Les excentricités médicales
La première édition delà Vie dit règne minéral a été épuisée èn quelques mois , l'ouvrage a exercé une grande attraction sur nos contemporains. C'est, chose rare, un livre original, qui agite la pensée soit en l'intéressant par la nouveauté des faits et des opinions, soit en soulevant des objections par des méthodes non admises, des intuitions audacieuses, des affirmations téméraires. L'auteur est imprégné de l'influence des alchimistes : ses conceptions, ses idées manifestent à la fois le caractère mystique et scientifique de ces précurseurs ; son esprit s'est élaboré dans leur œuvre, comme dans leurs cornues, au milieu des invocations et des incantations aux forces inconnues, s'est élaborée la science moderne.
Nous sommes habitués à considérer comme des vé-
PRÉFACE
rités absolues ce que nous avons appris des maîtres et des livres , à prendre pour des réalités les inventions de notre imagination . Il en est ainsi à l'égard des divisions que nous avons établies pour nous faciliter l'étude ; nous avons fait des espèces, des classes, des genres ; mais lorsqu'on étudie un plus grand nombre de sujets, on trouve le passage absolument graduel d'une catégorie à l'autre, on voit que nos divisions sont entièrement artificielles , elles n'existent pas dans la nature, il n'y a que des individus. Ce qui est vrai des espèces et des genres l'est également des règnes: à la limite le règne minéral, le règne végétal, le règne animal se confondent, le passage est graduel, et les plus savants ne sauraient établir de façon indiscutable où un règne finit et où l'autre commence. Les règnes dans la nature ne sont qu'une conception de notre esprit.
En réalité la nature ne fait pas de sauts, pas de séparations, tout s'enchaîne, tous les phénomènes se déroulent comme des conséquences les uns des autres : la loi de continuité est la plus générale, la plus importante, la plus méconnue .
Les êtres vivants sont faits de substances minérales puisées dans l' atmosphère et dans le sol, et rendues vivantes par les végétaux , ces substances passent ensuite dans les animaux et dans l'homme, et retournent au minéral. La matière circule éternellement du minéral au végétal, du végétal à l'animal et à l'homme, et retourne au minéral pour recommencer le cycle. C'est l'énergie du soleil qui l'anime des mouvements que
PRÉFACE
l'on a appelés la vie , c'est la lumière solaire quidonne la vie à la substance minérale qu'elle incorpore aux végétaux , c estl' énergie solaire que consomment les animaux et l'homme dans toutes les manifestations de leur activité ; cette énergie retourne ensuite dans les espaces sidéraux sons forme de chaleur rayonnante .
La vie est un rayon de soleil saisi au passage par les végétaux et retenu quelques instants dans les mailles des tissus vivants ; tous les mouvements de la vie ne sont que les agitations de ce rayon , qui finit par s'échapper vers les espaces célestes.
Le soleil n'anime pas seulement les êtres vivants , le monde minéral est le siège d'une animation formidable et incessante : le vent , les tempêtes, les marées, les pluies, les torrents, les rivières, les volcans, les tremblements de terre montrent que le mouvement est partout. La conception du monde vivant comme le monde animé, du monde minéral comme un monde inanimé est un exemple des notions fausses et étranges que nous donne notre éducation.
Comme les êtres vivants, les pierres naissent, s'organisent, s'accroissent, puis se désagrègent, se dispersent, cessent d'exister. Le cristal naît dans la substance en fusion ; les roches se forment , s' organisent et croissent par sédimentation, par développement osmotique ; puis les agents extérieurs, le soleil, la gelée les fragmentent, elles se disloquent , la pluie et les torrents les emportent pour les incorporer de nouveau au grand Tout dans lequel elles perdent leur individualité .
PRÉFACE
Etres vivants , monde minéral sont faits des mêmes substances, animés par la même énergie , gouvernés par les mêmes lois . Alors on doit se demander: la conscience d'être n' est-elle pas dans toute la substance de l'univers ? Qui peut dire ce qu éprouve le cristal pendant sa naissance? L'oiseau, la fleur, la pierre, le vent , le nuage , la mer ne sentent-ils pas le mystère de la vie, la merveille d'exister?
Telle est la question posée par le titre du livre de M. Schwaeblé : « La vie du règne minéral. » Il demande la réponse à l'étude de l'évolution chimique, morphologique, métamorphique des pierres. Il interroge surtout une forme d'évolution des minéraux bien ignorée jusqu'ici, et qui cependant a joué un très grand rôle dans V évolution du globe : le développement osmotique. Le succès de son nouveau livre sera plus grand que celui du premier, car le point de vue de M. Schwaeblé se développe, se perfectionne et devien dra une doctrine grande et féconde.
Dr Stéphane Leduc
AVANT-PROPOS
Adam a cherché à singer Dieu. Et il y a réussi en partie : il a donné naissance à des êtres semblables à lui. Puis ceux-ci voulurent égaler Dieu — pour ne pas dire le surpasser, puisque sans tenir compte des contingences qui ont permis le développement du premier spécimen de leur race ils prétendirent et prétendent créer de toutes pièces des individus.
On s’est beaucoup moqué des alchimistes et de leurs utopies, on effraye les méchants enfants avec la légende de Faust, et, pourtant, ces utopies et cette légende sont la base de notre actuelle science : car, l’on peut dire que la Biologie occupe les recherches de tous nos savants, et que Physique, Médecine, Chimie lui sont soumises.
