‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 115 sur 200 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

J'étais depuis quelques heures à Worcester, oîi je devais faire une conférence à l'Université, lorsqu'on m'annonça la visite d'une demoiselle. La lettre d'introduction qui lui avait été donnée par un de mes collègues me prévenait qu'elle était rédactrice d un journal de Boston et désirait recueillir mes premières impressions sur l'Amérique. Jelui dis, tout d'abord, que venu directement à Worcester, je n'avais presque rien vu encore de son pays. Je la priai de ne pas donner suite à son interview qui constituait pour moi une trop grande surprise ; et comme elle insistait je la priai de me laisser un peu de temps pour réfléchir, et lui proposai de revenir me trouver le lendemain. Je poursuivis en lui confiant qu'en Italie aucun reporter n'était jamais venu me trouver, et que, du reste, intimidé par la pensée qu'on imprimerait la conversation, je n'aurais su que dire. Mais elle, inexorable dans la persistante dénégation d'un léger mouvement de tête, continuait ses préparatifs. Alors, je pris mon courage à deux mains, et la regardant fixement dans les yeux je lui demandai : « Est-il vrai que chacun des grands

journaux d'Amérique attache à sa rédaction une femme belle et intelligente, qui sache amner les hommes à donner plus franchement leur pensée ? » Elle sourit, et je lui demandai de me raconter quelle position avaient les femmes dans le journalisme. « Une très grande, me répondit-elle; la moitié, pour le moins des articles qui s'impriment dans les revues et les journaux sont écrits par des conseurs. C'est donc nous qui donnons le diapason à notre peuple. Les hommes gagnent plus d'argent, mais le monde intellectuel nous appartient ! Vous avez dû vous apercevoir déjà qu'ici la femme jouit d'un plus grand respect et d'une plus grande indépendance que partout ailleurs. Etudiez la femme en Amérique, et vous verrez quelle impulsion imprime à la civilisation du pays son affection pour les siens, son abnégation, et, plus que tout, son intelligence et son activité. Il ne peut pas en être autrement, puisque la femme est plus instruite que Thomme. Lorsque les jeunes gens ont appris le peu qui leur est indispensable pour entrer dans les affaires, ils cessent de fréquenter les écoles. Au contraire, les jeunes filles poursuivent leurs études. Comme preuve de ce fait, si l'on calcule le nombre des hommes et des femmes qui fréqenten^ les écoles supérieures des Etats situés à Test de T Atlantique, et de ceux qui forment la partie centrale de l'Amérique du côté de Chicago, on trouve qu'il compte en moyenne un tiers de femmes en plus.

« Un autre fait important pour vous qui venez d'Europe où l'éducation de la femme a souvent un caractère monastique, c'est qu'en Amérique, les femmes fréquentent de préférence les écoles publiques, tandis qu'au contraire les écoles privées possèdent un plus grand nombre d'hommes.

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