VÉGÈGE. — LES SOLDATS ROMAINS
Le livre des Stratagemiticon de Jalius Frontin a de Timportance au point de vue physiologique car il nous renseigne sur Tagilité et la force des soldats romains ainsi que sur leur résistance à la marche ; mais il ne s'occupe en rien de Téducation physique de la jeunesse.
Le dernier et le plus célèbre des écrivains militaires latins fut Végèce. Il vivait vers la fin du iv® siècle, et l'empereur Valentinien le chargea de recueillir en une compilation, les plus remarquables enseignements des hommes de guerre qui l'avaient précédé. Le livre de Végèce De Re militari est comme une revue du passé à la veille de la ruine de l'empire romain. Déjà les Germains étaient devenus pour lui les ennemis Iqs plus redoutables. Les Saxons pirataient déjà sur les côtes de la Bretagne et des Gaules, et les grandes invasions barbares avaient commencé. Des steppes du Volga^ partaient les hordes émigrantes, qui devaient inonder et bouleverser l'Europe ; et elles se ruaient sur TOccident. Les soldats romains n'étaient plus ce qu'ils avaient été autrefois. Végèce en convient, du reste, au chapitre xx de son premier livre : « Malgré Fexempledes Huns, Alains et Goths, qui ont des cavaliers bien armés, nos hommes de pieds marchent sans armes défensives. Depuis la fondation de Rome jusqu'à l'empereur Gratien, ils avaient le casque et la cuirasse. Mais les grandes expéditions militaires ayant pris fin, l'incurie pénétra dans l'armée. Les légionnaires ne portant plus leurs armes qu'en de rares occasions celles-ci leur semblèrent trop pesantes; aussi demandèrent-ils à Tem-
pereur rautorisalion d'abord d'abandonner la cuirasse, et ensuite de délaisser le casque même. Aussi, combattant la tête et la poitrine désarmées au milieu de nuées de flèches, furent-ils souvent vaincus. » En rappelant les causes qui firent déchoir les légions romaines, Técrivain note que les grades n'étaient plus donnés au mérite et à la vertu, mais bien dispensés aux plus ambitieux par favoritisme; et parmi les soldats, ceux qui portaient les armes les plus pesantes et se voyaient soumis à la discipline la plus sévère, étaient les moins payés. Aussi beaucoup s'ingéniaient-ils pour passer dans la réserve où la solde était plus haute et la fatigue moindre.
/ Ces aperçus suffisent à indiquer dans quelles conditions écrivit Végèce ; son livre fut un suprême appel à la grandeur et à Ténergie des Romains, et comme une dernière vision de la puissance invincible des armées qui, autrefois, avaient conquis le monde. Il fut aussi la dernière suggestion du devoir et dé la discipline pour arracher les légions romaines à la mollesse et à la lâcheté.
Malgré l'élévation d'âme et l'esprit militaire de Végèce, il ne se préoccupe aucunement dans son livre de l'éducation de la jeunesse avant son appel sous les armes. Lorsqu'il traite du choix des conscrits, il déclare qu'il est préférable de les prendre parmi la population des champs. Mais <c néanmoins, dit-il, comment ne pas croire que les habitants de la campagne soient plus aptes que tous à porter les armes ? Élevés dans l'habitude du travail, au milieu d'une atmosphère plus pure que celle des camps et des villes, ils supportent le soleil et ne se soucient point de l'ombre; ils ignorent les biens et les plaisirs ; leur âme simple se con-