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ROMAINS PRIMITIFS ET AMÉRICAINS

semblait voir la demeure de Caton dans le pays de Tusculum, près de Frascali. Caton lui aussi avait abandonné ses champs pour commander des armées, et la guerre d'Espagne heureusement finie, le triomphe obtenu, il était retourné à la charrue. Caton, lui aussi, était un jurisconsulte célèbre et un orateur fameux ; et plus cultivé que le Libérateur de l'Amérique, à soixante ans, après avoir appris la langue grecque, il écrivit un livre renommé, le De re rusiica. Ce manuel d'économie agricole nous fait comprendre à quel point la vie des Romains primitifs fut semblable à celle des /«rmer5 actuels. Et de même que Tinstruction publique est tournée aujourd'hui vers l'agriculture aux Etats-Unis, ainsi autrefois le Sénat de Rome faisait traduire les ouvrages des agronomes grecs et carthaginois.

Ce qui m'a émerveillé davantage chez la race américaine, c'est la puissance d'absorption, la force d'assimilation qu'elle déploie envers les races les plus différentes d'ellemême. Les Romains possédèrent au même degré cette force de cémenter et de fondre en un seul peuple les éléments les plus hétérogènes venus d'Illyrie, de Rhétie, de Gaule, d'Espagne; il est admirable de voir des peuples civilisés comme les Grecs, les Sicules, les Etrusques et les Ligures, être absorbés si rapidement par les habitants de la petite province du Latium. Il y a là un mystère que les historiens n'ont pas su dévoiler. Certainement, les raisons physiologiques faisant défaut, là comme en Amérique, ce durent être les conditions économiques qui prévalurent. Le peuple romain était non seulement plus vertueux et plus laborieux, mais encore sa religion était moins corrompue que celle des peuples qu'il s'assimilait. Ainsi que les Américains modernes

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les Romains avaient un grand respect pour les jours fériés, et ils gardaient le repos si scrupuleusement ces jours-là, qu'il était interdit d'atteler les bœufs et les bêtes de somme pour exécuter n'importe quel travail lucratif. Les plus nobles étaient cultivateurs ou pasteurs : lorsqu'on veut louanger un homme, dit Caton, qu'on l'appelle : « bon ouvrier, bon ménager ».

Au point de vue du tempérament, le peuple Romain ressemblait certainement plus aux Américains qu'aux Italiens d'aujourd'hui. C'était, en effet, un peuple froid, sévère, silencieux, surtout si on les compare aux Grecs et aux Etrusques très enjoués, cultivés, bruyants et admirateurs de la beauté.

Deux peuples présentant une aussi grande similitude que les Américains et les Romains ont dû posséder nécessairement la même structure intime. Et la condition de la femme chez l'un et chez l'autre yient prouver que la constitution intérieure des deux sociétés était analogue. La famille fut organisée par les Romains d'une façon sévère et morale qui n'avait jamais existé jusqu'alors chez aucun peuple. Ce fut là le secret de leur puissance, la base qui soutint leur éducation.

Tacite, dans son livre sur la corruption de l'éloquence, nous apprend comment se comportait une famille : « D'abord chaque mère, son enfant chastement mis au monde, le nourrissait, non sous le toit d'une nourrice mercenaire, mais avec son lait et à son cou. La plus précieuse louange qu'elle pût mériter était de bien gouverner sa maison et de s'occuper de ses enfants. Une parente avancée en âge, de mœurs éprouvées et excellentes, était chargée de veiller à ce que

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