Evidemment, les méthodes changent — en apparence : car, dans le fond, nous sommes atrocement déterministes, et l’histoire du melon que Dieu divisa en tranches pour que le partage en fût plus facile demeure éternellement symbolique. Il se peut que tout soit conçu en vue d’un but, la nature, paraît-il, ne faisant pas de sauts. Mais, si — car, enfin, il convient d’envisager toutes les hypothèses ! — si la nature faisait des sauts... Les partisans de la génération
lô
AVANT-PROPOS
spontanée et de l’évolution brutale nous en affirment bien d’autres ! Le pauvre Lavoisier et ses corps simples n’existent plus. Voici que, bientôt, n’existera plus non plus l’individualité de l’espèce grâce au Dr Carrel qui met à un chien blanc une patte noire. Il y a des gens qui se ruinent à assurer la ligne de l’espèce chevaline, il y en a d’autres qui s’épuisent à doter un pur sang de pattes d’éléphant. A quoi ceuxci répondent que l’animal idéal doit posséder la vue du lynx, le flair du chien, la ruse du renard, la force du lion, la sobriété du chameau, l’agilité du singe... et, probablement, l’orgueil de l’homme.
Nous avons l’air de débiter des sornettes, et, pourtant.. . A quoi riment les expériences de vivisection du Dr Carrel ? L’homme idéal ! l’animal idéal ! La perfection des races I de la race...
Recommencer l’Œuvre de Dieu, le parachever : l’homme ne pense qu’à cela, sans réfléchir que c’est vouloir détruire cette Harmonie universelle qu’il évoque constamment et qu’il bafoue sans cesse.
Paracelse synthétise admirablement les chercheurs de tous les temps et de tous les pays, les pionniers que nulle conception n’effraye, les audacieux obligés souvent de reculer, les illuminés, les empiristes. Il est fort bien toute la Médecine moderne, toute la Médecine contemporaine, et tout ce qui s’y rattache de près ou de loin, occultisme, hypnotisme, suggestion, etc., etc. Il mélange — inconsciemment ou consciemment — les divers agents divins, physiques, spirituels, il fait revivre les morts
AVANT-PROPOS
selon nos méthodes spirites. Il a pris à tous, il a pillé partout, présentant tout avec une originalité singulière, ce qui autorise à le choisir comme point de ■ départ pour une étude historique des audaces et excentricités médicales.
Crollius c’est la Kabbale médicale, c’est la dissection de cette Harmonie universelle qu’on sent, qu’on ,rêve. Ses exemples sont tant imagés qu’on se dit : « Il a peut-être raison », et qu’on ne sait plus du tout à laquelle croire, homéopathie ou allopathie : pour guérir faut-il fortifier les qualités ou affaiblir les défauts? L’œuvre de Crollius apparaît comme un poème fertile en théories pratiques encore que contradictoires. Mais, c’est un tout, c’est « une méthode », chose q.u’aujourd’hui l’on ignore, et cette méthode prêchant l’unité de Matière et l’unité de Vie devait conduire à la recherche de l’unité de Remède, à la Panacée universelle .
L’homme, hélas ! trouve plus facilement le moyen de détruire la vie que celui de la créer : au reste, ses instincts ( homo homini lupus) le poussent dans le sanctuaire des poisons, et de bonne heure il est devenu maître dans leur science. On hérite et l’on se venge plus aisément par le poison que par l’envoûtement, les toxines sont d’un emploi plus sûr que la suggestion .
L’homme est essentiellement pratique et orgueilleux, il veut s’imposer, dominer peu importe comment. Lorsque la science est désintéressée, c’est qu’elle s’applique à détruire quelque chose qui ne
AVANT-PROPOS
l’est pas. Ce fut fort probablement un savant qui inventa Satan pour battre Dieu en brèche. Ainsi encore naquit la « Possession ». De nos jours on va plus loin : on rejette et Dieu et Satan, et l’on invente « l’hystérie » parce que par « l’hypnotisme » on prétend la dompter, c’est-à-dire que l’homme crée une maladie parce qu’il prétend savoir l’étouffer.
Que de maladiesontété pour lamême cause inventées ! On en est arrivé à transformer les sentiments en affections physiques, et la tristesse est devenue neurasthénie. Nos asiles d’aliénés sont pleins de gens qui simplement s’ennuient ou ne savent pas gagner leur vie.
Et puis... nous vivons à une époque de progrès tellement insensés qu’il est impossible de bien juger. L’on serait tenté de prendre le savant pour le charlatan, et le charlatan pour le savant. Chaque jour nous apporte la nouvelle d’une extraordinaire découverte qui renverse les théories et défie l’imagination.
Edison, Curie, Marconi, Carrel et autres nous rapprocheraient de Dieu si Dieu, par définition, n’é- 1 tait infiniment éloigné de nous. Il ne nous apparaît pas, d’ailleurs, que l’homme vive plus longtemps ' qu’autrefois, qu’il soit moins souvent malade ; en revanche, il nous apparaît que le vaccin en enrayant la variole provoque la phtisie, et qu’il n’est pas raisonnable de penser que l’électricité et le radium détruisent le microbe du cancer sans détruire en même temps l’épiderme extérieure.