‹ Les excentricités médicalesChapitre 2 sur 4 · PARACELSE · texte numérisé non relu

PARACELSE

La Médecine au Moyen Age

« Parlez-moi plutôt des médecins spagyriques ! ceux-là, du moins, ne sont pas paresseux comme les autres ; ils ne sont pas habillés de beau velours, soie ou taffetas ; ils ne portent ni bagues d’or aux doigts, ni gants blancs. Les médecins spagyriques attendent avec patience, jour et nuit, le résultat de leurs travaux . Ils ne fréquentent pas les lieux publics ; ils passent leur temps dans le laboratoire. Ils portent des culottes de peau avec un tablier de peau pour s’essuyer les mains. Ils mettent leurs doigts dans les charbons et dans les ordures. Ils sont noirs et enfumés comme des forgerons et des charbonniers. Ils parlent peu et ne vantent pas leurs médicaments, sachant bien que c’est à l’œuvre que l’on reconnaît l’ouvrier. Ils travaillent sans cesse dans le feu pour apprendre les différents degrés de l’art alchimique.. . »

Celui qui prononce ces nobles paroles s’habille de beau velours, soie ou taffetas, et il porte des bagues,

et il s’impatiente, et il fréquente dans les lieux publics, et il discourt, et il vante ses médicaments.

« Oui, je vous le dis, le poil follet de ma nuque en sait plus long que vous et vos auteurs ; les cordons de mes souliers sont plus instruits que votre Galien et votre Avicenne, et ma barbe a plus d’expérience que vos universités ! Suivez-moi donc, marchez derrière moi, suivez-moi tous, je suis votre roi I »

Cependant, de l’inextricable fouillis des livres de Paracelse s’élève un formidable enseignement, la Renaissance de la Médecine, d’une Médecine obligée d’émettre des théories nouvelles pour les besoins de sa publicité.

Un de ses contemporains, Michel Maier, dans ses Symbola Aureœ Mensœ duodecim nationum, excusant les défauts pour les mieux étaler, rapporte cette critique de Bernard Penote : « Il a pris sa théorie des trois principes : Soufre, Mercure et Sel à Isaac le Hollandais, ainsi que celle des quatre Eléments ; il a emprunté ses Degrés de Médecine à Arnauld de Villeneuve ; ses Archidoxes à Raymond Lulle ; ses Arcanes à Rupescissa ; il n’a de personnel que ses vices et ses injures; il a puisé, aussi, dans l’Anglais Garlande et dans Trithème. Lisez Landfrancus, et vous verrez que Paracelse lui a volé sa Chirurgie . Pourquoi ne cite-t-il pas Arnauld au chapitre de la Paralysie ? »

Tant mieux : c’est prouver que Paracelse résume la Médecine de son époque. Cela seul nous intéresse .

Philippe Bombast naît en 1491 ou 1493 au village de Maria Einsiedeln (Notre-Dame des Ermites — d’où le surnom d’Ermite que son disciple Erasme lui appliquera — dans le canton de Schwitz). Son père, Guillaume de Hohenheim, homme peu riche mais curieux de science et possédant une suffisante bibliothèque, exerce la médecine en ce village, et, selon l’usage, s’occupe d’alchimie.

Agé de deux ans, Philippe s’amuse, devant la maison paternelle, à tirer la queue d’un gros porc ; l’animal, furieux, se retourne, et lui coupe les... De là, peut-être, le mépris quev Paracelse affichera pour les femmes.

Instruit par son père, parle fameux Trithème, abbé de Spanheim, par Scheyt, évêque de Sergach, par Mathieu Schlacht, Philippe s’en va, à la façon des Bohémiens, par les villes et par les campagnes, tirant des horoscopes, lisant dans les lignes de la main, vendant le secret de la Pierre Philosophale, évoquant les morts, chantant des psaumes, interrogeant médecins, bateleurs, bourreaux, barbiers, vieilles femmes, sorciers. 11 marche au hasard, prétend avoir visité l’Europe, été pris, en Russie, par les Tartares et conduit par eux à Constantinople, après avoir poussé jusqu’en Egypte à seule fin de se mieux connaître à la science hermétique. Mais, Théophraste Paracelse (ainsi se surnomme-t-il pour « épater » la galerie) ment, il ment atrocement, et il accuse Aristote de mentir selon les habitudes des Grecs, lesquels ne considèrent pas le mensonge comme une faute !

Il demeure dans les mines de Bohême, où Sigismond Fueger de Schwartz lui enseigne la minéralogie et la métallurgie. Il suit l’armée en qualité de chirurgien .

Les médecins x'edoutent le mercure et l’opium : lui les recommande — heureusement, puisqu'il leur fait guérir lèpre, maladies vénériennes, gale, hydropisies légères, douleurs aiguës! Il vante Hippocrate, maudit les Arabes et les docteurs scolastiques. Il jure de vaincre toutes les maladies, assure avoir rendu la santé à dix- huit princes sur le point de périr entre les mains de galénistes. Il faut qu’on l’écoute, qu’on l’approuve, qu’on l’admire pour ne recevoir pas de grosses injures.

Il soulage Erasme et Aecolampade ; celui-ci, en 1527, lui fait obteuir une chaire de Médecine et de Philosophie à l’Université de Bâle. A sa première leçon, Paracelse réunit les livres de médecine qu’il trouve dans l'amphithéâtre, Celse, Gallien, Avicenne, et les brûle. Indépendant, — dépendant, à la vérité, de ses créanciers — insultant dans son orgueil effréné à la morale, travaillant, dictant en état d’ivresse, ignorant de ses contemporains, il ne s’aperçoit pas que quiconque se place au-dessus des conventions tombe au-dessous. Il se plaît aux légendes eu circulation, au démon familier qu’il entretient.

En 1529, il guérit, grâce à son laudanum, le noble chanoine Liechtenfessius de violentes douleurs d’estomac, lui réclame cent louis d’or d’honoraires, prix convenu, ne peut les obtenir, le cite en

justice; il perd le procès, injurie les Juges, doit quitter précipitamment la ville.

Et de recommencer ses pérégrinations, visitant Colmar, Nuremberg, Saint-Gall, Augsbourg, Salzbourg, où, le 24 septembre 1541, il meurt à l’hôpital Saint-Etienne, laissant pour toute bibliothèque la Bible , la Concordance de la Bible , 1 e Nouveau Testament et les Commentaires de Saint-Jérôme sur les Evangiles . . .

En somme, plus guérisseur que médecin, mais résumant la Médecine, la Chirurgie, la Pharmacie, l’Astrologie, l’Alchimie — la Science — de son époque. Et même la Magie et la Sorcellerie.

Entendu donc que quand nous écrivons « Paracelse » on lit « la Science de son temps ».

Ne point s’arrêter au Paracelse jongleur dont le côté moyenâgeux attire des esprits plus curieux de vieilleries que de doctrine. Laisser les injures comme : « Vous, médecins de Paris, de Montpellier, d’Italie, Grecs, Sarmates, Arabes, Juifs, si vous ne vous ralliez pas franchement à ma bannière vous ne serez pas dignes qu’un chien évacue sur vous !» ; ne pas s’amuser à deviner dans tels passages la génération spontanée, l’atavisme, l’hérédité, les rayons X, la lumière astrale ; ne pas admirer la métallothérapie, la palingénésie, la chiromancie, l’envoûtement, le choc en retour, les incubes, les succubes, les diables, les encres sympathiques, l’or potable ; ni les contradictions et paradoxes « la médecine est inu-

tile », ni les énigmes : « C’est pourquoi il viendra après moi un être merveilleux qui révélera beaucoup de choses . . . Dieu permettra qu’on fasse une découverte d’une grande importance, et qui doit rester cachée jusqu’à l’avènement d’EIie- Artiste ».

Paracelse montre l’Alchimie Science, non plus de la Pierre philosophale et de la Panacée universelle, mais de la Vie, de la Vie dans les trois règnes : la Matière est une, tous les corps sont composés de mêmes atomes diversement groupés, on change le cuivre en or en faisant cristalliser celuilà dans le système de celui-ci ; la Matière évolue, chimie organique et chimie inorganique se confondent, le règne minéral vit ainsi que les autres. Il faut séparer le principe actif de la matière morte, l’âme du corps, le pur de l’impur, obtenir la subtile quintessence des produits, leur véritable concentration vitale, l’essence des remèdes, l’alcaloïde. (I)

Paracelse se refuse à considérer l’astrologie comme un amusement divinatoire, il montre qu’as-

trologie, chiromancie, physiognomonie, phrénologie,

graphologie, etc., s étayent, se contrôlent, prouvant que l’idée signe la chose, que la même idée imprime le même sceau sur l’homme, les animaux, les végétaux, les minéraux, que les choses portant même sceau correspondent à la même idée, que tout s’enchaîne, que tout se correspond; il montre que chaque astre influe spécialement sur une partie du corps.

(1) Voir: La Vie du Règne minéral.

Pas de Médecine sans alchimie, sans astrologie .

Le médecin doit préparer lui-même ses remèdes, il doit connaître le cours des astres afin de suivre leur influence sur celui des maladies.

Ajoutez la Puissance de la Foi, de l’Imagination. Elle est telle qu’un homme se croyant malade le devient réellement, ou croyant pouvoir rendre une autre personne malade le fait vraiment. La femme accouche d’un enfant à la ressemblance de la personne ou de la bête à laquelle elle a pensé pendant la grossesse, et pour avoir un enfant grand artiste elle n’a qu’à penser à un grand artiste.

Dieu se sert encore desDémons et des autres Etres de l’invisible. 11 donne à ceux-là la vie que l’homme perd en songe, et il en fait des incubes.

Grâce à la magie une personne malade peut faire passer son mal dans une statuette de cire. L’on peut encore rendre malade quelqu’un en donnant une maladie à une statuette de cire qui lui ressemble.

. . . Aussi bien l’idée de Paracelse (qui fut non de telle école mais de toutes les écoles) se dégagera-t-elle plus aisément de l’exposé bibliographique.

L’œuvre colossal, Encyclopédie universelle, comprend collection de livres — beaucoup attribués aux disciples. Paracelse dictait, corrigeant, ajoutant une idée, une formule.

Dans Compendius exoptimis quibusque.. . Auctore Liona suamo I. O. P. Basil. 1618 , on trouve :

GATALOGUS

Libri quatuor deVita long a.

Liber de Sanitate et Ægritudine.

Liber de duplici Anatomia.

Libriseptem de Gradibus et Compositionibus, etc. Liber de Magia.

Libri très de Morbo gallico germanici obscure scripti.

Liber depodagra.

Libri Germanici de duplici medicina.

Liber Chirurgiœ majoris .

Liber Chirurgiœ minoris.

Libri Germanici de Imposturis chirurgirum . Labyrinthus medicorum errantium.

Liber de Tartaro, duplici editione ab autore recognitus, cum defensionibus septem.

Archidoxa Parrhisia , alias paragrapha.

Liber de Humana Generatione.

Prognosticon XXI1IJ annorum.

Libellus de Cometavisa in Helvetia anno 1531. Liber de Peste.

Charta édita Basiliœ anno 1527.

De nova Methoda medendi.

Liber de A qua realgaris et mercurij .

Théologien opéra nondum publicata.

Ad abbatem D. Galli : inter quœ,

Dlarium supra revelationem D. Joannis.

Opus Paramyrum.

Herbarius.

Tractatus philosophiez ad Athenienses.

Libr i duo de Causa et Origine morborum.

Item de Morbis invisibilibus.

Plures tractatus de morbo Caduco , de Cholica, de Rabie, de Hydropisi, etc.

Libri de Thermîs.

Liber de Modo pharmacandi.

SUMMATIM

In philosophia libri 230.

In Medicina libri 46 ■

De Repub lica libri 12.

In Mathematicis libri 7.

Theophrastia, volumen continens opéra tria divisa in 66 libros, de rebus abstrusis.

Opus 1 Archidoxa (Vertus des choses).

Opus 11 Paraserchus (Le Bien éternel).

Opus 111 Carboantes (Transmutations alchimiques).

...L’on trouvera dans les chapitres suivants la plupart des théories de Paracelse développées et enjolivées par ses successeurs. C’est pourquoi nous n’insistons pas ici.

Traité des Forces de l’Aimant de Paracelse (I)

J'ai déjà dit que , grâce à une admirable vertu, l'aimant attirait le fer et l'acier. Cela est évident, et les médecins le confessent. Mais, ne peut-on rechercher si l'aimant n’a pas (T autres vertus ?

Moi , je dis que l'aimant est une pierre qui attire non seulement le fer et l'acier, mais encore les causes de toutes les maladies du corps. Les vieux docteurs qui ont écrit tant de bêtises sur les quatre humeurs ont singulièrement mal servi la médecine. Car, connaître les quatre humeurs est bien difficile. L’expérience prouve que l’aimant attire à lui toutes les maladies matérielles, qu'il les change de place. Parmi les maladies matérielles il faut citer : le flux des femmes, et toute maladie qui , partant d'un point pour s’étendre autour, peut se replier sur ce point, comme la sève qui, partant des racines, monte dans les branches, et peut redescendre dans la racine.

Je vais dire comment il faut placer l’aimant : il faut le

(1) Première traduction française. A la vérité, ce traité ne présente rien de remarquable, surtout rien de scientifique ; mais, c’est lui que copient et qu’invoquent nos modernes charlatans, et nous le donnons à ce titre. Ceux-ci s’intitulent « magnétiseurs s alors qu’ils ne sont qu’ « hypnotiseurs », ignorant que le Magnétisme étudie l’influence de la Terre sur l’Homme et l'Hypnotisme celle de l’Homme sur l’Homme.

placer sur le point d'où sort la maladie. Voici un exemple : pour guérir une perte rouge ou blanche il faut placer l'aimant au centre, c'est-à-dire sur le point d' où part le mal. De même pour la diarrhée. Grâce à l' attraction, le mal est entravé, les superfluités sont arrêtées au point de départ, d'où il est facile, ensuite, de les chasser par un émonctoire convenable. Mais, le malade n'est pas guéri parce que le flux est arrêté ;ü ne le sera que lorsque le mal aura été digéré en son centre. 1 ouïe fois, il faut veiller à ce que la colique ne soit pas suivie de constipation : car, lorsque la mauvaise matière est arrêtée dans son lieu de naissance il est nécessaire quelle y soit digérée, et quelle en soit chassée convenablement.

Selon moi, le trésor de la médecine consiste à forcer le mal à rester à sa place, se dissoudre dans ce lieu, l'empêcher d'aller autre part. De cette façon, le mal, quel qu'il soit, est guéri naturellement, et non sur naturellement . C’est une honte pour le médecin de ne pas savoir arrêter les maladies dans leurs lieux, les y mûrir et les en chasser lorsqu'elles sont à point. Il faut noter que par ce moyen on peut arrêter l'hydropisie dans son lieu et l'en chasser naturellement. Grâce à l'aimant la hernie et les vieux ulcères sont arrêtés dans leurs lieux, et, ensuite, chassés par l' émonctoire convenable.

Pour se servir de l'aimant il faut savoir qu'il a un dos et un ventre, qu'il repousse et qu'il attire. Voici comment il faut procéder pour arrêter les pertes des femmes dans leurs lieux : il faut placer le dos de l'aimant à la fin de la ligne et son ventre au commencement. Ce procédé sert, non seulement pour les pertes rouges ou blanches des menstrues,

mais encore pour toutes les autres pertes analogues. Grâce à ce procédé les pertes sont arrêtées dans leur centre ; il ny aura plus, ensuite , quà user des remèdes qui font mûrir et digérer. Ainsi, l'estomac qui ne garde pas les aliments, qui les rejette crus doit être contraint de les garder jusqu'à ce qu'ils soient digérés.

De même, dans la suffocation de l'utérus, l'utérus doit être ramené en son centre : pour cela, il faut appliquer à sa base le ventre de l'aimant en le faisant regarder en l'air, et à son sommet le dos de l'aimant ; grâce à ce moyen l'utérus reste en son centre, et ne monte plus. Il ny a plus qu'à le soigner par les remèdes convenant à la matrice , tels que mica nigra, corallorum perlae.

De même, il faut savoir que le mal caduc, c'est-à-dire l'épilepsie, tend toujours à monter vers le sommet de la tête. Il faut poser sur la tête l'aimant le ventre en bas, le dos en haut, et ensuite le tirer vers le bas. Grâce à ce procédé, le mal redescend de la tête au centre.

On se sert du même moyen pour faire disparaître le spasme : lorsqu'il est amené à son centre, on fait une onction d'huile de sel. Pour le tétanos, il faut procéder avec le dos de L'aimant. Ce moyen est surtout efficace pour le spasme des femmes enceintes.

Les anciens médecins étaient des andouilles (sic) avec les remèdes qu'ils indiquaient pour les écoulements , avec leurs émonctoires, leurs clystères et leurs purgations. Le meilleur remède contre l' écoulement c'est l'aimant : si sur le centre d'un écoulement on place, d'abord, le dos de l'aimant, ensuite, son ventre, l'écoulement retourne à son centre ou l’on ri a plus quà le m ûrir et digérer.

Vous ne le ferez pas disparaître par les purges ; chassé par la purge l'écoulement n'est pas mûri , et le mal augmente. Il faut qu'il mûrisse dans son lieu de naissance avant d'en être chassé . Cette maturité se produit grâce a Z’Esse Essentisicatum. Par ce moyen sont guéris ulcères ■ cancer, fistules et autres maux semblables.

Il en est de même pour arrêter le sang : il faut arrêter l'écoulement du sang en son centre. Le ventre de l'aimant sert à faire disparaître I écoulement , et le dos a l'empêcher de revenir. Il ne reste plus, ensuite, qu'à user des remèdes faisant perdre au sang sa fureur et son ébullition ; le sang refroidi, le mal cesse. Il faut employer le même processus pour les hémorroïdes .

L'aimant resserre aussi les ruptures, quel que soit l'âge du malade ; il guérit, encore, la jaunisse. Le moyen consiste toujours à attirer, refouler, faire digérer dans le centre (1).

(1) Il ne manque que le prix de l’aimant pour que le prospectus soit complet !

L’Homuncule. La Génération spontanée

Le Verbe se fait chair. Les hermétistes disaient : La chair se fait Verbe.

Lisez celte recette de Paracelse :

« 11 ne faut pas renoncer à la création de l’homuncule : il y a quelque vérité là-dedans, bien que pendant fort longtemps elle fût regardée comme très occu’te et très secrète; longuement les anciens philosophes discutèrent s’il était possible d'engendrer un homme en dehors du corps de la femme. A quoi je réponds que cela ne répugne nullement à l’art spagyrique et à la nature, bien plus, que cela est très possible. Pour y parvenir on procède ainsi : on concentre dans un alambic une suffisante quantité de sperme d’homme, on le scelle, et on le met à la plus haute température du ventre du cheval pendant quarante jours ou aussi longtemps qu'il le faut pour que ce sperme commence à vivre et se meuve, ce que l’on voit facilement. Il devient semblable à un homme, tout en demeurant transparent et comme sans substance. Si, ensuite, chaque jour, en secret, avec précaution, il est nourri de sang humain et maintenu pendant quarante semaines à la température constante du ventre du cheval, il devient un

véritable enfant vivant, ayant tous les membres de la progéniture d’une femme, mais beaucoup plus petit. C’est ce que nous appelons V homuncule . Il doit être élevé avec grands soins jusqu’à ce qu’il commence à raisonner et comprendre... »

Christian indique une autre méthode : « Prenez un œuf de poule noire, et faites-en sortir une quantité de glaire égale au volume d’une grosse fève. Remplacez cette glaire par du sperme d'homme, et bouchez la fente de l’œuf en y appliquant un peu de parchemin vierge légèrement humecté. Mettez, ensuite, votre œuf dans une couche de fumier le premier jour de la lune de mars, que vous connaîtrez par la table des Epactes. Après trente jours d’incubation il sortira de l’œuf un petit monstre ayant quelques apparences de forme humaine. Vous le tiendrez caché dans un lieu secret, et le nourrirez avec de la graine d’aspic et des vers de terre. Aussi longtemps qu’il vivra vous serez heureux en tout ».

Encore une citation. Celle-ci extraite d’un livre de comptabilité et notes pour mon gracieux seigneur, le comte J .-F. de Kueffstein, commencé avec l'aide de Dieu en Van i et terminé avec l'aide de Dieu en Van... vraisemblablement 1^82, par Joseph Kamrnerer .

Le comte Jean-Ferdinand de Kueffstein, chambellan royal, appartenait à une des plus anciennes familles nobles de l’Autriche, Joseph Katümefer était son intendant.

La scène se passe dans un couvent de Carmélites de Calabre. Personnages : Kammerer, le Comte et son ami l’Abbé Géloni. Ils travaillent au Grand Œuvre, et arrivent à créer dix esprits, un roi, une reine, un chevalier, un moine, un architecte, un mineur, un séraphin, une nonne, un esprit bleu et un esprit rouge.

Les huit premiers esprits furent aussitôt « au fur et à mesure que l’Abbé et Kueffstein les eurent retirés successivement du matras avec des petites pinces en argent » renfermés dans des récipients de verre d’une contenance d’environ deux litres « tels qu’on en emploie pour conserver la marmelade ». Ces récipients un peu plus allongés et un peu plus élevés que ces derniers, mais beaucoup plus épais afin de pouvoir résister à un choc furent remplis d’eau pure « peut-être bien d’eau bénite, Dieu me pardonne, ensuite on les lia dans une vessie de bœuf humectée que l’abbé commença par bénir, puis qu’il mouilla et toucha du doigt. On y apposa, alors, un grand cachet afin que les esprits, au cas où ils se montreraient récalcitrants, ne pussent s’échapper ».

Pendant une nuit du plein été, les huit esprits furent portés dans le jardin du couvent par les deux adeptes, Kammerer et un frère lai « avec d infinies précautions afin que les autres moines du couvent ne s’aperçussent de rien , Pour cette expédition chacun d’eux avait pris avec lui deux récipients afin que l’alfaire pût être terminée d’un seul coup et

qu’on ne remarquât rien pendant la nuit de ces allées et venues. Là, on les enterra dans deux charretées de fumier de mulet que l’abbé avait fait amener de la ville afin que les esprits y pussent croîlre et mûrir » .

Le jardinier du couvent que l’on avait apparemment mis dans le secret devait arroser, chaque jour, le fumier avec une liqueur que les deux adeptes « avaient préparée dans le laboratoir e au prix de grands soins et de grandes peines ».

Après avoir été arrosé de cette liqueur le fumier commença à entrer en fermentation et à émettredes vapeurs, comme s’il eût été chauffé par un feu souterrain. Tous les trois jours au moius, le Comte et j’Abbé, quand tout reposait dans le cloître, se rendaient au jardin pour prier avec ferveur auprès du fumier et l’encensaient, chose qui était pour Kammerer un sujet d’aversion religieuse et de crainte tout à la fois parce qu’il prétendait avoir parfois entendu les esprits enterrés dans le fumier crier et siffler comme des souris affamées, et en être d’angoisse tombé en épilepsie

Au bout de quatre semaines, les huit esprits furent tirés du fumier au milieu de cérémonies religieuses de toutes sortes et portés au laboratoire où ils séchèrent dans un bain de sable chaud. Ils avaient grandi, les esprits masculins avaient des barbes. On leur donna comme nourriture, tous les trois à quatre jours, gros comme un pois d’une préparation de couleur rosée. En outre, l’eau des réci-

pients était remplacée au moins tous les huit jours, et cet échange d’eau devait se faire aussi vite que possible parce que pendant ce temps-là les esprits gisaient comme morts !

