FEMMES AMERICAINES
Là encore les rapports sont intervertis entre les deux mondes, et il existe un antagonisme parfait entre l'Europe et l'Amérique.
€ L'enseignement de la jeunesse tombera peu à peu entre nos mains : de nos jours déjà, plus de femmes que d'hommes s'appliquent à l'étude de la pédagogie, et la proportion est importante, puisque le nombre des femmes qui s'en occupent est à peu près le double de celui des hommes. »
Chaque affirmation était appuyée par quantité de chiffres ; j'eus' donc la pensée que le hasard venait de me faire rencontrer une féministe militante. Elle connaissait bien l'Italie ; et elle me rappela combien la condition des femmes dans nos écoles publiques et nos universités était meilleure qu'en Allemagne et en Angleterre.
Nous causâmes donc longuement ; et je finis par lui dire en plaisantant que c'était probablement la première fois qu'il lui arrivait d'être interviewée, alors qu'elle était venue avec rintention d'interviewer elle-même. La conversation allait un peu à bâtons rompus, semblable à une leçon d'escrime coupée de pauses que suivaient des assauts où, tantôt elle, tantôt moi, reprenions l'offensive. Car elle voulait m'arracher assez d'indications pour en faire un article, et moi je me divertissais à l'étudier. Mais comme je parlais péniblement l'anglais et que, d'autre part, j'étais encore un peu étourdi par le voyage, je devais ressembler assez à un poussin dans de l'étoupe !
En visitant les écoles et les universités, j'acquis bientôt la conviction que tout est beaucoup mieux ordonné au point de vue !
de l'éducation de la femme aux EtatSrUnis que chez nous. j
Lorsqu'on la voit plus indépendante, plus estimée, mieux traitée par Thomme, on croit surprendre là un des effets du gouvernement démocratique. Certes, Tégalité entre les citoyens qui existe plus complète en Amérique que dans n'importe quelle contrée a été profitable aux femmes, comme à tous, mais Jes raisons prépondérantes de sa situation dans ce pays, sont d'ordre économique. Ce sont elles qui vont attirer tout spécialement mon attention, car il me semble qu'on ne les a pas prises assez en considération jusqu'ici .
L'étude de l'éducation féminine aux Etats-Unis d'Amérique peut, il me semble, se diviser en deux périodes, Tune ancienne qui se termine au milieu du xix® siècle, l'autre moderne. La première de ces périodes embrasse deux siècles. Et en ce court espace de temps, les femmes ont accompli de tels progrès en comparaison de celles qui restèrent en Grande-Bretagne, que l'on peut clore l'histoire de cette époque par ces paroles mémorables de Tocqueville :
« Si l'on me demandait à quoi je pense qu'il faille principalement attribuer la prospérité singulière et la grandeur croissante de ce peuple, je répondrais que c'est à la supériorité de ses femmes. »
Pour expliquer de quelle façon la femme européenne s'est si profondément modifiée sur la terre d'Amérique, on remonte, en général, à l'émigration. On rappelle les longs voyages qu'elle dut accomplir pour gagner lentement à la voile, à travers l'Atlantique, les rivages de la Nouvelle- Angleterre ; les embarras que durent supporter les premiers