‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 117 sur 200 · FEMMES AMERICAINES · texte numérisé non relu

FEMMES AMERICAINES

settlements pour s'établir sur cette terre inhospitalière ; les luttes cruelles avec les Indiens, et la lente expansion des villages au cœur des forêts vierges. La simplicité de la vie devait être extrême, alors, et l'égalité complète entre les hommes ; et entre les femmes et les hommes. La famille, en ces temps, était exclusivement confiée à la femme, et le sentiment qu'elle avait de son utilité lui donna une antorilé et un courage qu'elle ne connaissait point. La maison, isolée au milieu de forêts que Ton abattait à l'aide de la cognée^ ou que Ton faisait consumer par les incendies, était le centre autour duquel tout gravitait. En ces primitives solitudes, la femme n'avait à craindre aucune rivalité. 11 n'existait ni séductions, ni entraînements pour tenir les hommes éloignés du foyer domestique. Et les femmes étant en petit nombre, en nombre insuffisant pour les besoins instinctifs, leur rareté môme leur donnait plus de prix. La puissance virtuelle des familles, leur espérance de parvenir à la richesse dépendaient exclusivement de leur fécondité, et la mère dominait, comme d'un trône, sur cette société naissante. Il existe une profonde parité entre les Romains antiques et les Anglais qui vinrent défricher TAmérique ; et cette ressemblance n'est pas seulement d'ordre moral, elle est aussi d'ordre économique et physiologique. Les Américains des Etats-Unis furent un peuple d'agriculteurs comme les Romains. Et nous le savons, les fêtes primitives de ces derniers se célébraient en l'honneur de Paies, la déesse, des bergers ; dans les Lupercales, on offrait des sacrifices au dieu Pan, destructeur des loups ; Romulus fonda Rome, en ce jour de fête printanière où Ton essayait d'obtenir par des vœux la fécondité des troupeaux ; enfin le lieu sacré le plus

antique à Rome était l'autel de Saturne, dieu de Tagriculture, autel que Ton vient de retrouver à la base duCapitolc. L'Amérique d'aujourd'hui et l'Italie des temps anciens se reconnaissent en ce vers de Virgile :

Salve magna parens frugum, Saturnia ellus.

La religion romaine consistait en un fétichisme rural, depuis les sylvains et les faunes jusqu'au dieu Terme qui servait à marquer les limites des biens de campagne. Les méthodes qu'employèrent les Romains pour défricher lltalie sont les mêmes qui furent adoptées par les Américains pour créer des champs et des pâturages au cœur des forêts vierges. Après avoir décrit les forêts d'Italie, Strabon déclare * que la grande quantité de bois que posséda Rome fut une des causes de sa grandeur. Aujourd'hui nous en disons autant pour l'Amérique.

Pline ^ fait remarquer que le mot Padiis veut àîv^picea ou pin silvestre, en langue celtique. Toute l'Italie du Nord était couverte d'une forêt de ces arbres résineux, au milieu de laquelle courait le Pô qui en tira son nom.

En visitant la maison de Washington à Mount-Vermont, les vieux souvenirs de Rome parlaient à ma mémoire, et il me

Page 1