FATIGUE DU TRAVAIL INTELLECTUEL
Au cours de mes études sur la fatigue, j'ai découvert que les muscles deviennent moins aptes à se contracter lorsque le cerveau est en action. Ce rapport entre les processus mentaux et les processus physiques du système musculaire est si constant que pour s'en rendre compte j'ai engagé à employer mon ergographe qui note la contraction des muscles pour mesurer là fatigue du cerveau. Cette méthode appliquée sur une vaste échelle par Kraepelin, Binet, Griesbach, etc., a donné origine à un nouveau chapitre de pédagogie scientifique. Ces recherches, poursuivies en divers pays, ont été très importantes aussi touchant l'étude comparative des écoles, et nous pouvons dire maintenant après combien d'heuriis de travail, on surprend les premiers symptômes de fatigue nerveuse. Aussi, grâce aux travaux accomplis en Allemagne et en Amérique, nous savons qu'après quelques heures de classe, non seulement l'intelligence s'obscurcit, mais que la sensibilité de la peau, ellemême diminue.
Les idées démocratiques seront utiles aux écoles, si ces écoles deviennent plus laborieuses, et si les hommes donnent à leurs mains une meilleure éducation. L'éducation moderne est trop aristocratique, même en prenant le mot dans le bon sens, c'est-à-dire dans le sens anglais ; pour la démocratiser, il faut émonder les programmes dans leur partie littéraire et les renforcer en tout ce qui touche la vie pratique. Les paysans disent : ce Qui veut du vin, doit tailler court la vigne. » Ceci est également vrai pour les programmes des écoles :
2IG LA DÉMOCRATIE Kï L'ÉDUCATION PHYSIQUE
En enseignant moins de choses, nous engrangerons une meilleure récolte. Empruntons un second aphorisme aux gens de la campagne : « Plus le terrain est aride, plus on doit tailler court la vigne. » Ce qui veut dire qu'aux intelligences limitées, il ne faut pas demander trop. La faculté de comprendre étant peu développée dans la moitié au moins des étudiants, les programmes encyclopédiques ne profitent guère ; c'est pourquoi il est bon de « tailler court ». 11 n'est pas nécessaire d'être optimiste pour prédire que dans les questions qui intéressent la société, on obéira, de plus en plus, à la voix de la nature ; que les lois seront inspirées dans l'avenir par un sentiment plus vif de l'humanité ; que les barrières qui séparent les riches des pauvres, s'abaisseront de plus en plus; enfin que le travail tant mater rîel qu'intellectuel sera tenu en plus grande considération. La plus grande joie que j'aie ressentie au cours de mes études sur la fatigue, c'est d'avoir découvert que la dépression de forces déterminée par l'action de la pensée ou par celle du mouvement produit des effets identiques. Soit que l'homme travaille avec les muscles, soit qu'il travaille avec le cerveau, la nature de la fatigue est toujours la même parce qu'il n^xiste qu'une force agissante, la force nerveuse. Les physiologistes ne constatent aucune différence entre un organisme fatigué par le travail manuel et un organisme fatigué par le travail de la pensée. Il y a pour les deux, la même usure des principes de l'organisme distribués par le cœur au moyen du sang. L'épuisement, les scories produits par le travail sont les mêmes dans tous les cas. L'ouvrier transpirant dans la forge et ballant l'enclume avec le marteau qu'il soulève, le paysan qui retourne la terre avec la houe.