POLITIQUE AU COLLÈGE
Le centre de la vie politique à Wellesley Collège est une association qui se nçmme The Agora, Ses membres étaient divisés en deux partis : celui qui voulait Bryan était le moins nombreux ; mais les jeunes filles qui le composaient prirent part au meeting organisé par leurs adversaires, et y firent un tel bruit qu'on les chassa de la salle. Une fois sorties, elles organisèrent une manifestation, formant un cortège qui défila dans le collège en chantant une chanson en l'honneur de Bryan. Pour mettre fin à ces discussions, on manda deux députés. L un fit une conférence sur le parti de Mac Kinley, et Tautre vanta les mérites du parti de Bryan.
Quelques-unes, en vérité, parlaient de tout cela sérieusement. Je m'en aperçus, car tandis que je badinais, rappelant que déjà Aristophane avait tourné en plaisanterie la prétention des femmes grecques à vouloir s'occuper de politique, une demoiselle me dit : « La politique est néanmoins une affaire de haute importance ; il faut s'en occuper un peu, quand cela ne serait que pour connaître les grands problèmes modernes et savoir comment se comporter dans la lutte entre le travail et le capital. » Je compris que mon badinage avait été mal reçu et certes je dois avoir fait piètre figure dans celte conversation oîi je rééditais le?- propos banals de l'opinion européenne.
Nous ne savons pas malheureusement distinguer dans le progrès moderne les bonnes choses des mauvaises, les raisons qui ont du fondement et celles qui n'ont que de l'apparence I Je me consolai en pensant que Napoléon P, dans une circonstance semblable, n'avait pas fait meilleure figure que moi. Gomme il reprochait à une dame de s'occuper de politique, elle lui répondit : « Majesté, depuis que j'ai vu
comment les politiciens fusaient couper la tête aox femmes, j'ai pensé qu'il n*était pas inutile d'avoir Tœil aux événements politiques. » Napoléon ne soufQa mot et lui tourna le dos.
La plus ancienne des universités féminines, ou, du moins, le Collège qui conféra le plus anciennement, en Amérique, les grades académiques aux femmes, est celui que Hatthew Vassar fonda en 1861, et dont les portes s'ouvrirent en 1866. Aujourd'hui, il existe aux Etats-Unis quatorze collèges semblables. Parmi ceux-ci, Bryn Mawr et le Smith Collège* sont les plus remarquables. Dans les universités subventionnées par les Etals, les femmes ont libre accès aux cours et sont traitées de la même façon que les hommes. 11 en est ainsi pour la Cornell University, l'Université de Pensylvanie et les grandes Universités du Mîchigan, du Wisconsin et de la Californie.
Certaines universités privées, celle de Chicago par exemple, admettent les femmes. Mais il en est d'autres également privées qui refusent de leur conférer les grades académiques et ne les reçoivent que d'une façon restrictive, par privilège spécial. L'Havard University, la doyenne des universités américaines, permet à ses professeurs de leur faire des cours dans un collège particulier, et néanmoins elle ne veut pas leur conférer les grades académiques. D'autres enfin,
1. Je signale en Amérique parmi les plus importants travaux sur l'éducation des femmes, les articles de Miss Frances Graham French, dans le Report of the commissioner of éducation, X, 1894-95, p. 893 et 976.