‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 127 sur 200 · EMANCIPATION DE LA FEMME · texte numérisé non relu

EMANCIPATION DE LA FEMME

Un de mes amis d'enfance établi en Amérique, en m'entretenant de la suréminence de la femme aux Etats-Unis disait : « Je suis de Tavis de Nietzsche quand il pense que le bien et le mal dans l'histoire de l'humanité sont si étroitement tressés ensemble que Ton ne peut jamais prendre une partie de l'un, sans avoir un morceau de l'autre. Vous verrez bientôt se rééditer en Europe les phénomènes sociaux qui semblent caractéristiques à l'Amérique. « Là où l'esprit industriel détruit l'esprit aristocratique et militaire la femme tend à devenir un commis, La propagande pour l'émancipation de la femme ne sert de rien si les conditions sociales propices font défaut; mais elle est un symptôme de faiblesse, un signe que l'involution sénile commence dans l'instinct féminin.

« Depuis que je suis fixé en Amérique, mes idées sur la femme ont complètement changé. J'avais autrefois une certaine antipathie pour les femmes qui écrivent des vers et des nouvelles. Ce sentiment, je ne l'éprouve plus aujourd'hui, car je vois ]à une évolution naturelle de la femme dans un pays que domine l'esprit industriel. Les femmes du peuple s'appliquent toutes jeunes aux arts manuels, et se font ainsi indépendantes; mais les jeunes filles de la classe aisée doivent pour atteindre ce but parcourir un plus long chemin. Avant d'embrasser les professions et les arts libéraux, elles conquirent la presse avec leurs écrits. La littérature américaine a un caractère essentiellement féminin. Et à cette heure, les femmes ne sont pas seulement avocats et médecins, elles sont encore ingénieurs et architectes. Mais la carrière qui a, en ces dernières années, attiré le plus grand nombre de femmes, est l'art du dentiste, et cela

prouve bien que la prééminence de la femme dépend uniquement du triomphe de Tindustriâlisme.

« Quelques-uns pensent que ce fait est bienfaisant. En tout €as, il existera sans doute aussi longtemps que ce régime industriel surabondant de force, aussi longtemps que les bras des hommes seront, comme aujourd'hui, insuffisants pour accomplir la masse immense de travail qui trouve marché à Tintérieur ou à Textérieur. Mais, je le crains, ce peuple deviendra de plus en plus nerveux, et les femmes, toujours plus hystériques, seront de moins en moins aptes à leur fonction qui est d'engendrer un peuple robuste et sain. »

Ainsi parlait mon ami pessimiste qui était célibataire. Je m'efforçais en vain de le lancer dans le champ de la poésie par mes discours sur l'avenir de la femme en lui répétant les opinions qui m'avaient, été données par d'autres Italiens mariés aux États-Unis et enthousiastes des Américaines.

De toutes les maisons d'éducation que j'ai vues en Amérique, aucune ne m'a fait une plus grande impression que le Wellesley Collège, dans le Massachussets. Cette université destinée aux femmes a été édifiée en 1875. Les frais ont été d'environ 8 millions de francs, sans mettre en ligne de compte les dépenses occasionnées par le mobilier, les collections et l'installation des laboratoires. La bibliothèque principale compte oO. 000 volumes; et d'autres bibliothèques — des bibliothèques spéciales — se trouvent dans les labo-

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