IL FAUT DIMINUER LA SENSIBILITÉ
période critique. Cette suprasensibilité n'est pas la moindre des causes qui diminue le nombre des naissances.
Ces faits nous amènent à cette conclusion qu'il n'est pas nécessaire de développer la sensibilité, ainsi que Taffirme M. Wolff, mais qu'il faut, au contraire, l'atténuer autant que possible ; et nous n'en resterons pas moins des gens très affinés. Pour nous en convaincre, considérons de quelle manière se conduisaient les Athéniens.
S'ils poussaient les jeunes gens à s'exercer au pugilat, s'ils les admiraient lorsqu'encore adolescents, ils portaient quelques cicatrices aux oreilles ou sur le visage, c'est qu'ils obéissaient, je n'en doute point, à un sentiment assez fort pour vaincre le dégoût qu'excite tout acte brutal.^ S'ils exigeaient aussi que les jeunes gens ôtenl leurs habits en hiver pour se livrer aux exercices physiques, et que tout le monde assistât la tête découverte aux jeux d'Olympie, c'est parce que l'éducation physique doit endurcir les hommes et les rendre insensibles à 4a douleur et aux intempéries. Lorsqu'ils voulaient faire comprendreaux jeunes gens pourquoi les Grecs avaient vaincu les barbares, ils dépouillaient de leurs vêtements ceux qu'ils venaient de faire prisonniers et les mettant nus, montraient que la peau de ces barbares était plus pâle que la leur.
Les Romains méprisaient aussi les jeunes hommes pâliduli graciles ; et le type idéal de l'éducation se résumaitpour eux dans ces paroles de Juvénal : « Je demande une âme vigoureuse et qui soit capable de supporter n'importe quel labeur ^)) .
4. Fortem posce animum Qui ferre quet quoscunque labores. Juve-
nalis sa tira, X, v. 345.
Que le travail intellectuel soit plus fatigant que le travail des muscles, nous nous en rendons compte en comparant les phénomènes qui se produisent devant un bureau et ceux que Ton remarque au cours d'une besogne manuelle. Zola a déclaré qu'il ne travaillait avec profit que trois heures par jour. Le D^ Toulouse confirme le fait dans le livre qu'il a consacré à l'illustre écrivain lorsqu'il dit : « II écrit avec lucidité durant la première heure, puis son esprit s'obscurcit peu à peu, et après trois heures, il est incapable de poursuivre. » Donc l'esprit le plus laborieux du siècle, le romancier qui publia des volumes en si grand nombre se sentait frappé d'impuissance après trois heures de travail. Ceci nous fait comprendre à quel point il est contraire à la physiologie du cerveau d'exiger des enfants, sur les bancs de l'école, une attention qui s'exerce pendant un laps de temps double de celui que Zola, à l'apogée de sa puissance intellectuelle, consacrait chaque jour à sa tâche. Intercaler des repos entre les classes devient un problème d'actualité. On est convaincu désormais qu'après chaque heure de travail dix minutes au moins de récréation sont nécessaires. Les recherches corroborées par des calculs arithmétiques, que Burgerstein a consacrées à cette matière d'observation, démontrent que du premier quart d'heure de classe jusqu'au troisième, l'aptitude intellectuelle au travail va croissant, et qu'ensuite elle diminue. Ces recherches viennent confirmer les observations que j'avais faites avant Burgerstein sur le même sujet, au moyen de Vergographe,