‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 126 sur 200 · AVENIR DES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

AVENIR DES ÉTATS-UNIS

en savaient plus que moi, et que j'étais au niveau de leurs maris pour les connaissances zodiacales.

Un soir notamment, chez mon ami, le professeur Lombard, à Ann Arbor, ayant fait tomber la conversation sur les étoiles, je m aperçus bien vite que j'étais perdu: les dames, en effet, nommaient les étoiles par leur nom, Tune après l'autre, et comme elles n'étaient point d'accord à propos d'un astre de troisième grandeur, l'une d'elles qui, de New- York arrivait à la campagne, se rendit dans sa chambre, et tirant de ses malles un planisphère céleste, nous l'apporta pour nous prouver qu'elle avait raison. Là fut le point culminant de mon enquête.

La supériorité de la femme en Amérique n'est donc pas une qualité qu elle a reçue par héritage, un bien qu'elle tient de la nature ou du hasard : c'est le fruit de ses peines infatigables et d'un inlassable travail.

Certains philosophes se sont déjà demandé ce que serait l'avenir des Etats-Unis d'Amérique , et de quelle façon s'effectuerait l'évolution sociale d'un peuple oîi la femme, si supérieure intellectuellement, ne voit cependant s'ouvrir à son activité qu'un champ étroit. Les pessimistes ont déjà répondu que rien de notable ne se passerait, et que nous sommes proches du point le plus élevé oîi doit parvenir cette ascension de la femme. Une activité supérieure de l'esprit, déclarent-ils, affaiblit la vie physique et restreint les impulsions affectives qui produisent une multiplication excessive de la race. Quand le bien-être d'un peuple dépasse une certaine limite, la soupape de la vie intellectuelle s'ouvre qui en modère la fécondité et la force d'expansion.

i36 L'KDUCATION MODERNE DE LA FEMME

Plusieurs écrivains du xv® siècle ont affirmé que les femmes sont plus intelligentes et plus aptes que l'homme à Tétude. Les récentes statistiques des examens dressées par les universités américaines démontrent que, si la femme n'a pas en toutes les facultés, la supériorité sur l'homme, elle le surpasse par la constance et la ténacité dans le travail.

Mais tant de volumes ont été écrits, tant d'articles paraissent constamment dans les revues sur le féminisme que je craindrais de répéter des choses absolument banales, en démontrant que la condition de la femme américaine, certainement bien supérieure à celle des femmes d'Europe, ne présente cependant rien de caractéristique. Lorsque la civilisation d'un peuple et surtout sa richesse sont parvenues à leur maximum de splendeur, la condition de la femme elle-même s'améliore, et se rapproche de celle de l'homme.

En Grèce, à Rome, et plus tard, en Italie, à l'époque de la Renaissance, nous rencontrons les trois périodes les plus fameuses du féminisme. Au xv^ siècle, on rencontre souvent les noms de femmes qui parlaient latin. Du reste, au temps des humanistes, la conversation des hommes devait s'émailler de tant de citations latines qu'il était impossible de fréquenter dans le monde sans étudier cette langue. A la cour de Ferrare, vivaient une quantité de femmes élevées dans les* lettres grecques et latines. A Milan, à Mantoue, à Florence, et même dans les petits états italiens, les cours souveraines ressemblaient à des écoles de philosophie et de littérature.

Page 1