Le moine mourut accidentellement, son récipient s’étant brisé. 11 mourut « après avoir à plusieurs reprises et au prix de grands efforts cherché à inspirer de l’air et en roulant d’une manière affreuse ses petits yeux ». Le petit cadavre fut enterré de nuit dans le jardin de la maison du Comte, à environ trois pieds de profondeur sous un acacia, et enfermé dans un cercueil de carton noir, à l’occasion de quoi « le généreux seigneur avait de chagrin et de douleur de la perte de son cher moine pleuré et sangloté comme un enfant ».

Pour remplir le vide causé par la mort de son a cher moine », Kueffstein se résolut à engendrer dans son laboratoire un esprit destiné à le remplacer.

Et trouvant que la nonne représentait suffisamment l’état ecclésiastique et suffisait pour répondre aux questions relatives à cet état, il voulut avoir un amiral qui donnerait des renseignements sur ce qui se passe au sein des eaux du globe terrestre. De nouveau on vit rougir les fourneaux comme au couvent, de nouveau la cuisine mijota quatre longues semaines durant dans les matras et les cornues, mais cette fois le petit forceps d’argent n’amena qu’un petit être tout à fait chétif, pas plus gros « qu’une jeune sangsue qui, après quelques convul-

sions, creva misérablement ». Les deux amis, inconsolables de leur échec, brûlèrent « cette charogne » et en dispersèrent les cendres aux quatre vents afin qu on ne pût en faire un mauvais usage. Kammerer estime que, lors de l’expérience, Kneffstein aura dû oublier « quelque chose d’important ».

Quant à la fuite du roi, voici comment elle arriva : un matin que Kapamerer était entré dans le cabinet pour épousseter avec un éventail à plumes les récipients contenant les esprits et qui étaient rangés sur une tablette, il trouva, à sa grande terreur, le récipient du roi vide, à l’exception, toutefois, de 1 eau qu’il renfermait, mais il aperçut le roi évadé penché sur le haut du récipient de la reine et ricanant d’un air méchant. Poussé évidemment par une impulsion amoureuse, il était en train de gratter avec ses griffes le cachet et de percer la vessie de bœuf pour entrer dans le récipient de la reine. Aux cris épouvantables de Kammerer, le comte Kueffstein arriva en toute hâte, vêtu de sa robe de chambre, et alors commença de la part de ces deux hommes une folle chasse à courre à la poursuite du petit déserteur fantastique qui « sautait d’un meuble sur un autre comme un écureuil et braillait comme Satan », jusqu’au moment où, hors d’haleine, manquant de son élément accoutumé, il s'affaissa!!

... Ça paraît fort !

Mais, les occultistes ne prétendent-ils pas que 1 air est criblé de larves, c est-à-dire de principes

vitaux inconscients, d’instincts génitaux flottants, au hasard, à la recherche d’une forme, d’un moüle dans lequel s'objectiver, et ils citent cette expérience que nous rapportons, sans commentaires :

Dans un troupeau d’oies prendre celle qui paraît la plus calme, la plus saine, la faire examiner par un vétérinaire ; puis, la battre, la mettre en colère ; examiner, alors, sa bave : on y trouve le microbe de la rage ! L’oie a fourni à une larve un moule, et un microbe a été créé, le microbe de la rage. . .

Est-ce la génération spontanée ?

La larve, selon le moule qu’elle rencontre, devient microbe, végétal, ferment, animal, minéral... D’où il résulterait que ce ne sont pas les maladies qui vont à l’homme, mais bien que c'est l’homme qui va aux maladies que lui désignent son tempérament, sa conformation.

... D'autres se sont demandé si la femme pouvait concevoir sans le secours de l’homme.

Voici un document authentique (13 février 1537) :

Arrêt notable de la Cour du Parlement de Grenoble, donné au profit d’une demoiselle, sur la naissance d’un sien fils, arrioée quatre ans après l’absence de son mari, et sans aooir eu connaissance d’aucun homme suioant un rapport fait en ladite Cour par plusieurs médecins de Montpellier , sages-femmes, matrones et plusieurs autres personnes de qualité conoenable.

Entre Adrien de Monlléon, Seigneur de la Forge, et Charles de Montléon, Ecuyer , Seigneur

de Bourglemont, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, Appelions et Demandeurs en requête du 26 octobre, tendante à ce qu'il fût dit que l'enfant duquel était alors enceinte Magdeleine d' Auvermont, épouse de Jérôme de Montle °n. Seigneur d' Aiguemère, fût déclaré fils illégitime d icelui. Seigneur son mari, et qu'en ce faisant lesdits Appelons et Demandeurs seraient déclarés seuls héritiers et habiles à succéder audit sieur d' Aiguemère, d'une part ; et ladite Magdeleine d' Auvermont, Intimée et Défenderesse à l'intervention de ladite requête, d'autre part , et encore Claude d' Auvermont, Ecuyer, Seigneur de Marsaigne , tuteur d'Emmanuel, jeune enfant depuis ne, et ladite d' Auvermont sa mère, intervenant avec maitre Gilbert Malmont, avocat ën cette cour, élu pour subrogé tuteur et curateur audit Emmanuel, d’autre part ;

Vu les Pièces de productions et sentence dont est appel, les requêtes desdits de la Forge et Bourglemont , contenant, entre autre choses, quilya plus de quatre ans que ledit seigneur d’ Aiguemère n'a connu charnellement ladite dame Magdeleine d'Auvermont son épouse, ayant icelui Sieur son mari, en qualité de capitaine de chevau-légers, servi au régiment de Cressensault ; Défenses de ladite dame d' Auvermont, au bas desquelles est son affirmation faite en justice, soutenant quencore que véritablement ledit sieur d A iguemère nait été de retour d’Allemagne, et

ne l'ait vue ni connue charnellement depuis quatre ans , néanmoins que la vérité est telle que ladite dame d'Auvermont, s'étant imaginé en songe la personne et l'attouchement dudit sieur d' Aiguemère son mari, elle reçut les mêmes sentiments de conception et de grossesse qu'elle eût pu recevoir en sa présence, affirmant, depuis l'absence de son mari pendant les quatre ans, n’avoir eu aucune compagnie d'hommes, et n ayant pourtant pas laissé de concevoir le dit Emmanuel ; ce qu'elle croit être advenu par la seule force de son imagination, et partant demande réparation d'honneur avec dépens, dommages et intérêts ;

Vu encore l'information en laquelle ont déposé dame Elisabeth d' Ailbericlie , épouse du Sieur Louis de Pontrinal, Sieur de Boulogne ; dame Louise de Nacard, épouse de Charles d' Albret, Ecuyer, sieur de Vinage ; Marie de Salles, veuve de Louis Grandsault, par la déposition desquelles il résulte qu'au temps ordinaire de la conception, avant la naissance dudit Emmanuel, ladite dame d' Auver mont, épouse du sieur d' Aiguemère, leur déclara qu'elle avait eu lesdits sentiments et signes de grossesse sans avoir eu compagnie d'hommes, mais après l'effort d'une forte imagination de l'attouchement de son mari qu’elle s'était formée en songe ; ladite déposition contenant, en outre, que tel accident peut arriver aux femmes , et qu'en elles-mêmes telles choses leur

sont avenues , et quelles ont conçu des enfants dont elles sont heureusement accouchées , lesquels provenaient de certaines conjonctions imaginaires avec leurs maris absents, et non de véritable copulation ;

Vu l' attestation de Ouillemetle Garnier, Louise d'Artault, Perrette Chauffage et Marie Laimant, matrones et sages-femmes, contenant leurs avis et raisons sur le fait que dessus, et dont est question, lecture faite aussi du certificat et attestation de Denis Sardine, Pierre Meraupe, Jacques Gaffié, Jérôme de Révisin, et Eléonor de Belleval, médecins en V Université de Montpellier-, informations faites à la requête du Procureur général-.

Tout considéré, la Cour ayant égard aux affirmations, certificats et attestations desdites femmes et Médecins dénommés a débouté et déboute lesdits de la Forge ét Bourglemont de leur requête, ordonne que ledit Emmanuel est et sera déclaré fils légitime, vrai héritier dudit seigneur d' Aiguemère ; et, en ce faisant, ladite Cour a condamné lesdits Sieurs de la Forge et Bourglemont à tenir ladite d' Auver mont pour femme de bien et d'honneur dont ils lui donneront acte, après la signification du présent arrêt, nonobstant l'absence du Sieur d' Aiguemère, ni autre chose proposée au contraire par lesdits Sieurs de la Forge et Bourglemont, dont ils sont déboutés, sans dépens des causes principales et d'appel, attendu

les qualités des parties. Fait en Parlement le 13 février 1 537 .

. . . Quoi d’étonnant ? Nous lisons bien dans un mémoire d’un M. Gastot, membre de l’Académie de Bordeaux :

a II s’agit d’un Kyste ou enveloppe membraneuse renfermant un paquet de cheveux déjà assez longs trouvé comme adhérent à l’ovaire d’une femme, ou plutôt n’y tenant plus que par une espèce de sinus ou ramification, au moyen duquel il en tirait sa nourriture. Le Kyste semble avec raison être un reste de fœtus formé dans l’ovaire, et qui, après avoir pris une vraie forme (puisque la tête était pourvue de cheveux), est venu à avorter par quelque cause accidentelle inconnue.

« Effectivement, cette observation doit servir de preuve à la conjecture particulière de M. deBuffon, que l’on doit uniquement attribuera la liqueur séminale delà femme tous les corps singuliers qui se trouvent dans les ovaires, ensorteque cette liqueur a la vertu et l'efficacité de produire d’elle seule des os et même des masses de chair, sans pouvoir néanmoins produire un corps complet et parfaitement organisé que par le concours de l’homme.

« N’était-il pas plus simple, en voyant un reste de fœtus encore adhérent à l’ovaire, d’en tirer l’induction que la femme peut, par elle-même, donner naissance à un corps complet ? Mais comme cet aveu aurait trop favorisé le système de la génération so-

litaire, M. de Buffon a invoqué l’admission du concours de l’homme comme seul capable de donner la perfection d’existence, la respiration et la vie ».

... Autre extrait, celui-ci d’un rapport paru dansle Journal des Débats et lois du pouvoir législatif et des actes du pouvoir exécutif.

M. Dupuytren , chef des travaux anatomiques de’ l’Ecole de médecine, a fait à la Société un rapport: sur le fœtus trouvé dans le ventre du jeune Bissieu,, de Yerneuil (département de l’Eure).

« Amédée Bissieu s’était plaint, dès qu’il avait pui balbutier, d’une douleur au côté gauche : ce côté s’était élevé et avait présenté une tumeur dès les; premières années de sa vie. Cependant, ces symptômes avaient persisté sans empêcher le développement physique et moral de cet enfant, et ce n’est qu’à l’âge de treize ans que la fièvre le saisit tout à coup. Dès lors, sa tumeur devint volumineuse et très douloureuse. Au bout de trois mois, une sorte de phtisie pulmonaire se manifesta. Peu de temps après, le malade rendit par les selles un peloton de poils, et, au bout de six semaines, il mourut dans un état de consomption des plus avancés.

« A l'ouverture de son corps on trouva dans une poche adossée au côlon transverse, et communiquant alors avec lui, quelques pelotons de poils et une masse organisée ayant plusieurs traits de ressemblance avec un fœtus humain. Ce premier point tabli, il était de la plus haute importance de déter-

miner la position de la masse organisée et le lieu où elle s'était développée. L’examen des pièces remises à la Société par M. Blanche, chirurgien à Rouen, ne laisse aucun doute qu’elle ne fût renfermée dans un Kyste situé dans le mésocôlon transverse, au voisinage de l'intestin côlon et hors des voies de la digestion. A la vérité, ce Kyste communiquait avec l'intestin ; mais cette communication était récente et en quelque sorte accidentelle.

« La dissection de cette masse, faite avec un soin extraordinaire, y a fait découvrir la trace de quelques organes des sens, un cerveau, une moelle épinière, des nerfs très volumineux, des muscles dégénérés et une sorte de matière fibreuse, un squelette composé d’une colonne vertébrale, d’une tête, d’un bassin et de l’ébauche de presque tous les membres. L’existence de ces organes suffit certainement pour établir l’individualité de cette masse organisée, quoique d’ailleurs elle fût dépourvue des organes de la digestion, de la respiration, de la sécrétion des urines et de la génération ; seulement, l’absence d’un grand nombre d’organes nécessaires à l’entretien de la vie doit la faire regarder comme un de ces fœtus monstrueux destinés à périr au moment de leur naissance.

a Ce fœtus étant hors du canal alimentaire, on ne pouvait pas admettre qu’il eût été introduit dans le corps du jeune Bissieu après sa naissance. Le sexe du jeune Bissieu bien constaté par MM. Delzeuze et Brouard sur l’invitation de M. le Préfet de l’Eure

ne permettait d'ailleurs ni de penser qu’il eût été1 fécondé, ni qu'il eût pu se féconder lui-même.

« Les faits qui servent de base au rapport conduisaient naturellement à des idées différentes de celles-là : 1 indisposition à laquelle le jeune Bissieui était sujet depuis son enfance ; la nature des symptômes qui la caractérisaient ; ceux de la maladie quii lui a succédé immédiatement, et les faits découverts à l’ouverture du corps sont tellement liés qu’il est impossible de ne pas voir entre eux une dépendance nécessaire, et de ne pas admettre que ce jeune infortuné a porté en naissant la cause de la maladie à laquelle il a succombé au bout de quatorze ans seulement.

« Mais en admettant que ce fœtus soit contemporain de l’individu auquel il était attaché, il reste toujours une grande dilliculté à lever celle de sa situation dans le mésocôlon trans verse... Il n est pas rare de voir des jumeaux naître accolés par le dos, etc... Une compression plus ou moins forte exercée par les organes de la mère sur des embryons extrêmement mous peut produire ces monstruosités ; dans d’autres cas, les jumeaux sont tellement identifiés que les organes sont communs et servent à la fois à la vie des deux. Dans le premier cas, la cause est mécanique ; dans le second, c’est un vice d organisation des germes... Dans le cas du jeune Bissieu, ou bien des deux germes d’abord isolés l’un a pénétré l’autre par l’effet de quelque action mécanique, ou bien, par une disposition primitive dont

Userait aussi difficile de rendre raison que de tout ce qui a trait à la génération, ils se sont trouvés entre eux dans les rapports où on les a vus par la suite.

« ... Ce fœtus a été nourri aussi longtemps qu’a duré la vie de celui qu’on doit regarder comme son frère ; l’absence de toute essence d’altération putride dans son corps, et la perméabilité de ses organes de la circulation ne laissaient aucun doute à cet égard ; le défaut des organes de la digestion ne fournit point une objection contre la vie dece fœtus, puisque ces organes, simplement nourris dans les fœtus ordinaires, n’exercent leurs fonctions qu’après leur naissance. Mais 'cette vie a dû se composer d’un très petit nombre de fonctions, à cause de la structure particulière de ce fœtus ; les seuls organes de la circulation exerçaient chez lui une action nécessaire à la vie de tous les autres ; ils prenaient et donnaient nécessairement le sang du mésocôlon au fœtus et le sang du fœtus au mésocôlon.

« La Société de l’Ecole de Médecine a arrêté que le rapport serait inséré en entier dans le premier volume de ses œuvres, ainsi que les dessins faits sur toutes les parties du corps du fœtus par MM. Cuvier et Jadelot ».

. . . Que faut-il retenir de tout cela ?

Riende précis, soit. Beaucoup de fantaisie etd’exagération. Peut-être quelque chose de sérieux... Pourquoi pas ? Toute une religion ne s’est-elle pas élevée sur un tel miracle ? La nature ne fait pas de sauts, je veux bien. Mais, elle commet des irrégu-

larités, elle se trompe, elle engendre des monstres. Dès sa naissance l’homme a voulu singer Dieu. Aujourd’hui plus que jamais la science officielle cherche à créer la vie. Elle commence à reconnaître que tout vit, les minéraux, les pierres comme les végétaux et les animaux, que tout radie, que tout est radio actif, meurt et renaît sans cesse, se dissocie et se reconstitue sans cesse, exhalant des effluves doués de propriétés caloriques, électriques, lumineuses, etc. Elle s'efforce de surprendre la vie dans ses manifestations les plus secrètes, de l’extraire sous forme de quintessence, d’alcaloïde des minéraux, des végétaux, des animaux.

Déjà, pour Brown-Séquard et Metchkinoff la vieillesse n’existe plus, ils reculent la mort. La théorie de la cellule s'effondre, on démontre qu’elle n’a pas besoin d’être complète pour exister, que ses trois éléments, jadis réputés nécessaires les uns aux autres, peuvent parfaitement vivre séparés.

L’on greffe les unes sur les autres des espèces fort différentes, les chirurgiens changent l’épiderme, régénèrent les organes. L’ancienne chimie inorganique disparaît, l’on ne connaît plus qu’une chimie, la chimie organique.

Les vieilles théories réapparaissent.

Tenez, lisez cette recette pour prolonger la vie et ses plaisirs (sic) :

« Après avoir lié le plexus veineux testiculaire d’uu chien vigoureux âgé de deux à trois ans, faire l’ablation d’un des testicules ; couper en petits mor-

ceaux la totalité de cet organe avec une grande partie du vaisseau déférent, puis jeter tous lesmorceaux dans un mortier en y ajoutant un peu d’eau, Ensuite, procéder au broiement, à l’écrasement de ces parties de manière à en extraire autant de jus que possible. Après une nouvelle addition d’eau, verser tout le liquide obtenu et les portions de glande sur un filtre en papier. La filtration s’effectue lentement, et l’on recueille 4 cm. 1/2 d’un liquide peu transparent et teinté de rose. Injecter sous la peau ce liquide dilué (1 cc. environ). Au bout de quelques jours, les forces physiques et intellectuelles reprennent leur plénitude, s’accroissent même chez les sujets épuisés, malades, anémiés, atteints d’impuissance ».

D’où est extraite cette recette ? D’un grimoire ? Du Grand Albert? Non! Elle estde Browu-Séquard, elle est toute récente !

Ne soyons pas trop sévère... En 1886, Tichomiroff plaça 36 œufs de ver à soie non fécondés dans l'acide sulfurique concentré pendant deux minutes, et les lava : quatre jours après, treize de ces œufs changeaient de couleur ; deux jours après, on apercevait un embryon d’aspect normal. L’acide avait donc suffi à féconder les œufs.

En 1896, un Allemand plonge des œufs d’oursin, pendant trente minutes, dans l'eau de mer additionnée de strychnine ; les œufs se développent.

Bientôt, d’autres savants trouvent que le chloroforme, la benzine, le sel de cuisine, etc,, etc., pro-

düisent la même réaction fécondante. Un professeur à la Faculté de Dijon, M. Bataillon, affirme qu’il développe des œufs de grenouille non fécondés en les piquant avec un stylet de fer ou de platine. L’Américain Jacques Lœb, Yves Delage, etc. ont obtenu des résultats identiques. Moins ambitieux, M. Brachet, de Bruxelles, a sacrifié des lapines entre le cinquième et le septième jours suivant leur fécondation, il en a extrait les œufs et les a placés dans du plasma sanguin de lapin (mâle ou femelle) : ces œufs ont continué de vivre ; en moins de quarantehuit heures ils ont doublé de volume, des rudiments de placenta se sont formés; le changement de milieu n a donc point modifié le déterminisme de l’œuf.

...Quant à obtenir fille ou garçon àvolonté, nombre de médecins en ont enseigné et enseignent le moyen. La plupart des sages-femmes aussi.

Eu 1830, Millot disait :

« L’observation m’a prouvé que l’ovaire droit fournit constamment le sexe masculin, donc que cet ovaire à élaboré des atomes nécessaires à cette production, tandis que 1 ovaire gauche fournit constamment le sexe femelle. Pour procréer à volonté, il suffit donc d’une inclinaison moyenne sur le côté que l’on veut féconder ».

Guillon aftirmait, aussi, que l’ovaire droit fournissait constamment le sexe masculin, et l’ovaire gauche le sexe féminin.

Pour Lowenhard la susceptibilité de la nature augmente et diminue selon les phases de la lune.

« La plupart des femmes sont réglées à l’époque de la pleine lune, cela va diminuant jusqu’au douzième ou quatorzième jour après la pleine lune. Selon que l’accouchement d’un enfant à terme a lieu pendant la lune croissante ou décroissante, la nature acquiert la propriété de produire dans la conception suivante un germe mâle ou femelle. L’accouchement pendant la lune croissante fait que le fœtus de la grossesse suivante sera du sexe masculin ; au contraire, si la femme accouche pendant que la lune décroît elle fera une fille dans son prochain accouchement ».

« Je crois, dit Guiard, qu’un rapport fécondant pratiqué trois ou quatre jours avant les époques produit normalement une fille, et, trois ou quatre jours après, un garçon. Quels que soient les points secondaires au sujet desquels nous l’estions dans l’ignorance, je n’en considérerais pas moins le problème comme résolu dans sa partie fondamentale si des faits assez nombreux nous donnaient l’entière certitude que dans l’immense majorité des cas on obtient à volonté garçon ou fille quand on observe les conditions ci-dessus énoncées » .

Thury conseille de faire saillir au commencement de l’époque de chaleur pour avoir des femelles, et à la fin pour avoir des mâles.

« Chez la femme, dit Furst, la conception pendant l’anémie postmenstruelle a pour conséquence, dans un nombre extraordinaire de cas, la procréation d’un garçon ».

Pour Nicolopoulos la première ovulation sera femelle si le dernier enfant est un mâle, et mâle si le dernier produit a été une fille. Tous les mois pairs après les couches l’enfant sera du même sexe; les mois impairs du sexe opposé.

Schenck (1901) pose ce principe :

Plus le sang des procréateurs est riche en globules, plus Je sexe tend à la masculinité ; ou, encore, plus le chiffre des globules rouges s’élève dans le sang de la femme et se rapproche du quotient accusé par le sang de l’homme, plus le concept a des chances d'être mâle.

Il en résulte que si l’on n’institue pas un régime spécial chez les futures mères en leur donnant des aliments azotés en grande quantité avant la conception et en continuant pendant les cinq premiers mois de la grossesse, la mère donnera naissance à une fille.

Arrivons à la loi « du plus faible générateur ». On peut l’énoncer ainsi ;

L’être le plus faible au moment de la fécondation donne son sexe au produit de conception.

La mère fécondée prémenstruellement ou dans l’aménorrhée, la femme épuisée ou malade donnera naissance à une fille.

Le père plus âgé, saturnin, tuberculeux ou alcoolique, l’homme fatigué, surmené engendreront un garçon.

Le parent le plus âgé donne son sexe au produit de conception.

Cette loi suppose donc que l’ovule n’a pas par lui-même de sexe défini.

