Mommsen : C. J. L. vol. XII, n
EXERCICES DANS LE CIRQUE 4t
une; j'ai été irréprochable, ennemi du mal, loyal, docile, compatissant ; on m'a instruit avec soin dans les jeux auxquels se livrent les jeunes hommes ; souvent, porteur d'armes diverses, je suis descendu dans Tarène ; souvent, j'y ai combattu des animaux féroces. »
Voici des faits indubitables, et nous savons encore par d'autres sources que les Litdus juveniim comprenaient des simulacres de chasses. La venatio fut, chez les Romains, un des éléments de l'éducation physique. Lorsqu'on devait célébrer des jeux, le curator liisus juvenum et rœdilis surveillaient les apprêts de la fête. Sous les yeux du peuple réuni dans Tamphithéâtre, le plus beau et le plus important des édifices de chaque cité, les sodales Indus juvenum^ descendaient dans l'arène et y mettaient à mort des bêtes féroces. Les parents des jeunes associés^ les magistrats de la ville, les citoyens, des hôtes accourus de toutes les régions avoisinantes, tels étaient les spectateurs qui assistaient à ces jeux. Mais les associations de jeunes gens en excluaient les combats de gladiateurs oîi des hommes tuaient et blessaient d'autres hommes.
Si l'on veut se faire une idée de la passion des Romains pour la chasse, il suffit de rappeler Domitien, un médiocre guerrier cependant, mais tellement habile au maniement de l'arc, que, lorsqu'il se trouvait en chasse, il s'amusait à lancer deux flèches dans la tête de quelque animal, de façon à ce- qu'elles y figurassent des cornes. Quant à l'empereur Commode, fils de Marc-Aurèle, il était célèbre par son habi-
leté à manier les armes, et, en particulier, le javelot. Au javelot, il ne manquait jamais son coup. Un jour, étant descendu dans Tamphithéâtre, il y tua cent lions. Et on ne les enleva qu'au bout d'un certain temps, afin que le public pût y compter autant de lions frappés à mort, que de javelots lancés par l'empereur.
La longue durée de Tempire romain ne procède point de Tamendement des mœurs qu'Auguste sut provoquer dans la capitale ; elle vient de ce qu'il réussit à insuffler l'esprit militaire aux villes italiques; elle vient de ce que l'Italie s'annexa des provinces non encore infestées par la corruption. Les nombreuses sociétés de gymnastique que nous voyons exister, sous l'empire dans la Péninsule, témoignent de l'évolution accomplie chez les Romains au point de vue de l'éducation physique.
D'autre part, de récentes recherches nous ont appris qu'au i" et au if siècles, alors que les Sociétés de jeux florissaient en Italie, c'était cette même Italie qui fournissait à l'armée romaine les contingents indispensables à son armée. Pendant le ii^et le m* siècles, ces sociétés se répandent dans les plus lointaines provinces, et voilà que ces provinces à leur tour donnent à Rome ses meilleurs soldats ; et à cette époque de décadence, les Ludus juvenum disparaissent de la terre italique.
Dans les Gaules, sur les bords du Rhin, en Espagne, s'étaient implantés les Ludus juvenum, ainsi que le prouvent les inscriptions et les tessères de plomb dont on a parlé ces derniers temps. Et il n'est point douteux que ces sociétés servissent à l'éducation militaire, autant qu'à l'éducation physique, puisque Auguste avait fait aux che-