‹ Les exercices physiques et le développement intellectuelChapitre 96 sur 200 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Pour comprendre Taction que peuvent exercer sur Téducation physique les idées de la démocratie moderne, il semble utile d'examiner les causes qui entraînèrent la décadence de Tagonistique et de la gymnastique. Lorsque la direction rationnelle que les médecins et les philosophes grecs avaient imprimée à l'éducation physique cessa de se faire sentir, la foule se laissa séduire par des spectacles où dominait la force brutale, et où le professionnalisme triomphait. L'idéal antique étant ainsi dégradé, le pugilat et le pancrace ne furent plus autre chose qu'un divertissement qui fit les délices de la populace. La gymnastique sortait de la période classique, lorsque les Romains conquirent la Grèce. Mais, bien que marchant, comme il arrive à toute chose humaine, vers la décadence, elle était encore digne d'admiration. Si la civilisation grecque fut, parmi toutes celles dont fait mention Thistoire, la plus vivace ; si, durant vingt siècles, elle a dominé moralement le monde, elle en est redevable à l'éducation qu'elle sut instituer, et qui, en retour, lui donna la grandeur. La supériorité physique du peuple grec

existait encore, quand déjà sa liberté était morte et que sa puissance ne comptait plus ; mais cette supériorité elle-même déclina, et le christianisme, avec la transformation profonde qu'il amena dans les coutumes, lui porta le dernier coup.

Les facteurs de la décadence d'un peuple, comme ceux de la décomposition (f un corps, sont d'essence si mystérieuse, que l'histoire et la biologie parviendront difficilement à les reconnaître tous ; on ne peut certes pas affirmer que le sentiment religieux constitue l'unique ferment de .cette décadence. Je dois le signaler cependant comme le plus actif de tous.

L'humiliation, la pauvreté, tous les maux, toutes les misères de l'existence que les païens s'étaient efforcés de guérir, la nouvelle religion les consacrait ; elle en faisait le fondement de tout un ordre social nouveau- L'humanité ne vit jamais révolution plus imlnense et plus profonde ; la philosophie de la Grèce et la sagesse de Rome qui avaient instruit le monde, s'obscurcirent par son action. Un sentiment de révolte contre les institutions antiques, des aspira-' tions vers un idéal nouveau de justice, la lutte à soutenir ^ contre les privilèges, une soif inconnue de moralité, le triomphe de la plèbe sur les riches, le désir de l'égalité, tels furent les facteurs de cette révolution formidable.

Le christianisme, qui rassemblait et liait toutes ces aspirations à l'aide du lien religieux, abattit rapidement les autels du paganisme, et ferma dans le même temps ces palestres et ces gymnases oîi l'esthétique humaine était parvenue à la perfection.

Après la ruine de la civilisation méditerranéenne, et tandis que s'épaississaient les ténèbres du moyen âge, l'histoire et

Page 1