ASSOCIATIONS DE JEUNES GENS
incombaient. Ce violent attentat à la liberté individuelle nous fait comprendre combien était urgente 1^ nécessité de parer à la corruption des mœurs qui menaçait l'existence de la famille. Au fond, toutes les lois promulguées par César Auguste eurent pour but Tamélioration de Tarmée, le retour aux antiques traditions, et une meilleure éducation de la jeunesse. Et, de fait, ce fut la jeunesse italique qui releva le monde romain agonisant après les convulsions des dernières années de la République. Les récentes recherches de Demoulin ^ et de Rostowzew ^ ont largement éclairé cette époque de l'histoire, et leurs œuvres m'ont fourni des noUjons importantes touchant l'éducation de cette jeunesse italique dont nous venons de parler. Auguste emprunta à la Grèce l'institution de Téphébie et il la transforma en association municipale pour l'adapter au caractère latin. Ce fut là une de ces réformes heureuses par lesquelles il s'efforçait de préparer, dans Taristocratie romaine et dans les municipes, des citoyens robustes et aptes à porter les armes.
On nomma ces dissodaiions: collegiajuvenum^ on sodalicia jiivenum; le^sodales liisus juvenum sont les membres de l'une de ces sociétés ou d'un ludus; et ce titre leur valait une certaine considération, puisqu'au théâtre des places spéciales leur étaient réservées, et que — on ne l'ignorait point — leurs efforts tendaient à exceller dans tous les exercices virils. Créées tout d'abord dans les municipes du Latium, ces associations de la jeunesse se répandirent
1 . J. Demoulin : Les Collegia Juvenum dans Vempire romain. Louvain, 1897.
2. M. Rostowzew : Wochenschrift fur classische Philologie, Berlin. 2 février 1898.
rapidement en Italie, puis dans toutes les provinces, sous la haute protection de l'empereur. Elles vécurent jusqu'à la fin du m* siècle, c'est-à-dire pendant toute la période où l'empire fut floriésant. L'importance de cette institution éducative consiste surtout en ce qu'elle rompit avec les anciennes habitudes. Avant elle, la jeunesse se préparait aux armes dans la maison familiale, sous la direction paternelle. Depuis Auguste, les sociétés de jeunes gens s'étant constituées, comptent des maîtres, des préfets qui dirigent leur éducation au double point de vue civil et militaire.
Le président, choisi parmi les membres de la Société qui avaient déjà rempli des emplois publics, se nommait Magis- 1er. Il était élu pour une ou cinq années ; dans ce dernier cdiS^ on VH]}^e\8\t Magister quinquennalis^ et, s'il était réélu, Magister iteriim. C'est lui qui convoquait les assemblées, les présidait et rédigeait les rapports sur les questions mises à Tordre du jour. On reconnaissait les mérites de ce président et ses services envers l'association, en lui volant une statue. Les plus riches citoyens se disputaient le titre de magister d'une de ces sociétés, car ils parvenaient plus facilement ensuite à se faire élire questeurs par leur ville.
Nous ne connaissons pas très bien encore les jeux et les exercices auxquels se livraient les jeunes gens dans ces associations. Cependant une épitaphe, découverte à Alx-les- Bains, nous esquisse la vie d'un sociétaire de l'une d'elles^
« Arrête quelques instants tes pas, ô pieux jeune hommie, je t'en supplie; et cette inscription saura l'apprendre à envier mon destin. J'ai vécu deux fois dix années, moins