RES CHAPITRE III | CAT
19 Formation d’adipocire
La formation d’adipocire ou saponification ou r transformation en gras de cadavre se produit de | préférence sur les cadavres séjournant dans l’eau et dans les fosses d’aisances, mais aussi dans cer-
tains sols. |
Les premières observations et descriptions d”’ « adipocire » ont été faites par Fourcroy au cours des exhumations du cimetière des Innocents à Paris, en 1786-1787. Il l’avait rencontrée dans les grandes fosses communes de ce cimetière, qui contenaient de 1.000 à 1.500 cadavres entassés les uns sur les autres sans interposition de terre. Dans une de ces fosses fermée depuis 15 ans, on trouva des cercueils bien conservés et des cadavres presque intacts. |
Pour former l’adipocire, les masses adipeuses formées d’un mélange de graisses neutres et réparties en différents endroits du corps subissent un processus d’autolyse. Les ferments lipolytiques dédoublent ces graisses neutres en glycérine et
acides gras ; ceux-ci se combinent aux sels aleans et surtout aux alcalino-terreux pour former des savons calcaires. À
Autrefois on pensait que la matière albumiuoïde des corps inhumés en terre humide se transformait en graisse, car on rencontrait l’adipocire à l'endroit où se trouvaient auparavant les MUSCLES :
Cette théorie qui n’est plus admise aujourd’hui a eu de grands défenseurs dans Kratter et Schauenstein ; elle a été vivement combattue par Hofmann, Ludwig, Ermann, Reubold et Zillner.
Les belles recherches de ce dernier montrent que, pendant le processus de putréfaction, il se fait une migration de la graisse (Wanderung des Pettes), qui consiste en ce qu’à un certain stade avancé de la putréfaction, les graisses neutres, qui sont liquides à la température ordinaire, transsudent et imbibent les tissus d’une façon analogue au sang dans les premiers stades de la putréfaction. Les graisses arrivent ainsi à des endroits qui étaient auparavant vides (cage thoracique, cavité abdominale, vaisseaux) ou remplis par d’autres tissus (muscles). La graisse qui a accompli eette migration et celle qui est restée en place se dédoublent en glycérine et en acides gras libres, desquels disparaît l'acide oléïque, liquide à température ordinaire, tandis que les autres acides gras restent sous forme de cristaux et se combinent en partie avec de la chaux et de la magnésie en formant des savons.
Reinhardt a remarqué que dans certains cas, on peut cliver l’adipocire des joues et des parois abdominales en lamelles selon l’interstice des plans musculaires. Dans l’interstice de ces lamelles, les muscles ont disparu.
De même von Hofmann rapporte que sur les extrémités des cadavres saponifiés les couches d’adipocire ne reposaient pas directement sur les os, mais qu’elles les engainaient et que däns leurs interstices, on trouvait encore un cloisonnement de tssu conjonctif qui, d’après sa disposition, correspondait aux différents fascias et septas qui formaient les gaînes musculaires desquelles les muscles étaient disparus par putréfaction.
L’adipocire se rencontre surtout en grande
quantité aux endroits riches en graisse. If est assez :
rare de rencontrer un corps complètement transformé en adipocire. Généralement cette saponification se limite au tissu adipeux sous-cutané. La résistance de cette couche qui s’étend sur toute la surface du corps, fait que le corps conserve à peu près les formes qu’il avait pendant la vie. A l’intérieur, les viscères forment des restes insignifiants ou bien on trouve parfois une masse graisseuse qui est pour les uns une saponilication vraie du foie ou de la rate, pour les autres une formation d’adipocire après une dégénérescence graisseuse vitale (Hofmann).
ÎT faut admettre aujourd’hui depuis Hofmann, Ludwig et Zillner, que la graisse préformée seule se transforme en adipocire, que la substance
musculaire se putréfie et que ses loges vides se remplissent par les graisses neutres liquéfiées, puis dédoublées et saponifiées sur place.
L’adipocire, savon formé d’acide stéarique et palmitique avec de l’ammoniaque, de la chaux et de la magnésie, a une teinte blanc-Jaunâtre. Au début de sa formation, elle est visqueuse, molle, puis elle devient ductile et onctueuse comme du savon humecté d’eau ; plus tard elle durcit et devient cassante.
