‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 130 sur 200 · JEUNES AMÉRICAINES · texte numérisé non relu

JEUNES AMÉRICAINES

fondiede la littérature italienne, je lui manifestai la crainte que lesjeunes filles qui vivaient sous une discipline telle que celle de cette école perdissent, pour une part au moins, leur féminité. « Il n'en est absolument rien, me répondit-elle; nous faisons notre chambre, et sommes à même de coudre et de cuisiner tout comme les autres femmes. Je regrette que vous ne vouliez pas vous arrêter un peu ici ; pour vous convaincre, je vous préparerais à dîner et vous jugeriez si c'est en cuisine ou en littérature italienne que je vaux le mieux! » Toutes ses compagnes, mises en galté, m'affirmèrent quelle disait vrai; et elle, avec un excellent accent italien continua, me disant que si j'étais un bon dégustateur, je lui aurais sûrement donné le prix pour la cuisine ! •

J'ai admiré cette ambition de la femme américaine qui considère son éducation comme incomplète, si elle n'a pas appris avant tout à remplir les devoirs qui lui incomberont dans la famille, et je me souviens de Lucrèce Mott, une femme célèbre. Ce fut la première qui eut, en Amérique, le courage de parler dans les assemblées populaires ; et elle le fit avec une modestie et une autorité irrésistibles. Elle se présentait en public dans un costume très simple : un bonnet de tulle blanc sur la tête, une robe grise ou brune, et un grand fichu croisé sur la poitrine, et elle remportait des succès oratoires sans précédents.

Les Américaines, lorsqu'elles fêtèrent solennellement ses noces d'or, pour idéaliser la femme entourée d'une couronne d'enfants et de neveux,. lui offrirent des aiguilles à tricoter, des aiguilles à coudre et des ciseaux en or.

Bryce déclare que les Américaines prennent moins part

à la politique que les Anglaises S et je pense qu'il a raison. En causant avec les élèves du Wellesley Collège, j'ai essayé de faire venir la conversation sur la politique. « En Amérique, me dit alors Tune d'elles, nous avons accès à un grand nombre de fonctions publiques, et ceci explique pourquoi les programmes de notre enseignement s'occupent davantage de matières politiques que ceux des femmes d'Europe, mais je ne crois pas que nous soyons des politiciennes; et, en famille, on ne parle presque jamais politique. »

Plusieurs autres s'écrièrent en souriant qu'elles s'occupaient de politique pour s'amuser ; et elles me firent cette confession avec un certain air qui paraissait vouloir dire qu'elles aimaient la politique surtout parce que cela permettait de faire un peu de tapage. Une autre enfin me confia que faire partie d'un club politique était très profitable pour la parole ; que c'était une école pratique où on apprenait à développer sa pensée en public, sans compter que les discussions politiques se prêtent à une plus grande vivacité de langage que les autres.

En nous promenant dans les longs corridors tapissés de cartes de géographie, l'une des enseignantes me racontait que si en Amérique personne ne s'intéresse à la politique en temps ordinaire, pendant la période des élections présidentielles le feu flambe si ardemment que l'incendie des passions pénètre jusque dans le collège, et elle me décrivit les manifestations qui suivirent, à Wellesley, la lotte électorale entre Mac Kînley et Bryan.

i. Bryce : The American Commonwealth, 1893, toI. II, p. 731.

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