« Qu’il me soit permis, dit Boissard (1903), d'élever le débat et de porter la question sur un terrain plus général en faisant une excursion dans le domaine physiologique ; l’ovule jeune, au début de sa maturité, est une cellule incomplète, imparfaite, puisqu'elle n’a pas acquis tout son développement, quelle n’a pas parcouru son cycle.

« C’est pourquoi cet ovule, cette cellule encore imparfaite, lorsqu’il y a fécondation, donnera naissance à un être faible, inférieur, c’est-à-dire à un produit féminin, à petit squelette, petits muscles, petit cerveau; c’est là, croyons-nous, une démonstration anatomo-physiologique de la débilité de la femme qui, provenant d’une cellule à développement inachevé, doit se présenter comme un être qui n’est pas fini ».

« L’ovaire et le testicule, enseigne Delbœuf, se sont réservé le privilège de l’immortalité, jetant indéfiniment dans la vie les produits appelés à se développer et à reproduire le type des parents . Mais, entre l’excréteur et l’excrété il y a une opposition de nature, sans quoi l’excrétion resterait inexplicable. La génération est le phénomène inverse de la copulation. Par conséquent, si nous disons de l’ovaire qu’il est femelle et du testicule qu’il est mâle, nous affirmons que les produits du premier sont des mâles, et ceux du second des femelles ; ce qui veut dire, en d’autres ter-

mes, que la femelle est un mâlier et le mâle un femellier ».

Selon Richarz, le sexe mâle est un degré d’évolution plus avancé que le sexe femelle, et tout œuf produit un mâle quand sa force reproductrice est à son maximum et qu’il arrive à son complet développement ; il produit une femelle dans le cas contraire .

. . . Les avis diffèrent ! Heureusement. . . Car, si les causes qui procèdent à la détermination des sexes nous étaient familières, les contingences humaines actuelles seraient totalement détruites, et des luttes affreuses pour le maintien de l’espèce bouleverseraient notre monde.

Et, pourtant, chaque jour nous rapproche du but : M. Stéphane Leduc, Professeur à l’Ecole de Médecine de Nantes, constitue des grains avec une partie de sucre, une ou deux parties de sulfate de cuivre ; en les semant dans un liquide à 40° formé de 100 parties d'eau, 10 à 20 parties d’une solution de gélatine à 10 %, 5 à 10 parties d’une solution saturée de ferrocyanure de potassium, et 5 à 10 parties d’une solution saturée de chlorure de sodium il obtient des croissances osmotiques de très grandes dimensions.

Par suite de la solidification de la gélatine ces croissances sont stables et transportables.

M. Leduc obtient un tissu cellulaire ; chaque cellule a sa membrane d’enveloppe, son protoplasma, son noyau. Avec des solutions de chlorure

de sodium il obtient des tissus cellulaires entièrement liquides. Il produit à volonté toutes les formes cellulaires ; il obtient des cellules liquides à prolongements ciliaires, présentant le double courant d’osmose et le métabolisme moléculaire.

Par la dessication leurs mouvements s’arrêtent ; elles présentent ainsi l’image de la vie latente des graines et desrotifères, car leurs mouvements reparaissent lorsqu’on rend l’humidité nécessaire. Il a pu réaliser, par les forces physiques, les phénomènes de nutrition, d’organisation, de croissance.

Les granules de sulfate de cuivre et de sucre semés dans un liquide contenant du ferrocyanure de potassium, du chlorure de sodium ou un autre sel et de la gélatine s’entourent d’une membrane de ferrocyanure de cuivre perméable à l’eau et aux ions, mais presque complètement imperméable au sucre ; celui-ci produit à l’intérieur une forte pression osmotique qui appelle l’eau, et l’on voit la cellule germer, puis grandir ; elle émet des tiges qui poussent verticalement et peuvent atteindre jusqu’à 30 centimètres de hauteur ; parfois poussent des feuilles latérales ; les tiges portent des organes terminaux en forme de boules, de chapeaux, d’épines, de vrilles, de chatons . Le produit de la croissance qui a l’aspect d’une plante peut avoir plusieurs centaines de fois le volume de la graine initiale.

La substance pour grandir et grossir est empruntée au milieu de culture ; il y a donc nutrition par intussusception.

L’organisation est compliquée, puisque, en plus de la différenciation en rhizomes horizontaux, tiges verticales, feuilles et organes terminaux, il existe nécessairement un appareil circulatoire dans lequel la substance membranogène et le sucre s’élèvent jusqu’à 30 centimètres de hauteur.

Les croissances des cellules artificielles sont très sensibles à tous les excitants physiques et chimiques ; elles cicatrisent leurs blessures ; lorsqu’une tige est brisée avant l’achèvement de la croissance, les fragments se juxtaposent et se ressoudent, et la croissance recommence .

...Mais, l’Académie déclare que ces plantes sont à peine des précipités métalliques, qu’il leur manque une fonction : la reproduction.

Morale : le mulet n’est pas un animal, ce n’est qu’un précipité métallique. Dame ! il ne reproduit pas. . . Le mulet et d’autres animaux !

Dans les plantes minérales de M. Stéphane Leduc la croissance est d’autant plus rapide, les tiges d'autant moins ramifiées, d’autant plus droites et plus fines que les solutions dans lesquelles elles s’effectuent sont plus concentrées ; la croissance est d’autant plus lente, les tiges plus grosses, plus tordues et plus ramifiées que la solution-mère est plus étendue... Les organes terminaux des croissances osmotiques sont habituellement formés d’une fine peau, d’une pulpe colloïdale et d’un noyau, ils ont ainsi une constitution analogue à la plupart des fruits et plantes .

« Tous les traités de biologie générale, proteste M. Leduc, comparent les cristaux aux êtres vivants; les croissances osmotiques ont avec ceux-ci une bien plus grande analogie que les cristaux : analogie de forme, de structure, de fonction. Les formes des croissances osmotiques évoquent à première vue, immédiatement, les formes des végétaux, des algues, des champignons, des coquillages, des madrépores, des animaux inférieurs.

« Comme les êtres vivants, les croissances osmotiques sont formées de colonies de vésicules ou cellules séparées par des membranes osmotiques ; comme les êtres vivants, elles ont une circulation ; comme les êtres vivants, elles se nourrissent et s’accroissent par intussusception ; comme les êtres vivants, elles exercent une sélection sur les substances qui leur sont offertes, les modifiant avant de se les assimiler; comme les êtres vivants, elles éliminent une partie de leur substance dans le milieu où elles sont sensibles à toutes les actions intérieures qui influencent d’une façon remarquable leur développement et leurs formes. Elles sont donc bien plus rapprochées des êtres vivants que les cristaux ; et puisque la comparaison entre ces derniers est trouvée par tous légitime, il est légitime et scientifique d’admettre les croissances osmotiques entre les cristaux et les êtres vivants. . . »

Quelles autres objections ?

On a confondu la production de la vie avec la

synthèse de l’albumine. Mais, aujourd’hui, l’on fabrique de l’albumine inanimée, morte,

M. Leduc a prouvé qu’on arrivait à reproduire l’aspect physique de la matière vivante, le cloisonnement cellulaire — qui en est devenu un des caractères physiques remarquables.

Crollius et son Traité des Signatures La Médecine astrologique

Crollius résume la Kabbale.

La Kabbale enseigne, nous l’avons dit, que l’idée signe la chose, que la même idée imprime le même sceau sur l’homme, les animaux, les végétaux, les minéraux, que les choses portant le même sceau correspondent à la même idée.

Le signe indique donc ce qu’est la chose, pourquoi elle a été créée.

Toutes les écritures, tous les langages dérivent des signatures naturelles.

La chiromancie déchiffre lessignatures delà main, la physiognomonie celles du visage, la phrénologie celles du crâne, la graphologie celles de l’écriture, etc.

Si quelqu'un porte dans la main la signature de Mars, il portera, aussi, cette signature sur le visage, sur le crâne, dans l’écriture Une planète signe un individu comme un individu signe une épître, tous les individus signés d’une même planète ont la même

signature épistolaire.

Telle idée correspond à telle lettre, à tel chiffre, à tel groupe de lettres, à tel groupe de chiffres, à

telle note, à telle couleur, à tel métal, à tel minéral, à telle plante, à tel tempérament, à tel jour, à tel parfum, à telle saveur, à tel défaut, à telle qualité ; même forme donne mêmes propriétés (1).

Mars présidant à l’impulsivité, à l’action, à l’intrépidité forme des soldats, des avocats, etc, des remèdes excitants, etc. Un malade est signé de Mars : au médecin de prescrire les médicaments de Mars ou de son opposé Jupiter, selon l’homéopathie ou l’allopathie.

Il en résulte qu’avant tout le médecin doit examiner l’horoscope du malade, c’est-à-dire les positions qu’occupaient les astres au moment de sa naissance.

Certes, quelques faits militent en faveur de l’astrologie. Mais, que de critiques !

Il y a deux manières d’établir un horoscope : la première à l’aide des calculs astronomiques, la seconde à l’aide de la méthode des « signatures ».

La première, très exacte en théorie, ne peut l’être en pratique : outre qu’elle exige un travail de chiffres compliqué, elle ne saurait donner de résultats qu’à la condition de connaître, à une minute près, le moment de la naissance. Quelques heures, quelques minutes de différence faussent l’horoscope, changent les aspects des planètes entre elles, leurs places dans les maisons astrologiques et dans les signes du zodiaque. Et remarquez que la plu-

(1) Voir : La vie du règne minéral.

SB

part des astrologues s'attachent particulièrement au Soleil qui est de leurs sept astres celui qui se meut le plus rapidement sur le cercle du zodiaque : un demi-jour change une opposition du Soleil en une conjonction ! c’est-à-dire tout le contraire !

Et faut-il établir l’horoscope du moment de la naissance ou de celui de la conception ? Des astrologues ont dressé des tables pour connaître le moment de la conception !

La méthode des « signatures » me paraît être un peu celle de La Palisse. Telle personne de Marseille doit avoir le tempérament plus chaud, plus bruyant, plus expansif que telle autre de Lille. J’écris « de » Marseille et «de» Lille, et non «née» à Marseille, «née» à Lille, voulant dire de race marseillaise ou lilloise : un enfant né à Lille de parents marseillais aura le tempérament marseillais.

Et c'est, à mon avis, la plus grave objection que l’on puisse faire à l’astrologie : ne pas tenir compte de l’hérédité. Bien entendu, cette objection s’applique également à la première méthode. L’on me répondra qu'on retrouve dans les thèmes des parents des positions, des « aspects » de planètes pareils à ceux que l’on rencontre dans les thèmes des enfants. Mais, que me répondra-t-on pour la deuxième méthode ?X...,fils de Y..., porte la signature de l’année, du mois (ou signe du zodiaque), du jour et de l’heure de sa naissance : quel rapport cette signature peut-elle avoir avec celle de l’année, du mois, du jour et de l’heure delà naissance de Y. . . ?

D’autre part, l’année influe-t-elle sur le caractère? L’année 1907 n’a-t-elle produit que des turbulents, des batailleurs, l'année 1908 que des paresseux, des doux? Vous connaissez des gens nés la même année ; jugez. Le mois de Mars ou le signe des Poissons ne produit-il que nerveux ? Le vendredi ne produit-il que des artistes, des délicats, des raffinés? L’on me répondra que telle année produit un raisin plus abondant et meilleur que telle autre ; l’on me dira qu’au printemps le blé sort de terre, et qu il mûrit l’été...

...Il est difficile aujourd’hui, de nier l’influence des astres sur la terre, sur ses habitants, sur tout ce qu’elle porte et contient. Qui donc n’admet comme évident la variation de l’influence solaire à travers les douze mois ?

Que l’on parle d’époque de reproduction pour l’animal, de période de floraison pour la plante, c'est toujours reconnaître l’influence du soleil. Qui niera l’influence de la lune sur les marées, sur les indispositions de la femme ? N’y a-t-il pas les « coups de lune » comme il y a les coups de soleil ? Qu appellet-on « lunatiques » ? Aux Indes, à chaque changement de lune le nombre des malades augmente, et les crises aiguës de fièvre concordent avec les phases de la planète. Dans les campagnes les fous divaguent avec la lune. Les paysans affirment que les pommes de terre cueillies qu on laisse exposees au clair de lune verdissent en quelques heures, et qu’il faut couper le bois à bâtir au déclin de la lune.

La naissance normale ne s’effectue pas, selon les anciens astrologues, à n’importe quel moment, mais sous le ciel présentant certaines analogies avec le ciel sous lequel sont nés les parents.

Mais, objecte l'un, l’homme jouit du libre-arbitre, et sa destinée ne saurait être fixée à sa naissance ! D’accord: Astra inclinant non nécessitant; les astres indiquent que l’enfant aura des tendances à voler: aux parents de le ramener dans la bonne voie ! Ils indiquent à un homme qu’il est né pour l'action, à lui d’encourager ou d’enrayer cette tendance.

Mais, objecte un autre, les astrologues chaldéens, les astrologues du moyen âge ont composé de savants traités d’astrologie, et ils ne connaissaient que sept planètes, et ils croyaient que le soleil tournait autour de la terre !

Il y a quelques années nous ne connaissions point le radium, cela ne nous empêchait pas d’étudier la chimie. A nous d’étudier les propriétés d’Uranus et de Neptune.

Maintenant, supposez, d’abord, qu’une personne assise sur le bord d’une route jette un bol de vitriol à la tête d’une autre personne passant en voiture ; supposez, ensuite, que la première passant, cette fois, en voiture jette un bol de vitriol à la tête de la seconde assise sur le bord : dans les deux cas le vitriol brûle la seconde personne. De même, le soleil, qu’il tourne autour de la terre ou que la terre tourne autour de lui, produira toujours les mêmes effets sur elle.

Les astrologues affirmaient donc ceci :

1° La situation des astres en un lieu et à un moment donnés indique certain tempérament physique et moral.

2° L’on n’a pas seulement tel caractère parce qu’on naît sous tel ciel, mais on naît surtout sous tel ciel parce qu’on a tel caractère atavique. Les influences astrales du moment de la naissance résument les influences astrales ataviques, celles qui se sont exercées durant la gestation et celles qui s’exerceront pendant la vie.

... Crollius (commencement du XVIe siècle), dans son Traicté des signatures ou vraye et vive anatomie du grand et petit monde , enseigne ceci : « Comme l’homme est cogneu par ses fruicts, de mesme aussi les plantes sont cogneuës par leur signature. L’anatomie et forme des herbes se doit accorder et correspondre à l’anatomie et forme des maladies : car si la physionomie et chyromancie tant des maladies que des remèdes ne sont essentiellement cogneuës des médecins, à peine feront-ils jamais rien qui vaille, d’autant que la signature est un grand fondement, tant pour la médecine que pour la philosophie. La chyromancie et physionomie donnent les assurances des maladies futures. .. ».

Quelques exemples :

Le pavot représente la tête et le cerveau. Sa décoction est fort propre pour les maladies de la tête.

Les noix ont toute la signature de la tête : car l’écorce verte représente le péricrâne ; c’est pour-

quoi leur sel sert pour les plaies du péricrâne. Le noyau des noix montre tout à fait le cerveau : aussi, pilé avec de l’esprit de vin, le réconforte-t-il pourvu qu’on l’applique en cataplasme.

Le poil follet qui vient autour des coings représente les cheveux : aussi sa décoction les fait-elle croître.

De même, la mousse.

Les coquilles cuites dans de l’eau salée et, ensuite, broyées avec de l’huile de succin font recouvrer l’ouïe.

Les grains noirs de l’aconit, portant la signature des paupières, donnent une huile très bonne pour le mal des yeux.

La petite joubarbe qui a la signature des gencives donne un suc qui les guérit.

La jusquiame et la dentelée portent la signature des dents ; les champignons et les poires celle du foie ; le citron et les pommes de coings celle du cœur ; les pulmonaria celle des poumons; les feuilles du cyclamen et le gingembre celle du ventricule ; Yumbilicus veneris celle du nombril ; la vésicaire celle de la vessie ; les fèves, les pistaches, les glands, le satyrion, le grand serpentaire et le poireau celle des parties honteuses de l’homme ; le bouleau et la pomme de grenade celle de la matrice ; le pourpier celle des reins ; la prêle et la fougère celle de l’épine du dos ; le plantain celle des nerfs ; les feuilles de mille-pertuis celle des pores de la peau ; etc.

La fleur du lys qui pend comme une goutte

guérit la goutte ; les noyaux de cerises le calcul ; l’herbe lunaire le chancre ; l’olivier et tous les arbres portant raisins, lesquels ont l’écorce fendue, guérissent les plaies et cicatrices ; le jonc aquatique les fistules ; la décoction du sandal rouge, le géranium à racine rouge arrêtent le flux de sang ; l’écorce du bouleau tachetée de macules blanches ôte les macules et lentilles du visage ; les fraises guérissent la lèpre ; l’artemise rouge la superfluité des menstrues ; la rue, qui est faite en forme de croix, guérit les hallucinations ; l’ortie blanche le panaris ; les gales du chêne la peste ; la scrofularia les escrouelles ; la scabieuse avec les gobelets qui viennent à sa cime guérit la gale ; le serpentaire la morsure des vipères ; etc.

... La fertile imagination de Crollius ne s’arrête pas là ! Il dépasse les plus audacieuses conceptions de l’homéopathie actuelle.

11 enseigne que :

L’araignée pilée et appliquée sur la morsure qu’elle a faite la guérit sur-le-champ ;

Le miel guérit les piqûres d’abeilles ;

Pour guérir la morsure d’un chien enragé il faut se servir du poil dudit chien, le mettant sur la plaie, puis, le brûlant et le faisant boire au patient avec du vin ;

La morsure des souris se guérit avec la poudre de souris ;

La tête de serpent pilée, appliquée sur la morsure laite par un serpent, la guérit ;

De même, la morsure clu scorpion se guérit avec la tête de scorpion pilée.

Mais, voici qui se rapproche singulièrement des théories modernes :

« Et par ainsi les venins meslés ou redoublés, par une certaine faculté contraire, servent de remède l'uu à l’autre ; il s’est même trouvé des médecins qui se sont servis de crapauds pestiférés contre la peste ». Voilà le vaccin, le sérum !

La doctrine astrologique a porté d’autres fruits. De tous temps, par exemple, les astrologues ont donné comme correspondances à la planète Mercure les poumons, le pin, etc. : aujourd’hui, n’envoie-t-on pas les phtisiques dans les forêts de pins?

En somme, cette théorie est la seule parfaitement rationnelle puisqu’elle fait intervenir dans le diagnostic et dans le traitement les diverses notions climatériques, atmosphériques, caloriques, animales, végétales, minérales, morales, organiques, physiologiques, héréditaires, etc. , etc. On s’est beaucoup moqué de certain médecin contemporain qui ordonnait aux malades : « Placez votre lit dans la direction N. -S., la tête au N. ; que votre chambre à coucher soit tendue de papier rouge ; que vos rideaux soient également rouges, ainsi que vos robes. Etant donné que nous sommes au mois de juin vous allez faire ci et non ça. Abandonnez le musc comme parfum, et adoptez la verveine. Ne portez pas de rubis, portez, plutôt, des turquoises. » Ce médecin cherchait à rendre aux malades l’har-

monie voulue, à les replacer dans leur cadre, il respectait leurs correspondances, il comprenait les expressions « Voir la vie en rose, voir la vie en noir » .

A titre de curiosité donnons les correspondances des sept planètes des Anciens et des douze signes du Zodiaque :

Saturne dirige son action sur la rate, les hypocondres, la vessie, les os, les hanches, les dents, l’oreille droite. Les plantes qu’il signe sont astringentes, de saveur âcre (Les racines de tous les végétaux sont signées de Saturne) ; puis, les plantes à spores, à baies, à fruits noirs, les narcotiques, aconit, ellébore, ciguë, pavot, jusquiame, asphodèle, mandragore, bardane, chanvre, fougère mâle, pin, cyprès, tamaris, if, serpentaire, rue, cumin, benjoin, figues noires, persil, saxifrage, etc. Saturne signe le soufre, l’alun, le plomb, l’orpiment, la mârcassite, le cinabre, l’agate, la calcédoine, le jaspe, l’aimant, la topaze, le jais. Saturne donne les maladies à humeur froide, l’hydropisie, l’hypocondrie, la paralysie, la lèpre. Sa couleur est l’orangé. 11 signe les animaux solitaires, tristes, ours, chameau, serpent, etc. Il fait les tempéraments lymphatiques, nerveux, neurasthéniques.

Jupiter cause l’apoplexie, la pleurésie, les maladies du cœur, l’angine, la jaunisse, la goutte. Il signe l’épinard, la menthe, lebuglose, le lis, la violette, le peuplier, le chêne, le frêne, le prunier, le hêtre, l’olivier, le pêcher, le citronnier, le cornouiller,

l’amandier, le noyer, la rhubarbe, la balsamine, la bétoine, le persicaire, l’épine-vinette, la jusquiame, etc. 11 signe l’encens, l’ambre gris, l’aloès, le safran, le béryl, le jaspe vert, l’émeraude, l’étain. Sa couleur est le violet. Il fait les tempéraments biliososanguins. 11 signe les animaux dignes et sages, éléphant, cerf, hirondelle, etc .

Mars cause la peste, la fièvre ardente, la fièvre chaude, la dysenterie, la jaunisse. Il signe les plantes irritantes, excitantes ou épineuses : ellébore, ail, euphorbe, chardon, raifort, ortie, moutarde, poireau, oignon, rue, verveine, absinthe, laitue sauvage, etc. Il signe le poivre, le pyrèthre, le gingembre, le sel ammoniac, le fer, le jaspe sanguin, lhyacinthe. Sa couleur est le rouge. Il fait les tempéraments bilioso-nerveux. 11 signe les animaux audacieux, le cheval, le loup, le vautour.

Le Soleil cause les catarrhes, les syncopes, les spasmes, les maux d’estomac, de foie et de cœur. Il signe les plantes suaves et aromatiques: safran,

menthe, romarin, cannelle, girofle, marjolaine, palmier, cèdre, laurier, chélidoine, vigne, pivoine, gentiane, citronnelle, lotus, héliotrope, mélisse, grenade, mille-pertuis, millet, solaire, souci, etc. Il signe le musc, l’or, l’escarboucle, le rubis, la chrysoprase, l’orpiment. Sa couleur est le bleu. 11 fait les tempéraments bilioso-nerveux . Il signe les animaux orgueilleux, lion, coq, etc.

Vénus cause les hernies, le diabète, la faiblesse d’estomac. Elle signe les plantes à saveur douce,

onctueuse, agréable, lesplantes aromatiques, aphrodisiaques : olivier, myrthe, valériane, rose, serpolet, narcisse, cyclamen, thym, fraisier, santal, etc. Elle signe l’eau de roses, la civette. Elle signe le cuivre, la turquoise, le lapis-lazuli, le corail. Sa couleur est le vert. Elle signe les animaux inutiles, de luxe, comme le cygne. Elle fait les tempéraments bilioso-sanguins.