A l’état frais, elle a une odeur féculente ; plus
- tard, elle devient rance. Elle ressemble à la stéa-
rine et fond sous l’action de la chaleur.
Von Hofmann, Erman et Zillner disent que dans les cas très prononcés les corps ressemblent à de la pierre. Les formes sont bien conservées, même les traits du visage sont reconnaissables, mais d’une rigidité inusitée. Le trone est entouré comme d’un manchon ou d’une euirasse par une épaisse couche d’adipocire. La surface est mamelonnée, recouverte d’une quantité de petites tubérosités qui sont le moule des aréoles profondes du derme.
Îl'est rare de rencontrer une formation d’adipocire aussi complète. Ordinairement le crâne ne prend pas part à cette formation d’adipocire, probablement à cause de la faible quantité de graisse que renferme la calotte épicranienne. Dans neuf cas, Kratter a trouvé le crâne absolument à nu (Observation III).
Les organes génitaux, qui ne renferment pas de graisse manquent généralement.
Parmi les causes qui prédisposent à la formation d’adipocire, il faut citer :
19 L’obésité. — L’adipocire ne se formant que des graisses qui existaient avant la mort, on la rencontrera surtout chez les personnes bien nourries comme le font remarquer E. Ludwig et
Reinhardt.
29 L'âge. — Selon Ludwig, les enfants se transforment plus facilement en gras de cadavre que les adultes. Ses recherches ont donné les chiffres
de 24.2 0/0 chez les enfants et de 17,4 0/0 chez les adultes.
3° L’alcoolisme. — La graisse des alcooliques se distingue par sa couleur de la graisse normale ; elle est plus riche en acides gras donc plus propice à la formation d’adipocire.
49 La constitution du sol. — Il existe beaucoup de cimetières qui conservent bien les cadavres. Ge sont les cimetières dont le sol est constitué par de la terre glaise imperméable et humide. Tels sont les cimetières des Saints-Innocents, le cimetière de Saint-Nazaire avant son drainage, le cimetière Hohe Promenade à Zurich, ceux de Sainte-Hélène et de Saint-Gall de Strasbourg.
50 L’humidité, contribue beaucoup à la formation d’adipocire. Une grande quantité d’eau est nécessaire au dédoublement des graisses et au
charriage des produits de dédoublement solubles : glycérine et acide oléïque. En plus, elle protège
le corps contre les parasites destructeurs. Le
cimetière de la Robertsau, quoique situé sur alluvions modernes, transforme volontiers les cadavres en adipocire, car les sépultures de Tim. 50 à 2 mètres de profondeur sont presque constamment baignées par la nappe d’eau souterraine. |
Les cadavres transformés en adipocire se conservent très longtemps ; témoin le cadavre de Washington, dont les traits étaient encore reconnaissables 40 ans après la mort. W. Müller a trouvé des cadavres inhumés depuis 45 et même 53 ans, qui étaient en grande partie transformés en adipocire et dont les traits du visage et les formes extérieures étaient bien reconnaissables.
Au point de vue médico-légal, cette transformation en gras de cadavre a une grande importance, car 1l sera facile de faire longtemps après la mort des constatations. Kratter a retrouvé même la marque d’un lien dans un cas de strangulation après un an d’inhumation.
Autrefois on pensait qu'il fallait des années pour la transformation en gras de cadavre (3 ans pour Devergie). Zillner a trouvé un début de formation d’adipocire dans la figure d’un noyé de 43 jours. En général, il pense que sa formation se fait entre le 4 et le 12€ mois, la nuoration des graisses entre le 4€ et le 6e.
29 La momification
La momification est la dessication totale d’un cadavre ayant comme conséquence une perte de poids énorme. Cette momification naturelle ne doit pas être confondue avec la momification artificielle qu’obtenaient les Égyptiens en traitant les corps avec des produits antiseptiques. Elle était déjà connue d’Aristarque, et Virgile recommande les hauteurs aérées pour les tombeaux des princes. Vers la fin du xvrie siècle, Vicq d’Azyr et de Puymarin ont étudié les momies trouvées par eux dans les caveaux des Cordeliers et Jacobins de Toulouse et ont fait des rapports à l’Académie des sciences de Toulouse et à la Société royale de Médecine de Paris, sur l'anatomie et sur les changements chimiques éprouvés par ces corps. Plus tard, ces corps momifiés ont encore été étudiés par Burdach, Isenflamm et Toussaint.
