‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 34 sur 200 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'AGONISTIQUE MODERNE

On ne doit pas contraindre les enfants à étudier: leur éducation doit se faire en jouant.

Platon : République, livre VII.

Si l'on considère de haut Thistoire des mœurs à travers rétendue des siècles, on voit courir à la surface des peuples comme des vagues de progrès qui avancent puis reculent; vagues dans lesquelles les inclinations, les conventions sociales, les usages et les instincts tantôt se soulèvent orgueilleusement, et tantôt s'abaissent presque jusqu'à disparaître. Telle est la loi qui gouverne tous les phénomènes de la vie. Les corps organisés ne se développent point en un mode progressif uniforme et continu; leurs fonctions procèdent par périodes, pendant lesquelles l'activité de la marche en avant est plus ou moins puissante.

Lorsqu'au début de sa carrière, Molière organisa une compagnie dramatique, il loua à Paris la salle d'un jeu de paume pour y représenter ses comédies, Paris comptait alors cent cinquante-six établissements de jeux de paume. Il y en avait soixante à Orléans.

Au xvi'' et au vxii* siècles, pas un château, pas une ville en France, qui n'eût son jeu de paume. En lisant la vie du grand comédien, nous le voyons, tandis qu'il court la province, s'arrêter presque toujours en quelque palestre de jeu de paume pour y jouer la comédie ; lorsque cela lui paraissait nécessaire, il y faisait construire une galerie pour les dames et les personnages les plus importants du pays.

Le jeu de paume fut donc en grande vogue en France, et Ton s'y exerçait dans toutes les provinces, spécialement en hiver. Cette passion devint même tellement immodérée que le roi Philippe V en 1319 défendit de s'y livrer. Mais cela ne suffit point à en détruire l'usage, puisqu'en 1369, un second édit royal prohibe les Ludos soulariim. Cette ordonnance de Charles V semble avoir eu aussi peu d'efficacité que les précédentes, et en 1781 une loi du Parlement en interdit de nouveau l'usage ^ Les critiques que l'on adresse aujourd'hui au jeu de paume ou foot-ball sont les mêmes dont on discuta déjà à l'époque de la Renaissance, tant en Italie qu'ailleurs. Elles se reproduiront toujours sans parvenir jamais à ruiner la vogue de ce jeu que tous s'accordent à reconnaître comme l'un des plus violents exercices qu'il soit.

Le jeu de paume sous ses formes variées fut-il importé d'Italie en France; ne passa-t-il pas plutôt de la France méridionale chez nous, à l'époque des trouvères? Il serait utile peut-être de le rechercher. En tout cas, mon avis est que les Français apportèrent à sa pratique beaucoup plus de

1. J. Jusserand : « Les sports et les jurys d'exercices dans l'ancienne France ». Revue de Paris, 1900, t. IV, p. 347.

Page 1