Mercure cause la léthargie, l’épilepsie, la phtisie, les vomissements, les affections hypocondriaques. Il signe l’écorce des végétaux, la pimprenelle, la mercuriale, la scabieuse, le persil, la véronique, la perséa, le coudrier, la marjolaine, le trèfle, la marguerite, la fève, la quintefeuille. Il signe le storax, le benjoin, le vif-argent. Sa couleur est l’indigo. Il signe les animaux habiles, ingénieux, comme le renard, le singe, le merle. Il fait les tempéraments ly mphatico-nerveux .

La Lune cause la paralysie, 1 ’hydropisie, les coliques, les diarrhées, les maladies des veines, les troubles menstruels. Elle signe les plantes aquatiques, narcotiques, froides, anaphrodisiaqu- : : sélénotrope (plante qui se dirige vers la lune), hysope, palmier, chinostate (dont la fleur s’ouvre et se ferme selon la lune), la laitue, le pourpier, le cresson, le chou, la renoncule, l’armoise, le concombre, le nénuphar, la citrouille, le melon, l’oignon, le tilleul, etc. Elle signe le camphre, l’argent, le cristal de roche, lasélénite, les perles. Sa couleur est le jaune. Elle signe les animaux domestiques, chat, âne, etc. Elle fait les tempéraments lymphatico-sanguins.

Passons aux signes du , Zodiaque.

Le Bélier affecte la tête, les yeux (cécité), il cause la petite vérole, la scarlatine. 11 régit la sauge, l’olivier, l’armoise rouge, la chicorée, la menthe, la véronique, l'asperge, la gentiane, le genêt, le houx, le chardon, la bardane, la fougère, l’ellébore, la marjolaine, le cresson. Il régit l'améthyste, la sardoine. Parfum : myrrhe .

Le Taureau signe le lin, le plantain, la pâquerette, la courge, le lilas, la mousse, le myrthe, la violette, le narcisse, la rose, la valériane, le lierre, le chêne, le persil, le scrofulaire, la pervenche, la scabieuse, la verveine, l’hyacinthe, l’émeraude, la cornaline.

Les Gémeaux signent la verveine femelle, le laurier, le troène, le chiendent, le chèvrefeuille, la guimauve, la bourrache, l’anis, le tilleul blanc, l’oseille, le mouron, la rhubarbe, l’hysope, toutes les plantes papilliformes, la laitue ; la topaze, la chrysoprase.

Le Cancer signe le consoude, le coudrier, le melon, le concombre, la courge, les végétaux aquatiques, nénuphar, jonc, etc., les plantes pectorales et pneumoniques (gui, pulmonaire, etc.), les plantes hépatiques (lichen, champignon, chêne, etc.), les plantes spléniques (scolopendre, etc.), les plantes antiphlegmatiques (laitue, courge, champignon blanc, etc.), les plantes choliaques (absinthe, aloès, séné, safran, ricin, rhubarbe, etc.) ; l’escarboucle, la topaze, la sélénite. Parfum: camphre.

Le Lion signe le chêne, l’héliotrope, la primevère, la camomille, l'asphodèle, le fenouil, l’églantier, la

lavande, le pavot, la menthe, le lilas jaune, le cyprès, le thym, la centaurée, l’ortie, l'angélique, etc., les plantes hémorrhagiques (betterave, sandragon, fraisier, etc.). Il signe les animaux venimeux (vipères, araignées, scorpions, etc.). Il signe l'or, le béryl, le jaspe, l’hyacinthe. Parfum: encens.

La Vierge signe le seigle, le pommier, le froment, la valériane, la chicorée, le poirier, la sauge des bois, l'endive, le millet, 1 églantier, le néflier, la ciguë, le prunier, le serpentaire, etc., les plantes gastriques, entériques et vermifuges, carminatives . Elle signe l’argent, le saphir, la chrysolithe, l’émeraude .

La Balance signe le buis, le tournesol, le fraisier, la rose blanche, la vigne, la violette, la mélisse, la pensée, le citronnier, l’anis, l’ail, la guimauve, la scabieuse, la chélidoine, la rue, le coudiûer, les plantes néphrétiques (pourpier, etc.), épigastriques et anti-hypocondriaques (scolopendre, etc. ), cystiques (baguenaudier, morelle, etc.), diurétiques (carotte, houblon, asperge, citrouille, etc.). Elle signe la cornaline, le quartz blanc.

Le Scorpion signe l’armoise, le cornouiller, le coi’mier, le frêne, le narcisse, les plantes orchidiques. Il signe la sardoine, l’agathe, l’améthyste.

Le Sagittaire signe le palmier, le dattier, la mauve, la bétoine, l’aigremoine, la verveine noire, l’oignon, l’ail, l’euphorbe, la vigne blanche, la rue. Il signe la turquoise, l’étain, l’émeraude, le plomb. Parfum : aloès .

Le Capricorne signe le pin, la jusquiame, la ciguë, l’oseille, l’olivier, la belladone, le pavot noir, la cerise noire, le mûrier, la citrouille, l’ellébore, la mandragore, toutes les plantes vénéneuses. Il signe le cbrysolithe, la calcédoine, etc. Parfum: nard.

Le Verseau signe le serpentaire, le prunier sauvage, la myrrhe, l’encens, le figuier, la noix, le fenouil, le frêne, le sceau de Salomon, la pariétaire, le cumin, la bardane, la ronce, le géranium, etc. Il signe le cristal, l’agate, l’onyx, la perle noire, le saphir. Parfum: euphorbe.

Les Poissons signent l’ulme, l’orme, les fougères, les mousses, les herbes marines, les plantes aquatiques, la citrouille, le pourpier, le bleuet, etc. Ils signent le corail, le jaspe, la pierre ponce, le béryl. Parfum: tymiame.

... Les hermétistes ne se contentaient pas d’attribuer à tel tempérament telle plante ; il fallait, encore, que cette plante fût cueillie à une certaine époque, à une certaine heure, c’est-à-dire au moment où sa planète était dans toute sa force. Dans ces conditions seulement la plante était pleinement efficace .

La théorie des signatures astrologiques a conduit, aussi, à la pétrothérapie et à la métallothérapie .

Selon les Anciens, le diamant neutralise les poisons et guérit la folie, l’émeraude dissipe la fièvre, la topaze chasse les hémorroïdes, l’hyacinthe protège contre les épidémies, l’escarboucle combat l'épilepsie, etc., etc...

La métallothérapie n’est autre que la vieille science des talismans.

Le véritable talisman est un condensateur de vie, d’énergie. C’est un tonique puissant qui apporte la santé — et qui porte bonheur en ce sens que la santé est le premier des biens, et que qui se porte comme il faut peut faire marcher ses affaires, se sent sûr de lui, s’impose à autrui.

Contre les maux de tête, les douleurs dentaires, les névralgies, Trousseau recommandait de se servir d’armures à plaques aimantées et posées pôle à pôle de façon que le pcle sud regardât le pôle nord, chaque pièce étant unie à la suivante par des lacets. Lorsque les plaques ont été maintenues plus de quinze jours en contact avec la peau, l’on doit les faire réaimanter. L’on prévient l'oxydation qui affaiblirait l’action en recouvrant les faces internes de feuilles d’argent ou platine.

Aujourd'hui, plusieurs médecins ordonnent, contre les migraines et les neurasthénies, d’appliquer sur le front, pendant la nuit, un bandeau à l'intérieur duquel sont placées des pièces d'or ou d’argent.

Quelle diflérence y a-t-il avec les talismans ?

Charcot guérissait, en leur appliquant des pièces d'or et de fer, des malades affectés d’hémichorée et d’hémianesthésie.

La métallothérapie est analogue à Y électrothérapie : les métaux appliqués sur la peau produisent des courants.

La théorie des signatures astrologiques a, encore, créé la graphologie médicale :

Les troubles cardiaques provoqués par des intermittences dans le fonctionnement du cœur déterminent des intermittences dans les lettres ;

L’épuisement cérébral et physique empâte l’écriture, donne des traits saccadés, fait tomber les mots, forme mal les lettres, provoque un ensemble hésitant, affaissé, tremblé. L’ataxie et la paralysie se reconnaissent aux mêmes signes, auxquels on peut ajouter les traits, accents et points mis en double sous l’incoordination des mouvements ;

La neurasthénie, le surmenage donnent les mêmes signes avec plus de fermeté dans le trait ;

L’alcoolisme provoque le tremblement et des traits violents mis sans raison ;

L’hystérie est caractérisée par la lenteur et l’empâtement, et par les lettres larges.

L'on peut dire généralement que toute maladie provoque la chute de l’écriture, que la santé parfaite est caractérisée par l’horizontalité.

... Ne quittons pas la théorie des signatures sans parler des « gamahés ».

La Nature est un merveilleux artiste, la plupart de ses créations le prouvent: les montagnes, les torrents, les crépuscules, les fleurs, les animaux défient les peintres les plus puissants.

Or, si l’homme essaye de copier la Nature, peuton dire que la Nature essaye de copier l’homme ?

Le roi Pyrrhus possédait une agate représentant

les neuf muses dansant au son de la harpe. A St- Georges de Venise existait, dans un bloc de marbre, le dessin d un crucifix, avec les plaies, les gouttes de sang, les clous. Dans la même église, sur un autel de marbre jaspé, se voyait une tête de mort. Albert-le-Grand contempla, à Cologne, au tombeau des trois Rois, les « chefs de deux jouvenceaux fort blancs » entourés d’un serpent noir à la façon d'une guirlande. Il trouva, encore, sur un marbre fendu à la scie « la tête d’un roi couronnée et dépeinte naturellement avec tant de perfection que le plus savant peintre du monde eût eu delà peine à 1 imiter ; sa majesté, ses yeux, sabouche et toutson maintien remplissaient d’étonnement ceux qui la regardaient ; en un mot, elle n avait rien de défectueux sinon que le front était un petit peu plus grand que le naturel ».

A Pise,dans l’église St-Jean, on remarque sur une pierre un vieil ermite assis près d’un ruisseau et tenant une cloche a la main. Dans le temple de la Sapience à Constantinople on découvre, sur un marbre blanc scié, l’image de St- Jean-Baptiste \ êtu dune peau de chameau mais avec une défectuosité : la nature ne lui a fait qu'un pied. En 1769, dans l’aile droite de la cathédrale de Paris, sur un caveau de marbre noir placé dans la muraille de clôture du chœur, on admirait un Christ crucifié.

Tous ces dessins sont l’œuvre de la nature. L homme n’a pas touché ces pierres sur lesquelles on aperçoit ces figures, puisque celles-ci apparaissent

à l'ouvrier sciant ou fendant le bloc. Il m’est souvent arrivé en examinant les éclats, près d’un cantonnier qui, comme ledit la chanson, cassait des tas de cailloux, de rencontrer des gravures suffisamment nettes pour que plusieurs personnesnon prévenues s’écriassent : « .Tiens ! une tête de cheval ! un pied ! un chêne ! un vieillard ! le chiffre 12 ! la lettre E ! »

. . . On appelle « gamahés » les pierres présentant de tels phénomènes. Il y a trois sortes de gamahés : les gamahés à plat, en creux, en relief. L’on pourrait les diviser encore en gamahés d’une seule couleur et en gamahés de plusieurs couleurs.

(Il faut, bien entendu, retrancher du nombre des gamahés les pierres offrant, soit en creux, soit en relief, des empreintes d’animaux ou de végétaux provenant de ces animaux ou végétaux eux-mêmes, comme les empreintes de fougères qu’on rencontre dans la houille, les moules de coquilles qu’on trouve communément dans les carrières de craie).

Peut-on expliquer comment se forment ces gamahés ?

A la vérité, les explications qu’ont données les auteurs anciens (principalement Gaffarel dans ses Curiosités inouïes sur la sculpture talismanique, Crollius et Paracelse) peuvent ne pas contenter les esprits avides de précision. Mais qu’elles souriront aux poètes !

L’expérience de la gouttelette de plomb fondre et solidifiée les résume parfaitement. Je la donne

pour ce quelle vaut ! A la flamme d’une bougie, faites fondre, au dessus d’une cuvette d’eau froide, un petit morceau de plomb en pensant obstinément à un objet ou une personne : au contact de l’eau le plomb se solidifie et donne en relief l’image de l’objet ou de la personne !

Eh bien! supposez un cheval glissant sur une pierre, la cassant ; la bête, effrayée : un gamahé se forme; une tête de cheval apparaît sur un des morceaux de la pierre ! Une croix se dessinera sur le caillou que brise par hasard un chrétien priant ardemment. Une locomotive se dessinera près de la personne écrasée par un train, un chiffre près du mathématicien qui glisse sur la route ! Des gamahés doivent se former à la dernière seconde de l’agonie d animaux ou d’hommes, surtout si ces êtres périssent victimes de quelque cataclysme inattendu, tremblement de terre, éruption de volcan... Je possède un morceau de caoutchouc calciné ramassé dans les décombres du Bazar de la Charité, et montrant très nettement un poing crispé.

C’est, au moins, étrange.

L’électrolyse conduit à admettre la création subite d'une pierre par la foudre. Or, la pierre au moment de sa création peut enregistrer une impression. . . D’autre part, la foudre se fait quelquefois photographe. Et l’on sait quelle photographie non seulement sur les exemplaires du règne minéral, mais encore sur ceux du règne animal. « En août 1853, rapporte Flammarion, une jeune fille, aux

Etats-Unis d’Amérique, se trouvait devant une fenêtre, en face d’un noisetier, au moment d’une éblouissante décharge électrique : l’image entière de l’arbre fut reproduite sur son corps. En septembre 1837, une paysanne de Seine-et-Marne qui gardait une vache fut foudroyée sous un arbre : la vache fut tuée, et sa gardienne resta étendue sans mouvement ; quelques soins empressés lui rendirent le sentiment de l’existence ; mais, en écartant les vêtements pour la secourir, on aperçut, parfaitement gravée sur la poitrine, l’image de la vache.

« Le 16 août 1860, la foudre est tombée sur un des moulins de Lappion (Aisne) appartenant à M . Garlier ; sur le dos d’une femme de quarantequatre ans la foudre a laissé, tracée en teinte rouge, la reproduction d’un arbre dont on distinguait le tronc, les branches et les feuilles ».

Gela revient à dire que la photographie ordinaire est un gamahé à plat.

Ne peut-on avancer, aussi, que le disque du phonographe est le « gamahé » du son ?

Mais, voici une autre explication :

Parmi les gamahés il convient de ranger les figures qu’on voit sur les végétaux et animaux, les stigmates. Paracelse a consacré plusieurs chapitres à l’influence de l’imagination de la femme enceinte sur son enfant. Chacun a des histoires à raconter là-dessus ! Aussi bien, les stigmates de la crucifixion chez certains mystiques est indéniable.

Le bœuf Apis devait porter, dessiné sur le dos, un aigle ou un vautour.

Des plantes, ou certaines de leurs parties, affectent la forme d'une tête, d’une main, d’un membre. Chacun a entendu parler de la mandragore dont la racine affecte des formes humaines : cette bizarre ressemblance avait frappé quelques alchimistes au point de voir en elle notre ancêtre et chercher à fabriquer « l’homuncule » en plantant une mandragore dans le limon (ou terre vierge)! Disons, bien vite, que le radis, la pomme de terre, le topinambour et autres affectent également souvent des formes humaines !

« J’ai autrefois observé, dit Gaffarel, sur l’écorce d’un jeune cerisier des petits arbres chargés de fruits si naïvement exprimés qu’il semblait que le pinceau y eût passé. On a rencontré, en Hollande, dans un arbre mis en pièces par un bûcheron, la figure d’un calice, celle d’une aube, celle d’une étole, bref presque tous les ornements d’un prêtre. Du temps que j’étais à Apt, ville fort célèbre en Provence, je vis une souche de vigne qui représentait si naïvement la tête d'un homme qu’on y voyait même jusqu’aux cheveux ».

Le R. P. Hue a vu, dans l’enceinte de la lamasserie de Kounboum, au Thibet, l'Arbre aux dix mille images, « Nos regards se portèrent d’abord, dit-il, sur les feuilles, et nous fûmes consternés d’étonnement en voyant sur chacune d’elles des caractères thibétains très bien formés. Notre première pen-

sée fut de suspecter la supercherie des lamas; mais, après avoir tout examiné avec l’attention la plus minutieuse, il nous fut impossible de découvrir la moindre fraude. Les caractères nous parurent faire partie de la feuille, comme les veines et les nervures ; l’écorce du tronc et des branches est également chargée de caractères. Si l’on détache un fragment de vieille écorce on aperçoit sur les nouvelles les formes indéterminées des caractères qui déjà commencent à germer ».

...Impression violente, frayeur, colère, etc., d’un homme ou d’un animal ? Hasard de la fusion, de la cristallisation ? Photographie due à la foudre, à des rayons N, ou simplement à la lumière du soleil (laquelle pénètre jusqu’au centre de la terre en tant que fonction chimique mais non en tant que matière radiante) ?

...Enfin, parlons des « iris chiffrés ».

Borelli cite, d’après un ancien chirurgien de Montpellier du nom de Formius, l’exemple d’un jeune garçon sur les iris duquel on lisait très nettement, en lettres romaines, les mots français suivants : a LOVE SOIT DIEV ».

Formius et Borelli, qui ne fait d’ailleurs que relater le fait, sont les seuls à parler de ce cas. Mais il en est un autre que constatèrent plusieurs spécialistes, français, belges, irlandais, et qui a été rapporté maintes fois par des praticiens dignes de foi : c’est celui de Joséphine Louis.

Elle naquit à Paris, en 1825, et fut exhibée en

France, puis à Gand, et enfin en Angleterre. Parmi tous ceux qui se sont occupés de son cas, — Rognetta, Giraldès, Wilde, et après eux Cornaz, — le docteur irlandais Wilde paraît le plus convaincu. « Il y a quelques années, dit-il, on montrait un enfant sur les iris duquel étaient écrits les mots : «Napoléon, Empereur ». Ce phénomène paraît avoir été produit par une disposition insolite de ces trous, fibrilles et stries qui distinguent la surface du diaphragme oculaire ». « Je possède, dit d'autre part le praticien de Dublin, une très bonne lithographie de Joséphine Louis, l’enfant français né avec les mots « Napoléon, Empereur » dans les yeux. A la moitié inférieure de l’iris droit les signes ressemblent aux lettres capitales qui forment le mot EMPEREUR; et celui de NAPOLÉON occupe à peu près la même position sur l’iris gauche ».

Cette anomalie de la nature fit d’ailleurs l'objet de nombreuses notes ou études approfondies dans les journaux de l’époque.

Les historiographes postérieurs semblent, au surplus, moins affirmatifs. Au sujet de cette même Joséphine Louis, Giraldès déclare : « Il y a quelques années, j’ai vu à l’hôpital de la Charité une jeune fille qu'on disait porter les mots « Napoléon, Empereur » inscrits sur les yeux. C'était tout simplement une de ces combinaisons bizarres qui, à l'aide d'un désir bien complaisant, permettait d’y trouver cette inscription ».

Déjà, au dix-huitième siècle, le fameux docteur

oculiste Jacques Dariel avait déclaré avoir observé dans les yeux d’une paysanne des environs de Rouen une inscription dans laquelle il avait démêlé les mots latins Post mortem.

Enfin, un maître de la science. Tenon, cite un cas qui n’est point sans analogie avec celui de Joséphine Louis . . . encore qu’il soit moins sensationnel au point de vue de l'inscription :

cc Sur l'iris, d’un fond bleu, dit-il, apparaissent des traits blancs, les uns droits comme certains chiffres, un autre a la forme d’un T majuscule, un autre encore celle d’un V ».

Pour les incrédules, signalons d’ailleurs que Tenon fit exécuter par un peintre sur émail un modèle — d’après nature — de cet œil, et que ce même artiste en établit une seconde reproduction qui fit partie de la collection de l’ancienne Académie de Paris et qui figure aujourd’hui au musée Dupuytren.

Voilà pour les lettres. Le problème des chiffres n’est pas moins curieux .

Il y a quelques années, à la clinique du professeur Deneffe, vint une femme Joseph Baete, née Marie Rosseel, âgée de cinquante-neuf ans, chez laquelle étaient apparus brusquement, au cours de son enfance, des chiffres imprimés dans les deux iris. Ce phénomène ne disparut pas. Examinés à l’œil nu, à la loupe, ces iris portaient dans l’œil gauche le nombre 10, dans l’œil droit le nombre 45.

« Ce qui caractérise ces chiffres, dit le docteur Deneffe, c’est la netteté, la précision mathématique

avec laquelle ils sont gravés dans les iris. Je défie un calligraphe de tracer sur le papier ou le tableau, avec la plume ou la craie, un 45 ou un 10 plus parfaits que ceux qu’un jeu de la nature nous fait voir sur l’iris de cette femme. Plus de trente personnes sont venues voir cette curiosité. Sans la moindre hésitation tout le monde lit 4o et 10. 11 est impossible de lire autre chose » .

Ce qui est plus extraordinaire encore, en le cas présent, c'est que cette anomalie fut héréditaire. La fille de la femme Baete, alors âgée de dix-sept ans, présentait des particularités iriennes analogues. Sous le champ pupillaire de droite, on lisait fort nettement le nombre 10, et plus nettement encore, sous la pupille de gauche, le nombre 20.

Ces chiffres avaient, chez la jeune fille, les mêmes dimensions que dans les yeux de la mère.

Au demeurant, leur vue était également bonne, et leurs yeux ne présentaient aucune autre anomalie constitutionnelle .

Possession, Hystérie, Folie

L’on peut dire que tout le Moyen Age a vécu dans la terreur de la Possession, balancé qu’il était entre Dieu et Satan, passant de l’un à l’autre par le canal de la Mystique.

Aujourd’hui, la plupart des médecins sourient, et traduisent « possession » par « hystérie », ce qui n'est rien changer puisque la possession, l’aliénation (d’où le terme « aliéné ») subsiste : que l’esprit — ou l’âme — soit possédé par un agent divin ou par un agent physique, qu’importe ? il ne s’appartient pas plus ici que là. Et le phénomène demeure aussi étrange, aussi mystérieux.

Une figure a dominé tout le Moyen Age, et, traversant les siècles, entretient de nos jours l’éternelle querelle entre religieux et athées, entre « illuministes » et « hystéristes » : Jeanne d’Arc.

Bien entendu, ici nous ne prenons pas une position, et nous considérons l’Histoire uniquement au point de vue médical :

Jeanne d’Arc est spirite avec ses voix, sorcière avec ses fées, mystique avec ses visions; elle réunit les divers symptômes pathologiques du médium et de l’hystérique . Tantôt faible comme un enfant (elle

pleure et geint quand elle est blessée), tantôt cruelle comme un bourreau (elle casse son épée sur le dos des « ribaudes » avec une telle ardeur que le Roi intervient), orgueilleuse avec la victoire, humble avec la défaite, elle entre en de violentes colères quand elle s'aperçoit que les capitaines dont elle se mêle de mener les soldats lui font prendre une ville pour une autre, ou une rivière pour une autre, elle reste (et elle en tire gloriole) deux jours sans avoir à satisfaire le moindre besoin (mais, dans son histoire par M. Anatole France, on lit que certaine éponge pourrait expliquer la chose) .

