CLUBS D'ÉTUDIANTS
nait souvent à mon souvenir. Dans la riche bibliothèque, léguée à l'Institut par le duc d'Aumale avec le château même et ses vastes dépendances, il existe un livre d'heures enluminé d'admirables miniatures dues à un artiste du V® siècle. Sur une despages du manuscrit, se trouve peinte la grange de Bethléem, et on aperçoit tout autour des bergers qui jouent au golf pour se dégourdir les jambes. Ce jeu rappelle exactement celui qui est si répandu aujourd'hui en Amérique. L'un des bergers représentés dans la miniature tient à la main un long bâton qui se termine en crosse, et un autre berger frappe avec un bâton pareil la balle pour la lancer en Tair.
L'une des choses qui ont le plus captivé ma curiosité en Amérique, ce sont les grands clubs d'étudiants. II en est dans toutes les universités, et il s'en fonde constamment de nouveaux. Le dernier dont la création m'ait été annoncée est le Harvard-Union building. C'est M. Henry L. Higginson qui a donné un million de francs à l'université de Harvard pour la construction de cet édifice à l'usage des étudiants, un édifice qui comprend des salles de lecture, des locaux d'entraînements qui possède un champ de jeux pour le foot-balU etc. A Philadelphie, les étudiants m'ont invité à fréquenter leur installation, et je ne puis oublier les heures agréables que j'ai passées à admirer les salles de la bibliothèque, celles destinées aux concerts, à la lecture des journaux, la salle d'hydrothérapie, la salle de gymnastique, etc. Un jardin entoure cet établissement dont les parois sont couvertes de plantes grimpantes qui lui donnent un aspect champêtre. On dirait d'un vieux 'manoir assis dans une luxuriante verdure. Une petite pierre, tombale, au milieu
du lierre, rappelle le nom de la mère désolée qui a Tait don de cette maison aux amis de son fils.
C'est dans ces clubs oîi les étudiants passent les heures pendant lesquelles ils n'ont pas de cours, c'est-à-dire une grande partie de leur journée, que Ton comprend le mieux l'esprit qui anime la jeunesse américaine livrée à elle-même. Userait facile d'imiter quelqu'un des nombreux clubs qui existent dans chaque ville d'Amérique. Mon attention ne s'est pas bornée à y remarquer l'ordre et la propreté qu'on y voit régner partout ; ce qui m'a le plus frappé dans ces établissements c'est d'y trouver des ateliers de travail manuel : et tout le monde attelé à la besogne. Là est une des caractéristique du peuple américain. Les étudiants veulent apprendre à se servir de leurs mains ; tous s'exercent à un métier, beaucoup même à plusieurs à la fois : et dans ce travail commun de l'atelier disparaissent toute distinction entre riches et pauvres.
Quand nous entendons dire que la démocratie américaine est un peuple de marchands, nous ne devons cependant pas perdre de vue que le type de l'étudiant aux États-Unis, le standard^ c'est-à-dire le modèle, est plus sérieux que le nôtre. Je m'étais Imaginé que dans ces maisons d'étudiants j'allais retrouver les inscriptions égrillardes que j'avais lues en si grand nombre dans les salles des Verbindungen et dans les cercles d'étudiants allemands. Mais, au contraire, je ne voyais rien ici qui rendit hommage à la vie désœuvrée, aucun éloge de la bière ou du vin. Tous les emblèmes et toutes leis maximes y parlaient de patrie, de travail, de liberté, et les glorifiaient. Je me rappelle avoir remarqué dans une de ces maisons d'étudiants, une salle d'assemblée oîi des branches