La peau d’une momie a une coloration brunnoirâtre; elle est dure, sèche intimement adhérente, aux Os, ratatinée et donne l’aspect du vieux cuir ou du parchemin ; elle est lisse ou plissée longitudinalement. Les articulations sont raides. Les formes extérieures sont généralement bien conservées ; les traits du visage, quoique souvent légèrement déformés, sont reconnaissables. Les organes internes sont souvent complètement disparus ou forment une masse sèche brun-noir, difficilement reconnaissable ; rarement ils ont bien résisté.
On rencontre des momies naturelles surtout dans les sables brülants des déserts où on en a rencontré qui étaient vieilles de 2.000 ans ; on en trouve aussi dans certains cimetières : celui des Saints-Innocents, de Samt-Eloy de Dunkerque ; dans les souterrains de la tour Saint-Michel à Bordeaux ; dans les caveaux des Cordeliers et des Jacobins de Toulouse ; dans ceux du couvent des Capucins de Palerme ; dans l’église du couvent des Franciscains à Maria-Trost près de Graz.
Ün point intéressant est la perte de poids considérable consécutive à la dessication. Les cadavres de Toulouse intacts ne pesaient que 5 à 6 kgs. La momie examinée par Toussaint en pesait 6 ; le « heulige Vogt » à Linzig sur le Rhin pesait selon Isenflamm 13,5 livres. La moyenne de 12 livres se trouve donc encore inférieure au poids de 14 livres de substances solides, poids minimum pour un corps de 70 kilogs.
Schauenstein explique ce fait en disant que la dessication n’est pas seulement un processus physique, mais qu'il devait aussi se faire des transformations chimiques. Kratter pense que cette perte de poids est déterminée par le fait qu'en même temps qu’il se fait une déperdition de liquides il se fait aussi une grande déperdition de sels.
Voyons maintenant les conditions qui favorisent la momification :
19 L'âge. —- Le cadavre d’un enfant se momi-
FI
— Sr —
fie plus vite que celui d’un adulte. Bordas ne
Descoust disent que surtout les enfants mort-nés
ont une grande tendance à se momifier s’ils sont placés dans un endroit sec et à l’abri des insectes. La putréfaction chez eux ne peut se faire que dans une direction centripète. Si done le cadavre est placé dans un endroit sec et renfermant peu de germes, 1] n°y a pour ainsi dire pas de putréfaction mais dessication.
29 La constitution du corps. —— Les femmes se monufient plus facilement que les hommes ; les sujets maigres plus vite que les sujets gras.
39 La cause de la mort. — Les longues maladies qui ont anémié et desséché le corps favorisent la momification.
49 La température. — Une température de 309, surtout si elle est accompagnée de grande sécheresse, aboutit rapidement à la déshydratation du corps et à la momification. Elle peut cependant se produire aussi lorsque la température est plus basse et que le corps est exposé à un fort courant d'air. C’est ce qui se passe sur les hauteurs de l’hospice St-Bernard, où la température varie entre — 169 et + 6°, mais où il y a toujours de grands courants d’air.
90 Le terrain. — Un sol poreux et sec est très propice à la dessication des corps, car il absorbe les liquides au fur et à mesure qu’ils transsudent au dehors. Un sol sablonneux sec empêche la
putréfaction ; si au contraire il y a des alternances
de sécheresse et d'humidité, le sable est le terrain le plus propice à la putréfaction. :
La composition chimique du terrain semble avoir une certaine influence. Selon Gannal, Boucherie a trouvé du fer dans la peau des monues de la tour Saint-Michel de Bordeaux. Riecke a rencontré souvent la dessication des cadavres dans les terrains riches en nitrates. Peut-être existe-t-il dans ces cas un courant d’exosmose du cadavre
vers la terre qui est plus riche en sels.
La momification consistant dans la disparition des liquides de l’organisme, chaque corps a donc la tendance à se momifier, car après la mort les liquides tendent à s’évaporer. Lorsque la deshydratation est tellement rapide que la putréfaction n’a pas le temps de s’accomplir, il se fait une momification complète. Si au contraire la disparition des liquides est relativement lente, la putréfaction se fait en grande partie et l’on n’a plus qu’une momification partielle.