Quant à ses réponses au tribunal de Rouen, elles sont un peu... normandes. Ni oui, ni non. Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Il me semble que de telles réponses n’ont point l’ampleur, le tranchant d’une foi exaltée, d’un mysticisme à la Sainte Thérèse . L’on y rencontre les mots dont les petites filles prodiges (Bernadette, par exemple, à Lourdes) dépeignent la Vierge, « une belle dame, avec une belle robe blanche, une belle lumière ».

— Croyez-vous être en état de grâce ?

— Si je n’y suis Dieu veuille m’y mettre; si j’y suis Dieu veuille m’y maintenir.

Jeanne ne se montre claire que lorsqu'il s'agit des Anglais. Ah ! elle ne les aime pas !

— Je sais bien que les Anglais seront chassés de France, à l’exception de ceux qui y sont morts; je sais bien que Dieu enverra aux Français une grande victoire sur les Anglais.

Et, quand elle fut prise, ceux-ci se demandèrent anxieusement quelle sorte de femme ils tenaient : qui la guidait? le Roi, Dieu, le diable? Dans le doute, aux juges ordinaires furent adjoints des juges extraordinaires, et, même, des médecins.

Le Roi de France se souciait peu de l'aventure : si l’Eglise l’eût faite sienne tout de suite, il eût revendiqué Jeanne. Mais, le moyen de réclamer celle que 1’évêque de Beauvais accusait d’être « sorcière, devineresse, fausse prophétesse, invocatrice et conjuratrice des mauvais esprits, superstitieuse, de pratiquer les arts magiques, de penser mal de la foi catholique, de permettre et consentir, au mépris de Dieu, qu’on la vénère et qu’on l’adore, de donner ses mains et ses vêtements à baiser »?

Et cela n’était rien à côté des accusations — antérieures— de la grave Université de Paris qui avait reconnu Bélial, Shatan et Béhemmoth dans les esprits que Jeanne vénérait, baisant la terre par où ils passaient, les invoquant, et qui avait affirmé quelle avait fait un pacte avec les démons, pacte dont sa virginité et son costume masculin auraient été le prix !

Le procès de Jeanne d’Arc est un de ces procès de sorcellerie alors si communs, procès dont Jeanne aurait pu sortir indemne n'avait été sa mauvaise tête de petite fille obstinée Etant donnée la désinvolture avec laquelle on torturait et brûlait, à cette époque, toute personne soupçonnée de magie ou d’hérésie, il faut avouer que ses juges se montrèrent débonnaires.

ne lui appliquant pas la question, essayant de la faire revenir sur ses déclarations. Mais non, ellemême se plaît à. raconter que, à Lagny, elle a ressuscité un enfant « bien qu'il fût déjà noir comme sa cotte », qu’elle « accolait et baisait Ste-Catherine et Ste-Marguerite », que les siens, grâce à son étendard, ses anneaux et ses panonceaux, pouvaient dans les assauts ne souffrir aucun mal, qu elle guérissait les malades en les touchant de son anneau, quelle avait rarement des révélations qui ne fussent accompagnées de lumières!

Elle ne saisit pas que ses juges ne sont pas des grands enfants comme le roi de France, et qu’ils ne

feront pas toutes ses volontés de fillette gâtée.

Et elle mourut sans avoir rien compris à sa mort.

Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui, Jeanne d’Arc tiendrait le milieu entre Mme Dieulafoy et Mme du Gast, elle ferait de l’aviation, battrait des records, serait suffragette et présiderait des réunions publiques.

...La possession se retrouve dans les séances spirites encore de mode aujourd’hui en dépit de notre époque de science et de matérialisme. Un sorcier — un possédé — était dit « lycanthrope » lorsqu’il se muait en bête ou en une autre personne; ne sontils point lycanthropes les « médiums à incarnations » c’est-à-dire les spirites qui prétendent incarner des morts ou des vivants, qui assurent chasser leur personnalité et la remplacer par celle d un

être causant par leur bouche et, même, modifiant leurs traits ? Asymétrie du crâne et de la face, pupilles inégales, hallucinations, amnésie, etc., se rencontrent chez la plupart des médiums. La transe médiumnique n’est que la transe d’hystérie. En 1621 , de Lanere écrit dans son Traité de l' incrédulité des magiciens et sorciers : a Toutes les sorcières sont marquées en l’œil gauche d’une marque ». En 1911, M. D. J. Maxvell écrit : « Avec un peu d’habitude on parvient à découvrir les particularités que présente l’œil du médium ».

Toutes les religions sont dominées par la possession. Possédés, mystiques, convulsionnaires, illuminés, hystériques, épileptiques, spirites... Le spiritisme est une religion avec ses pseudo-phénomènes communs à toutes les religions, lévitation d’objets (le tombeau de Mahomet), lévitation de personnes (Ste-Lydwine), etc.

« Dédoublement », sortie de « l’astral », extase, ravissement, sabbat, incubât, vampirisme... Nous sommes en pleine hystérie ! Dans le domaine de l’hallucination il est impossible de préciser. Et Charcot a perdu bien du temps à étudier le processus d une maladie dont la caractéristique est de n’en avoir pas. Contentons-nous donc de décrire les faits :

L'incubât serait le commerce d’un humain avec un mort, -si l’on peut appeler mort le vivant trépassé continuant, selon la théorie des spirites, d’exister personnellement en forme et en esprit (ce qui con-

tredit la théorie des mêmes spirites qui veut que l’âme passe successivement en d’autres corps vivants); mais, n’embrouillons pas î la chose n’est déjà pas si claire, d’autant que, pour certains, l’incuhat aurait lieu, aussi, avec d’autres êtres de l’invisible ! (1)

L’incubat est le commerce d’un être de l’invisible avec une femme, le succubat celui d’un être de l’invisible avec un homme.

11 importe de se demander où s’arrête l’amour spirituel. On se rappelle, dans La Faute de l’Abbé Mouret, le chef-d’œuvre de Zola, l'abbé Mouret terrassé par son amour pour la vierge. Et certains passages de Ste-Catherine de Gênes et de Ste-Madeleine de Pazzi ne laissent aucun doute sur la nature de l’amour qu’elles éprouvent pour Jésus et la Vierge.

L’incubat ou le succubat est tantôt voulu, désiré, tantôt contraint. Il est voulu chez les spirites.

Voici ce que Del Rio déclare dans ses Controverses et recherches magiques :

«... Les Démons peuvent prendre les corps de quelques trépassés, ils peuvent les mouvoir et les enchanter à leur volonté. Il peut naître quelque cho-

(1) Pour mémoire : Il parait que, de même qu'il y a certains animaux invisibles, méduses incolores ou microbes dont il faut colorer le bouillon de culture pour les apercevoir, 11 existe des êtres, les Elémentals, qui recherchent notre compagnie. Paracelse les a longuement décrits dans son Traité des Nymphes, Sylphes, Pygmées, Salamandres et autres Etres' avec une imagination vraiment remarquable. Voir ma traduction de ce traité.

se de l’accouplement d’un incube avec la sorcière ; Satan se sert en cela de la semence que l’homme perd en songe ou bien en quelque autre façon, car les démons manquent eux-mêmes de semence laquelle est le résidu des viandes mieux cuites dans l’estomac des hommes.

« De l’accouplement du démon incube avec la femme il peut naître quelque chose ; le démon n’en est pas le vrai père, mais l’homme dont le démon a pris la semence... ».

Gela nous mène au Vampirisme.

Rapportons quelques faits ;

I. « Dans le dernier siècle, mourut au village de Kilsilova, à trois lieues de Gradisca, un vieillard âgé de soixante-deux ans.

«Trois jours après avoir été enterré, il apparut, la nuit, à son fils, et lui demanda à manger ; celui-ci lui en ayant servi, il mangea et disparut. Le lendemain le fils raconta à ses voisins ce qui était arrivé, et le spectre ne se montra pas ce jour-là ; mais, la troisième nuit, il se fit voir et demanda encore à manger. On ne sait si son fils lui en donna ou non; mais on trouva le lendemain celui-ci mort dans son lit. Le même jour, cinq ou six personnes tombèrent subitement malades dans le village, et moururent l’une après l’autre, peu de jours après. Le bailli du lieu, informé de ce qui était arrivé, envoya une relation au tribunal de Belgrade, qui chargea deux de ses officiers d’aller à ce village avec un bourreau pour examiner l’affaire . L’officier impérial, dont on

tient cette relation, s’y rendit de Gradisca pour être témoin d’un fait dont il avait souvent entendu parler. On ouvrit tous les tombeaux de ceux qui étaient morts depuis six semaines ; quand on vint à celui du vieillard, on le trouva les yeux ouverts, d’une couleur vermeille, ayant une respiration naturelle, cependant immobile et mort : d’où l’on conclut qu’il était un signalé vampire. Le bourreau lui enfonça un pieu dans le cœur. On fit un bûcher et l’on réduisit en cendres le cadavre. On ne trouva aucune marque de vampirisme, ni dans le corps du fils, ni dans les autres.

II. « Quelques années après, un soldat des frontières, qui demeurait à Haïdamac, raconta à son régiment qu’étant un jour à table avec son hôte il avait vu entrer un inconnu qui était venu s’asseoir avec eux ; que son hôte avait été effrayé et qu’il était mort le lendemain ; qu’il avait appris ensuite que cet étranger, mort il y avait déjà dix ans, était le père de son hôte lui-même, qu’il lui avait annoncé et même donné la mort. Le comte Cabrera, commandant du régiment, fut chargé d’examiner l'affaire, et se rendit aux lieu et place avec d’autres officiers,l’auditeur et le chirurgien. Il interrogea les personnes de la maison, et comme leur témoignage fut confirmé par celui des autres habitants du heu, il fit exhumer le cadavre, que l’on trouva parfaitement conservé, avec le regard vif comme celui d’un homme vivant. On lui coupa la tête, et l’on remit en suite le corps dans le tombeau.

III. « L’auteur de la Magia Posthuma raconte qu’un pâtre du village de Blow, près de Kadam, en Bohême, apparut quelque temps après sa mort à la manière des vampires. Il appelait par leur nom certaines personnes qui ne manquaient pas de mourir dans la huitaine. Il tourmentait ses anciens voisins et causait tant d’effroi que les paysans de Blow déterrèrent son corps et le fichèrent en terre avec un pieu qu’ils lui passèrent à travers le cœur. Le spectre qui parlait bien qu’il fut mort et qui du moins, dit ingénument notre auteur, n’aurait plus dû le faire dans une situation pareille, se moquait néanmoins de ceux qui lui faisaient subir ce traitement. « Vous avez bonne grâce, leur disait-il en ouvrant une grande bouche, de me donner ainsi un bâton pour me défendre contre les chiens ! » On ne fit pas attention à ce qu’il disait(?), et on le laissa. La nuit suivante, il brisa son pieu, se releva, épouvanta plusieurs personnes, et en suffoqua plus qu’il n’avait fait jusqu’alors. Od le livra au bourreau qui le mit sur une charrette pour le transporter hors delà ville et le brûler. Le cadavre remuait les pieds et les mains, roulait des yeux ardents et hurlait comme un furieux ! Lorsqu’on le perça de nouveau avec des pieux il jeta de grands cris et rendit un sang très vermeil ; mais quand on l’eut brûlé il ne se montra plus ».

Rappelez-vous les anciens qui offraient du sang aux morts. Les Bretons offrent encore du lait aux leurs...

... Et le sabbat ? Apothéose de l’hystérie !

Voici la formule de l’onguent dont se servaient les sorciers pour aller au sabbat (vieille recette) :

« Dans un vase bien couvert mettre :

Axonge, 100 grammes ;

Haschisch, 5 grammes ;

Fleur de chanvre, fleur de coquelicot, de quoi remplirle vase ;

Racines d’ellébore, une pincée ;

Graine concassée de tournesol, une pincée ;

Laisser le tout bien couvert, sur le feu au bainmarie, pendant deux heures, puis, passer au clair en retirant du feu ;

Le soir, avant de se coucher, se frotter avec cet onguent derrière les oreilles, descendre sur le cou, le long des carotides, puis, sous les aisselles et la région du grand sympathique vers la gauche, graisser, de même, les jarrets, la plante des pieds, les saignées des bras et des poignets. Se coucher » (1).

. .. Dans tout cela, l'hallucination règne en maîtresse .

On la provoque h l'aide du miroir magique.

C’est, tantôt, une portion de sphère métallique, tantôt un disque de couleur sombre. C’est aussi un

(1) Le premier, Jean Wier, médecin du duc de Clèves, csa prétendre que le transport des sorciers au sabbat était imaginaire, et non autre chose qu’une extase. A quoi Bodin répondit que ce serait «se moquer de l'hisloire évangélique que de révoquer en doute si le diable transportait les sorciers d’un lieu dans un autre v.

globe de cristal rempli d’eau pure, et très vivement éclairé par trois foyers lumineux.

Certains usent d’un chaudron plein d’eau, quelquefois d'un cercle tracé sur la terre ou sur le plancher, et dont l'intérieur est noirci au charbon. On fixe les yeux dessus, c’est l’auto-hypnose.

C’est l’hallucination de la forme. Lisez ces expériences de paliugénésie ;

Guy de la Brosse rapporte ceci ;

« Un certain Polonais savait renfermer les fan. tomes de ses plantes dans des fioles ; de sorte que, toutes les fois que bon lui semblait, il faisait paraître une plante dans une fiole vide. Chaque vaisseau contenait sa plante ; au fond paraissait un peu de terre comme cendres. Quand il voulait l’exposer en vue il chauffait doucement le bas du vaisseau. La chaleur faisait sortir du sein de la matière une tige et des branches ; puis des feuilles et des fleurs, selon la nature de la plante dont il avait enfermé l’âme. Le tout paraissait aussi longtemps aux yeux des regardants que la chaleur excitante durait ».

William Maxvell donne, au xvne siècle, cette recette :

« Prenez une quantité suffisante de feuilles de roses, faites-les sécher au feu, et enfin avivez celui-ci avec le soufflet jusqu’à ce qu’elles soient réduites en une cendre très blanche. Extrayez alors le sel au moyen de l’eau ordinaire, et introduisez ces sels dans un flacon que vous boucherez soigneusement ; chauffez doucement ce flacon pendant trois mois, et

enterrez-le dans du fumier pendant trois mois. Au bout de ce temps, retirez le récipient et replacez-le sur le feu jusqu’à ce que les figures commencent à apparaître dans le flacon » .

Voici une recette de David Van der Becke :

« Par une journée sereine, recueillez la semence mûre d’une plante, broyez-la dans un mortier, et mettez-la dans un matras de la taille de la plante. Conservez le matras fermé jusqu’à ce qu’il se présente une soirée permettant d’espérer une abondante rosée dans la nuit. Introduisez ensuite la semence dans un vase en verre, et, après avoir placé sous ce vase un plateau afin que rien ne soit perdu, exposezla sur un pré ou dans un jardin afin qu’elle se pénètre bien de rosée, remettez-la dans le matras avant le lever dusoleil. Vous filtrerez ensuite la rosée recueillie et distillerez jusqu’à disparition complète de tout dépôt. Pour ce qui est du dépôt lui-même, vous le calcinerez et obtiendrez, après une série de lavages, un sel que vous dissoudrez dans l’eau distillée ; après quoi vous verserez de cette rosée distillée la hauteur de trois doigts sur la semence imprégnée de rosée et luterez l’orifice du matras de telle sorte qu’aucune évaporation ne se puisse produire. Puis, vous conservez le matras dans un endroit où règne une chaleur modérée. Au bout de quelques jours la semence commencera à se transformer peu à peu en une sorte de terre mucilagineuse ; l’alcool flottant au-dessus se zébrera de stries, et à sa surface se formera une membrane. La terre mucilagi-

neuse est de couleur verte. Exposez le matras fermé aux l'ayons du soleil et de la lune, et, en temps de pluie, tenez-le dans une chambre chaude, jusqu’à ce que tous ces indices soient bien achevés. Si vous soumettez alors le matras à une douce chaleur, vous verrez apparaître l’image de la plante correspondant à la semence employée, et vous la verrez disparaître par le refroidissement ».

... Les meilleurs traités modernes ne dépeindraient pas mieux la maladie que les pages suivantes extraites de Medicinæ Theoreticœ medalla (1671) :

Méthode pour connoître si quelqu’un est possédé.

Il seroit ridicule d' attribuer à la nature la cause de tant et de si grandes maladies, vû que les Médecins reconnaissent eux-mêmes qu'il y a bien des maladies qui ne sont pas naturelles, ou qu'ils nomment transnaturelles, et que Fernel rapporte luimême l'histoire d'un jeune homme que le Démon agitoit par de terribles convulsions, et que les Médecins essayèrent inutilement de guérir par une infinité de remedes qui ne servirent qu'à épuiser le malade , et à deshonorer la Medecine.

C'est pourquoi les Médecins doivent être jaloux de leur réputation et de l'honneur de leur art, en discernant par une connoissance véritable et certaine les Energumènes ou les possédés du Démon , puisqu'il est du devoir d'un sage Médecin de distinguer les choses semblables de celles qui leur

sont dissemblables'/et opposées, parce que cette prétendue ressemblance a trompé une infinité de personnes.

Car c'est un deshonneur pour la Medecine que de prendre le change dans ces occasions, et un grand malheur pour les pauvres Possédés , qui ne doivent attendre leur délivrance que par les prières de l'Eglise Catholique, qui a le pouvoir de chasser les Démons, et d'anéantir leur puissance par la forces de ses armes spirituelles .

Or est-il que les operations du Démon se découvrent par les organes du corps, ou par les facultés de l'ame, les marques qui se manifestent par les organes sont ordinairement des aboyemens de chiens, des hurlemens de bêtes sauvages, un regard furieux qui fait souvent horreur aux spectateurs, une faim tout à fait dévorante, ou canine, un excès ou une gourmandise excessive de manger, une horrible manière de tirer la langue, un grincement de dents, une contorsion de l'épine du dos, une maniéré de se veautrer tres-indécente, une fureur de se briser contre terre, une agitation dans toutes les parties du corps, une élévation ou suspension du corps en l'air sans appui : enfin une si grande privation de tout sentiment qu'ils ne sentent pas les piqûres des aiguilles, et qu’il n'en sort pas une goutte de sang.

Je vous avoue que ces marques sont d’un grand poids sur les Esprits, et qu'elles paroissent prouver la vexation, mais comme il y a dans le corps de

certaines indispositions et de certains états qui produisent de pareils Symptômes , telles que font la fureur uterine, une affreuse mélancolie qu'on appelle Lycanthropie, l'Erotique ou suffocation de matrice, de peur de nous tromper par la ressemblance dans une chose si difficile, nous devons examiner soigneusement les marques qui se prennent du côté de l'Esprit du malade, pour affermir notre connaissance, et la rendre certaine par le concours de plusieurs marques. Or ces marques sont au nombre de trois : Sçavoir , la révélation des choses secrètes et cachées , la science des langues étrangères et une véritable habileté, ou l'art d’écrire, de lire, et de chanter sans l'avoir appris par l'étude ni par le travail.

Si quelqu’un donc révèle des choses cachées qui soient au-dessus de la connaissance des hommes, ou des secrets que la volonté humaine n'ait pas encore manifestés par des actions telles que sont les pensées et les intentions, ou des choses qui sont encore dans les entrailles de la terre, il faut attribuer tout cela au Démon, qui n'ayant pas perdu par sa chute les dons naturels, mais seulement les grâces gratuites , sçait tout le passé, et prévoit bien des choses futures en tant qu'elles dépendent d'une volonté qui suit la disposition et le penchant du tempérament.

La science des langues et des arts inconnus n'est pas une marque moins certaine, parce que l'Esprit humain ne sçauroit avoir d'idée, ni parler d'une

chose qu'il n'a pas apprise suivant cet axiome, il n'y a rien dans l' entendement que par l'entremise des sens, notre ame n’aïant en elle aucune idée ou connoissance purement naturelle ; car, quoique plusieurs personnes assurent avec Lemnius que l'ame, étant comme ensevelie dans la matière, et accablée sous le poids des humeurs, se développe, et fait paroître ses forces, soit par l' inflammation des Esprits , ou par l'agitation des humeurs, et qu’elle parle pour lors d'une langue inconnue aux malades , et que cela se fait à peu près comme quand on fait sortir du feu d'une pierre à fusil, ou comme des choses extraordinaires que l'yvresse produit dans lesyvrognes,je ne puis certainement admettre cette expérience : car si elle étoit véritable, on seroit plus redevable à la maladie qu'à la santé, et un dérangement ou une inflammation des Esprits seroit préférable à un bon tempérament : ce qui est une absurdité qui répugne aux maximes du Christianisme . Car si notre ame possedoit tous les arts, et sçavoit toutes les langues avant l’usage de raison, il s’ensuivroit quelle seroit plus ancienne que le corps et qu'avant leur union elle auroit subsisté quelqu autre part, et par conséquent il n'y auroit plus de science, mais seulement une réminiscence; or il est certain que toutes les vertus qui dépendent de l'ame ont leur commencement et leur progrès.

Mais outre les marques ci-dessus, nous pouvons du propre fonds de la Medecine tirer deux autres

marques très convaincantes, pour distinguer sûrement une maladie causée par le Démon d'une maladie purement naturelle.

La première est qu'il n'y a point de maladie naturelle un peu considérable qui n' altéré évidemment la santé , qui ne diminue les forces, et qui ne laisse quelques vestiges après la violence de ses accès, au lieu que l' Energumène, au sortir des plus violentes agitations , se trouve tout d'un coup tranquille et paroît sain comme auparavant, sans aucun changement de couleur dans le visage et dans ses actions, ni aucune observation dans son tempérament .

La seconde marque est que toutes les maladies naturelles durent un certain temps, qu'elles ont leur commencement, leur progrès, leur force et leur déclin, qui font tous les degrez de chaque indisposition naturelle : mais au contraire les souffrances des Energumènes les saisissent tout d’un coup d’une maniéré étrange, et cessent dans le moment-, si elles reviennent après certains intervalles, on ne seauroit en fixer le cours ni les accès des maladies les plus violentes, et les douleurs les plus aigues.

Au reste, je ne sçaurais approuver le sentiment de ceux qui croyent que dans la Lycanthropie ou le Loup-garou ( comme l’appelle Avicenne) et autres semblables maladies, les hommes soient réellement changés en Loups, car quoiqu'on leur remarque alors une rage ou une fureur de Loup , ils ne perdent pas pour cela leur qualité essentielle d’hom-

me, laquelle ne peut pas agir dans le corps d’une bête privée des organes convenables à ses operations, et lamétamorphose de certaines personnes citée par ces auteurs ne prouve rien ; car ce changement prétendu de figure doit passer pour une illusion.

. . . Point besoin de remonter jusqu’aux convulsionnaires de St-Médard : Voici ce qui s'est passé, il y a quelques mois, près de Dijon :

Dijon, 18 juillet. — Des fermes éparses, situées dans un cadre riant, composent, à une quinzaine de kilomètres de Dijon, le petit village de Magny-sur- Tille ; là vécut pendant trente ans une faiseuse de miracles que des laïques fanatiques voudraient placer au rang des grandes bienheureuses reconnues par l’Eglise.

