CHAPITRE IV DES CIMETIÈRES
au point de vue municipal, hygiénique et médico-légal
Un cimetière est bon au point de vue municipal lorsqu'il détruit rapidement la matière organique qu'on lui confie. C’est ce que cherchent actuellement les municipalités lorsqu'il s’agit d'établir de nouveaux cimetières. Plus vite la matière organique se détruit, plus vite le même sol pourra être utilisé pour de nouvelles inhumations. Le délai de cinq ans fixé par le décret de prairial pour la réouverture des tombeaux est souvent insuffisant, car dans certains cimetières, il n’est pas rare de retrouver, après ce laps de temps, des cadavres presque intacts qu’il faut inhumer à nouveau, si on ne possède pas les moyens de les incinérer.
La durée du processus de putréfaction varie selon les différents terrains. Les observations de H. Reinhardt montrent que la décomposition complète d’un enfant de 0 à 15 ans se fait en 4 ans dans Le sable et en 5 ans dans le limon ; celle d’un adulte se fait en 7 ans dans le sable et en 9 ans dans le limon. Selon Reinhardt la différence est si peu considérable parce que le limon remué
et rejeté sur le cercueil n’a plus sa compacité antérieure. Kratter estime que la décomposition complète dans le limon est beaucoup plus longue que Reinhardt ne le dit. Les sols riches en terre végétale sont, d’après lui, d’autant moins propices aux inhumations qu’ils renferment plus d'acide humique. s
Les municipalités, désirant installer un nouveau cimetière devront donc choisir avec grand soin l'emplacement de ce dernier. Il s’agit surtout de faire attention à la nature du terrain. Dans nos pays, les sols très secs dans lesquels les cadavres se momifient, sont assez rares; par contre on rencontre souvent la saponification plus ou moins complète de cadavres qui ont été inhumés dans un sol imperméable et humide.
Les sols favorables à la putréfaction sont ceux qui sont formés de terre très poreuse, très meuble où l’air et l’eau ont un accès facile et ne sont pas retenus. |
Renk a fait remarquer que ce n’est pas le volume total des pores qui est important, mais leur calibre. À volume égal, des pores larges peuvent laisser passer jusqu’à 20.000 fois plus d’air que des pores fins, car dans les pores le frottement est beaucoup moindre et l’air peut se renouveler plus facilement.
Des expériences de Fleck, il résulte que si l’on prend la perméabilité du gravier pur et sec égale à 100, elle doit être pour le sable saturé d’humi-
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pour le gravier saturé d'humidité sans
HMORES RP SR RIRE ET AENeN 2200) DOUTE ARTe ec nr es 27:47 pour le gravier sec contenant du limon = 34,50 pourilessablénres sec = 730,10
Le sol composé de gravier à gros grains est donc le meilleur terrain pour la destruction rapide des cadavres. Viennent ensuite le gravier fin et le sable. Peu favorable est le terrain limoneux mélangé à du sable ; très défavorables l'argile et la terre végétale.
Le sable retient longtemps la chaleur qu'il a reçue des rayons solaires ; il la retient d’autant plus longtemps que sa couleur est plus foncée. Il dégèle aussi plus vite que la glaise. Il retient le plus longtemps l'humidité lorsqu'il est mélangé à de l’argile et de la marne (J. Kratter).
Dollfus, cité par M. Gignoux, disait dans sa communication à la Société Géologique de France à propos de la position géologique des cimetières : Ç Il convient que la terre des cimetières soit légère, que le fond soit perméable, que l’eau et . Pair puissent pénétrer, mais cette eau ne doit pas y séjourner. les terrains calcaires brûülent rapidement les cadavres. »
Toutes ces conditions sont remplies pour le cimetière de Neuhof et M. Gignoux donnant son approbation à l’agrandissement de ce cimetière dit : « Les alluvions qui forment le sous-sol sont éminemment perméables à l’eau et à l’air, les
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eaux d'infiltration les traversent très rapidement, les galets calcaires y abondent et les eaux souterraines y sont par suite très chargées en calcaires ; les matières organiques doivent donc y être rapidement brûlées. »
Demêmele cimetière Saint-Urbain établi comme celui de Neuhof sur alluvions modernes, détruit rapidement. les cadavres, quoique ces derniers soient souvent atteints par la crue des eaux.
Par contre ceux de Saint-Gall, de Sainte-Hélène et de Cronenbourg reposant tous sur une même terrasse de Lôss les conservent bien.
Lorsqu'un cadavre est enterré dans un sol poreux et perméable, le début de la putréfaction et ses premières phases se font presque comme à l'air libre. Les diastases autolytiques et les ferments microbiens liquéfient les tissus. Les tissus en putréfaction, liquéfiés, sont alors absorbés par le sol poreux. Cette absorption favorise la pénétration de l’air et le travail des microbes aérobies qui achèvent la destruction.
Si dans une localité un terrain propice ne peut être trouvé, il faudra l’aménager soit par drainages soit par remblais ; on aura soin dans ce dernier cas de se servir pour la surélévation du cimetière de gravier, de gros sable ou de terre calcaire.
Si on à affaire à un terrain argileux qui est cependant perméable à l’air quand il est sec, mais qui devient imperméable dès qu’il est mouillé on pourra l’aménager par des drainages convenables comme cela a été fait pour le cimetière de Saint-
Nazaire. Ce cimetière, formé d’argile compacte et imperméable, renfermait encore après cinq ans, des corps parfaitement conservés. Depuis que Coupry a eu l’idée de disposer les fosses sous forme d’alvéoles avec sous-sol artificiel drainé, la décomposition se fait très bien. En 1900 on a exhumé six cadavres inhumés en 1893 dont trois dans le cimetière aménagé et trois dans l’ancien cimetière ; les premiers seuls étaient détruits jusqu'aux os (Le Goïc).
Il faut aussi veiller à ne pas enfermer dans un terrain plus de matières organiques qu’il ne peut en détruire, car on augmenterait alors le danger de souillure des eaux souterraines. C’est pourquoi le décret de prairial prescrit aussi que les cercueils seront enfouis à une profondeur de 1 m. 5 à 2 m., que les fosses auront 2 m. de long sur 0 m.8de largeur, qu’elles seront distantes les unes des autres de 0,3 m. sur les côtés et de O'm. 5 à la tête et aux pieds. Ces distances qui peuvent être réduites pour les enfants ne sont que des distances minima et 1l est bon si possible de séparer les fosses par de plus grands intervalles.
Rüppell fait remarquer que deux conditions doivent être recherchées par la profondeur d’une fosse : d’une part le chemin à parcourir par les émanations cadavériques vers la surface, doit être aussi long que possible, et d'autre part la pénétration de l’air doit pouvoir se faire facilement jusqu'aux tissus en putréfaction. Pour le premier cas 1l faudrait donc une profondeur aussi grande