se ranger, en finir avec la vie de jeune homme. — « Cependant il faut absolument faire une fin. — Dame, le siècle est positif, et l'on trouve si difficilement à tailler un homme utile dans la peau d'un vieux lion. » — Deriège.

Fixe : Excrément. — Allusion à la fine moutarde.

— « Un vidangeur de mes amis Nous a chanté la plus fine. » — Aubry, Chanson, 1836. 4

Fiole : Bouteille de vin. — « Xous avons presque entièrement vidé nos fioles. » — Frémy. — « Fiolef, c'est boire avec excès. » — Dhautel, 1808. — C'est un mot de langue romane. V. Roquefort.

Fiox : Élégance. — « Yn François enseignoit à des mains royales à faire des boutons; quand le bouton étoit fait, l'artiste disoit : A présent, Sire, il faut lui donner le fîon. A quelques mois de là, le mot revint dans la tête du roi; il se mit à compulser tous les Dictionnaires françois, Richelet, Trévoux, Furetière, l'Académie françoise, et il n'y trouva pas le mot dont il cherchoi! l'explication. Il appela un Neuchatidois qui était alors a sa cour, et lui dit : Dites-moi c? que

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