Le corps de Françoise Sauvestre devait résister pendant sept ans à l’œuvre destructrice de la nature. Elle l’avait prédit, et c’est pour vérifier cette prophétie que le cercueil de la guérisseuse fut violé vendredi dernier.

Le parquet de Dijon, d’ailleurs, vient, à la suite de ces faits, d’ordonner d’office l'ouverture d’une enquête.

Cette information a été confiée aux gendarmes de Genlis, qui rencontreront sans doute de nombreuses difficultés, car les langues paysannes se délient d’autant moins commodément que le diable, pour beaucoup, semble jouer un rôle prépondérant dans cette affaire.

L’euquête, du reste, ne saurait entraîner des conquences judiciaires, car l’exhumation fut autorisée par le maire de Magny, M. Cornemillaut, à qui revient la police du cimetière.

Françoise Sauvestre était née de parents très humbles, au village voisin de Fauverney. Elle était infirme. Enfant, elle mendia de commune en commune.

Un beau jour, à la suite d’une assez longue absence, elle reparut à Fauverney : c’était à l’époque où les souffreteux, condamnés par la science, ne s’entretenaient que des guérisons miraculeuses obtenues par le curé d’Ars.

— J’ai vu le curé d’Ars, déclara Françoise ; il m’a confié son secret. Que ceux qui gémissent viennent à moi !

On vint à elle. Sa bicoque vit défiler les paralytiques, les aveugles, les ulcéreux, les nerveux, les blessés.

Les médecins cherchèrent noise à Françoise Sauvestre. Pour exercice illégal delà médecine, elle fut condamnée et emprisonnée .

Sa fortune était faite. La« martyre » de Fauverney, persécutée par les incrédules, devint célèbre à cent lieues à la ronde.

Dès sa libération, Françoise Sauvestre s’installa à Magny-sur-Tille. Elle ouvrit une chapelle consacrée à Sainte-Philomène et au Vénérable curé d’Ars. Elle ne fréquentait point l’église et affectait quelque dédain pour les sacrements. Mais elle entourait

Sainte-Philomene d’un culte si touchant que la bienheureuse ne pouvait faire moins, assurait-elle, que d exaucer tous ses désirs. On accourut la consulter.

— Ayez la foi, disait-elle, et priez avec toute la ferveur de votre croyance.

Devant la statue de la sainte, Françoise faisait brûler un peu d’huile. Elle y mêlait de la cire fondue, puis elle frictionnait de ce mélange inoffensif le membre ou la partie malade. Des invocations terminaient la cérémonie. C’était un long récitatif, sorte de litanie oùles saints les plus singuliers, comme saint Bain de Froid et saint Barbe en Fleur, voisinaient avec les saints les plus authentiquement romains.

Ses remèdes guérirent des maux réputés incurables, des langueurs inexpliquées, des plaies affreuses. On l’affirme du moins et on cite des noms. Le curé de Magny lui-même reste perplexe et croit à un pouvoir diabolique.

Françoise Sauvestre ne se contentait pas de juguler toutes les misères du pauvi’e corps humain. Elle donnait des conseils aux plaideurs et elle lisait comme dans un livre ouvert dans la vie de ses clients.

Sa réputation gagna de proche en proche. Un comité se forma qui exalta les vertus de la bonne femme. Une revue spirite s enthousiasma : on accourut de la Nièvre, du Jura, de Saône-et-Loire et même du Midi.

Chaque jour, une trentaine de malheureux s’en remettaient aux prières de Françoise du soin de les

guérir. Elle ne leur réclamait rien, mais ils déposaient sur l'autel de Sainte-Philomènede généreuses offrandes. Chaque journée rapportait ainsi une cinquantaine de francs .

Après plus de trente ans d’exercice, la guérisseuse décéda à quatre-vingt-huit ans. C’était le 22 avril 1908. Avant de mourir, elle fit appeler le curé et lui demanda les sacrements.

— Je veux bien, répondit le prêtre, mais restituez à l’église les sommes que vous avez gagnées par l’intercession de Sainte Philomène.

— Je n’ai rien escroqué, murmura-t-elle; je n’ai rien à restituer.

Elle mourut sans les sacrements et fut enterrée en terre païenne. Son corps fut déposé dans une chapelle , enrichie de superbes vitraux, qui fut élevée au milieu du cimetière de Magny. Des statues de Sainte -Philomène et du curé d’Ars encombrent le mausolée, avec des cannes et des béquilles abandonnées là en témoignage de guérison par des boiteux et des paralytiques.

La maison de Françoise Sauvestre a été achetée par un comité.

La chambre de Françoise et la châsse de Sainte- Philomène sont l'objet d’un culte particulier, et, le 22 de chaque mois, de véritables pélérinages s’organisent dans les départements limitrophes. On vient même de Suisse et d’Autriche pour prier sur la pierre et réclamer remède à tous les maux.

Le 22 avril de l’an dernier, 270 pèlerins débar-

quèrent en gare de Faverney, et dans le creux des bénitiers disposés à l’extérieur du mausolée ils burent avidement l’eau croupissante des dernières pluies.

Le « comité du culte de Françoise Sauvestre »

c’est là le titre qu’il a pris — se proposait de faire canoniser celle que les habitants deMagny appellent « la Sorcière » et que les zélateurs nomment « Sainte Françoise ». L’évêque de Dijon, Mgr Monestès, ayant condamné leurs pratiques en février dernier, ils lui demandèrent audience pour le convaincre. Mais comme le prélat s’obstinait dans son scepticisme motivé, ils lui rappelèrent la prédiction de l’ancienne mendiante :

— Sept ans après ma mort, mon corps sera toujours intact dans la tombe.

— Ce sera là évidemment un commencement de preuve, répondit l’évêque. Faites exhumer le corps, et nous verrons.

Sous le prétexte de changer le cadavre de cercueil, l’autorisation nécessaire fut obtenue, et c’est ainsi que, vendredi dernier, l’exhumation eut lieu, en présence de trois cents fidèles de la secte et des docteurs Zipfel de Dijon et Charbonneau de Genlis. Un notaire, Me Bernard, les accompagnait. Le cercueil ne livra que des restes horribles, répandant une indéniable odeur de cadavre. Les fidèles chantaient et priaient, et ces fanatiques s’abandonnèrent alors sans contrainte à une orgie macabre dont l’esprit repousse la vision et qu’on se refuserait à croire si les témoignages n’étaient là.

On vit des hommes et des femmes, tous étrangers au pays, se précipiter sur les lambeaux du cadavre et les palper, les retourner, les respirer. Ils imposèrent sur le squelette des croix, des médailles, des scapulaires, des mouchoirs qu’ils embrassaient ensuite. Une femme trempa dans l’eau de pluie un linge qu’elle roula ensuite parmi la cendre et les ossements et qu’elle s’appliqua contre le visage.

Les témoins oculaires, gens posés, ayant situation dans la région, affirment que de la poussière du cadavre fut ramassée par pincées dans le cercueil et jetée dans les bénitiers emplis d’eau. On but ensuite cet horrible mélange.

Dans toute la région, l’indignation est à son comble. On attend le 22 juillet, jour du pèlerinage mensuel, pour exiger la fin de ce scandale, que la secte de Françoise se propose de prolonger pendant trois ans encore. Car, dans leur exaltation, ces pauvres gens, que Mgr Monestès appelle « des égarés », croient fermement que d’ici là le corps de leur sainte se reconstituera entièrement dans sa nouvelle enveloppe de satin. Le maire de Magny-sur-Tille est décidé cependant à leur interdire désormais l’accès du cimetière, saccagé par leurs transports .

Cure sympathique. Suggestion. Voyance

La plupart des théories des occultistes contemporains reposent sur les effluves que dégagerait le corps humain.

Et comme il faut prouver l’existence de ces effluves ils la prouvent à leur façon, disant :

Dans l’obscurité placez, à plat, votre main, les doigts écartés, sur un morceau de laine noire, et retirez-la brusquement : vous apercevrez, alors, une sorte de buée dessinant la forme des doigts, et qui s’évaporera doucement. Ce sont les effluves.

Mais non ! c’est un vulgaire effet d’optique, et vous obtiendrez le même résultat avec n’importe quel corps blanc ou clair dont la rétine conservera le souvenir quelques secondes.

On a construit quantité d'appareils plus ou moins perfectionnés pour essayer d’enregistrer les effluves vitaux. Tous laissent à désirer.

Ils reposent, en somme, sur ce principe : une paille en équilibre sur une aiguille, sous une cloche de verre. Grookes, Faraday, Puyfontaine, Fortin, Baraduc, etc. , ont imaginé des appareils dont l’inconvénient est de ne pas présenter une garantie suffisante contre la chaleur humaine, celle-ci, comme

1U4‘ LES excentricités médicales

toutes les chaleurs, traversant le verre et la laine.

Le galvanomètre de Puyfontaine est un galvanomètre astatique à fil d’argent d’une longueur de 80 kilomètres ! Afin d’éviter toute torsion, l’aiguille est suspendue par un fil pris directement au sortir de la filière du ver à soie avant que le cocon soit commencé. On cherche le sens du courant en mettant les fils conducteurs en communication avec une petite pile au bichromate de potasse à un élément.

Le sthénomètre du Dr Joire est constitué par une aiguille posée sur une pointe et tournant horizontalement sous un globe de verre au-dessus d’un cadran divisé. Pour maintenir l’aiguille parfaitement horizontale le plateau extérieur possède des vis calantes

qu on fait jouer suivant les indications du niveau d’eau.

M. de Tromelin a voulu éliminer la chaleur vitale. Dans ce but il a construit un girateur à quatre lames en croix fort ingénieux — mais qui ne nous a toujours pas donné les résultats annoncés.

Selon les occultistes, les effluves forment une espèce d ambiance plus ou moins épaisse, d'aura qui entoure le corps, le précède, le suit. C’est un milieu plus ou moins élastique, toujours en mouvement, toujours vibrant qui perçoit les impressions extérieures. Cette enveloppe est plus ou moins étendue — peut-être très étendue: ne vous est-il point arrivé de penser à une personne dont vous n’aviez pas entendu parler depuis longtemps et de la rencontrer

quelques minutes après ? Il semble que les effluves renseignent le corps, lui apportent les choses vues, entendues, servant d’éclaireur et d’arrière-garde, faisant le chien de berger. Ainsi parlent les occultistes.

Ceux-ci ont un peu abusé de la théorie du dédoublement, de la sortie du corps en astral. Evidemment, nous avons entendu parler des expériences des fakirs qui s’extériorisent si bien que leur corps demeure, pendant des mois, enfermé dans un cercueil, cependant que leur espi’it vagabonde au loin, racontant à son retour ce qu’il a vu !

La chose ne nous semble pas si facile. Et l'expérience est toujours des plus dangereuses : plus d’un part pour le pays des rêves qui n’en revient pas.

Etant donné selon la théorie occultiste que les effluves humains jouissent sur l’aiguille de la double propriété d’attraction et de répulsion, il faut pour atteindre au dédoublement arriver à supprimer l’attraction . La difficulté réside en ce que la volonté, pivot de l’opération, doit s’extérioriser elle-même. C’est un dilemne : si elle s’extériorise totalement elle ne revient pas ; d’autre part, si elle ne s’extériorise pas totalement le dédoublement parfait n’a pas lieu. Et, en bon français, le dédoublement parfait s’appelle « mort », le dédoublement imparfait « hallucination ».

L’on peut diviser, en matière de dédoublement, les individus en deux catégories : les nerveux, propres à s’extérioriser, à projeter leur astral, et les bilieux, propres à servir de réceptacle à cet as-

i06 LES EXCENTRICITÉS MÉDICALES

tral, comme étant plus particulièrement sensibles aux impressions extérieures.

Toutefois, le bilieux — le sujet réceptif — doit s’extérioriser aussi quelque peu, il doit envoyer ses effluves à la rencontre de ceux du nerveux, leur faciliter son approche, les attirer.

. . . L’on peut, toujours selon les occultistes, considérer le corps humain comme une pile, ses effluves comme l'électricité qu’elle dégage.

« Lorsque l’on passe la main, dit Deleuze, le long des bras ou des jambes, l’impression de chaleur ou de froid ne se fait pas sentir uniquement sous la main, elle la précède... Très souvent le malade éprouve de l’assoupissement, il a les yeux appesantis, la tête lourde, sans pourtant que cela le gêne. Très souvent encore, si l’on n’a conduit la main que jusqu’aux jambes, sans aller jusqu’à l’extrémité des pieds, les jambes s’engourdissent ».

Le soleil, toutes sources de chaleur envoient des ondes caloriques ; celles-ci, convenablement modifiées par une lentille, provoquent soit une inflammation, soit une évaporation rapide ou ébullition. Le cerveau est, lui aussi, un centre vibrant fort actif ; les ondes émises canalisées par le nerf optique et concentrées par le cristallin ne peuvent-elles, sous l’effort d’une ferme volonté, par un regard contemplatif énergique, provoquer ces deux sortes de phénomènes?

Un barreau aimanté possède la bipolarité, il peut agir à distance sur une aiguille métallique, provo-

quer attraction et répulsion, dévier certains rayons. La main humaine possède, elle aussi, la bipolarité : elle peut donc réaliser les mêmes effets .

Des ondes convenablement dirigées, soit par conducteur tangible, tel que le fil, soit par concentration au moyen d’un projecteur, sont capables de mettre en action, au loin, divers mécanismes. Si ces ondes sont issues, non plus d’une source industrielle, mais bien d’un être humain, il est possible d'obtenir la mise en marche d’un autre être humain.

Cela nous mène à la « cure sympathique ».

La cure sympathique est de tous les temps, de tous les pays.

Au Mexique les guérisseurs font passer les maladies daus des corps inertes : bois, cuivre, étoffe, etc. Pour opérer ce transfert, le sorcier tourne autour du malade, suce la partie atteinte et crache sur l’objet récepteur .

Voici deux vieilles recettes :

« Je suis persuadé que toutes les maladies du corps peuvent être guéries facilement si l’on met du sang rouge et encore chaud du patient dans un œuf, que l’on mette cet œuf sous une poule couveuse, qu’on le laisse là jusqu’à ce qu’il soit entré en putréfaction, puis qu’on le donne à dévorer avec du pain ou de la viande à un animal ».

« On transplante les maux de dents dans un saule, un noisetier ou autre arbre de cette façon : après avoir enlevé un peu d’écorce, on coupe un morceau

de bois, on en pique la gencive jusqu’au sang, puis on met le dit morceau taché de sang à sa place dans l’arbre, et on le couvre d’écorce».

C’est la cure sympathique qu’opèrent, dans les couvents, les ordres contemplatifs qui appellent sur eux et prennent pour eux les maux de leur Prochain .

N’est-ce pas, aussi, une cure sympathique ce remède biblique qui consistait à vivifier un vieillard ou un faible en l’entourant de jeunes filles ou de jeunes garçons robustes ? L'Ecriture nous raconte que le vieux David puisa de nouvelles forces au contact d’une jeune Sinamite.

. . .La question des effluves humaines nous entraîne encore sur un autre terrain ; l’envoûtement.

L’envoûtement !Que de bêtises l’on a écrites à son sujet !

La palme revient à nos modernes occultistes 1 Pour eux rien de plus simple depuis que M. de Rochas a endormi un sujet, dissout sa sensibilité dans un baquet d’eau ou dans une plaque de gélatine ou dans une autre chose, piqué, brûlé, écorché l’eau ou la plaque, et que, à cent mètres de lui, derrière des mur épais, le dit sujet a été piqué, brûlé, écorché!

C’est, assurent-ils, le même processus qu’au Moyen Age : on prenait une masse de cire vierge, on la modelait à l'image de la personne à envoûter, on introduisait les dents, les cheveux ou les rognures d’ongles qu’on avait pu dérober à celle-ci (d’où parait-il, l’expression a avoir une dent contre quel-

qu'un » !), on la munissait des Sacrements dont elle était munie, et il ne restait qu’à la piquer,, a la brûler, à l’écorcher pour que l’autre, à des centaines de kilomètres, fût piquée, brûlée ou écorchée.

Seulement. . . au Moyen Age la personne n’avait pas été endormie !

Et puis... les expériences de M. de Rochas... Elles rentrent dans la catégorie des expériences spirites auxquelles les profanes ne sont pas admis sous le prétexte que leur présence les fait échouer immanquablement.

On me répondra par Charcot.

Je répondrai à mon tour que beaucoup doutent de ses expériences.

Mais, admettons leur authenticité ; que prouveraient-elles? L’on n’établit pas une loi à l’aide d’un phénomène, d’un monstre ! Il y a des moutons à cinq pattes : sait-on pourquoi ? On a changé la couleur du phosphore au hasard de manipulations, on n'a jamais pu recommencer. Charcot a-t-il renouvelé ses expériences à volonté?

Y a-t-il compris quelque chose? Fut-il sûr de n’être pas abusé, de ne pas se trouver en présence de simulateurs ou de fumistes ?

En tous cas son sujet était ou endormi ou à l’état de crise, et c’était ledit sujet qui recevait « la charge », qui était atteint. Tandis qu’au Moyen Age, je le répète, la personne atteinte n’était nullement endormie, et pouvait être parfaitement saine d’esprit.

Hô

Nos occultistes ont tenté de parer à cette objection en avançant que le sujet se dédoublait, se séparait de son corps astral, envoyait ses effluves contre la personne à envoûter ! C’est peut-être un peu simple comme explication.. . C’est la définition de l’envoûtement, mais non son mécanisme.

Il convient, évidemment, de se demander : L’envoûtement est-il possible ?

Il me semble bien étrange que, pendant des siècles, tous les hommes éminents, chimistes (ou alchimistes), astronomes (ou astrologues), physicieus, médecins, théologiens, ecclésiastiques, officiers, magistrats, princes, etc., etc. aient vécu dans la terreur d’un phénomène chimérique.

Dans deux cents ans l’on se demandera : L’hypnotisme est-il possible ? Mais, l’on ne pourra pas dire qu’à notre époque il est reconnu par tous les hommes émments ! Il fait faillite, et on ne rencontre ses partisans que sur les tréteaux forains. Il comptait deux écoles : celle de la Salpêtrière et celle de Nancy : la première n'est plus, et la seconde est bien malade.

Revenons à l’envoûtement :

Au Moyen Age I on opérait par « envoûtement triangulaire », c’est-à dire dans lequel trois facteurs étaient en jeu : 1° l’envoûteur ; 2° l'envoûté ; 3° une personne on un animal destiné à éviter à l’envoûteur le a choc en retour » qui se produit lorsque l’envoûté renvoie « la charge » ; celle-ci une fois lancée doit agir; si elle ne touche pas le destinataire elle

revient à l’expéditeur à moins que celui-ci ait eu la précaution de se préparer un remplaçant. Certains se contentaient d’un baquet d’eau : si l’ennemi repoussait la charge, celle-ci venait troubler l’eau, l’agitait, la faisait bouillir, jaillir en puits artésien !

« Au XVI3 siècle, dit un vieil auteur, il restoit encore dans la Brie, aux environs de Paris, une malheureuse cabale de Bergers qui faisoient mourir les Bestiaux, attentoient à la vie des hommes, à la pudicité des femmes et des filles, commettoient plusieurs autres crimes, et s’étoient rendus formidables à la Province : il y en eut enfin d’arrêtés, le juge de Paci intruisit leur procès, et par les preuves il parut évidemment que tous ces maux étoient commis par maléfices et sortilèges.

« Les sorts dont ces malheureux se servoient pour faire mourir les Bestiaux consistoient dans une composition qu’ils avouèrent au procès et qui est rapporté dans les Factums ; mais si remplie de sacrilèges, d'impietés et de profanations, qu’il vaut beaucoup mieux l’ensevelir dans l’oubli que d’en rappeler les idées, le seul récit en feroit horreur, ils mettoient cette composition dans un pot de terre et l’enterroient ou sous le seuil de la porte des Etables aux Bestiaux, ou dans le chemin par où ils passoient, et tant que ce sort demeuroit en ce lieu ou que celui qui l’avoit posé étoit en vie, la mortalité des Bestiaux ne cessoit point; c’est ainsi qu’ils s‘en expliquèrent dans leurs interrogatoires ; et une circonstance fort singulière et fort surprenante de

leur procès prouve bien qu’il y avoit un véritable pacte entr’eux et les malins esprits pour commettre tous ces maléfices.

« Voici comment la chose se passa, elle est trop curieuse pour en priver le public. Ils avouèrent bien comme il vient d’être observé d’avoir jetté ces sorts sur les Bestiaux du Fermier de la terre de Paci proche de Brie-Gomte-Robert, pour venger l’un d’entre eux que ce Fermier avoit chassé et mis hors de son service ; ils firent le récit exact de la composition ; mais jamais aucun d’eux ne voulut découvrir les lieux où ils avoient enterré le sort, et on ne sçavoit après de semblables aveus d’où pouvoit venir cette réticence sur ce dernier fait.

a Le Juge les pressa de s’en expliquer, et ils dirent que s’ils découvroient ce lieu et qu'ou levât le sort, celui qui l’avoit posé mourroit à l’instant. Enfin l’un de leurs complices nommé Etienne Hocque, moins coupable que les autres et qui n’avoit été condamné qu’aux galères, étoità la chaîne dans les prisons de la Tournelle : l’on gagna un autre forçat, nommé Beatrix, qui étoit attaché proche de lui. Beatrix à qui le Seigneur de Paci avoit fait tenir de l’argent fit un jour tant boire Hocque qu’il l'enyvrat, et en cet état le mit sur le chapitre du sort de Paci, il tira de lui le secret qu’il n’y avoit qu’un nommé Bras de-fer, autre Berger qui demeuroit près de Sens, qui pût lever ce sort par les conjurations qu’il sçavoit pour découvrir tous les sorts ; Beatrix, profitant de ce commencement de confiden-

ce, engagea Hocque d’écrire une lettre à Nicolas Hocque son fils, par laquelle il lui mandoit d’aller trouver Bras-de-Fer, pour le prier de lever ce sort; et surtout défendit à son fils de dire à Bras-de-Fer qu'il fût condamné et en prison, ni que c’étoit lui, Hocque, qui avoit posé ce sort.

« Cette lettre écrite, Hocque s’endormit, et à son réveil les fumées du vin étant dissipées, et faisant réflexion de ce qu’il avoit fait, il fit des cris et des hurlements épouvantables, se plaignant que Beatrix l’avoit trompé, et qu’il seroit cause de sa mort ; il se jetta sur Beatrix qu’il vouloit étrangler ; ce qui exeita même les autres forçats contre lui par la pitié qu’ils avoient du désespoir de Hocque ; en sorte qu’il fallut que le Commandant de la Tournelle vînt avec ses Gardes les armes à la main, pour apaiser ce désordre, et qu’il tirât Beatrix de leurs mains.

« Cependant la lettre que Beatrix avoit fait tenir au Seigneur de Paci fut envoyée à son adresse. Bras-de-Fer vint à Paci entra dans les Ecuries, et après avoir fait plusieurs figures et des imprécations exécrables, il trouva effectivement le sort qui avoit été jetté sur les Chevaux et sur les Vaches ; il le leva et le jetta au feu en la présence du Fermier et de ses domestiques ; mais à l’instant Bras-de- Fer parut chagrin, témoigna du regret de ce qu’il venoit de faire, et dit que l’espidl lui avoit révélé que c’étoit Hocque, son ami, qui avoit posé ce sort en cet endroit, et qu’il étoit mort à 6 lieues de Paci,

au moment que ce sort venoit d’être levé : en effet par les iüformations qui furent faites au château de la Tburhelle, par le Sr. le Marié, GcdnihissaiCe âu Châtelet et à Pâci, par le Juge des lieux, il y a preuve qu’au même jour et à la même heure Brâsde-Fer avoit commencé à levei* le sort : Hocqüe qui étoit un homme des plus forts et des plus i’obüstes étoit mort en un instant dans des convulsions étranges, et se tourmentant comme un possédé, sans vouloir entendre parler de Dieu ni de confession (1).

« Bras-de-Fer avoit été pressé par le Fermier de lever aussi le sort qui avoit été jetté sur les moutons ; mais il dit qu’il n’en seroit rien, parce qu’il venoit d’apprendre que ce sort avoit été posé par les enfants de Hocqüe, et qu’il ne vouloit pas les faire mourir comme leur père.

« Sur ce refus, le Fermier eût recours aux Juges des lieux ; Bras-de-Fer, les deux fils et la fille de Hocqüe furent arrêtés avec deux autres Bergers

(1) C’est le choc en retour. Qu’on nous tolère ces quelques lignes extraites d’un vieux bouquin : « Dans les villages où il fait toujours bien crotté durant l’hiver, il arrive (Ju’il y ait quelque fermier qui soit plus propre que les autres, et qu’il tienne plus nettement les avenues de sa maison que ses voisins ; les goujats sont bien aises d'y venir, quand il fait obscur ou la nuit, pour y lâcher leur venti'e. Mais, les bonnes ménagères, en ouvrant au malin la porte du logis, trouvent ce présent dont l odèur inal gracieuse les transporte de colère. Celles qui ont été instruites à ce jeu vont incontinent rougir une broche ou une pelle au feu, puis l’enfoncent ainsi chaude dans l’excrément, et quand le feu en est éteint, elles la chauifeht à nouveau, et répètent souvcntes fois la même chose. Cependant, le fripon qui a fait cette saleté sent douleurs et coliques aux boyaux, une inflammation... »

leurs complices, nommés Jardin et le Petit-Pierre; leur procès instruit, Bras-de-Fer, Jardin et le Petit- Pierre furent condamnés d’être pendus et brûlés, et les trois enfants de Hocque bannis pour neuf ans.

« Deux autres de ces Scélérats, nommez Biaule et Lavaux, furent condamnez par le même Juge à être pendus et brûlés. La Sentence fut confirmée par Arrêt du 18 Décembre 1691, ils furent exécutés ;par ce dernier exemple la Province a été délivrée de ces abominations ».

. . . N’oublions pas que l’envoûtement qui nous apparaît aujourd’hui comme un miracle trouvait dans le Moyen Age une époque singulièrement préparée à l’accepter ; la foi s’y exaltait tellement, grimpant jusqu’au ciel le long des clochers gothiques, qu’elle régnait en souveraine maîtresse, qu’elle était l’üniqüe facteur .

Vraiment, elle soulevait des montagnes ; la femme enceinte pensait à un garçon; elle accouchait d’un garçon; à une fille: elle accouchait d'une fille. Désirait-elle un général, un aètiste, un philosophe ? il lui suffisait de penser à un général, à un artiste, à un philosophe . Des « envies » !

Certes, nous ne croyons pas aux somnambules, aux voyantes, aux médiums, nous ne croyons pas à la suggestion dans le sens que lui donnent les charlatans qui en vivent.

Mais certains phénomènes nous paraissent du domaine de la quatrième dimension, c’est-à-dire relevant de l’éternel dilemne ; l’homine cohcevant

quelque chose dont il n’a pas la moindre idée, quelque chose d'inconcevable. Le règne de la quatrième dimension confond passé, présent, avenir, temps, espace, action. Il est pour notre entendement incompréhensible. A peine l’esprit peut-il l’entrevoir en essayant de se figurer trois planètes placées sur une ligne verticale ; un événement se passe dans la première, c’est le présent pour celle-ci et l’avenir pour les deux autres auxquelles il n’atteindra que dix mille ou vingt mille ans après, par exemple ; il arrive à la seconde, c’est le présent pour celle-ci, le passé pour la première, l’avenir pour la troisième ; etc. Supposez, maintenant, les habitants de la troisième munis de télescopes perfectionnés inconnus de ceux de la seconde, télescopes triplant, quadruplant la vitesse de l image : un événement se passe sur la première, que, grâce à leurs télescopes, les habitants de la troisième perçoivent avant ceux de la deuxième : passé pour la première, présent pour la troisième, avenir pour la seconde .

Prenons une paire de gants, supposons les exactement pareils, soufflons dedans pour les gonfler, et essayons de les superposer, c’est-à-dire de faire occuper par l’un la position occupée par l’autre. Impossible ! il faudrait pour cela que les deux gants fussent de la même main .

Gomment ! ces deux gants sont respectivement définis par les mêmes dimensions, hauteur, largeur, profondeur, et je ne puis les superposer en volume? Il faut donc admettre une quatrième dimension.

Un autre exemple imposera mieux cette idée : prenons un objet quelconque, un cube pour plus de facilité. Nous croyons définir ce cube en disant qu'il a un mètre de côté, et nous nous le représentons ainsi. Nous nous le représentons forcément quelque part dans l’espace : il occupe une partie de l’espace, et c’est cette partie qui est définie par les trois dimensions. Mais quand ? A quel moment du temps ? Déjà, un autre corps, d’autres corps occupent l’espace défini par les trois dimensions de notre cube, comme un autre corps, d’autres corps l’occupaient avant lui. Le moment présent est le passé ou le futur, le moment présent n’existe pas, ne peut exister, et le Temps est essentiellement continu, il ne souffre pas d’arrêt.

Or, l’espace se meut dans le Temps. L’on comprend donc maintenant que pour définir un objet, la notion du Temps doit s’ajouter à celle de nos trois dimensions. Si nous n’avons cette notion du Temps, qui nous prouvera que notre objet demeure le même pendant que nous lui appliquons ces trois dimensions ?

Parlons maintenant de l’isomérie et de V allotropie. L’acide fulminique a la même composition que l’acide cyanique : le premier soumis à la plus faible élévation de température détone avec violence, l’autre résiste à la chaleur rouge. Voilà deux corps qui ne sont pas définis par leur formule chimique puisque la même s’applique indistinctement aux deux. L’on est ainsi conduit à penser que les corps ayant

mônfie composition et des propriétés différentes occupent en réalité des espaces différents, qu’ils cristallisent suivant divers systèmes. Mais, s’ils cristallisent dans le même système, l’i4ée d’une quatrième dimension s’impose encore.

... Et cela qui nous échappe indique qu’il ne faut pas se prononcer ern matière d’hystérie.

Magnétiseurs

Il y a les magnétiseurs, les hypnotiseurs, les masseurs, les guérisseurs, les voyants, les rebouteurs, les homéopathes, les bénisseurs, les diseurs de prières, les métallothérapistes, les pétrothérapistes, les radiothérapistes, les électrothérapistes ! Et les sérums ! Et.,. Et. . .

L’homéopathe assure :

— J’ai guéri une personne du tétanos à l’aide de la strychnine qui le provoque.

Une ligue vient de se fonder contre la vaccination, mère de la tuberculose.

Une autre ligue éclot : la ligue des malades revendiquant le droit de se faire soigner par qui bon leur semble.

Pour toute nourriture X. donne à ses pensionnaires des courants électriques.

Et le traitement par la « psychose » ! On ne sait ce que c’est, ce que ça veut dire...

Dans les séances spirites les esprits donnent des consultations, dictent des ordonnances !

Incohérence, folie !

... Mais, ce sont les magnétiseurs qui tiennent le plus de place.

Les magnétiseurs partent, en somme, du principe suivant :

La cellule est bipolaire — qu elle soit animale, végétale ou minérale. Prenons la cellule minérale : Etendre sur une plaque de verre une solution de nitrate de potasse ; dessus, verser, à deux centimètres 1 une de l’autre, deux gouttes d’encre de Chine ; on obtient deux pôles dont les lignes de force se repoussent. Pour obtenir deux pôles dont les lignes de force s attirent, placer dans la même solution un cristal de nitrate de potasse et, à deux centimètres, une goutte de sang défibriné.

C’est cette propriété magnéto-électrique qu’on a cherché à appliquer dans le magnétisme.

A prendre les magnétiseurs à la lettre, le magnétiseur se met en communication avec le malade, et ressent, bientôt, dans son propre corps tout ce qu’éprouve celui-là. Delà un diagnostic infaillible... Mais cette théorie est encore préférable à celle du diagnostic obtenu en posant, une ou deux heures, une plaque photographique contre la partie malade ! Les effluves, toujours en mouvement, donneraient une image nette avec de la pose ! !

Comme l électricité qui détruirait les microbes vivant à l’intérieur du corps sans abîmer l’épiderme externe, les effluves humaines jouiraient de propriétés merveilleuses, entre autres celle de vivifier ou tuer à volonté. Tantôt elles donnent la vie, tantôt elles l’enlèvent ! Elles tuent les méchants microbes, elles ne tuent pas les bons !

Lisez l’histoire suivante :

«... S’il y a lieu d’être très méticuleux quand il s’agit d’expériences dans un domaine déjà exploré et connu, quelles précautions encore beaucoup plus grandes devra prendre l’expérimentateur qui s’aventure franchement dans le monde des faits inconnus !

« ... J’apporte pour l’instant une seule expérience ; mais je l’apporte avec toute la précision dont j’ai été capable. Mon expérience a trait aux phénomènes de momification produits par l’imposition de la main.

« La Main » au début de l’expérience (a g janvier). Les conditions défectueuses dans lesquelles elle se trouvait.

« Lorsque mon confrère, le Dr Soquet, m’apporta ia main, voici les renseignements qu’il me donna sur elle :

« C’est la main d’un homme jeune, mort asphyxié par le gaz (je suppose gaz d’éclairage); la main est restée dans l’appareil frigorifique pendant trois semaines (1) ».

« Aspect. — Le 29 janvier, jour où je reçus la main, celle-ci avait sensiblement l’aspect d’une main fraîche, avec cette différence, toutefois, que les ongles étaient noirs : (Cette teinte noire est un signe d’empoisonnement). La paume (éminences

(1) L’asphyxie par le gaz suffirait, dans certaines conditions, à produire la momification. N. D.L. A.

thénare, et hypothénar) et les pulpes digitales présentaient quelques très légères hypostases ; la section, la paume, la région dorsale avaient une coloration naturelle. Il n’y avait aucune odeur.

« Après l’amputation, la main n’avait pas même été lavée ; elle présentait des traces de sang coagulé sur l’éminence hypothénar, sur la tranche et sur la région dorsale . Tenant à agir sur la main telle qu’on me l'apportait, je ne la lavai pas.

« Concernant les conditions initiales de l’expérience, j’ai trois points à mettre immédiatement en évidence ; ils montreront que mon confrère le Dr Soquet, en choisissant la pièce anatomique qu’il m’a donnée, n’a pas reculé à me mettre, dès ce premier essai, en face des difficultés :

« 1® La main du cadavre que m’a apportée le Dr Soquet est une main remarquablement volumineuse, très épaisse, grasse et du poids de $io gr . 5 (poids très au-dessus de la moyenne).

a J’eus certes accepté plus volontiers une main petite, maigre ; celle par exemple d’un individu mort à la suite d’une longue maladie.

« 2° La main est celle d’un cadavre gardé pendant trois semaines dans la glace ; condition déplorable s’il en est pour l’issue de mon expérience. Il n'est point besoin, en effet, d’être médecin pour savoir que, si une viande se conserve très bien avec les signes de la fraîcheur tant qu’on la laisse à basse température, elle se putrifîa extrêmement vite,

quand on la transporte du froid à la chaleur (1). Les cuisinières ont toutes eu la pénible surprise de s’apercevoir qu’un bifteck quelles croyaient frais quand elles l’achetaient sentait la putréfaction quelques heures après l’achat; il sortait de l’appareil frigorifique.

Gomment nous avons traité la main.

« Qu’on n’aille pas croire que, pour influencer la main, il nous faut nous mettre dans un état spécial, dans une crise plus ou moins médiumnique ; non : aucun de nous n’est médium.

« La main fut par moi placée le 29 janvier telle qu’on me l’apportàit sur un papier que je posai tout simplement sur la table de mon laboratoire.

« Les premiers jours, sitôt que l’un de nous avait un moment de liberté, il allait au laboratoire et « magnétisait » l’objet; pour ce faire, il étendait les mains au-dessus, en faisant ce que les magnétiseurs appellent une « imposition » ou bien faisait « des passes » lentes allant de la tranche à l’extrémité des doigts, à une quinzaine de centimètres de distance. L’opérateur fixait son attention, sa volonté sur le résultat à obtenir, mais l’ignorance où nous nous trouvons de la valeur de ce facteur m’oblige pour l’instant à le négliger. La volonté a-t-elle aidé l’opé-

(1) Nous affirmons formellement le contraire, et qu’une basse température commence la stérilisation. N.D.L.A.

ration? j’ignore ; les expériences ultérieures éclairciront ce mystère. En tout cas, la concentration de pensée des opérateurs sur le résultat à obtenir n’était jamais considérable, puisqu’ils parlaient et répondaient en agissant.

« Chacun de nous, ai-je dit, pendant les premiers jours, venait influencer la main sitôt qu’il avait un moment de liberté ; c’est ainsi que pendant 6 jours nous lui consacrâmes chacun environ trois quarts d’heure. Nous avons agi ainsi parce que nous considérions que le succès de l’expérience dépendait surtout de l’action iuitiale ; et puis, les conditions étaient pour nous si déplorables que nous voulions donner de suite tout l'effort dont nous étions capables. Cette façon de faire, d'ailleurs, nous a réussi, puisqiïà aucun moment la main n'a présenté le plus petit signe de décomposition .

« Mme R. . . prétend que le résultat eût été identique si nous n’avions donné quotidiennement qu’un quart d’heure à la main ; personnellement, je ne sais pas, et ne puis parler que d’après les faits.

« A partir du 7e jour, constatant que la main restait sans la moindre odeur , nous commençâmes à craindre moins le résultat final, et à opérer moins longuement ; la durée de nos séances diminua, comme leur nombre, et, à partir du dixième jour, noüs consacrâmes à la main chacun deux séances d environ 10 minutes, ce qui fait en tout quotidiennement une heure.

« Au 15e jour, nous étions tout à fait tranquilles;

les séances se raccourcirent encore ; elles ne dépassèrent plus cinq minutes.

« Au 30“ jour, le résultat était si intéressant que nous crûmes inutile d’opérer plus d’une fois chacun tous les jours pendant 5 minutes, ce qui réduisit à quinze minutes la durée quotidienne totale de l’action. Pris par les occupations de la clientèle, il m’arriva même alors de négliger complètement l’objet en expérience pendant 24 heures, et il ne s’en porta pas plus mal ; l’effet était déjà produit ; il a résulté, je crois, de l’énergie que nous avons déployée les premiers jours.

« La main ne fut entourée d’aucune précaution spéciale : elle resta tout simplement, jour et nuit, sur la table du laboratoire, nue, pendant les 9 premiers jours. Le dixième jour, je posai dessus, dans l’intervalle des séances, une cage métallique pour la protéger des mouches (1). Jamais la main ne fut rangée dans l’armoire du laboratoire. »

(1) Les mouches en Janvier ? N. D. L. A.

Empiristes et Guérisseurs

Point besoin pour les guérisseurs de posséder des notions de médecine, d’anatomie ou de chimie! Il suffit pour guérir de toucher la partie malade ou une partie avoisinante !

Ils ne cherchent pas à vous assommer de grands mots à consonance bizarre, ils n’essayent pas de déguiser leur ignorance, non ! ils font le geste du magnétiseur sans parler de « rayons vitaux, d’aimantation terrestre, de Mesmer, de Paracelse, de points hypnotiques, de dédoublement, de corps astral », ils se contentent d’affirmer qu’ils tiennent directement de Dieu leur merveilleux pouvoir.

Et ils trouvent des clients à tire-larigot, d’autant que n’ayant pas d’excessifs frais généraux ils peuvent se contenter d’honoraires infiniment modestes.

D’autant, aussi, qu’ils guérissent souvent ! La foi soulève des montagnes, répétons-le.

Leurs malades sont peut-être des malades imaginaires : mais s’ils guérissent de leurs maladies imaginaires c’est toujours ça!

Les guérisseurs foisonnent dans les campagnes et dans les villes. Certains arrivent à une sorte de célé-

brité ; tout le monde a entendu parler d’Antoine. 11 faut croire que les affaires de ce dernier prospéraient puisque, à sa mort survenue récemment, sa veuve prit sa succession, déclarant tranquillement que c’était l’ordre du Seigneur !

Rapportons une séance à laquelle nous avons assisté chez le zouave Jacob mort, aussi, récemment :

Jacob n’a gardé du zouave que l’allure militaire la tête énergique, la moustache blanche taillée drue, la barbe en pointe, les traits virils, le regard aigu...

Il est robuste et souriant, fort et doux, sage et moqueur, farouche et subtil. Ses malades l’appellent M . Jacob et l’embrassent avec tendresse. Car, ils le vénèrent, il est pour eux le guérisseur, que les sceptiques renient, que les médecins jalousent, que les tribunaux enfin — suprême auréole — ont condamné pour exercice illégal de la médecine.

Il descend de sa petite chambre encombrée de paperasses et d’instruments de musique (il fut joueur de trombone aux zouaves de la garde). Il parait. Il s’avance. Il dit un mot ? Pas même 1 II regarde ? Pas même ! Il est présent ! Et cela suffit.

Entrons dans le petit rez-de-chaussée des Batignolles. C’est rue Lemercier, au fond d’un petit jardin coquet que l’hiver endort, mais qui doit se réveiller au printemps tout frissonnant de plantes grimpantes et de gazouillements d’oiseaux. Derrière une véranda s’ouvrent deux pièces, comme une salle d’école, meublées simplement de bancs de bois. Aux murs

des affiches qui discréditent l’alcoolisme et le dessin de Gill montrant le zouave Jacob en pleine effervescence, des faisceaux de fluides plein les mains et plein les yeux.

Les salles sont encombrées de malades qui sont venus s’asseoir sur les bancs de bois comme des écoliers bien sages ; ils ont déposé en entrant une bouteille d’eau sur la cheminée etilsgardentsur leurs genoux du linge, des bandelettes, de l’ouate. Le zouave est au milieu d’eux, debout, tout blanc, la tête haute et les mains croisées . Ils le regardent tous avec angoisse, ils l’implorent avec onction par toutes les fibres de leur corps.

11 leur parle doucement, familièrement, dans un tutoiement d’ami.

— C’est toi qui étais si malade ? Ah ! les jambes ! Elles sont guéries ?

— Oui, monsieur Jacob.

— Et toi ? Tu avais une taie sur l’œil ?

— Oui, monsieur Jacob .

— Et maintenant tu y vois clair ?

— Oui, monsieur Jacob.

— Pendant trois ans j’ai eu des névralgies. C’est passé. Maintenant j'ai mal aux pieds.

— Tu marches trop . Fais ce que je te dis et tu guériras.

— Et toi, fillette, ça va mieux chez toi ?

— Oui, monsieur Jacob Papa ne boit plus d’absinthe. Il voulait tuer mamanavec une canne en fer. Puis, il nous a quittées. On est venu ici. Papa est

rentré, et maintenant il est gentil et ne boit plus d'absinthe.

— Et toi, ton père ? Est-il sorti de Villejuif ?

— Oui, monsieur Jacob.

— Il n’est plus fou ?

— Non, monsieur Jacob. 11 est guéri.

Maintenant, le zouave parle, mais simplement,

avec des paroles compréhensibles et des gestes humains, enveloppants, câlins.

— Vous savez tous ce que je vous ai toujours dit et ce que je vous répète tous les jours. Tout le monde peut guérir, plus ou moins, car tout le monde n'a pas la faculté de prendre beaucoup de fluide à la fois.

« Ton père ou ton voisin a mal à la tête ? Mets-lui la main sur la tête, et reste ainsi un instant : il est guéri. Pour des maladies plus graves on se met plusieurs, on se recueille plus longtemps autour du malade, et l’on appelle les esprits. Ils viennent, et on est guéri.

Le zouave s’interrompt pour interpeller une bonne femme qui se tient dans le coin le plus obscur de la chambre :

— C’est ton fils qui avait le bras ankylosé au coude ?

— Oui, monsieur Jacob.

— Il va bien maintenant ?

— Il est guéri : il ne pouvait rien prendre avec ce bras qui était venu à rien ; aujourd’hui son bras gauche est aussi gros que l’autre.

... Nous ne saurions donner une meilleure idée des empiristes qu’en reproduisant quelques-unes de leurs recettes anciennes et modernes. Nous les donnons au hasard, sans ordre : inutile de chercher une méthode dans ce fatras !

...Chose admirable que le cerveau se remue aux révolutions de la Lune ; car lorsqu’elle croît, il est humecté, et à son décroissement séché, comme il est aisé à voir aux épileptiques, lesquels sentent du mal au croissant de la Lune,

Pour composer le médicament épileptique, il faut d’abord imbiber le vitriol (acide sulfurique) qui aura été calciné, jusqu’à couleur jaune, avec de l’espritde-vin de façon à pouvoir en faire une masse de laquelle on prendra une livre et demie.

On y ajoutera de la raclure de crâne humain rectifié, du gui de chêne, de l’ongle d’élan, des grains de Paconia.

Fendre et piler le tout, puis le distiller dans la retorte. Ensuite, prendre une livre de la liqueur qui sera sortie et la rectifier au bain-marie.

Il faut ajouter du castoreum, du musc, quatre livres d’esprit-de vin, de la liqueur de perle et de coraux, du sel de paconia, de l’huile d’anis, du succin ; mélanger ces ingrédients, et les faire digérer pendant un mois au bain-marie.

On administre ce remède à raison d’une demi-cuillerée dans de l’eau de paconia, pendant neuf jours , le matin à jeun ; il faut, ensuite, rester trois jours sans manger.

Les acides que contient la pomme sont d’une grande utilité aux personnes d'habitudes sédentaires dont le foie est paresseux ; ces acides servent à éliminer du corps les matières nuisibles qui, si elles y restaient, rendraient l’esprit lourd et lent, et amèneraient la jaunisse ou des éruptions.

Les anneaux dont les anciens ont fait grand cas donnent leur vertu à ceux qui les portent. Le moyen de faire ces anneaux, c’est de prendre une herbe qui soit sujette à une étoile heureuse, quand cette étoile domine, et faire l’anneau d’un métal qui lui convienne, et mettre une petite pierre dedans avec l’herbe ou la racine sujette, et ne pas manquer de faire des parfums, en y mettant les inscriptions des images et des caractères. Ainsi, nous lisons dans Philostrate que Jarchas, prince des Indes, donna à Apollonius sept anneaux de cette sorte qui avaient les vertus et les noms des sept planètes ; qu’il les portait tous chaque jour en les distinguant par les noms des jours, par le moyen desquels il vécut jusqu’à 130 ans, gardant toujours la beauté de sa jeunesse.

Un homme mordu par un chien enragé mangea une croûte de pain après s’être percé le pouce trois fois en récitant chaque fois cinq oraisons dominicales pour les cinq blessures du Christ. 11 fut sauvé.

Le diamant bleu influe sur le cerveau, le rubis sur

le sang, l'émeraude renforce l’œil, et le saphir le fluide nerveux, l’améthyste dissout les gonflements de la rate, la topaze régularise le cours de la bile, l’opale calme les insomnies.

J’avais une violente douleur de dents provenant des deux dernières de la mâchoire supérieure gauche ; la douleur gagnait les autres dents, le nez, l’œil, l’oreille : aucun remède n’y fît. Je tentai de séparer les dents avec la main droite sans autre résultat que d’exacerber la douleur ; enfin, en touchant légèrement avec le pouce gauche la partie extérieure de la dent la plus douloureuse, et avec l'index la partie intérieure, la douleur se calma, d’autant mieux que je touchai plus légèrement. Je renouvelai plus de 20 fois l’expérience avec succès jusqu'à ce qu’enfin toute douleur eût cessé.

Pour guérir la fièvre quarte, il faut mélanger toute l’urine rendue par le malade pendant l'heure de l’accès avec de la farine, et la jeter sur le chemin dans l’espérance qu’un chien affamé la dévorera ; si cela ai'rive, le chien prendra la fièvre, et le malade sera guéri.

Les signes du zodiaque qui rendent les plaies dangereuses sônt les Gémeaux, la Vierge et le Capricorne ; les moins dangereux sont la Balance, le Scorpion et le Sagittaire. L’heure du Soleil est la plus salubre, celles de la Lune et de Saturne sont

périlleuses. Les plaies au-dessous des hypocondres sont périlleuses après la nouvelle Lune, celles audessus du diaphragme s’améliorent pendant que la Lune croît.

L 'Esprit-de-vin des adeptes (préparation tout à fait remarquable guérissant à peu près toutes les maladies). On distille le meilleur vin rouge ou blanc, à la façon ordinaire, en Aqua ardens. Celleci est rectifiée trois fois et bien conservée, de manière que l’esprit brûlant ne s’échappe pas. Cette eau ainsi préparée constitue la matière dont on retire la quintessence. On la met dans un vaisseau circulatoire que l’on ferme hermétiquement et que l’on place dans du fumier de cheval dont la chaleur reste constante. La quintessence se sépare par la digestion continue. Lorsque la digestion a suffisamment duré on ouvre le récipient, et il s’en dégage une odeur particulière à laquelle ne peut être comparé aucun parfum du monde. Si ce résultat n’est pas atteint on ferme de nouveau le récipient, et on le laisse ainsi jusqu’à ce qu’on obtienne le signe caractéristique que l’on vient d’indiquer.

Pour la rougeur et la faiblesse des yeux : On les lavera souvent de vin, et on appliquera sur l’œil malade comme un petit cataplasme de l’herbe des marguerites simples que l’on fera mortifier sur une pelle rouge, et que l’on broyera avant de l’appliquer.

Pour la régénération des ongles : Plonger à plusieurs reprises l’extrémité du doigt privé de son ongle dans la cire fondue qui forme des couches successives qu’on laisse refroidir dessus et qu’on garde jusqu’à la crue du nouvel ongle. S’il survenait des excroissances fongueuses on les enlèverait avec un instrument tranchant ou avec la pierre infernale.

Contre les ongles recourbés : Lorsque les ongles se recourbent par sécheresse dans le tissu, des lotions avec des huiles ou des onctueux suffiront pour les amollir.

Contre les brûlures : On applique sur la brûlure des choux bouillis dans le saindoux, et l’on continue ce remède pendant quelque temps.

Remède contre les foulures : Prenez la moitié d’une chandelle, un demi verre de vinaigre très fort, et une poignée de sel. Faites bouillir le tout ensemble et frottez-en la partie foulée, trois fois par jour, avec un linge que vous appliquerez ensuite. On emploiera ce baume le plus chaud possible ; et si la foulure est au pied, il sera nécessaire de rester, une journée au moins, la jambe sur un tabouret. On pourra, ensuite, renouveler ce remède pendant quelques jours en se couchant.

Contre le sang extravasé sous les ongles : On attire au dehors le sang oui s’extravase sous un

ongle, à la suite d’une piqûre, en trempant le doigt dans de l’eau aussi chaude que l’on peut la supporter.

Remède pour les ongles ébranlés, cassés ou trop faibles, surtout pour ceux des pieds : Mélangez ensemble une once d’huile d’amandes amères, une drachme d’huile de tartre, et un peu d’essence de citron ; lavez-vous souvent les ongles de cette composition, et mettez une petite compresse de nuit sur les ongles.

Contre la migraine : Mêlez des feuilles de roses rouges et un peu de farine de froment avec du vinaigre ; faites bouillir ce mélange jusqu’à consistance d’emplâtre et appliquez-le sur les tempes.

Liniment contre les pleurésies et points de côté : Huile d’olive, deux onces, savon ordinaire, trois gros ; six têtes de pavot bouillies dans de l’eau, il faut mêler le toqt et l’employer chaud.

Contre la piqûre des mouches à miel et des cousins : y appliquer du persil brûlé. Ou bien frotter la partie affectée avec de l’huile d’olive chaude. Surtout ne pas se gratter.

Contre les dents agacées : Mettez une pincée de sel fin dans votre bouche ; faites-l’y circuler un instant, rincez-la ensuite avec de l’eau pure, et vous serez promptement délivré de cette incommodité.

Contre les écorchures et plaies aux jambes : Prenez la partie blanche d'un poireau ; trempez-la dans du lait tiède pour la faire ramollir, et appliquez-la sur la plaie que vous aurez, auparavant, bassinée avec du lait. Vous changerez le poireau toutes les vingt-quatre heures jusqu’à parfaite guérison.

Contre le hàle du soleil : Prenez de la pommade faite avec : huile d’amandes douces, cire et camphre et en frottez tous les soirs .

Quand il faut rogner les ongles : Il ne faut les rogner qu’au déclin de la lune, cela empêche les petits chicots qui peuvent surcroître à la racine.

Pour ôter les rousseurs du visage : Prenez les os longs des pieds de mouton, que vous ferez brûler au feu jusqu’à ce qu’ils se réduisent facilement en poudre, laquelle vous ferez infuser vingt-quatre heures dans du vin blanc ; puis, le couler et vous en servir, vous en lavant et vous en décrassant le visage.

Il faut sur quatre pieds un verre de vin blanc .

Pour guérir le rhumatisme chronique : Faire coucher un chien sur les pieds du malade.

Pour le flux du sang : Prenez un jaune d’œuf frais, ot battez bien ensemble le blanc et le jaune ; puis, avec de la fine fleur de froment, faites comme un

gâteau, et, en faisant la pâle, égrugez-y une noix de muscade. La pâte étant bien faite, et le tout bien pétri, bien broyé et bien mêlé, faites cuire votre gâteau entre deux cendres, puis, faites le manger tout chaud, sortant du feu, au malade ; et, en le mangeant, qu’il boive deux ou trois fois soit eau, soit vin.

Pour la fièvre quarte : Prenez un jaune d’œuf frais, et, l'ayant délayé dans un verre de vin blanc, le faire prendre au malade dans le commencement du frisson.

Pour le mal de gorge : Prenez pour deux sous de farine de seigle chez les grainetiers ; faites-la bouillir dans un demi-setier de lait pendant un demi quart d’heure ; puis, prenez deux oignons de lys, les faire bouillir ensemble, et du tout faites un cataplasme qu’il faut mettre tiède sur la gorge. 11 fait un effet merveilleux.

Parmi les nombreux remèdes qui ont été donnés contre les brûlures, un des meilleurs et des plus simples consiste à appliquer sur la partie brûlée un peu de pâte de farine et à la maintenir humide. Par ce moyen qui est facile, puisqu’il suffit de prendre une pincée de farine, de la délayer dans un peu d’eau et de l’appliquer sur la brûlure, on fait disparaître la douleur presqu’instantanément, et au bout de quelques heures il ne reste plus trace de l’accident.

Simple remède pour les écorchures. — Laver avec de l’eau fraîche la chair déchirée, et quand la plaie est bien propre, la couvrir entièrement avec la pellicule qui enveloppe les œufs crus sous la coquille, en ayant soin que le côté humide et gluant soit tourné du côté delà plaie. La douleur cesse bientôt, et on garde ce petit emplâtre jusqu’à ce que la plaie soit guérie.

La quintessence du eoudrier est bonne pour la vue quand la Lune se trouve en conjonction avec Mercure. La pivoine cueillie quand la Lune est en conjonction avec Jupiter dans le Cancer s’emploie pour toutes les menstrues et l’Epilepsie.

Pour bien dormir, les bilieux doivent placer leur lit selon la direction Est-Ouest.

La racine de concombre sauvage se recueille au mois de mai, le suc exprimé est filtré jusqu’à ce qu’il soit bien clair. L’essence obtenue à la suite des manipulations habituelles se recommande comme purgative dans la jaunisse et les cas d’obstruction de foie et de rate.

Du suc extrait des fruits de concombre sauvage pendant l’automne on fait un excellent remède évacuatif de la bile.

Les racines de squilles donnent un suc purgatif qui désencombre la poitrine, le foie et la rate.

On fait macérer la rhubarbe dans une liqueur

additionnée de vin blanc et de canelle : c’est ce qu’on appelle vulgairement l’infusion de rhubarbe. Mais, ce médicament devient meilleur si l’on suit la méthode suivante : pulvériser la rhubarbe, et l’enfermer dans un vaisseau de vei’re à long col; verser, au-dessus, de l’alcool de vin en assez grande abondance; le vaisseau bouché, faire digérer au bain, trois ou quatre jours, jusqu'à coloration du liquide que l’on mettra à part dans un autre récipient ; puis, remettre sur les fèces un menstrue nouveau jusqu’à ce qu’il ne se colore plus et que la lie de la rhubarbe demeure blanchâtre. Circuler le tout, séparer le menstrue par le bain; l’essence de rhubarbe restera au fond ; on y ajoutera un peu d’extrait de canelle. Ce purgatif, pris avec vin blanc, agira plus fortement que l’infusion. Il convient aüx enfants, aux femmes enceintes, aux vieillards et aux personnes affaiblies. La lie de rhubarbe qui reste a la propriété de resserrer, aussi l’ordonne-t-on pour la dysenterie et les dérangements .

Faire cuire la raclure d’un crâne humain non enterré avec de l’esprit de mélisse et de la décoction de bétoine, séparer le liquide par décantation, et en reverser de nouveau pour obtenir toutes les vertus du crâne. Evaporer toutes les liqueurs recueillies; il restera une substance coagulée que l’on résoudra et congèlera jusqu'à ce que la masse dernière puisse se sublimer à feu doux.

Cet extrait convient aux épileptiques ; il purge aussi abondamment.

On emploie le sel de succin à raison de quatre à dix grains, suivant le tempérament du malade.

Voici la manière de le préparer : on prend du sel naturel de Cracoire ou sel de mer bien desséché quatre livres environ ; on jette dessus de l’eau de pluie, de façon à former une pâte avec l’aide de deux livres d’argile blanche et fraîche. On fabrique de petites boules blanches rondes que l’on replace dans une retorte bien lutée. Il faut chauffer progressivement jusqu’à ce que tout le phlegme soit sorti.

Deux ou trois gouttes de cette eau dans de l’eau de chardon ou de pariétaire font immédiatement uriner.

Cet esprit ou huile de sel s’emploie contre la pierre, la gravelle, la dysenterie, l’apoplexie, la goutte, les ulcères.

On prend de la myrrhe d’Alexandrie, de l’aloès épatique et quatre onces de safran oriental que l’on pulvérise ensemble, puis on les met dans un verre en les humectant d’esprit de vin alcoolisé ; cela fait, il faut y ajouter de l’huile de soufre rectifiée sans quoi toute la matière se brûlerait et deviendrait noire comme du charbon.

Cet élixir qui constitue le baume des anciens est un très bon tonifiant surtout pour les gens âgés. Il agit sur les affections de l’estomac et des poumons, con-

tre la peste, chasse les humeurs du ventricule, soulage le foie, guérit de la migraine, dissout le calcul des reins, guérit de la (lèvre quarte, préserve de la paralysie et de la goutte, chasse la mélancolie, combat la vieillesse et prolonge la vie.

La dose est de dix jà douze gouttes dans du vin ou de l’eau.

Vous tous qui possédez une épouse acariâtre, une belle-mère grincheuse, vous pouvez les rendre douces comme le miel, craintives comme des agneaux, souples comme un gant, rien qu’en garnissant les fenêtres de leurs appartements avec des verres de couleur. Encore faut-il choisir la couleur convenable.

Dans une chambre teinte en rouge, à vitraux rouges, je fis coucher un lypémoniaque qui depuis longtemps était sombre, taciturne et ne se nourrissait pas. Trois heures après son installation dans la chambre rouge je le visitai, et, à ma grande surprise, je le trouvai souriant, gai, il me demanda de lui faire donner à manger, ce qui fut fait.

Un autre lypémoniaque qui demeurait, tous les jours, les mains crispées svr la bouche pour empêcher l’introduction d’un air qu’il croyait empoisonné fut couché dans la chambre rouge. Le lendemain, il se hâtait de se lever et de demander son déjeuner, qu’il avala avec une rapidité surprenante; au bout de quelques jours, il rentrait chez lui.

Par contre, un maniaque très agité, et maintenu

par une camisole de force, fut placé dans une chambre à vitres bleues, et moins d’une heure après il était calmé.

Un autre aliéné fut couché dans la chambre à vitraux violets : le lendemain, il demandait à retourner chez lui, et sa guérison s’est maintenue.

Pour provoquer le retour des périodes :

Prendre la rate d’une vache « châtrée », la couper en petites tranches que l’on bat pendant quelques jours dans de l’esprit-de-vin où il y aura de la myrrhe, puis, laisser sécher à l’air. Après quoi, tirer l’essence avec l’esprit-de-vin, ayant ajouté quelques gouttes d’angélique.

La dose ordinaire de cet extrait ne doit pas dépasser un scrupule.

Contre la peste faire ceci :

Faire un instrument d’acier composé de trois pièces, deux en forme de cachet, égales en grosseur et épaisseur, la troisième semblable aux « quadrans » que l’on porte au doigt en façon de bague, mais large environ d’un pouce . A la partie inférieure de cet aimant spirituel est gravée la figure d’un scorpion ; à la partie supérieure, celle d’un serpent. L’instrument doit être fabriqué à l’époque où le Soleil et la Lune entrent au signe du Scorpion, car parce moyen les choses supérieures sont conjointes avec les inférieures, et les inférieures avec les supérieures par une sympathie indissoluble.

Les forces sympathiques et antipathiques qui en émanent, quoique invisibles, ont des effets étonnants.

Contre les hémorragies :

Au mois de Mars on se procure de l’essence de grenouille, et on la distille au bain ; il faut qu’elle soit recueillie trois jours avant le renouveau de la Lune, car en ce temps-là elle ne seüt pas mauvais. Prenant de la myrrhe, de l’encens, du safran et du camphre, on broiera le tout ensemble en poudre très fine que l’on imbibera avec le liquide ci-dessus, puis on laissera sécher et continuera ainsi vingt ou trente fois. Enfin, la poudre étant bien séchée est propre à l’usage. Elle arrête les hémorragies internes ou externes, car elle coagule le sang à cause de sa grande froideur.

A l’extérieur ce médicament soulage des érysipèles, combat les panaris, les chancres et les douleurs rhumatismales.

Contre les meurtrissures ou contusions :

Pour les meurtrissures ou contusions il faut se servir de persicaire maculé, lequel a cette propriété particulière de les ôter tout à l’instant.

Le cbélidoine mineur a les mêmes effets à cause de sa signature : car, mêlé avec quelques onguents dont on peut faire un Uniment, il ôte non seulement les tumeurs et meurtrissures, mais encore les macules ou cicatrices externes. On le peut aussi

accommoder avec le vin, le macérant fort et ferme, pour faire sortir le sang qui serait figé dans le corps : car il opère en ce cas quasi-miraculeusement.

... Les alchimistes considéraient la Pierre philosophale non pas comme une panacée universelle raccommodant les jambes cassées, remplaçant les organes détruits, etc., mais bien comme un élixir de vie, un tonique puissant introduisant de l’activité solaire dans l'économie, redonnant de l’énergie à la masse cérébrale, organe régulateur de la vie physique et chimique.

C’était déjà bien beau ! Mais, lisez ceci :

« On s'étonne que notre produit prévienne et guérisse à la fois : le coryza, la grippe, l’angine, la bronchite, la pneumonie, l’entérite, la salpingite, la fièvre puerpérale, l’acné, le furoncle, l’anthrax, les phlegmons, l’eczéma, l’impétigo, la méningite cérébro-spinale, la fièvre de Malte et presque toutes les maladies infectieuses.

« Or la société ri a qu'une police contre toutes les sortes de malfaiteurs. Il en est de même de l’organisme humain.

a La police contre les maladies est exercée par les phagocytes de Metchkinoff . Notre produit activant et multipliant l’activité phagocytaire, son action s'exerce à la fois contre presque tous les microbes ...»

Lisez, maintenant, ceci :

« Cette Médecine très parfaite se peut bâiller toute seule ou avec ce qu’on désirera, parce qu’elle contient non seulement l’universel, mais de plus encore les vertus substantielles de tous les végétaux, minéraux et animaux, et encore toutes les propriétés des plus beaux accidents du monde. Cette médecine universelle guérit toutes les incommodités du cerveau, les rhumes, les diverses indispositions de tête, les insomnies, -étant prise à jeun. Elle rend les vieillards de 80 ans aussi vigoureux qu’ils étaient à 50 ans, ceux qui ont 50 ans aussi vigoureux qu’à 30, et ceux de 30 aussi vigoureux qu’à 20, en prenant deux ou trois fois la semaine de cette médecine, durant une année, de la quantité d’une demi- cuillerée. Elle redonne la mémoire, calme les nerfs, guérit en un mot toutes les sortes de maladies qui peuvent affliger l’organisme, de quelque cause qu’elles puissent venir. Sa dose, à l’intérieur, est d’une cuillerée au plus, ou quelques gouttes, pour l’extérieur, ce qui sera nécessaire ».

Le premier boniment a paru dans le Journal en 1913, le second est de 1650! Quelle différence y a-t-il?

A notre époque on croit encore au remède universel ! L’électricité devait tout guérir ! Après, ça a été le radium ! Et nous leur accordions les mêmes vertus qu’à la Pierre philosophale qui apportait la vie aux trois règnes !

Les alchimistes, en effet, prétendaient que la Pierre possédait les propriétés suivantes :

1° Prendre un gramme de la Pierre ou Sel dissous dans de l’alcool, le mettre sur une terre ferrugineuse (sesqui-oxyde de fer) . Procédant par voie de coetion ne dépassant pas 30°, l’on voit naître dans cette terre un métal différent du fer.

2° Mettre 1 gramme de la liqueur sur 8 à 10 grammes de terre ordinaire calcinée sans fusion. L’on voit naître des végétaux, d'abord mousses, puis fougères, puis graminées. La terre ayant été calcinée ne pouvait contenir de germes.

3° Prendre de la terre ordinaire et préparée comme ci-dessus, la porphyriser au mortier, l’arroser d’une nouvelle quantité de liqueur : on voit apparaître le ver, la mouche, le papillon... (1)

11 y a quelques années, on attribuait au radium des vertus à peu près analogues. . .

. . . L’empirisme, hélas ! ne sévit pas seulement dans la guérison ou la pseudo-guérison des diverses maladies, on le rencontre aussi en des matières moins nobles, la recherche des poisons, par exemple.

Le mot « poison » est si intimement lié aux noms de la Brinvilliers et de la Voisin qu’en France l’époque de Louis XIV passe généralement pour l’apogée des poisons. A la vérité, ces substances y furent grossièrement maniées, alors qu’elles le furent fort subtilement sons Henri III et Catherine de Médicis.

(1/ Pour la préparation de la Pierre voir : La vie du règne minéral.

Actuellement, l’on ignore encore la nature de ces drogues dont les effets furent peut-être exagérés par les romanciers, mais que les relations des nombreux procès nous prouvent véritablement extraordinaires.

11 faut avouer que toutes les formules, que toutes

les explications qu’ont fournies de ces poisons nos modernes chimistes ne sauraient satisfaire : autrefois, des gants préparés tuaient ; on nous dit : Quoi de plus simple ? colorez des gants avec des dérivés

d’aniline lesquels pénétreront les pores de la peau, et le tour sera joué. Hum...

On cite le cas d’un seigneur que l’intérieur de sa botte écorcha et qui mourut : cela se peut — à la rigueur — si l’endroit piquant était enduit d’une toxine (à la condition que celle-ci ne fût pas absorbée par l’étoffe du bas).

C’est, en somme, le truc dont usaient les Maçons pour tuer à l’aide d’une bague contenant quelques gouttes de toxine, lesquelles sortaient par une pointe appuyant sur la main qu’ils pi’essaient amicalement. (Voir la figure).

Passons à d’autres moyens. Lisez cette recette :

« Prenez un gros crapaud, fouettez-le, faites-lui avaler de l’arsenic, laissez-le crever dans un vase ».

Lorsque l’on fouette le crapaud, il répand son venin ; ce venin se mêle aux liquides provenant de la putréfaction, liquides qui contiennent les alcaloïdes de la putréfaction et l’arsenic dont la virulence a été augmentée par son passage dans la bête. Car, un poison devient beaucoup plus violent en passant à travers un corps organique.

Cette recette ferait peut-être rire nos savants ! Ils sont si forts ! Ils l’ont montré à la mort de Syveton ! Ils auraient, pourtant, pu affirmer ceci : il est impossible, à l’autopsie, d’établir une différence entre i'acide prussique et l’acide carbonique. Dès lors, qu’on verse de l'acide prussique dans une tasse de café fumant et contenant du kirch (la fumée du café emportera celle de l’acide, et l’odeur du kirch

combattra celle d’amande amère), qu’une personne boive cette mixture, et qu’on lui mette, une fois morte, le nez sur un robinet de gaz ! Le tour est joué !

L’on prétendait encore tuer en empoisonnant le linge. Il suffît de tremper la chemise dans une solution arsenicale : la chemise ainsi préparée ne présente aucune particularité ; peut-être, seulement, est-elle un peu moins blanche. Appliqué sur la peau, l’arsenic amène des ulcérations par lesquelles le toxique est absorbé (1).

(1) Extraii des Archives de la Bastille. Interrogatoire d’une bande de pseudo-alchimistes, août 1678 : « Etant à Turin, deux ou trois jours devant que d’en partir, il lui entendit dire que- M. le duc de Savoie s'était échauffé à la chasse, qu’en lui changeant de chemise on lui en avait donné une empoisonnée.. »

Page 1